Culture de Sintachta

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Culture de Sintachta
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Reconstruction d'un char de la culture Sintachta
Définition
Caractéristiques
Période âge du bronze
Chronologie 2100-1800 avant notre ère
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* Culture d'Andronovo (orange)
* Culture d'Afanasievo (vert)
* Culture Sintachta-Petrovka (rouge)

La culture de Sintachta, également connue sous le nom de culture Sintachta-Petrovka[1] ou bien culture Sintachta-Arkaïm[2], est une culture archéologique de l'âge du bronze du nord de la steppe eurasienne sur les piedmonts sud de l'Oural en Russie, datée de la période 2100-1800 avant notre ère[3].

Origine[modifier | modifier le code]

Selon Allentoft (2015), la culture Sintachta dérive probablement au moins partiellement de la culture de la céramique cordée.

En 2015, une vaste étude fondée sur l'ADN autosomal des anciennes populations eurasiennes a révélé une relation génétique autosomique étroite entre les peuples de la culture de la céramique cordée et de la culture Sintashta, qui peut impliquer que la culture « Sintachta dérive directement d'une migration vers l'est de la céramique cordée. » Les individus Sintachta et les individus de la céramique cordée avaient tous deux une proportion d'ascendance relativement plus élevée provenant d'Europe centrale, et tous deux diffèrent légèrement dans cette ascendance de la population de la culture Yamna et de la plupart des individus de la culture de Poltavka qui ont précédé Sintachta dans la même région géographique[4]. Ces résultats suggèrent que la culture de Sintachta ne provient pas directement de la culture de Yamna, mais, dans le cadre d'une seconde vague de migrations indo-européennes durant l'âge du bronze depuis l'Europe vers l'Asie, est hypothétiquement à l'origine du rameau des langues indo-iraniennes[4].

Une étude publiée en 2019 confirme ces analyses. Elle montre une prédominance de l'haplogroupe R1a (18/30), puis R1b (5/30) chez les hommes. La majorité des échantillons d'ADNmt appartenaient à divers sous-clades de U, notamment les sous-clades U2 et U5[5].

L'étude Allentoft montre que la culture d'Andronovo et celle des Scythes sont essentiellement descendantes de la culture de Sintachta et indique qu'il y avait durant l'âge du bronze un continuum génétique et ethnoculturel depuis l'Europe centrale jusqu'à l'Altaï[4].

Vestiges[modifier | modifier le code]

Expansion des chars de combat rapides (à deux roues à rayons) en Eurasie, à partir des cultures de Sintachta puis Andronovo.

En raison de la difficulté d'identifier les restes des sites Sintachta existants sous les restes de cultures ultérieures qui se sont établies sur les mêmes sites, la culture n'a été que récemment distinguée de la culture d'Andronovo[2]. Elle est maintenant reconnue comme une entité séparée faisant partie de « l'horizon Andronovo »[1].

Les plus anciens chars de combat légers (avec deux roues à rayons) ont été retrouvés dans les tombes de Sintachta[6], et la culture est considérée comme une candidate sérieuse pour l'origine de cette technologie, laquelle s'est étendue à travers l'ancien monde et a joué un rôle important dans la guerre antique. Les établissements de Sintachta sont aussi remarquables pour l'intensité de l'extraction du cuivre et de la métallurgie du bronze qui y sont effectuées, ce qui est inhabituel pour une culture des steppes.

L'économie de Sintashta a tourné autour de la métallurgie du cuivre. Les minerais de cuivre des mines voisines (telles que Vorovskaya Yama) ont été transportés vers les colonies de Sintashta pour être transformés en cuivre et en bronze arsénié. Cela s'est produit à une échelle industrielle : tous les bâtiments excavés des sites de Sintachta, Arkaim et Ust'e contenaient les restes de fours de fusion et de scories[7].

Une grande partie du métal de Sintachta était destinée à l'exportation vers les villes du complexe archéologique bactro-margien (BMAC) en Asie centrale. Le commerce des métaux entre Sintachta et le BMAC a pour la première fois relié la région de la steppe aux anciennes civilisations urbaines du Proche-Orient : les empires et les cités-États d'Iran et de Mésopotamie ont fourni un marché presque illimité pour les métaux. Ces routes commerciales sont devenues plus tard le moyen par lequel les chevaux, les chars et, finalement, les personnes de langue indo-iranienne sont entrés au Proche-Orient depuis la steppe[8].

Identité ethnique et linguistique proto-indo-iranienne[modifier | modifier le code]

Les populations de la culture Sintachta auraient parlé le proto-indo-iranien, l'ancêtre de la famille des langues indo-iraniennes. Cette identification est basée principalement sur les similitudes entre les sections du Rig Veda, un texte religieux indien qui inclut d'anciens hymnes indo-iraniens enregistrés en sanskrit védique, avec les rituels funéraires de la culture Sintachta tels que révélés par l'archéologie. Il existe des preuves linguistiques de l'interaction entre les langues finno-ougriennes et indo-iraniennes, montrant les influences indo-iraniennes dans la culture finno-ougrienne. De la culture sintachta, les langues indo-iraniennes ont migré avec les Indo-Iraniens en Anatolie, en Inde et en Iran. À partir du IXe siècle avant notre ère, les langues iraniennes ont également migré vers l'ouest avec les Scythes dans la steppe pontique d'où sont originaires les Indo-Européens.

Contexte chronologique[modifier | modifier le code]

La culture de Sintachta semble dériver de la culture d'Abachevo, établie au nord-ouest, et de la culture de Poltavka, situé à l'ouest. Elle est suivie par la culture d'Andronovo dans toute l'Asie centrale, et par la culture de Sroubna à l'ouest.

Les principaux site archéologiques sont :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) D. W. Anthony, « The Sintashta Genesis: The Roles of Climate Change, Warfare, and Long-Distance Trade ». In Hanks, B.; Linduff, K. (eds.). Social Complexity in Prehistoric Eurasia: Monuments, Metals, and Mobility. Cambridge University Press. (2009). pp. 47–73. doi:10.1017/CBO9780511605376.005. (ISBN 978-0-511-60537-6).
  • (en) L. Koryakova, "Sintashta-Arkaim Culture". The Center for the Study of the Eurasian Nomads (CSEN), 1998a.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Ludmila Koryakova, « An Overview of the Andronovo Culture: Late Bronze Age Indo-Iranians in Central Asia », The Center for the Study of the Eurasian Nomads (CSEN), (consulté le 16 septembre 2010).
  2. a et b (en) Ludmila Koryakova, « Sintashta-Arkaim Culture », The Center for the Study of the Eurasian Nomads (CSEN), (consulté le 16 septembre 2010).
  3. (en) David Anthony, « The Sintashta Genesis: The Roles of Climate Change, Warfare, and Long-Distance Trade », dans Bryan Hanks, Katheryn Linduff, Social Complexity in Prehistoric Eurasia: Monuments, Metals, and Mobility, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-511-60537-6, DOI 10.1017/CBO9780511605376.005), p. 47-73.
  4. a b et c (en) Morten E. Allentoft, Martin Sikora et al.,Population genomics of Bronze Age Eurasia, Nature, 522, pages 167–172, 10 juin 2015, doi.org/10.1038/nature14507.
  5. (en) Vagheesh M. Narasimhan, « The formation of human populations in South and Central Asia », American Association for the Advancement of Science, (PMID 31488661, PMCID 6822619, DOI 10.1126/science.aat7487), eaat7487.
  6. D'après David W. Anthony, The Horse, The Wheel And Language : How Bronze-Age Riders From the Eurasian Steppes Shaped The Modern World, Princeton University Press, (ISBN 9780691058870), « Chariot Warriors of the Northern Steppes ».
  7. David W. Anthony, ibid. 2007, pp. 390–391.
  8. David W. Anthony, ibid. 2007, pp. 391 et pp. 435 et suiv.

Voir aussi[modifier | modifier le code]