Culture de Siba

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Petite jarre de terre cuite incrustée de turquoise. Siba, Gansu. Musée national de Chine, Pékin

La culture de Siba (1900-1500 AEC) est une culture chinoise de l'Âge du bronze[1]. Elle est située dans le corridor du Hexi, entre les populations de l'Ouest qui apportaient la métallurgie du bronze et l'élevage du bétail et du cheval, et celles de l'Est, parmi lesquelles la culture de Qijia, sa voisine immédiate à l'est. Elle a aussi reçu des influences culturelles provenant de Chine centrale.

Toutes les dates indiquées sont sous-entendues situées avant l'ère commune.

Historique[modifier | modifier le code]

Du Néolithique à l'Âge du Bronze en Chine du Nord et dans les steppes de l'Asie Centrale

La culture de Siba tient son nom du site de Sibatan, dans le xian de Shandan, au Gansu, découvert en 1948[2].

Localisation[modifier | modifier le code]

La culture de Siba se situe dans le corridor du Hexi, sur 800 km, entre les monts Qilian au sud, le désert de Badain Jaran au nord, la rivière Schule (en) à l'ouest, et la ville de Wuwei à l'est.

Les sites à retenir sont Huoshaogou (xian de Yumen, à l'ouest) - très riche en éléments métalliques -, Donghushan (xian de Minle), et Ganguya (ville-préfecture de Jiuquan) qui sont tous d'anciens cimetières.

Cette distribution des sites ressemble à celle des cultures des steppes eurasiennes qui sont devenues de plus en plus mobiles et pratiquant le pastoralisme, comme les Yamnaya à l'ouest de la mer Caspienne[3] au cours de cette époque.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Plusieurs datations au carbone 14 lui donnent des bornes de 1900-1500 AEC, donc contemporaines de la culture de Qijia.

Culture matérielle[modifier | modifier le code]

On ne connait rien de l'habitat de ces populations. La céramique, avec une terre généralement rouge et des peintures noires géométriques, semble provenir de la phase de Machang de la culture de Majiayao combinée avec l'influence de la culture Qijia et en interaction avec celle de Kayue (en) au sud-est. Les habitants disposaient d'outils de pierre taillée, de pierre polie et de nombreux microlithes.

Mode de subsistance[modifier | modifier le code]

Les ossements de porc dominent à côté de ceux de cerfs, de moutons et de chiens. Une grande variété de graines était consommée : millet (venu du centre la Chine du Nord), blé, orge et seigle (toutes trois venues de l'Ouest, par l'Asie centrale ou la Sibérie du Sud). Certains sites (Huoshaogou...) ou dominent les microlithes associés aux ossements de bétail sur pâture supposent un mode de subsistance fondé sur l'élevage et la chasse. L'autre type de site (Ganguya,...) situé sur des piémonts verdoyants a dû porter à l'agriculture. Ces sites sont plus densément peuplés et plus riches dans les dépôts funéraires. Il est cependant tout à fait remarquable que si ces cimetières ont été utilisés de nombreuses fois, aucun habitat n'a encore été décelé en 2012.

Sépultures[modifier | modifier le code]

Les morphologies des défunts en font une population de type mongoloïde, semblable à celle de la culture Qijia. Les tombes témoignent de diverses pratiques funéraires : fosse-tunnel ou fosse verticale à une ou deux places (couple), avec localement absence d'ossement ce qui peut laisser supposer que l'on y a pratiqué aussi la crémation. Les dépôts funéraires comprennent des céramiques, des cauris, des animaux sacrifiés, des outils de pierre ou de métal.

Objets en métal[modifier | modifier le code]

Les dépôts de métal sont très communs dans les tombes : cuivre, bronze, or et argent (couteaux, haches, plaques, boucles d'oreille, anneaux nasal, boutons, pointes de flèche et de lance, ainsi qu'une masse d'arme). Ces objets ressemblent clairement à ceux provenant d'Asie centrale et du Moyen-Orient, à la même époque : boucles d'oreille, anneaux nasal n'ayant aucun correspondant en Chine mais seulement avec ceux d'Asie centrale et plus à l'Ouest. Cependant la masse d'arme a été fondue par moulage, alors que ses équivalentes de l'Ouest sont réalisées à la cire perdue. Et l'on a trouvé un moule de pointe de flèche, signe d'une production locale. Les deux techniques ont été employées : la fonte et la forge. Cette dernière technique extrêmement rare en Chine. La composition du bronze à l'arsenic (arsenié) que l'on rencontre constamment est aussi un indice d'une tradition occidentale, dans l'Altaï et au Kazakhstan au deuxième millénaire, très différente celle de Qijia, réalisée sans arsenic, mais semblable à celle du site de Tianshanbeilu, dans le Xinjiang de l'Est.

Tout cela semble prouver que les cultures de Siba et du Xinjiang de l'Est ont servi de pont entre la steppe eurasienne (cultures de Seima-Turbino , culture d'Andronovo, culture d'Afanasievo, culture du Karassouk) et la culture de Qijia, à l'est.

Quelques objets Siba[modifier | modifier le code]

Chronologie de l'Âge du bronze : Asie centrale et Chine du Nord-Ouest[modifier | modifier le code]

Cultures Dates approchées AEC[4]
Culture de Xiajiadian inférieur 2 000 - 1 400
Culture de Zhukaigou sur le plateau d'Ordos 2 000 - 1 400
Culture de Qijia 2 200 - 1 600
Culture de Siba 1 900 - 1 500
Xinjiang de l'Est : site de Tianshanbeilu 2 000 - 1 550
Seima-Turbino[N 1],[N 2], devenues des cultures de pasteurs nomades[5] 2 100 - 1 500
Culture d'Andronovo, devenues des cultures de pasteurs nomades 2 100 - 1 500
Culture d'Erlitou 1 900 - 1 500
Culture d'Erligang 1 600 - 1 400

Dans cet ensemble de cultures quasi contemporaines, l'archéologie trouve de nombreuses preuves d'échanges avec les populations nomades d'Asie centrale et de Sibérie du Sud, sans que l'on connaisse par quels moyens ou par quels intermédiaires se sont réalisés ces échanges. Cela concerne essentiellement la culture de certaines céréales, comme le blé, et des objets de bronze mais aussi la technologie du bronze coulé et forgé. C'est au sein de la culture de Qijia que l'on a vu apparaitre de relativement grandes quantités d'objets de bronze en Chine, certains provenant d'échange mais d'autres ayant été façonnés sur place. Ces cultures ont aussi reçu d'autres apports notables depuis la plaine centrale: la culture du millet, entre autres, et de manière beaucoup moins prononcée, seulement quelques individus étant concernés, la recherche et l'usage du jade comme signe marquant l'appartenance à une élite [6]. Le jade collecté dans la région du corridor du Hexi aura été échangé avec les populations de la culture de Qijia.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Phénomène Seima-Turbino (2100-2000) et la culture d'Afanasievo (3300/3200-2600/2400) : pour Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 298, ces auteurs situent cette culture, sur la carte qui sert ici de référence, sur une partie de la vallée de l'Ob et à cheval sur la frontière orientale entre les cultures de Seima-Turbino et d'Andronovo. Toutes ces cultures de l'âge du bronze « aux frontières » Nord-est, Nord, Nord-Ouest de la Chine actuelle, et au-delà vers l'Ouest et le Nord-ouest, sont prises dans un même ensemble comme des peuples de la steppe touchés par un phénomène géo-climatique, sur ces zones immenses. Les auteurs développent (p. 300 et suivantes) : un brusque changement du climat est apparu, en devenant instable, aux troisième et second millénaires avant notre ère; par exemple, après la longue période du maximum chaud et humide de l'Holocène, voilà qu'entre 2450-1950 un temps froid et sec s'impose, suivi d'une période plus chaude et humide entre 1950-1500, puis d'un épisode doux mais assez sec entre 1500-900. Les populations ont donc eu à s'adapter à ce nouvel environnement et à changer d'économie en passant de l'agriculture à l'agropastoralisme. L'origine de certaines populations dans la région métallifère de l'Oural explique aussi la dispersion des objets et de la technologie du cuivre (depuis la culture de Yamnaya - Cis-Oural du Sud-ouest) puis du bronze (The Urals and Western Siberia, 2014, p. 5,7,31,32,), sur d'aussi longues distances.
  2. Seima-Turbino et Andronovo sont associées sur une même période : 2100-2000 par les auteurs : Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 297 sqq., mais dissociés dans : The Urals and Western Siberia, 2014, p. 15, 106 sqq. - 123 sqq..

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://sino-platonic.org/complete/spp086_siba_bronze_age_gansu.pdf
  2. Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 333-336 : sur le lieu de la première découverte et pour la suite de cette partie.
  3. Anthony David, The Bronze Age and Early Iron Age Peoples of Eastern Central Asia, the University of Pennsylvania Museum, Philadelphia 1998: 102-3, cité par : Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 333
  4. Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 234: Datations relevées pour Xiajiadian inférieur : p. 302, Erlitou : p. 266, pour Erligang : p. 278, pour les autres : p. 299
  5. Précisions sur les dates et la coïncidence de la fin d'un phénomène froid : peut-être que le mouvement migratoire s'explique pour des raisons climatiques : une période froide est signalée par The Urals and Western Siberia, 2014, p. 7 entre 2900 et 2300 BP : soit 2700-2100 AEC. La date ultime, 2100, correspond au début du mouvement Seima-Turbino.
  6. Li Liu and Xingcan Chen 2012

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article (en) Liu Li et Chen Xingcan, The Archaeology of China : From the Late Paleolithic to the Early Bronze Age, New York, Cambridge University Press, , 482 p. (ISBN 9780521644327).
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Corinne Debaine-Francfort, Du Néolithique à l'Age du Bronze en Chine du Nord-Ouest : la culture de Qijia et ses connexions, Paris, Éditions Recherches sur les Civilisations, , 435 p. (ISBN 2865382524). Page 329: le site de Huashuogou et la culture de Siba.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article (en) Ludmila Koryakova et Andrej Vladimirovich Epimakhov, The Urals and Western Siberia in the Bronze and Iron ages, Royaume-Uni, États-Unis, Australie, Cambridge University Press,, , 383 p. (ISBN 0-521-82928-3) : Relié. (ISBN 978-0-521-82928-1) Relié; (ISBN 978-1-107-65329-0), 2014. Collé, noir et blanc.

Articles connexes[modifier | modifier le code]