Cuisine marocaine

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Cuisine marocaine
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Plats à tajine
Catégorie Cuisine des pays du Maghreb - Cuisine méditerranéenne

La cuisine marocaine est une cuisine méditerranéenne caractérisée par sa variété de plats issus principalement de la cuisine berbère, avec des influences arabes et juives.

Malgré ses traits communs avec les cuisines des autres pays nord-africains, la cuisine marocaine a su conserver son originalité et ses spécificités culturelles uniques. En 2015, elle a été classée deuxième cuisine au monde par le site britannique Worldsim[1].

Description[modifier | modifier le code]

Influences[modifier | modifier le code]

Couscous aux légumes

La cuisine marocaine a subi de multiples influences : berbère, arabo-andalouse et juive. On note également une influence des cuisines ottomane, d'Afrique subsaharienne et d'Asie (notamment l'Inde avec sa cuisine très épicée)[1],[2].

La cuisine marocaine reflète l'histoire du pays et les différentes populations qui s'y sont installées. Le tajine vient des Berbères ; ceux-ci ont apporté les dattes (qui aident à rompre le jeûne de Ramadan), le lait, les céréales, le pain, les amandes, les fruits et les herbes. L'invasion arabe a apporté les épices, les fruits secs, les noix ainsi que les combinaisons aigres-douces[2] ; les Maures ont introduit les olives, son huile et les agrumes tandis que les Juifs ont notamment partagé leurs techniques de conservation comme ceux des citrons confits ou des cornichons[2], sans oublier les Britanniques qui, au XVIIIe siècle, ont importé le fameux thé[1] ni les colons français qui ont laissé derrière eux une culture de cafés, de pâtisseries et même de vinification[2]. Mais les deux grandes empreintes de la cuisine marocaine restent en fait l’influence arabe et andalouse - arabe en ce qui concerne les m’qalla, m’hammar et m’aammar, et andalouse pour ce qui est m’jammar, harira, pastilla et pour tout le reste. Le kefta et le baklawa sont d'origine ottomane, bien que le Maroc n'ait pas été conquis par les Turcs, il a été réceptif à certaines de leurs influences, notamment dans le domaine culinaire.

Diversité[modifier | modifier le code]

La cuisine marocaine offre une grande diversité de plats : couscous, tajine souvent agrémenté de fruits secs, pastilla enrichie aux amandes et noix, méchoui, briouats (petits feuilletés triangulaires fourrés à la viande ou au poisson).

Il existe, par ailleurs, d'autres plats typiquement marocains : le tajine mrouzia, la tangia marrakchie (de la région de Marrakech), la soupe dite harira, le baddaz, la tagoulla (bouillie de farine d'orge), la seffa, la salade marocaine ou encore la salade d'orange parfumée à la cannelle. Les ingrédients utilisés sont principalement les légumes, les lentilles, les haricots blancs, les fèves (notamment pour la préparation de la bessara), mais également les poissons (surtout la sardine qui est très populaire).

Un autre met typique du Maroc est réalisé avec la tête de mouton, qui est rôtie et nettoyée avant d'être cuisinée en mijoté. Le résultat est une viande extrêmement tendre et fondante, particulièrement parfumée avec un subtil arrière goût de fumée[3].

Petit-déjeuner[modifier | modifier le code]

Table de douceurs marocaines

Le petit-déjeuner peut se présenter sous différentes formes au Maroc. Des Marocains prennent un petit-déjeuner à la française avec de la baguette grillée, du café et du jus de fruit. Plus fréquemment, les autres (comme les Marrakchis) petit-déjeunent en deux fois : ils commencent par un thé à la menthe et de la harcha (un pain dur fait à base de semoule) ou du msemmen, de la rziza, du meloui (plus flexible et moins compact que le msemmen) ou du baghrir, accompagnés de miel, de confiture, de beurre ou de fromage frais (jben), et parfois de l'amlou (pâte composée d'huile d'argan, d'amandes ou cacahuètes grillées et de miel), qu'ils font suivre, quelques heures plus tard, par un thé ou un café et des plats tels que la soupe bissara[4]. D'autres Marocains encore consomment du pain avec de l'huile d'olive, du thé et différentes sortes de crêpes marocaines pré-citées[2].

Pain[modifier | modifier le code]

Pain marocain

Quant au pain (khubz) au Maroc, il est rond, épais et très différent d'une ville à l'autre, tant par sa préparation (les mkhemrats à base de tahin sont préparées différemment du pain traditionnel) que par ses ingrédients (l'orge ou la farine de maïs peuvent également entrer dans sa composition).

Pour chaque recette, il existe plusieurs variantes et appellations suivant les régions. Pour le thé par exemple, chaque région a sa manière de le préparer.

Condiments, aromates et épices[modifier | modifier le code]

Sacs d'épices à Meknès

Les épices jouent un rôle prépondérant dans la cuisine marocaine et sont généralement importées. Le safran (de Talaouine), l'aneth, le clou de girofle, la coriandre, le gingembre, la cardamome, le paprika, le cumin, le poivre, le curcuma sont très utilisés tout comme le curry, l'ail ou les graines de nigelle[2].

L'épice appelée ras-el-hanout (« tête de la boutique ») est un mélange de 20 à 40 épices différentes concoctées au gré du propriétaire de l'épicerie[2]. Bien que d'origine marocaine, le ras-el-hanout est apprécié dans toutes les cuisines maghrébines[5].

L'oignon est très utilisé surtout dans la préparation des tajines.

Le Maroc est connu pour ses olives de Meknès servies à table ou en décoration de plats ; les rouges et vertes sont utilisées dans le tajine et les noires peuvent être farcies de fromage en briouats[2].

Les citrons de Fès en conserve sont un autre ingrédient clé dans de nombreuses recettes de tajine et certaines salades[2].

Les aromates comme le persil (maadnous), la coriandre, (qsbour), le romarin, l'origan, le fenouil, le thym, l'anis, les feuilles de laurier et le basilic sont également utilisés en abondance pour rehausser le goût des mets et pour les parfumer. Persil et coriandre sont toujours achetés ensemble dans les souks marocains car ils figurent les herbes les plus couramment utilisées dans presque tous les plats de la cuisine marocaine[2]. La menthe (liqama) les suit de près puisqu'elle est utilisée pour faire le thé à la menthe marocain fréquemment consommé[2]. L'absinthe (shiba) est illégale dans certains pays mais au Maroc, elle remplace habituellement la menthe en hiver lorsqu'elle devient hors saison[2]. La verveine (louisa) et la marjolane sont également utilisées dans le thé et appréciées pour leurs qualités curatives[2]. L'anis est ajouté dans les pâtisseries et le pain, et l'on peut trouver du thym agrémentant des desserts[2].

Bien qu'originaire de Tunisie[6], la harissa est une sauce piquante utilisée pour pimenter les brochettes, le couscous, les marinades et certains tajines au Maroc[2].

Plats[modifier | modifier le code]

Préparation[modifier | modifier le code]

Au Maroc, la cuisine est exclusivement le domaine des femmes, excepté pour la préparation du méchoui, des brochettes et de la tanjia, préparés essentiellement par des hommes. Les mesures sont peu connues : femmes reproduisent les gestes de leurs mères et de leurs grands-mères.

Rituels[modifier | modifier le code]

Bismillah sur marbre gravé

Le premier rituel du repas est de se laver les mains, puis on prononce Bismillah ! (« Au nom de Dieu ») en se mettant à table. À une table d'hôte traditionnelle, la maîtresse de maison ou une femme de la famille vient juste avant le repas avec une bouilloire d'eau, du savon, une bassine en aluminium et un torchon qu'elle suspend sur son avant-bras, auprès de chaque personne réunie autour de la table basse, pour verser un peu d'eau sur ses mains pour se laver avec le savon puis se rincer et s'essuyer[2].

Dans la plupart des maisons marocaines, la table est garnie d'une sélection de salades et d'un tajine ou d'un couscous, tous placés en même temps. Quand la table sera desservie, l'hôte apportera une assiette de fruits et servira du thé[2].

Le pain, rond et plat, sert de fourchette car les plats sont dégustés traditionnellement avec le pouce, l'index et le majeur de la main droite (dans les pays musulmans, la main gauche est réservée aux gestes impurs).

Comme le déjeuner est généralement copieux, le dîner est plus léger (sauf pendant le Ramadan), composé parfois des restes du déjeuner ou d'une soupe. Lors des grandes occasions, comme les mariages qui ont toujours lieu la nuit, il est donné un grand festin où figurent salades, pastilla, tajine, couscous, corbeille de fruits, thé à la menthe accompagné de pâtisseries aux amandes[2],[7] mais il peut également être composé d'un plat de poulet farci, d'un tajine de mouton aux pruneaux et aux amandes et toute une variété de briouats[8].

Entrées[modifier | modifier le code]

Les repas commencent souvent par des salades crues (crudités) ou cuites (cuidités), ou encore des purées froides de légumes : briouates, feggou, mhencha salée et autres pastillas.

Plats de viandes ou de poissons[modifier | modifier le code]

Poulet grillé.

Les plats mêlent souvent le sucré-salé, avec de la viande ou du poisson assaisonnés d'épices comme la cannelle, le safran, le gingembre ou la coriandre, et rehaussés de fruits secs comme l'amande ou le pruneau[1].

La viande la plus consommée au Maroc est le poulet, suivie du boeuf puis de l'agneau. Les mets les plus connus sont le tajine et le couscous, dont les recettes sont multiples et variées, ou encore le méchoui de style kebab, préparé à l'occasion des grandes fêtes familiales ou religieuses.

Soupe[modifier | modifier le code]

Bissara servie avec olives, épices et pain

Originaire d'Andalousie et du monde arabe[9],[10], la harira est la soupe la plus connue au Maroc et partage son succès en Algérie[11]. Elle est servie au moment de rompre le jeûne pendant tout le mois du Ramadan. Elle se prépare en deux temps avec un apport de farine et se compose d'une base de tomates avec des pois chiches, de la viande, des lentilles et des petites nouilles. Elle peut être agrémentée de coriandre et de citron. C'est une soupe roborative qui est également consommée tout au long de l'année, particulièrement pendant l'hiver[12].

La bissara est une autre soupe à base de fèves sèches que l'on trouve dans les anciennes places de la médina des villes, également consommée pendant les mois les plus froids de l'année[4].

Pâtisseries[modifier | modifier le code]

Pâtisseries marocaines traditionnelles

Mélanges raffinés d'amandes, d'eau de fleur d'oranger, de miel et de cannelle, ces douceurs sont souvent servies avec un verre de thé à la menthe. Les plus connues des pâtisseries marocaines sont probablement les cornes de gazelle, les chebakia frits dans l'huile et adoucies de miel. Sans oublier la pastilla au lait, les msemen (crêpes), les briouates au miel et aux amandes ou encore le baghrir.

Les graines de sésame agrémentent de nombreuses pâtisseries marocaines et sont très importantes pour les desserts spéciaux du Ramadan[2].

L'eau de rose et l'eau de fleur d'oranger sont des ingrédients importants dans les desserts, comme la pastilla à la crème, la muhallabiya ou les salades de fruits. Elles peuvent être également utilisées dans certaines boissons comme les jus de fruits[2].

Thé à la menthe[modifier | modifier le code]

Service traditionnel du thé à la menthe aux cascades d'Ouzoud (Atlas)

Le thé (atay) à la menthe est la boisson principale au Maroc ; on en boit à tout moment et à toute occasion, pour conclure un marché, accueillir un hôte, finir un repas, ou tout simplement se désaltérer. Si cette coutume paraît ancestrale, elle ne date que du milieu du XVIIIe siècle, lorsque les cargaisons de thé britanniques arrivèrent dans les ports marocains, particulièrement de Mogador et de Tanger[1],[13].

La préparation du thé à la menthe relève d'un rituel spécifique pour en exhaler toutes les saveurs. Il est généralement servi dans des petits verres et très sucré[2] particulièrement dans le nord du pays et plus parfumé au sud où on y rajoute du safran.

Autres boissons[modifier | modifier le code]

Ancienne étiquette de vin marocain

L'autre boisson d'agrément peut être un café noir à la turque ou dit « cassé » avec du lait (qahwa meherris)[2].

Bien que l'Islam interdise de boire de l'alcool, il existe une industrie importante de vin au Maroc, initiée par les Français dans le pays[14]. On peut citer la cave la plus en vue qui est les Celliers de Meknès produisant une gamme de qualité dite Guerrouane[15], les réserves du domaine Sahari, Beauvallon et Médaillon, un label de grande qualité[2],[16] .

La production de bière au Maroc a également été introduite par les Français et le pays consomme actuellement 2,5 litres par personne et par an, dont il produit 97%[17]. La Société des Brasseries du Maroc est leader du marché (90 %) et fait partie du Groupe Castel et supervise la production et la distribution de bière[18],[17]. La bière marocaine premium est la Casablanca qui est une bière blonde mais d'autres bières importées sont populaires dans le pays telles que Spéciale Flag (Pilsner), Stork ( light lager) ou Heineken[18].

Patrimoine culturel immatériel[modifier | modifier le code]

« La diète méditerranéenne » (« ensemble de savoir-faire, connaissances, pratiques et traditions »[19] qui concerne les pays méditerranéens) a été inscrite le sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l'UNESCO[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Jeremy Thiry, Le Maroc se hisse au top des destinations gastronomiques, 28 octobre 2015, sur lefigaro.fr.
  2. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v et w (en) « The Art of Moroccan Cuisine | Fes Cooking and Cultural Tours » [archive], sur web.archive.org, (consulté le 13 novembre 2020)
  3. (en) « Moroccan Food Guide », sur moroccanzest
  4. a et b (en) Kyle Valenta, « How to eat breakfast like a local around the world | The Seattle Times » [archive], sur web.archive.org, (consulté le 13 novembre 2020)
  5. Cooking Cultures: Convergent Histories of Food and Feeling, Ishita Banerjee-Dube[1]
  6. Mounira El Bouti, « L'harissa, l'or rouge tunisien et la conquête de l'UNESCO », sur huffpostmaghreb.com, (consulté le 3 septembre 2017).
  7. Fatima Az Zahra El Boukhari, « Le mariage marocain : Entre traditions et touches de modernité », sur www.yabiladi.com, (consulté le 14 novembre 2020)
  8. Quel menu pour un mariage marocain ? sur le site lemariagemarocain.com
  9. « En Algérie, chaque région a sa cuisine : quelle est votre préférée ? », www.algerie-focus.com (consulté le 26 avril 2019).
  10. Abdelhaï Diouri, Annuaire de l'Afrique du Nord : Symbolique et sacré : les mets levés du Ramadan au Maroc, t. XXXIII, CNRS Éditions,
  11. Abdelmadjid Hacherouf, Évolution historique et comparative de la consommation alimentaire dans les pays du Maghreb central. Algérie, Maroc, Tunisie, vol. 19 de thèses et masters, Maghreb, CIHEAM-IAM, , 133 p. (lire en ligne).
  12. Jazia el Hammari, « La Harira, est-elle vraiment marocaine ? », sur www.yabiladi.com, (consulté le 14 novembre 2020)
  13. Jean-Luc Toula-Breysse, Les nouilles coréennes se coupent aux ciseaux. Miscellanées gourmandes et voyageuses, Arthaud, (ISBN 9782081354746, lire en ligne).
  14. (en) Jancis Robinson, The Oxford companion to wine, Oxford ; New York :, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-860990-2, lire en ligne), p. 453-454
  15. Riad Jamai, « Fes: région de Meknes production de vins marocains Guerrouane », sur Riad Jamai (consulté le 16 novembre 2020)
  16. « Vins du Maroc: les quatre domaines phares », sur La Revue du vin de France (consulté le 16 novembre 2020)
  17. a et b « LES BIÈRES MAROCAINES ⇒ Marque-Alcool.com » (consulté le 16 novembre 2020)
  18. a et b « HEINEKEN – GBM » (consulté le 16 novembre 2020)
  19. « La diète méditerranéenne se caractérise par un modèle nutritionnel qui est demeuré constant dans le temps et l’espace et dont les principaux ingrédients sont l'huile d’olive, les céréales, les fruits et légumes frais ou séchés, une proportion limitée de poisson, produits laitiers et viande, et de nombreux condiments et épices, le tout accompagné de vin ou d’infusions, toujours dans le respect des croyances de chaque communauté. » La diète méditerranéenne, UNESCO
  20. La diète méditerranéenne, UNESCO.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fatéma Hal, Le Grand Livre de la cuisine marocaine, Hachette pratique, 2005, 542 p. (ISBN 2-01-236888-3).
  • Patricia Massó, Couleurs et saveurs du Maroc, vol. 3 : Cuisine marocaine, Paris, YB éd., 2007, 28 p.
  • (en) Mourad Lahlou, Mourad : New Moroccan, Artisan Books, , 400 p. (ISBN 978-1-57965-702-4, lire en ligne)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • L'Explorateur des cuisines. Maroc , film de Timothée Janssen, Gédéon programmes, Paris, ADAV, 2008, 52 min (DVD).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]