Crystal Eastman

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Crystal Catherine Eastman () est une avocate et journaliste américaine, pacifiste, féministe et socialiste[1]. Elle est notamment connue pour avoir été l'une des meneuses dans le combat pour l'obtention du droit de vote pour les femmes aux Etats-Unis, en tant que co-fondatrice et co-éditrice, avec son frère Max Eastman, du magazine politique The Liberator; co-fondatrice de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté; et co-fondatrice, en 1920, de l'Union américaine pour les libertés civiles. En l'an 2000, elle entra au National Women's Hall of Fame à Senecca Falls, New York.

Jeunesse et éducation[modifier | modifier le code]

Crystal Eastman est née le 25 juin 1881 à Marlborough, dans le Massachusets. Elle la troisième parmi quatre enfants. En 1883, ses parents, Samuel Elijah Eastman et Annis Bertha Ford, décident d'emménager à Canandaigua, à New York, où son frère Max naîtra. L'année suivante, son frère aîné décède à l'âge de sept ans. En 1889, sa mère devient l'une des premières ministres protestante américaines pour l'Église congrégationaliste. Son père était également ministre de la Congrégation, et ils servirent tous les deux comme pasteurs à l'église Thomas K. Beecher près d'Elmira. Cette partie de New York se trouvait dans ce qu'on appelait alors le "Burned-over district"; durant le Second grand éveil survenu plus tôt dans le XIXème siècle, ce lieu fut le centre d'une activité évangélisante et religieuse intense, ce qui donna naissance aux courants Shakers et Mormons. Pendant la période dite de l'antebellum, des idéaux religieux inspirèrent la défense de causes sociales telles l'abolitionnisme et le soutien du chemin de fer clandestin américain.

Crystal et son frère Max Eastman furent influencés par ces pensées progressistes. Leurs parents s'étaient liés d'amitié avec l'écrivain Mark Twain, et la jeune Crystal fit sa connaissance par ce biais.

Elle était proche de son frère, activiste social, et avec qui elle gardera des contacts étroits toute sa vie. Ils vécurent plusieurs années ensemble au 11th Street, Greenwich Village, parmi d'autres activistes radicaux. Leur groupe d'amis, parmi lesquels on compte Ida RauhInez MilhollandFloyd Dell, et Doris Stevens, passe week-ends et vacances d'été à Croton-on-Hudson.

Eastman est diplômée du Vassar College en 1903 et reçoit une maîtrise universitaire ès lettres en sociologie (une matière assez nouvelle à l'époque) de l'Université Columbia en 1904. Elle obtient son diplôme de droit en 1907, sortant seconde de sa promotion à la York University Law School (désormais New York University School of Law).

Lutte contre les problèmes sociaux[modifier | modifier le code]

Paul Kellogg, éditeur de journaux et pionnier du questionnement sur les problématiques sociales, offrit à Crystal son premier emploi en lui demandant d'enquêter sur les conditions de travail des ouvriers, pour le journal The Pittsburgh Survey. L'enquête était sponsorisée par la Fondation Russell Sage. Son rapport, Work Accidents and the Law (1910), devint un classique et entraîna le vote de la première loi offrant une assurance accident, loi qu'elle rédigea sous la demande de l'Etat de New York.

Elle continua à faire campagne pour la sécurité et la santé dans le cadre professionnel, tout en œuvrant en tant que procureur chargée d'enquête pour la "Commission on Industrial Relations" américaine, sous Woodrow Wilson. Elle fut appelée "femme la plus dangereuse des Etats-Unis" à une époque, de par ses idéaux d'amour libre et sa véhémence.

Émancipation[modifier | modifier le code]

A l'occasion d'un mariage de courte durée avec Wallace J. Benedict, Eastman emménagea à Milwaukee, et s'engagea dans la campagne infructueuse de droit de vote des femmes dans le Wisconsin, en 1912.

Quand elle retourna dans l'Est en 1913, elle joignit ses forces à celles d'Alice Paul, Lucy Burns, et d'autres pour fonder la "Congressional Union for Woman Suffrage", qui deviendra plus tard le "National Woman's Party". Après que le 19ème amendement ait donné le droit de vote aux femmes en 1920, Eastman, Paul, et deux autres femmes rédigent l'Equal Rights Amendment (ERA), qui sera déposé pour la première fois en 1923. L'une des rares socialistes à soutenir l'ERA, elle avertit que toute législation protégeant les femmes ne serait que source de discrimination envers elles. Eastman affirmait que l'importance de l'ERA pouvait se mesurer à la forte opposition qui lui faisait face, et estimait que le combat valait la peine d'être mené. Elle prononça le discours "Now We Can Begin" qui suivit la ratification du 19ème amendement, traçant les grandes lignes des travaux nécessaires dans les sphères économiques et politiques pour atteindre l'égalité des sexes.

Contributions pour la paix[modifier | modifier le code]

Pendant la Première Guerre mondiale, Eastman fut l'une des fondatrices du "Woman's Peace Party", et fut bientôt rejointe par Jane Addams, Lillian D. Wald, et d'autres encore. Plus précisément, elle présida la branche new-yorkaise du parti. Renommé Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté en 1921, elle reste la plus ancienne organisation pacifiste féminine à ce jour. Eastman devint également la directrice exécutive de l'Union Américaine contre la Militarisation, qui fit du lobbying contre l'entrée des États-Unis dans la guerre en Europe et, avec de meilleurs résultats, contre le Mexique en 1916; lutta contre le mercantilisme militaire; et s'opposa au service militaire obligatoire et à l'impérialisme.

Quand les États-Unis prirent pied dans la Première Guerre mondiale, Eastman organisa, avec Roger Baldwin et Norman Thomas, le Bureau National des Libertés Civiles (National Civil Liberties Bureau), pour protéger l'objection de conscience, ou comme elle le formula elle-même: « Afin qu'il reste quelque chose vers lequel revenir après la fin de cette fatigante guerre. » Le BNLC se développa et devint l'Union américaine pour les libertés civiles, avec Baldwin à sa tête et Eastman comme avocate en chef. Bien qu'elle soit reconnue pour son rôle dans la naissance de l'Union, l'importance qu'elle eut dans celle du BNCL avant cela semble majoritairement ignoré dans l'histoire, probablement de par sa relation houleuse avec Baldwin.

Mariage et vie familiale[modifier | modifier le code]

En 1916 Eastman épousa l'éditeur Anglais et activiste anti-guerres Walter Fuller, qui avait rejoint les Etats-Unis pour diriger l'activité professionnelle de ses sœurs, à savoir les chants folkloriques. Ils eurent deux enfants ensemble, Jeffrey et Annis. Ils travaillèrent ensemble en tant qu'activistes jusqu'à la fin de la guerre; puis il travailla en tant qu'éditeur managérial pour The Freeman, jusqu'en 1922, quand il retourna en Angleterre. Il mourut en 1927, neuf mois avant Crystal, alors qu'il était éditeur pour le Radio Times à la BBC.

Après que le périodique créé par Max Eastman, The Masses, fut censuré par le gouvernement en 1917, Crystal et lui co-fondèrent un journal de pensée radicale axé sur la politique, les arts et la littérature, The Liberator, début 1918. Ils le co-éditeront ensemble jusqu'en 1922, avant d'en remettre les rênes à des amis de confiance.

Pendant les années 20, son seul travail rémunéré fut chroniqueuse pour des journaux féministes, en particulier Equal Rights et Time and Tide. Eastman déclara que "la vie était un long combat pour les féministes accomplies", mais était convaincue qu'un jour la victoire leur reviendrait.

Après la Guerre[modifier | modifier le code]

Eastman organisa le premier Congrès Féministe en 1919.

Elle voyageait de temps à autres à Londres par bateau, pour y retrouver son époux. A New York, ses activités l'amenèrent à être mise sur liste noire pendant la première Peur Rouge, en 1919-1920. Elle rencontra alors beaucoup de difficultés pour trouver du travail.

Décès[modifier | modifier le code]

Crystal Eastman mourut le 8 Juillet 1928 de néphrite. La garde de ses deux enfants fut confiée à des amis, chargés de les élever jusqu'à l'âge adulte.

Héritage[modifier | modifier le code]

Eastman fut considérée comme l'une des meneuses américaines les moins reconnues, car en dépit de la législation pionnière qu'elle rédigea et de la création d'organisations politiques toujours actives, l'Histoire oublie son nom pendant près de cinquante ans. Freda Kirchwey, éditrice pour The Nation au moment de sa mort, écrivit: « Quand elle parlait aux gens —qu'il s'agisse d'un petit comité ou d'une foule entière— les cœurs battaient plus vite. Elle représentait pour des milliers de personnes le symbole d'une femme libre. »

Son discours, "Now We Can Begin" est listé 83ème parmi les "100 plus grands discours américains du XXème siècle" selon American Rethoric.

En 2000, Crystal Eastman entra à titre posthume au National Women's Hall of Fame, à New York.

Œuvres écrites[modifier | modifier le code]

Papiers[modifier | modifier le code]

Les écrits d'Eastman sont conservés à l'Université d'Harvard.

Publications[modifier | modifier le code]

La bibliothèque du Congrès comporte les articles suivants, pour la plupart publiés à titre posthume:

  • 'Employers' Liability,' a Criticism Based on Facts (1909)
  • Work-accidents and the Law (1910)
  • Mexican-American Peace Committee (Mexican-American league) (1916)
  • Work accidents and the Law (1969)
  • Toward the Great Change: Crystal and Max Eastman on Feminism, Antimilitarism, and Revolution, édité par Blanche Wiesen Cook (1976)
  • Crystal Eastman on Women and Revolution, édité par Blanche Wiesen Cook (1978)

Références[modifier | modifier le code]