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Croiseur d'aviation

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Le "croiseur d'aviation lourd" soviétique Kiev en 1985.

Le "croiseur d'aviation" (également appelé "croiseur porte-avions") est un navire de guerre qui combine les caractéristiques d'un porte-avions et d'un navire de guerre de surface tel qu'un croiseur ou un cuirassé. Initialement, ce type hybride devait octroyer une plus grande polyvalence, en associant le meilleur de ce qu'un croiseur et un porte-avions peuvent fournir (avec des résultats plus ou moins réussis), il devient également après la Seconde Guerre mondiale un moyen de contourner divers traités ou réglementations. Le rôle et les capacités du type varient grandement au fil des ans, avec des rôles de combattant ou de support, et accueillant d'abord des hydravions, puis des hélicoptères, et enfin des avions V/STOL. Les Américains font également la distinction avec les navires issus de cuirassés, les dénommant "Battlecarrier" (en).

Seconde Guerre mondiale

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Les premiers croiseur d'aviation étaient à l'origine un concept expérimental des années 1930, visant à créer des navires de guerre polyvalents. Ils étaient généralement armés d'artillerie relativement lourde (de croiseurs légers voire lourds), et de plusieurs hydravions, faisant du navire une sorte de transport d'hydravions mieux armé. Ces premier croiseur porte-avions s'avéra être un échec. Le développement rapide de l'aéronautique navale dans les années 1930 rendit rapidement ces navires obsolètes, et ils furent reconstruits, par exemple, en croiseurs antiaériens.

Plan de conception préliminaire du "croiseur à pont d'envol" de type CF-2 tel qu'envisagé en janvier 1940
États-Unis

Un projet américain de "croiseur à pont d'envol" de 1930[1], a été décrit comme « un croiseur léger de classe Brooklyn à l'avant [et] la moitié d'un porte-avions de classe Wasp à l'arrière »[2]. Bien qu'ils n'aient pas été construits, des navires similaires ont été créés pendant et après la Seconde Guerre mondiale sous forme de reconstructions et plus tard à partir de la quille. Vers la fin de la guerre, plusieurs plans de reconversion des cuirassés en construction en hybrides porte-avions et cuirassé ("battlecarrier") furent envisagés, sans aboutir.

Vue du pont arrière du Mogami avec sept hydravions, trois F1M2 et quatre E13A1.
Japon

Les Japonais ont expérimenté le plus avec le concept, construisant plusieurs croiseurs d'aviation, et convertissant divers navires pour ce rôle hybride.

Ainsi, les croiseurs lourds de Classe Tone (1937) avaient pour armement principal quatre tourelles doubles de 20 cm placées à l'avant de la superstructure, et un pont de manœuvre des avions à l'arrière. Les navires pouvaient transporter jusqu'à huit hydravions, lancés par catapulte.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, en partie pour compenser la perte de porte-avions lors de la bataille de Midway, le Japon transforma ses cuirassés de classe Ise en porte-avions hybrides, plaçant le pont d'envol et le hangar à l'arrière pour remplacer les tourelles arrière, tout en conservant leurs canons principaux à l'avant et au milieu du navire. Le croiseur Mogami vit également ses tourelles arrière (endommagées à Midway) remplacées par des installations de manœuvre d'hydravions. Le Japon aura ainsi développé dix hybridations de porte-avions avant la fin de la guerre.

Allemagne

La Kriegsmarine allemande a également étudié plusieurs modèles de « Flugdeckkreuzer » (croiseurs de pont d'envol) en 1942, qui comprenaient des tourelles de canon de 20,3 ou 28 cm à l'avant du pont d'envol.

Un Osprey, sur la catapulte du Gotland
Suède

Dans les années 1930, et durant le début de la Seconde Guerre mondiale, la marine suédoise a également opéré le HMS Gotland (1933), un "croiseur léger porte-hydravion", ayant la capacité de déployer 6 hydravions Osprey par le biais d'une catapulte, dont le fait d'arme principal est l'identification du cuirassé allemand Bismarck par un hydravion, enclenchant ainsi sa traque par les forces alliées. Le croiseur fut converti en croiseur anti-aérien avant la fin de la guerre.

France

Tout comme pour les États-Unis, il fut envisagé de compléter le cuirassé Jean Bart en hybride de porte-avions cuirassé ("battlecarrier"), sans aboutir.

Après-guerre

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Après la Seconde Guerre mondiale, l'importance des porte-avions est clairement démontrée pour les puissances maritimes, et la plupart d'entre elles souhaitent alors en acquérir. Cependant, la majorité des marines firent face à diverses contraintes, notamment économiques, le coût de fabrication et d’entretien de véritables porte-avions étant relativement élevé, et légale, certains traités limitant alors les porte-avions. Des hybridations en « croiseur d'aviation » permettaient donc de contourner ces contraintes.

Croiseurs porte-hélicoptères

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Le Jeanne d'Arc dans le port de New York le 4 juillet 1986.

Une variante plus récente du porte-avions est le porte-hélicoptères, capable d'accueillir plusieurs hélicoptères, aussi bien pour des missions de transports que d'attaques, mais disposant des mêmes limitations que les porte-avions conventionnels, notamment en termes d'armement et d'autonomie.

Ainsi, là où les navires de surface tels que les croiseurs, destroyers et frégates disposent fréquemment d'installations aéronautiques de base, tels un hangar et une aire d'atterrissage, qui ne peuvent accueillir qu'un ou deux hélicoptères, et un porte-hélicoptères ne peut faire que ce rôle, un « croiseur porte-hélicoptères » permet d'étendre les capacités aériennes d'un croiseur, le tout pour un coût généralement inférieur à deux navires distincts.

On retrouve par exemple les croiseurs de classe Andrea Doria italiens, le Jeanne d'Arc français et les classe Moskva soviétiques, qui furent conçus comme des croiseurs lance-missiles à l'avant et porte-hélicoptères à l'arrière, ou bien les classe Tiger britanniques qui furent convertis pour accueillir des hélicoptères. La même démarche s'applique aux « destroyers porte-hélicoptères », partant d'une base généralement plus modeste.

Porte-avions contournant un traité

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Amiral Kouznetsov
URSS

Le cas le plus notable de désignation de porte-avions en « croiseur d'aviation » est celui de l'URSS (et de la Russie). L'Union Soviétique envisagea plusieurs projets de porte-avions conventionnels pour rivaliser avec les États-Unis, cependant, elle fut confrontée à deux problèmes majeurs, étant que la majorité de ses ports donnant accès aux océans sont limités d'accès en hiver, et le seul port disponible toute l'année, le port de Sébastopol, est limité par le détroit du Bosphore et la convention de Montreux, limitant l'accès aux porte-avions dans la mer Noire.

Ainsi, l'URSS développa les « croiseurs d'aviation lourds » des classe Kiev (1975) et Amiral Kouznetsov (1985), des navires disposant comme armement principal des avions V/STOL décollant depuis un pont d'envol, mais disposant également d'un armement offensif comparable aux autres croiseurs tels que des lance-missiles. Après la chute du bloc soviétique, la plupart de ces navires ont été vendus, dont trois ont notamment été convertis en véritables porte-avions par les marines indienne et chinoise.

Le 3 octobre 2021, les premiers F-35B ont effectué des atterrissages et des décollages depuis le JS Izumo
Italie et Japon

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Italie et le Japon se voient interdits de posséder des porte-avions. Pour remédier à cela, chaque marine se dotera de divers « croiseurs porte-hélicoptères » et « destroyers porte-hélicoptères » tels que décrits ci-dessus.

En 1983, l'Italie construit le Giuseppe Garibaldi, sous la désignation officielle de « croiseur porte-aéronefs », ce dernier étant équipé de divers missiles offensifs, mais ayant surtout un pont d'envol complet avec tremplin pour avions V/STOL. Ce navire fut en réalité conçu comme un porte-avions, la plupart de son armement étant retiré a postériori pour améliorer le pont d'envol.

En 2007, le Japon dévoile la classe Hyūga, et bien qu'officiellement désignés comme « destroyers porte-hélicoptères » DDH, leurs dimensions excèdent déjà certains autres porte-avions. En 2013 est également dévoilé la classe Izumo, qui avec leurs 248 m ressemblent d'avantage à des porte-avions, et qui suite à leur modernisation en 2020 (prévue depuis leur conception), il furent redésignés comme « navire d'escorte polyvalent porte-avions » CVM, ayant ensuite accueilli des avions F-35B.

Liste d'hybrides d'aviation

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Seconde Guerre mondiale
Après-guerre

Articles connexes

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Références

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  1. Friedman 1983, p.179.
  2. Bonner 1997, p.150.