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Crise migratoire à Ceuta en 2021

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Crise migratoire à Ceuta
Pays Frontière entre le Maroc et l'Espagne
Localisation Drapeau de l'Espagne Ceuta, Espagne
Coordonnées 35° 53′ 12″ nord, 5° 18′ 00″ ouest
Date 16 mai 2021
Bilan
Morts 2

Carte

La crise migratoire à Ceuta en 2021 fait suite à la traversée illégale de la frontière par des milliers de migrants marocains et subsahariens dans la nuit du 16 au . L'ouverture temporaire de la frontière a été organisée délibérément par le Maroc pour faire pression sur l'Espagne[1],[2].

Cet évènement se déroule sur fond de crise diplomatiques entre les deux pays, liée à la revendication par le Maroc du Sahara occidental , à l'accueil médical en Espagne du chef indépendantiste sahraoui Brahim Ghali, et à la crise économique au nord du Maroc, fortement aggravée par la pandémie de Covid-19[3]. Le Maroc reconnaitra avoir délibérément laissé passer les migrants[4]. L'évènement fait au moins deux morts par noyade. Le calme revient le [5].

L'enclave espagnole de Ceuta au Maroc n'est pas reconnue par le Maroc, mais l’absence de douane dans ces zones franches est mise à profit pour le commerce.

Depuis 1992, des accords signés par Rabat et Madrid permettent d’expulser automatiquement les Marocains entrés illégalement et les migrants subsahariens majeurs[6]. En 1993, l'Espagne construit avec le soutien de l'UE un mur à la frontière entre Ceuta et le Maroc[6]. Cette barrière donne au Maroc un outil de pression diplomatique, en lui permettant d'exercer un chantage migratoire[7],[8], dénoncé par les ONG[9].

Certains marocains peuvent franchir la frontière pour une courte durée dans une démarche de migration circulaire[6], mais dont les conditions de travail sont difficiles[10] et provoquent en 2017 la mort de deux femmes, piétinées dans des bousculades à la frontière entre Fnideq et Ceuta[11]. En 2019, le Maroc ferme le poste-frontière dévolu aux porteurs de marchandises entre le Maroc et Ceuta, officiellement pour réguler la contrebande, mais aussi pour faire pression sur l’Espagne sur la question du Sahara occidental[6],[12]. Depuis les accords de Madrid signés en 1975, ce territoire est partagé entre le Maroc et la Mauritanie, mais le Front Polisario réclame l'indépendance. En , Donald Trump reconnait la souveraineté marocaine, et le Maroc exige que l’Espagne fasse de même[13], alors que l’ONU, qui a classé le Sahara occidental territoire non autonome, voudrait que la question soit réglée par un référendum d’autodétermination[14].

La décision en 2019 de mettre fin à la contrebande qui faisait vivre toute la région laisse des milliers de personnes sans ressource[15],[16]. Au printemps 2020, la fermeture due à la pandémie de Covid-19 porte un coup à l’économie de Fnideq et de ses environs[17],[18]. Les traversées clandestines vers l’Espagne continuent, au rythme de plusieurs centaines d'arrivées par mois selon le ministère espagnol de l’intérieur[17], elles sont réprimées par l'Espagne[19]. En déjà, au moins 15 migrants marocains étaient morts noyés alors que des centaines essayaient de nager jusqu’à Ceuta. La police tire vers eux des balles en caoutchouc[20].

Chronologie

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Dans la nuit du 16 au , à la faveur d’un relâchement des contrôles frontaliers intentionnel de la part du Maroc, entre 8 000 et 9 000 Marocains et quelques migrants subsahariens[6], dont au moins 2 000 mineurs non accompagnés[9], traversent à la nage ou à pied la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta[6]. Le , la moitié d'entre eux avaient été expulsés[21],[22], des centaines d’autres échappent à la police[23].

Les corps d'au moins deux personnes mortes par noyade sont repêchés[24]. La photo d'un bébé sauvé de la noyade par un membre de la garde civile espagnole[25] devient virale[26],[27], et rappelle le sort d’Aylan Kurdi, l'enfant syrien retrouvé mort noyé sur une plage de Turquie en .

Selon les accords signés entre le Maroc et l'Espagne et le droit espagnol, les migrants adultes entrés illégalement à Ceuta et Melilla peuvent en effet être expulsés sans procédure ni délai. Au contraire, les mineurs doivent être pris en charge par l’Espagne[14]. Plus d'un millier d'entre eux, dont beaucoup d’enfants âgés de 7 à 14 ans emportés par le mouvement de foule vers la frontière, sont accueillis dans des structures d’accueil aménagées en urgence[23],[28],[29].

Crise diplomatique

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Cette crise migratoire, sans précédent pour l'Espagne, aurait été orchestrée intentionnellement par le Maroc[30],[31] alors que les relations entre les deux pays se sont envenimées depuis l'accueil en Espagne, fin , du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali, pour y être soigné de la Covid-19[32],[33]. Ennemi du Maroc, il est notamment accusé par Fadel Breika, un opposant politique sahraoui, de « détention illégale », « tortures » et « lèse-humanité »[34].

L'UE exprime immédiatement sa solidarité avec l’Espagne et lui promet son soutien, et rappelle au Maroc que les frontières espagnoles sont aussi des frontières européennes[12].

L'évènement aggrave la crise entre le Maroc et l'Espagne[35], avant qu'elle ne s'apaise en [36],[37], alors que le Maroc et l'Algérie qui continuent de s'opposer au sujet du Sahara occidental rompent leurs relations diplomatiques[38],[39].

Drame de Melilla en

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Les accès aux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla rouvrent le [40]. Mais le , une trentaine[41] de migrants meurent lors d’une nouvelle tentative d’entrée de près de 2 000 clandestins à Melilla[42],[43]. 133 migrants réussissent à entrer à Melilla et sont placés en centre de rétention. L’ONU dénonce « un usage excessif de la force » contre des migrants[44].

Notes et références

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  1. « L’entrée massive de migrants à Ceuta aggrave la crise diplomatique entre l’Espagne et le Maroc », journal, (lire en ligne, consulté le )
  2. « Invité international - Crise migratoire à Ceuta: «C'est un message envoyé à l'Union européenne» », sur RFI, (consulté le )
  3. « Crise migratoire à Ceuta : l'Espagne déploie l'armée, soupçons sur l'attitude du Maroc », sur euronews, (consulté le )
  4. Alexandre Aublanc, « Crise de Ceuta : le Maroc appelle l’Union européenne à ne pas « handicaper » son développement », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  5. « Accalmie à Ceuta, tensions persistantes entre le Maroc et l'Espagne », sur France 24, (consulté le )
  6. 1 2 3 4 5 6 « Ceuta et Melilla, étrange héritage de l’histoire coloniale », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  7. Anthony Bellanger, « Le chantage migratoire marocain », sur France Inter, (consulté le )
  8. « « En déléguant le contrôle de ses frontières à des pays voisins, l’Europe encourage le “chantage migratoire” » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  9. 1 2 « A Ceuta, la frontière entre le Maroc et l’Espagne s’apaise mais les tensions diplomatiques restent fortes », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  10. « Au poste-frontière de Ceuta, le calvaire des « femmes-mulets » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  11. « Maroc : deux « femmes-mulets » meurent piétinées à la frontière avec Ceuta », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  12. 1 2 « La Lettre de l’éduc. À Ceuta, le Maroc exerce-t-il un chantage aux migrants ? », sur Courrier international, (consulté le )
  13. « Diplomatie. Le Maroc met la pression sur l’Espagne à propos du Sahara occidental », sur Courrier international, (consulté le )
  14. 1 2 « A Ceuta, des décennies de crise migratoire entre l’Espagne et le Maroc », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  15. « Ceuta ou "la mort": des milliers de Marocains prêts à tout pour rallier l'Espagne », La Croix, (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le )
  16. « Ceuta ou "la mort": des milliers de Marocains prêts à tout pour rallier l'Espagne », sur LExpress.fr, (consulté le )
  17. 1 2 « Au Maroc, les migrants subsahariens fragilisés par les mesures anti-coronavirus », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  18. « « Nous n’avons plus aucun revenu » : l’arrêt de la contrebande plombe l’économie du nord du Maroc », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  19. « L’Espagne expulse « entre 100 et 120 » Marocains arrivés à la nage à Ceuta », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  20. « Migration: l'Espagne reconnait son erreur », sur BBC News Afrique, (consulté le )
  21. « Ceuta : la moitié des 8 000 migrants entrés dans l’enclave lundi a été expulsée par Madrid », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  22. « « Tout ça pour ça » : le dépit des migrants arrivés à la nage ou à pied à Ceuta et refoulés vers le Maroc », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  23. 1 2 « Espagne : l’impossible départ d’enfants et d’adolescents marocains échoués à Ceuta », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  24. « Ceuta : deux morts depuis le début des arrivées massives dans l'enclave espagnole », sur InfoMigrants, (consulté le )
  25. (es) Patricia Ortega Dolz, « El guardia civil que rescató un bebé en el mar: “Estaba helado, frío, no gesticulaba” », sur El País, (consulté le )
  26. Jacques Pezet, « Que sait-on de cette photo montrant le sauvetage d’un bébé à Ceuta ? », sur Libération, (consulté le )
  27. « Bébé sauvé de la noyade à Ceuta : « On n’avait rien vu d’aussi intense », raconte le garde civil espagnol », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  28. « Migrants. L’Espagne organise le renvoi de près de 800 mineurs vers le Maroc depuis Ceuta », sur Courrier international, (consulté le )
  29. « Migrants. À Ceuta, près de 1 500 mineurs marocains pris en charge par l’Espagne », sur Courrier international, (consulté le )
  30. « Crise des migrants à Ceuta : il est temps de sortir d’une certaine naïveté dans le regard porté sur le Maroc », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
  31. « King Muhammad of Morocco weaponises migration », The Economist, (ISSN 0013-0613, lire en ligne, consulté le ).
  32. « Sahara occidental : le chef du Front Polisario soigné du Covid-19 », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  33. « Tensions. Le chef du Front Polisario soigné en Espagne : un patient très encombrant », sur Courrier international, (consulté le )
  34. « Brahim Ghali en Espagne : vérités et mensonges », sur Middle East Eye édition française (consulté le ).
  35. « L’entrée massive de migrants à Ceuta aggrave la crise diplomatique entre l’Espagne et le Maroc », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  36. « L’Espagne renoue avec le Maroc après un an de brouille », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  37. « Diplomatie. L’Espagne et le Maroc en passe de redevenir “bons voisins” », sur Courrier international, (consulté le )
  38. « Le Sahara occidental « n’est pas à négocier », réaffirme le roi Mohammed VI du Maroc », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  39. « Sahara occidental : en voulant mettre fin à la crise diplomatique avec le Maroc, l’Espagne fâche l’Algérie », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  40. « Maroc-Espagne : les frontières terrestres rouvrent après deux ans de crise », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  41. Selon l’Association marocaine des droits humains, au moins 23 selon les autorités marocaines, qui font aussi état de 76 migrants et de 140 agents blessés.
  42. « Drame dans l’enclave espagnole de Melilla au Maroc : nouveau bilan de 23 migrants morts », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  43. « Drame de Melilla : comment une tentative d’entrée en Europe a conduit à la mort de dizaines de migrants », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  44. « Emotion et controverses après le drame de Melilla, dans le nord du Maroc », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )

Bibliographie

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Articles connexes

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