Crise de la vallée du Pankissi

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Crise de la vallée du Pankissi
Description de cette image, également commentée ci-après
Localisation de la région de Kakhétie en Géorgie où se trouve la vallée du Pankissi.
Informations générales
Date
(1 an, 7 mois et 3 jours)
(fin officielle de l'OEF Pankisi Gorge en 2004)
Lieu Vallée du Pankissi, Kakhétie (Géorgie)
Issue Victoire géorgienne
Belligérants
Drapeau de la Géorgie Géorgie

Soutien :
Drapeau des États-Unis États-Unis
Flag of Chechen Republic of Ichkeria.svg Rebelles tchétchènes
Flag of Jihad.svg Al-Qaïda (supposé)
Commandants
Drapeau de la Géorgie Edouard ChevardnadzeFlag of Chechen Republic of Ichkeria.svg Ibn al-Khattab
Flag of Jihad.svg Abou Atiya (supposé)
Forces en présence
2 400 soldats (2002)
1 000 policiers et soldats (2003)
200-800[1] combattants

Guerre contre le terrorisme

La crise de la vallée du Pankissi est une crise politico-militaire impliquant la Géorgie, la Russie et les États-Unis, en marge de la Seconde guerre de Tchétchénie. Les deux puissances firent pression sur le gouvernement géorgien afin de réprimer ce qu'elles considéraient comme les menaces terroristes posées par Al-Qaïda dans la vallée du Pankissi. 2 400 soldats géorgiens, soutenus par les Américains, furent déployés dans la région.

La crise de la ricine[modifier | modifier le code]

Selon les autorités russes et américaines, les terroristes de Abou Moussab al-Zarqaoui, chef de la branche irakienne d'Al-Qaïda, s'installent dans la vallée du Pankissi en 2002, proche de la frontière de Tchétchénie. D'après Igor Ivanov et Sergueï Ivanov, respectivement ministre des Affaires étrangères et ministre de la Défense russes, il est également possible que le chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden se cache lui-même dans la vallée du Pankissi[2],[3].

Dans le cadre des préparatifs de la guerre d'Irak début 2003, des dizaines de Nord-Africains (Algériens principalement) suspectés de préparer des armes chimiques et biologiques (ricine entre autres) sont arrêtés au Royaume-Uni, en France et en Espagne. Le secrétaire d'État des États-Unis Colin Powell indique que ceux-ci travaillaient pour le réseau terroriste de Zarqaoui implanté dans la vallée du Pankissi ainsi que pour le groupe extrémiste Ansar al-Islam actif au Kurdistan irakien. Les suspects arrêtés dans les trois pays sont relâchés par la suite, les substances trouvées sur eux étant inoffensives. Le 12 février 2003, Powell déclare que « la ricine qui fait son apparition un peu partout en Europe provient maintenant de l'Irak » et non plus du Pankissi[4].

Selon les agences de presse russes, en mai 2000, 1 500 combattants tchétchènes et 3 000 talibans se seraient massés dans des zones montagneuses de la Géorgie, prêts à franchir la frontière tchétchéno-géorgienne pour combattre l'armée russe. Ces allégations sont démenties par le directeur du Département géorgien de la protection des frontières Valéry Tchkhéidzé[5].

Entre 2002 et 2005, 27 personnes sont arrêtées en France (ou livrées à la France par des pays tiers), soupçonnées entre autres de préparer des armes chimiques et biologiques[6] ; trois d'entre elles s'étaient entraînées dans la vallée du Pankissi, selon l'accusation[7]. 11 prévenus sont reconnus coupables et condamnés à différentes peines de prison, en 2007[8]. Certains éléments du dossier suscitent des réserves[9] de Human Rights Watch qui invoque le fait que deux témoignages clés de l'affaire auraient été signés sous la torture en Syrie et en Jordanie[6]. L'avocat de l'un des condamnés prétend même qu'« il n'y a aucun élément concret pour démontrer une quelconque infraction » et qu'« on condamne quelqu'un parce qu'il est de culture arabe et musulman »[8].

Les opérations militaires géorgiennes[modifier | modifier le code]

Entraînement des forces géorgiennes en octobre 2002.

Le 20 octobre 2002, l'armée géorgienne neutralise une douzaine d'islamistes, d'origine arabe. Une voiture transportant trois d'entre eux est interceptée par les Géorgiens après avoir tué le chauffeur du véhicule[10].

Les Géorgiens et les Américains mènent de vastes opérations dans la région, capturant plusieurs islamistes[11]. 1 000 membres de la police et d'autres forces de sécurité sont envoyés sur place en août 2003 afin de mettre sur pied des checkpoints et maintenir l'ordre et la stabilité de la vallée.

Le 3 septembre 2003, le président géorgien Edouard Chevardnadze affirme que les forces de sécurité géorgiennes ont repris le contrôle de la vallée du Pankissi. Les officiels géorgiens annoncent également vouloir déployer des gardes-frontières supplémentaires près de l'Ingouchie et de la Tchétchénie, républiques russes[12].

Dans les années qui suivent, la Russie continue à accuser la Géorgie de permettre aux combattants tchétchènes d'organiser des raids à travers sa frontière. C'est ainsi qu'en juillet 2011, des médias russes rapportent, citant des sources sécuritaires, que 50-70 paramilitaires entraînés dans des camps « clandestins » (littéralement « de sous sol ») ont pénétré en Russie par la vallée du Pankissi[13]. Le chef de l'administration du ministère géorgien de l'Intérieur Chota Khizanichvili dément avec virulence ces informations : « Dans la vallée du Pankissi, il n'y a aucunes forces ni sous le sol, ni sur le sol, ni sur les balcons. Il s'agit de nouveaux délires propagés par les services secrets russes »[14].

Le programme d'entraînement des forces géorgiennes (Georgia Train and Equip Program), initié le 17 février 2002 dans le cadre de l'Opération Enduring Freedom – Pankisi Gorge, se termine en 2004 avec le retrait des 150 hommes des forces spéciales de l'armée américaine[15].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (ru) « Тбилиси требует от чеченских мужчин уйти из Грузии », sur РБК,‎ (consulté le 25 janvier 2019).
  2. (ru) « Иванов хочет воевать с бен Ладеном в Грузии », sur Газета.Ru,‎ (consulté le 25 janvier 2019).
  3. (ru) « Где искать Усаму Бен Ладена? », sur Время новостей,‎ (consulté le 25 janvier 2019).
  4. (en) Ricin Fever: Abu Musab al-Zarqawi in the Pankisi Gorge, The Jamestown Foundation, 5 mai 2005
  5. (en) Chronology for Adzhars in Georgia, consulté le 10 février 2013
  6. a et b Human Rights Watch, « La justice court-circuitée : Les lois et procédures antiterroristes en France » [PDF], (consulté le 25 janvier 2019), p. 48-50, 52-53.
  7. (en) French Seize 2 Algerians in Terrorist Inquiry, The New York Times, 15 mai 2004
  8. a et b Associated Press, « Condamnation des filières tchétchènes », sur 20 minutes, (consulté le 25 janvier 2019).
  9. Arnaud Mafille, « L'antiterrorisme français exemplaire selon Fillon ? Les faits prouvent le contraire », sur Le Plus, (consulté le 25 janvier 2019).
  10. (en) Al-Qaeda Alive and Ticking, TIME Magazine, 20 octobre 2002
  11. (en) U.S. Entangled in Mystery of Georgia's Islamic Fighters, The New York Times, 15 juin 2003
  12. (en) World Briefing Europe Georgia Region Under Control, The New York Times, 3 septembre 2003
  13. (ru) Никита Могутин, « 70 боевиков проникли в РФ через Панкисское ущелье », sur Life.ru,‎ (consulté le 25 janvier 2019).
  14. (ru) « Грузия называет "бредом" сообщения о переходе 70 боевиков в Россию из Панкисского ущелья », sur Газета.Ru,‎ (consulté le 25 janvier 2019).
  15. (en) Georgia Train and Equip Program (GTEP), GlobalSecurity.org, consulté le 10 février 2013