Crise énergétique mondiale de 2021-2022

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Prix du gaz fossile sur trois marchés, dans leurs monnaies respectives : Europe, Amérique, Royaume-Uni.

La crise énergétique mondiale de 2021-2022 est une pénurie d'énergie dans le monde, causée en 2021 par la forte reprise économique mondiale après la récession liée à la pandémie de Covid-19 de 2020, puis amplifiée à partir de mars 2022 par l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Contexte général[modifier | modifier le code]

Pays par réserves prouvées de gaz fossile (2018), sur la base des données du CIA World Factbook. L'Iran possède les deuxièmes réserves mondiales de gaz fossile après la Russie.

Forte hausse de la demande d'énergie[modifier | modifier le code]

Depuis l’automne 2021, la reprise économique mondiale a fait grimper le prix des matières premières (gaz, charbon et pétrole). Le gaz fossile est devenu un enjeu géopolitique entre l’Union européenne, la Russie et les États-Unis. La tension sur le gaz fossile au niveau mondial est aussi liée à l’augmentation du prix des quotas d’émission européens de dioxyde de carbone[1].

En 2021, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a constaté la plus forte augmentation jamais enregistrée de la demande mondiale d'électricité : +1 500 TWh, soit +6 %, à la suite du rebond économique mondial après la récession liée à la pandémie de Covid-19 en 2020. En pourcentage, c'est la plus forte augmentation depuis 2010. Elle a déclenché des pannes dans certains pays et conduit à une hausse historique des prix ainsi que des émissions de CO2. Selon l'AIE (janvier 2022), la volatilité du marché pourrait entraîner encore trois années de hausse des prix, ainsi que des émissions record de gaz à effet de serre[2].

Exportation énergétique[modifier | modifier le code]

En décembre 2020, après des mois de restrictions, la Chine bloque totalement les importations de charbon d'Australie, qui était la plus grande source de charbon importé par ce pays[3].

Les exportations américaines de gaz naturel liquéfié (GNL) vers la Chine et d'autres pays asiatiques ont bondi en 2021, les acheteurs asiatiques étant prêts à payer des prix plus élevés que les importateurs européens[4].

Sécheresse au Brésil[modifier | modifier le code]

La pire sécheresse au Brésil depuis près d'un siècle menace son approvisionnement en électricité[5]. Le Brésil dépend de l'hydroélectricité pour les deux tiers de son électricité[6].

Limitation de la production de gaz aux Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Le champ de gaz de Groningen aux Pays-Bas, le plus grand champ de gaz fossile d'Europe, arrêtera sa production d'ici la mi-2022. Selon Reuters, « l'extraction est rapidement devenue problématique ces dernières années, car une série de secousses causées par la production du gaz a endommagé des maisons et des bâtiments dans la région »[7],[8].

Marché carbone européen[modifier | modifier le code]

En septembre 2021, le commissaire européen à l'action climatique Frans Timmermans déclare au Parlement européen à Strasbourg « qu'« environ un cinquième » de l'augmentation des prix de l'énergie peut être attribué à la hausse du prix du CO2 sur le marché du carbone de l'Union européenne[9].

Guerre en Ukraine[modifier | modifier le code]

Le , la Russie coupe l'approvisionnement en gaz à la Pologne et à la Bulgarie pour sanctionner leur soutien à l'Ukraine et le refus de payer le gaz en rouble[10], puis à la Finlande[11]. Gazprom annonce le 30 mai 2022 la suspension de ses livraisons de gaz aux Pays-Bas, et le 31 mai au Danemark. Dans les deux cas, il s'agit de volumes relativement faibles à l'échelle de l'Europe, et l'importateur néerlandais Gas Terra avait déjà pris ses dispositions pour acheter son gaz ailleurs. Le ministre néerlandais de l'Environnement déclare qu'en cas d'urgence, la production pourrait être augmentée dans le champ gazier de Groningue[12],[13].

La Russie coupe ses exportations d'électricité vers la Finlande à la suite de l'annonce de sa volonté de rentrer dans l'OTAN. L'électricité russe représentait 10 % de la consommation mais la fin de ces importations ne devrait pas faire courir de risque sur la sécurité du réseau électrique finlandais[14].

Conséquences selon les pays[modifier | modifier le code]

Asie[modifier | modifier le code]

Chine[modifier | modifier le code]

La Chine fait face à sa pire crise énergétique depuis des décennies[15]. The Guardian rapporte que « les entreprises des centres industriels ont reçu l'ordre de limiter la consommation, les résidents ont été soumis à des pannes d'électricité progressives et les spectacles de lumière annuels ont été annulés »[16].

Les prix des métaux industriels tels que le cuivre, le zinc et l'aluminium ont atteint des niveaux records alors que les pénuries d'énergie en Chine font grimper les coûts de l'électricité et du gaz naturel[17],[18]. Le prix de l'aluminium atteint un sommet en 13 ans[19].

La crise énergétique intensifie les pressions sur la Chine avant les Jeux olympiques d'hiver de 2022[20].

Inde[modifier | modifier le code]

L'Inde est au bord d'une crise énergétique car les stocks de charbon du pays dans les centrales électriques sont dangereusement bas[21].

Europe[modifier | modifier le code]

L'Europe est plus vulnérable aux hausses des prix de l'énergie car elle importe environ 60 % de son gaz de Russie, d'Algérie et de Libye, ce qui fait grimper les prix, par rapport aux États-Unis qui bénéficient de prix du gaz relativement bas en raison de leurs sources nationales abondantes[22].

En raison d'une combinaison de conditions défavorables, qui impliquent une demande croissante de gaz naturel, la diminution de l'approvisionnement des États-Unis, de la Norvège et de la Russie sur les marchés européens, une production d'électricité moindre par les sources d'énergie renouvelables telles que le vent, l'eau et l'énergie solaire, et un hiver froid qui a laissé les réservoirs de gaz européens épuisés, l'Europe a été confrontée à de fortes augmentations des prix du gaz en 2021[23],[24],[25],[26]. Les marchés du gaz naturel liquéfié ont été tendus tout au long de 2021[27].

La Russie a entièrement approvisionné tous les contrats à long terme, mais n'a pas fourni de gaz supplémentaire sur le marché au comptant[28]. En octobre 2021, l'Economist Intelligence Unit signale que la Russie a une capacité d'exportation de gaz supplémentaire limitée en raison de sa propre demande intérieure élevée avec une production proche de son pic[28],[29]. Le 27 octobre 2021, le président russe Vladimir Poutine autorise le géant de l'énergie contrôlé par l'État Gazprom à commencer à pomper du gaz naturel supplémentaire dans les sites de stockage de gaz européens une fois que la Russie aura fini de remplir ses propres stocks de gaz, ce qui pourrait arriver d'ici le 8 novembre[30],[31]. Cette décision provoque une chute des prix mondiaux des ressources énergétiques et atténue la crise énergétique en Europe.

L'Union européenne est très dépendante du gaz naturel, qui représente 15 % de la consommation d'énergie en France ou en Pologne, 25 % en Allemagne et en Espagne, et plus de 40 % en Italie. Or une part prépondérante de ce gaz provient de Russie par gazoducs : jusqu'à 40 % certaines années, 30 % en 2021 ; il faut y ajouter des volumes de gaz naturel liquéfié (GNL) acheminés de Sibérie par des navires méthaniers. Le repli des importations russes explique en partie la flambée des cours du gaz en Europe, quatre fois plus élevés en janvier 2022 qu'un an avant, entraînant ceux de l'électricité. Washington, Berlin, l'Agence internationale de l'énergie et d'autres accusent Moscou d'avoir volontairement resserré les robinets pour faire monter les prix et faire pression sur les capitales occidentales. L'Europe peut augmenter ses importations de GNL des États-Unis, du Qatar ou d'Afrique. Sur certains jours en janvier 2022, le GNL a assuré jusqu'au quart de la demande européenne, et sur l'ensemble du mois, les volumes de GNL importés devraient être supérieurs aux achats de gaz russe, ce qui n'était jamais arrivé. Ceci a été rendu possible parce que la Chine, la Corée et le Japon étaient moins demandeurs de GNL, grâce à des températures clémentes en Asie du Nord. Mais au-delà d'un certain volume, les capacités européennes de regazéification du GNL seraient saturées[32].

Le 20 juillet 2022, l'Union européenne doit publier le document « Économiser le gaz pour un hiver sûr », face au « risque non négligeable » d’un arrêt complet de l’approvisionnement en gaz russe, qui définit une échelle à trois niveaux : « alerte précoce », « alerte » et « urgence »)[33]. Le gouvernement espagnol rejette le plan annoncé par la Commission européenne visant à réduire la consommation de gaz de 15 % dans les mois qui suivent ; Teresa Ribera, ministre de la Transition écologique, déclare alors que : « Quoi qu'il arrive, les familles espagnoles ne subiront pas de coupures de gaz ou d'électricité dans leurs maisons et le gouvernement défendra la position de l'industrie espagnole, qui a payé un prix élevé pour garantir la sécurité d'approvisionnement »[34].

Le 30 septembre 2022, les ministres européens de l'Énergie adoptent des mesures d'une ampleur sans précédent : chaque État membre devra prendre des mesures pour réduire sa consommation d'électricité de 5 % aux heures de pointe, entre le 1er décembre et le 31 mars et devra récupérer les surprofits engrangés par certains producteurs d'électricité à bas coût (nucléaire, charbon, renouvelables) lorsque l'électricité est vendue à plus de 180 euros le mégawattheure entre le 1er décembre et le 30 juin, pour financer des mesures de soutien aux consommateurs comme le blocage des prix de détail. Ils devront taxer les compagnies pétrolières sur leurs activités européennes de production d'hydrocarbures et de raffinage à un taux minimum de 33 % sur leurs bénéfices jugés excessifs en 2022 (profits supérieurs de 20 % à la moyenne des quatre dernières années). La Commission européenne estime que ces prélèvements sur les producteurs d'électricité et les compagnies pétrolières doivent rapporter 140 milliards d'euros, soit environ 1 % du PIB de l'Union[35].

Allemagne[modifier | modifier le code]

Comme dans le reste de l'Europe, la forte augmentation des prix de l'énergie menace les foyers allemands modestes. Dans un contexte où l'énergie est déjà la plus chère d'Europe pour les particuliers, les allocations versées aux 5,5 millions de bénéficiaires de minima sociaux ne suffisent pas à couvrir leur facture énergétique. Début 2022, les prix du gaz avait déjà bondi de 46,6 % par rapport à 2021. La multiplication des faillites de petits fournisseurs accroît encore la pression sur les prix[36].

En juin 2022, Robert Habeck, ministre de l'Économie, annonce une relance des centrales à charbon mises en réserve pour produire de l'électricité afin de faire face à une rupture d'approvisionnement en gaz russe. Le ministre décide ainsi de remplacer temporairement les centrales au gaz produisant de l'électricité par des centrales au charbon jusqu'ici mises en réserve en dépit de l'objectif de la nouvelle coalition de se passer de cette énergie fossile dès 2030. Le charbon représentait 31,5 % de la production d'électricité au premier trimestre 2022, en hausse par rapport à l'année précédente[37].

En juillet 2022, dans une note du comité d'études des relations franco-allemandes (CERFA), Patricia Commun estime que si la crise actuelle devait perdurer et ou s’accentuer, les industries les plus énergivores pourraient être conduites à des fermetures partielles ou totales de sites de production emblématiques et à quitter définitivement le sol allemand. La coalition au pouvoir, qui s’était unie sur un programme d’accélération de la transition énergétique, « est brutalement confrontée à un défi de réalité industrielle et géopolitique d’une gravité inédite. » Elle rappelle notamment que si la guerre en Ukraine a relancé la discussion sur la justification de l’arrêt de l’ensemble des centrales nucléaires au regard de la situation dramatique de pénurie énergétique dans laquelle l’Allemagne risque de se trouver à très courte échéance. Si cela est techniquement possible, une remise en route de centrales en cours d’arrêt ou en préparation d’arrêt nécessite le remplacement de pièces de sorte qu’il ne faudrait pas moins de 15 mois dans le meilleur des cas pour relancer ces centrales. « La décision de sortie du nucléaire privant l’Allemagne de 12 % de sa production d’électricité d’ici à fin 2022 a donc déjà produit ses effets inéluctables. »[38]

En aout 2022, le ministre de l'Économie annonce limiter le chauffage à 19 °C dans ses bâtiments publics[39].

Belgique[modifier | modifier le code]

En septembre 2021, une étude de la Commission de Régulation de l'Electricité et du Gaz montre une augmentation de 30 % du prix de l'électricité et de 50 % du prix du gaz naturel en Belgique[40].

Espagne[modifier | modifier le code]

En Espagne, les prix de l'électricité ont augmenté de plus de 200 %. Les protestations se sont multipliées et la question est devenue politiquement sensible pour le gouvernement de gauche, qui s'est engagé à aider ceux qui sont incapables de payer leurs factures d'énergie. Les entreprises énergétiques devront faire face aux coûts plus élevés tant que des mesures pour stabiliser les prix seront en place, mais elles seront remboursées ultérieurement par le biais de tarifs plus élevés, ce qui signifie, selon le gouvernement, que le coût global pour elles sera neutralisé. Néanmoins, les entreprises énergétiques s'opposent au plan du gouvernement espagnol[22].

Alors qu'elle est meneuse dans l'éolien et le solaire, l'Espagne dépend toujours fortement des importations d'énergie ; l'Algérie lui fournit plus d'un tiers de son gaz naturel et est le premier fournisseur de gaz du pays. En , l'Algérie déclare qu'elle ne renouvellera pas l'accord, qui a permis à son gaz naturel de transiter par le Maroc et l'Espagne au cours des 25 années précédentes. Cette évolution fait suite à une détérioration des relations algériennes avec le Maroc en rapport avec la région contestée du Sahara occidental[41]. Le , l'Algérie arrête les exportations de gaz naturel vers l'Espagne via le gazoduc Maghreb-Europe[42].

Un deuxième gazoduc, plus long, reliant l'Algérie à Almeria, sur la côte sud-est de l'Espagne, fournit en octobre 2021 16 % de ses importations totales de gaz naturel du pays. Il est prévu d'augmenter sa capacité de huit à dix millions de mètres cubes dans les prochains mois. Même ainsi, il ne comblera pas entièrement le déficit, à moins que les bateaux puissent apporter suffisamment de gaz naturel liquéfié en Espagne directement depuis l'Algérie[41].

La facture moyenne d'électricité des ménages a augmenté de 41 % en 2021, selon l'association de consommateurs OCU. Dans l'industrie, le poste « énergie » est passé de 50 % à plus de 80 % des coûts de production pour les secteurs électro-intensifs comme la sidérurgie ou la chimie. Certains groupes, dont ArcelorMittal, ont commencé à freiner la production ou même fermé temporairement certaines de leurs usines. L'indice des prix à la consommation a progressé de 6,7 % en 2021. La ministre de la Transition écologique, Teresa Ribera, annonce en septembre une taxe temporaire sur les « bénéfices excessifs » des sociétés de production et de fourniture d’électricité qui facturent au tarif de la technologie la plus chère, celle du gaz, l'énergie produite à moindre coût, dont le nucléaire ou l'énergie hydraulique, mais elle doit se résigner à adoucir son décret initial, sous la pression des énergéticiens, qui en échange acceptent de revoir les tarifs appliqués à leurs clients industriels[43].

France[modifier | modifier le code]

Les tarifs réglementés du gaz ont bondi de 59 % depuis le pour cinq millions de Français. Mi septembre 2021, le gouvernement promet un « chèque énergie » exceptionnel de 100 euros[44] et début octobre, le Premier ministre Jean Castex annonce un gel de ces tarifs pendant les sept mois suivants[45]. L'indice des prix des tarifs réglementés de vente de gaz sont début octobre 33 points au-dessus de leur niveau de 2015. Pour les prix de l'électricité, ils se situent en augmentation de 22,7 % par rapport à 2015. En quinze ans, la hausse des prix de l'électricité est estimée par Le Figaro se situer entre 60 et 62 %. Combinées, ces hausses représentent plusieurs centaines d'euros dans le budget annuel des ménages[46].

La crise énergétique a également un impact important sur les industriels très consommateurs d’énergie[47].

La crise énergétique de 2021, compliquée par les tensions politiques en Europe de l'Est et la rareté des approvisionnements en gaz naturel, a coûté à l'État français 580 millions  supplémentaires (685 millions $) sur un an[48].

Face à la forte augmentation des prix de gros de l'électricité, le gouvernement s'engage fin septembre 2021 à plafonner la hausse du tarif réglementé de vente (TRV) à 4 %, la hausse du tarif devant s'élever à 35 % si aucune mesure gouvernementale n'était prise. Il décide de réduire la principale taxe sur l'électricité, la taxe intérieure de consommation sur l'électricité (TICFE) qui est ramenée de 22,50 /MWh à 50 centimes, le minimum autorisé par Bruxelles, ce qui correspond à un coût de 8 milliards  pour le budget de l'État. Il impose à EDF d'augmenter de 20 TWh le volume d'électricité nucléaire vendu à prix réduit à ses concurrents, pour le faire passer à titre exceptionnel de 100 à 120 TWh. La mesure doit coûter entre 7,7 et 8,4 milliards  à EDF. Le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy y voit « une aide d'État en faveur de [ses] concurrents »[49].

Fin janvier 2022, tous les syndicats du groupe appellent à la grève pour protester contre la mesure qui oblige EDF à vendre davantage d’électricité nucléaire à bas prix à ses concurrents, dans le cadre du dispositif de l’ARENH. Cette décision contraint EDF à acheter cher, sur les marchés de gros, de l’électricité qu’il devra revendre à un tarif bien plus bas (46,20 ) à ses concurrents. L’opération devrait coûter environ 3 milliards  à la société. Elle l’obligera également à modérer la hausse appliquée à ses propres clients, ce qui entraînera, selon l'entreprise, un manque à gagner de 5 milliards  (3 milliards  selon d’autres sources)[50].

En janvier 2022, la société Oui Energy entre en procédure de redressement judiciaire pour son activité de fourniture d'électricité et de gaz (157000 clients), connue sous la marque Planète Oui, en raison de la flambée des prix de l'énergie. E.Leclerc Énergie avait arrêté de fournir de l'électricité à ses clients fin octobre 2021. Le fournisseur Hydroption s'est retrouvé en liquidation judiciaire. La société Bulb, filiale d'un groupe britannique en faillite, vient à son tour de perdre son autorisation de vente en France. Le danois Barry cesse de commercialiser son offre d'électricité à « tarification dynamique », qui s'aligne sur l'évolution des cours sur les marchés de gros. Cdiscount Energie (groupe Casino) arrête la fourniture de gaz à compter du 6 avril[51].

En avril 2022, Réseau de transport d'électricité (RTE) déclenche l’alerte orange montrant la fragilité du système et une sécurité d'approvisionnement non acquise. La France est contrainte d'importer de l’électricité d'Allemagne et d'Angleterre notamment. Les capacités de production en baisse de la France ont pour effet de faire momentanément grimper en flèche les prix spot dans le pays, ceux-ci atteignant jusqu'à 3 000 euros le MWh, contre près de dix fois moins ailleurs en Europe. En effet, alors que le mix électrique de la France repose toujours, en théorie, à presque 70 % sur son parc nucléaire, celui-ci peine à atteindre les 50 %[52]. La vétusté des équipements nucléaires a pour conséquence que seuls 44 réacteurs sur 56 seront en état de marche durant l'hiver 2022-2023 posant la question du risque de pénurie d’électricité[53].

En juillet, le gouvernement annonce la relance de la centrale à charbon de Saint-Avold, en Moselle, pour faire face à la pénurie de gaz et d’électricité pour l’hiver[54],[55] Cette décision contredit la promesse d’Emmanuel Macron, qui affirmait que d’ici 2022, la France ne compterait plus aucune centrale à charbon, énergie la plus polluante en matière d’émission de CO₂ pour produire de l’électricité[56].

Selon une estimation publiée par la Commission de régulation de l'énergie, les demandes de résiliation de contrats de vente d'énergie renouvelables à prix garanti représentaient déjà 1,3 GW en juillet 2022, sur les 13 GW de solaire et 19 GW d'éolien branchés au réseau en France. Ces sorties de contrat concernent principalement les filières éolienne et hydraulique. Avant 2014, les producteurs bénéficiant de ces contrats n'avaient pas l'obligation de rembourser les aides versées par l'État ; ce dernier envisage d'introduire un mécanisme de pénalité dans le projet de loi de finances 2023 pour les producteurs qui décideraient de s'en remettre intégralement au marché, avant la fin de leurs contrats avec l'État[57].

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

À partir d'août 2021, les prix de gros élevés du gaz naturel en Europe entraînent la fermeture de certains petits fournisseurs nationaux. En septembre 2021, l'achat mû par la panique d'essence et de gazole par les consommateurs britanniques provoque de graves perturbations dans l'approvisionnement en carburant routier[58].

Sur la cinquantaine de fournisseurs alternatifs d'électricité actifs en juillet 2021, 26 ont fait faillite entre août 2021 et janvier 2022, ne pouvant relever les prix au-delà du plafond tarifaire fixé de manière réglementaire. Or ce plafond doit être révisé en avril, et son augmentation pourrait dépasser 50 % selon la fédération Energy UK. Selon une étude du think tank « Resolution Foundation », près de 27 % des ménages pourraient basculer dans la « précarité énergétique » (dépenses d'énergie supérieures à 10 % du budget), contre 9 % en janvier[59].

Tchéquie[modifier | modifier le code]

En octobre 2021, la cessation d’activités d’un fournisseur d'énergie tchèque et opérateur du marché de l'électricité place 900 000 clients face à une envolée des prix de l’énergie. Leur approvisionnement sera assuré aux nouveaux prix du marché par le fournisseur dit de dernier recours, c'est-à-dire par le principal fournisseur sur un territoire de distribution donné[60],[61].

Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Les États-Unis sont exportateurs nets d'énergie en 2019. Ils sont les premiers producteurs mondiaux de pétrole (en incluant les différents hydrocarbures liquides) depuis 2017 et de gaz naturel depuis 2011 grâce à la contribution croissante de leurs hydrocarbures de schiste[62].

En 2021, les prix à la consommation aux États-Unis ont augmenté de 7 % ; c'est le rythme annuel le plus élevé enregistré depuis quarante ans. En particulier, les prix de l'énergie ont progressé de 29,3 %. L'opposition républicaine accuse le plan d'aide adopté au printemps 2021, qui a déversé des centaines de milliards de dollars sur les comptes bancaires des Américains, au moment où l'offre se grippait et allait faire grimper les prix[63].

Réponses apportées[modifier | modifier le code]

En octobre 2021, le producteur américain Venture Global LNG signe trois accords d'approvisionnement à long terme avec l'entreprise publique chinoise Sinopec pour fournir du gaz naturel liquéfié. Les importations chinoises de gaz naturel américain vont plus que doubler[64].

Le 28 octobre 2021, les prix du gaz naturel en Europe chutent d'au moins 12 % après que Gazprom a annoncé qu'elle augmenterait ses approvisionnements en Europe après le remplissage des sites de stockage nationaux russes vers le 8 novembre. La Norvège augmente sa production de gaz et la baisse des prix du charbon en Chine contribue également à la baisse des prix du gaz naturel[65],[30].

Réponses et commentaires des dirigeants politiques[modifier | modifier le code]

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a imputé la flambée record des prix de l'énergie aux projets du pacte vert pour l'Europe de la Commission européenne[66]. Selon Politico, « malgré l'impact des prix élevés de l'énergie, [le commissaire européen à l'énergie] Kadri Simson a insisté sur le fait qu'il n'était pas prévu de revenir sur le bloc du pacte vert , qui vise à rendre l'UE climatiquement neutre d'ici 2050 »[67]. S'exprimant lors du sommet sur le climat COP26 à Glasgow, le Premier ministre tchèque Andrej Babiš dénonce le pacte vert pour l'Europe, affirmant que la Commission européenne « continue de proposer des politiques dangereuses telles que l'interdiction des moteurs à combustion en 2035, ou des quotas de carbone pour les transports et le logement individuel. à cause d'une législature inappropriée et de la spéculation, le prix des droits d'émission est devenu incontrôlable, entraînant la flambée des coûts de l'électricité. »[68],[69].

Le conseiller à la sécurité nationale du président américain Joe Biden, Jake Sullivan, a publié une déclaration appelant l'OPEP+ à augmenter la production de pétrole pour « compenser les précédentes réductions de production imposées par l'OPEP+ pendant la pandémie jusqu'en 2022 »[70]. Le 28 septembre 2021, Sullivan rencontre en Arabie saoudite le prince héritier saoudien. Mohammed ben Salmane pour discuter des prix élevés du pétrole. Le prix du pétrole est d'environ 80 $ en octobre 2021, le plus haut depuis 2014[71].

Le ministre iranien du Pétrole Javad Owji déclare que si les sanctions dirigées par les États-Unis contre l'industrie pétrolière et gazière iranienne étaient levées, l'Iran aurait toutes les capacités pour faire face à la crise énergétique mondiale[72]. Le ministre qatari de l'énergie, Saad Sherida Al-Kaabi, note qu'il « y a une énorme demande de tous nos clients, et malheureusement nous ne pouvons pas répondre à tout le monde. Malheureusement, à mon avis, cela est dû au fait que le marché n'investit pas assez dans l'industrie [du gaz]. »[73]

Pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, « l'Europe d'aujourd'hui est trop dépendante du gaz et trop dépendante des importations de gaz. La réponse tient à la diversification de nos fournisseurs... et, surtout, à l'accélération de la transition vers une énergie propre »[74]. Le commissaire européen à l'action climatique Frans Timmermans suggère de manière semblable que « la meilleure réponse à ce problème aujourd'hui est de réduire notre dépendance aux combustibles fossiles. »[75]

Le ministre français de l'Économie Bruno Le Maire estime que « le choc gazier que l'on vient de connaître est équivalent au choc pétrolier de 1973 ». Le gouvernement travaille sur trois types de solutions : sur la réforme du marché européen de l'énergie pour que les prix de l'électricité dans chaque pays reflètent le coût véritable de son mix énergétique ; sur l'indépendance énergétique qui passe par des investissements dans les capacités de production ; sur l'innovation, notamment en matière de stockage de l'énergie[76].

Réponse de l'Union européenne à la crise du gaz russe[modifier | modifier le code]

Économies du gaz en Europe[modifier | modifier le code]

Le 26 juillet 2022, les ministres européens de l'énergie ont approuvé un plan assurant une sécurité énergétique pour faire face à la perturbation des approvisionnements en gaz russe, qui concerne les États européens à des degrés différents. Dans ce contexte, les pays tablent sur des économies d'énergie pour l'hiver 2022-2023[77].

Analyses et critiques[modifier | modifier le code]

Certains critiques ont accusé le système d'échange de quotas d'émission de dioxyde de carbone de l'Union européenne (EU ETS) et la fermeture des centrales nucléaires d'avoir contribué à la crise énergétique[78],[79]. Le gouvernement Merkel en Allemagne a décidé de supprimer les centrales nucléaires et les centrales au charbon[80].

Le Kremlin a été accusé de vanter la nécessité du gazoduc Nord Stream 2, mais certains analystes énergétiques considèrent que les pénuries d'énergie en Europe sont auto-infligées et accusent, entre autres, les sanctions de l'Union européenne contre les entités russes[27].

Pour Nikolas Gvosdev, l'Union européenne s'est engouffrée dans la crise énergétique par ses propres manœuvres. En voulant émousser les ambitions géopolitiques de la Russie en usant de leur position d'acheteur, les gouvernements européens ont encouragé les services publics de gaz à passer au lieu de gros contrats pluriannuels avec la société russe Gazprom des accords « juste à temps », permettant d'acheter de l'énergie pour une utilisation à court terme à des prix compétitifs sur le marché au comptant. Dans le même temps, l'Europe devait investir dans de nouvelles interconnexions et gazoducs à travers le continent, garantissant qu'aucune région ne dépendrait d'un seul port d'entrée pour l'énergie. Les Européens avaient notamment pensé qu'ils pouvaient trouver un moyen d'amener les vastes réserves de gaz de l'Iran et de l'Asie centrale vers l'Ouest, mais une combinaison de coûts de développement élevés, de sanctions américaines continues contre l'Iran et d'une demande accrue de la Chine a rendu difficile pour l'Europe d'atteindre cet objectif[81].

Dans le même temps, l'espérance qu'un consortium d'États de la Méditerranée orientale, liés par l'attrait du profit partagé, prenne des dispositions pour développer les gisements de gaz offshore nouvellement découverts, ne s'est pas réalisé en raison de l'incapacité des États de la région de régler leurs revendications concurrentes sur la Méditerranée orientale[81]. La proposition de l'administration Trump que les Européens achètent de plus grandes quantités de gaz nord-américain butte également sur une infrastructure d'exportation américaine vers l'Europe sous-développée et de prix plus élevés que ce que les acheteurs européens sont prêts à payer[81]. Alors que les fournitures « juste à temps » sont devenues introuvables et que Pékin semble disposée à surenchérir sur l'Europe afin de garantir qu'il n'y aura pas de pénurie d'énergie en Chine pendant l'hiver 2021/2022, l'Union européenne se retrouve prisonnière de ses calculs politiques et géopolitiques[81].

Cette situation fournit un nouveau levier au président russe Vladimir Poutine qui a laissé entendre que si le gazoduc Nord Stream 2, qui attend une décision de certification des régulateurs allemands, n'est pas certifié, l'Europe ne verra pas un seul mètre cube de gaz au-dessus de ce qui est requis par l'Accord gaz de 2019[81].

Pour Benjamin Coriat, la crise énergétique est le « symptôme d'une transition écologique mal préparée ». Selon lui, les États européens ont entrepris le processus de la transition sans encadrer les prix de l'énergie. La crise traduirait ainsi « le manque d'anticipation et l'irresponsabilité de nos dirigeants en matière climatique ». Le marché du carbone fait l'objet de spéculations et est « une catastrophe qui n'a plus rien à voir avec la défense de l'environnement »[82].

Dans un éditorial du Financial Times en septembre 2022, Fatih Birol, directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie, s'oppose à « trois mythes sur la crise énergétique mondiale » qui, à son avis, sont erronés : la Russie n'est pas en train de gagner la guerre de l'énergie, car ses gains à court terme en recettes d'exportation sont plus que compensés par les pertes de marchés et de confiance qu'elle va subir durant de nombreuses années ; elle s'est aliéné l'Union européenne, son principal client, et sa capacité à exploiter ses réserves pétrolières et gazières est compromise par les sanctions qui la privent d'accès aux technologies occidentales. Ses projets de quadrupler ses exportations de gaz naturel liquéfié d'ici 2035 apparaissent désormais irréalisables. Le second mythe, selon lequel la crise actuelle serait une crise des énergies propres, n'a aucune base réelle : au contraire, tous les décideurs politiques regrettent maintenant de ne pas avoir développé plus vite le solaire et l'éolien, l'efficacité énergétique et le nucléaire. Le troisième mythe est que la crise actuelle pourrait nous empêcher d'affronter le changement climatique. Au contraire, cette crise a mis en évidence le caractère insoutenable du système énergétique actuel et a suscité des plans d'accélération de la transition énergétique, comme le plan européen « REPowerEU » et la loi américaine « Inflation Reduction Act », les efforts accrus du gouvernement japonais pour accroître la production d'électricité nucléaire et renouvelable avec son plan « GX green transformation », les records enregistrés par la Chine dans les énergies renouvelables et les véhicules électriques et la mise en place en Inde d'un marché carbone[83].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]