Creep (chanson de Radiohead)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Creep.
Creep

Single de Radiohead
extrait de l'album Pablo Honey
Sortie
Durée 3:59
Genre Rock alternatif, grunge
Auteur Thom Yorke
Producteur Sean Slade
Paul Q. Kolderie
Label Parlophone
EMI

Singles de Radiohead

Creep est une chanson du groupe britannique de rock Radiohead, écrite par le chanteur Thom Yorke. Creep a été le premier single de Radiohead, sorti en 1992, et est apparue plus tard sur leur premier album, Pablo Honey.

Creep n'est devenu un succès mondial qu'après sa réédition en 1993. Le titre rencontre au départ peu de succès au Royaume-Uni mais décolle aux États-Unis. La version acoustique du titre a sa propre notoriété parmi les fans.

Paroles et musique[modifier | modifier le code]

Thom Yorke aurait écrit cette chanson alors qu'il était étudiant. Étant tombé amoureux d'une jolie fille inaccessible car d'un milieu social bien au-dessus du sien, il l'aurait suivie sans espoir pendant quelques jours sans oser l'aborder, y compris dans des quartiers huppés où il sentait sa présence complètement déplacée[1].

Cela correspond bien au texte de la chanson, comme le montre cet extrait du premier couplet et le refrain : « When you were here before / Couldn’t look you in the eye / You're just like an angel / Your skin makes me cry / You float like a feather / In a beautiful world / I wish I was special / You’re so fucking special / But I’m a creep / I’m a weirdo / What the hell am I doing here ? / I don’t belong here », soit en français : « Quand tu étais là tout à l'heure / Je ne pouvais pas te regarder dans les yeux / Tu es comme un ange / Ta peau me fait pleurer / Tu flottes comme une plume / Dans un monde merveilleux / J'aimerais être spécial / Tu es si foutrement spéciale / Mais je suis un détraqué / Je suis un barjot / Qu'est-ce que je fous ici ? / Je n'ai pas ma place ici ».

La thématique abordée est donc celle du jeune homme qui se sent à part, et qui a l'impression d'être amoureux sans espoir d'être aimé en retour. Comme on peut l'imaginer, cette thématique a évidemment joué un rôle important dans la popularité du titre[2]. Cet aspect à la fois adolescent et intime a peut-être une part dans le hiatus entre le public, qui adorait ce morceau intemporel, et le groupe, qui voulait passer à autre chose et ne pas se cantonner à un seul et unique tube.

Selon une autre interprétation, le texte peut également être vu comme l'expression d'un dégoût de soi, la complainte d'un être qui ne s'aime pas et qui l'exprime de façon brutale, tel qu'il le ressent. Une autre interprétation encore en fait l'expression d'une rancœur et d'un sentiment d'injustice par un déclassé social et affectif – « You're so fucking special » étant alors à comprendre moins comme un compliment emphatique et désespéré adressé à une femme estimée intrinsèquement supérieure, que comme une remarque à l'ironie cinglante[3] tournant en dérision le caractère factice de tout ce qui la distingue (rappelant en cela Like a Rolling Stone de Bob Dylan), comme de ce qui le désigne, lui, du point de vue de la hiérarchie sociale, comme un « taré », un « détraqué ».

Il est à noter que pour le marché nord-américain, les paroles ont été modifiées pour s'accommoder avec la censure des mots jugés obscènes à la radio, la ligne « You're so fucking special » devenant « You're so very special » sur le single édité à l'occasion.

Musicalement, tout le morceau est composé sur une boucle de quatre accords : sol majeur (G), si majeur (B), do majeur (C), do mineur (Cm)[4]. La différence se fait entre les couplets, à la tonalité calme et plaintive, ou les guitares égrènent les accords en arpèges, et les refrains, lancés par un grattement de guitare au son saturé de la part de Jonny Greenwood, où le volume monte avec les accords plaqués et les guitares distordues. La légende raconte que Jonny Greenwood a fait cela car il n'aimait pas la chanson et le ton calme des couplets[5].

Radiohead a toujours entretenu un rapport compliqué avec cette chanson, et a même totalement cessé de la jouer en tournée durant les années 2000. En dehors d'une interprétation offerte au public du festival de Reading en août 2009[6], il faut attendre sept années supplémentaires, et le passage de la tournée mondiale 2011-2012, pour que le groupe d'Oxford égrène à nouveau les quatre accords de son vieux tube, le 23 mai 2016 au Zénith de Paris, en rappel[6],[7].

Crédits[modifier | modifier le code]

Les droits d'auteurs et les crédits de ce titre sont partagés avec les auteurs Albert Hammond et Mike Hazlewood depuis qu'il a été notifié que des similarités existaient entre certains accords de Creep et ceux de la chanson The Air That I Breathe composée en 1972, notamment reprise par les Hollies en 1974. Radiohead prétendait ne pas avoir remarqué[8], ce qui peut être un exemple de cryptomnésie[9].

À son tour, le groupe attaque Lana Del Rey pour plagiat en janvier 2018, puisqu'elle utilise les mêmes quatre accords – et pratiquement note pour note la même mélodie durant les couplets – sur son titre Get Free extrait de son album Lust for Life[10] (dont le titre reprend incidemment celui d'un album d'Iggy Pop sorti en 1977).

Reprises[modifier | modifier le code]

La chanson a fait l'objet de nombreuses reprises ; parmi les plus notables citons :

  • La chorale féminine Scala & Kolacny Brothers, dont la version a été utilisée pour la bande-annonce du film The Social Network[11] (2010) ; cette reprise a également été utilisée à la fin de l'épisode 22 de la saison 11 d'Esprits criminels.
  • Roland Orzabal reprend Creep sur scène lors de la seconde tournée solo des Tears for Fears, « Raoul and the kings of Spain » en 1995-96. Il continue ensuite de l’interpréter en live depuis la reformation du groupe avec Curt Smith en 2004.
  • Le groupe de nu metal Korn a repris ce titre en acoustique sur leur album live MTV Unplugged: Korn (2007).
  • Les Pretenders ont repris Creep sur l'album live KID[12]
  • La reprise la plus « creepy » est probablement[non neutre] celle des Northern Kings sur leur album Reborn sorti en 2007. L'ajout (entre autres) d'une boîte à musique volontairement entêtante donne au titre une atmosphère très cinématographique, entre l'opéra-rock et le film d'horreur[13].
  • Prince a réinterprété Creep sur scène lors du Festival de Coachella en 2008[14], changeant de façon significative les paroles, avec pour effet d'infléchir le point de vue du narrateur dans un sens qui n'est plus ironique ou auto-dépréciatif (« You just want to have control... You want a perfect body... »), mais au contraire porteur d'une revendication de cette étrangeté évoquée dans le refrain, la supplique désespérée empreinte de haine de soi devenant une manœuvre de séduction troublante mais globalement positive (« I wish you were special... I think you're special »)[3]. L'artiste était furieux en découvrant qu'un enregistrement vidéo avait été diffusé sur Internet, exigeant son retrait, mais les membres de Radiohead – ayant droit du titre – s'en sont amusés et ont choisi de ne pas intervenir[3].
  • Clint Mansell a repris Creep pour la bande son du film Ordure ! (Filth), réalisé par Jon S. Baird en 2013.
  • Karen Souza a repris ce titre dans une version Jazz langoureuse ; cette version apparaît d'ailleurs de façon récurrente dans Zero Theorem de Terry Gilliam (2013).[réf. nécessaire]
  • Francis Métivier reprend ce titre dans sa performance Rock'n philo. Il en fait en outre l'analyse philosophique dans le livre Rock'n philo (vol.1) en mettant la chanson en perspective avec la critique nietzschéenne de la morale de la culpabilité.
  • Macy Gray a repris ce titre lors de son concert à La Cigale en 2017[15].

Liste des pistes[modifier | modifier le code]

Édition originale britannique
  1. Creep – 3:55
  2. Lurgee – 3:07
  3. Inside My Head – 3:12
  4. Million Dollar Question – 3:18
(Cassette)
  1. Creep – 3:56
  2. Faithless, the Wonder Boy
Réédition britannique de 1993 (CD)
  1. Creep (album version) – 3:58
  2. Yes I Am – 4:25
  3. Blow Out (remix) -
  4. Inside My Head (live) – 3:07
Réédition britannique de 1993 (vinyle 12")
  1. Creep (acoustic) – 4:19
  2. You (live) - 3:39
  3. Vegetable (live) - 3:07
  4. Killer Cars (live in Japan) - 2:17

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Creep sur RadioHead.fr
  2. [1] Lors de la session MTV Unplugged de Korn, Jonathan Davis introduit ainsi la reprise de ce titre par le groupe : « This song gave me a lot of strength every time I heard it. And I want to dedicate it to all the kids and adults out there who've ever been picked on or made to feel inadequate. » (Cette chanson me donnait beaucoup force à chaque fois que je l'écoutais, et je veux la dédier à tous les gamins et adultes à qui il est déjà arrivé de se faire harceler, ou bien d'être amenés à se sentir inadéquats.)
  3. a b et c « Prince Is Being A “Creep,” Radiohead Tell Him He’s A Loser », sur Stereogum, (consulté le 23 août 2019)
  4. Tablature de Creep sur ultimate-guitar.com
  5. Radiohead: 10 Geeky Facts About ‘Creep’ sur NME.com, en ligne le 8 avril 2015, consulté le 19 avril 2019
  6. a et b (en) « See Radiohead Play 'Creep' Live For First Time in Seven Years », sur Rolling Stone, (consulté le 30 mai 2016).
  7. [vidéo] Vidéo de Creep en concert le 23 mai 2016 au Zénith de Paris sur YouTube.
  8. (en) Tim English, Sounds Like Teen Spirit: Stolen Melodies, Ripped-Off Riffs, and the Secret History of Rock and Roll, 2007, p. 149, (ISBN 9781583480236).
  9. (en-GB) Ben Wardle, « Get off Coldplay's case – similar songs can co-exist peacefully », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 8 janvier 2018).
  10. FranceInfo avec AFP, « Le groupe Radiohead attaque Lana Del Rey, qu'il accuse d'avoir plagié sa chanson "Creep" dans son dernier album », sur Franceinfo, (consulté le 30 juillet 2018).
  11. (en) http://www.nydailynews.com/entertainment/movies/2010/07/15/2010-07-15_social_network_trailer_premieres_and_represents_facebooks_ceo_mark_zuckerberg_as.html New York Daily News
  12. Creep chanté live par les Pretenders, sur Youtube
  13. (en) Creepy Radiohead Covers, UpVenue.com
  14. « Creep – Prince at Coachella 2008 (Uploaded via Permission from Radiohead & NPG Music Publishing) », sur YouTube (consulté le 30 mai 2016)
  15. « Macy Gray en concert à La Cigale », sur Arte.tv, (consulté le 13 janvier 2019) : « Macy Gray vient ici entourée de musiciens pour présenter son album Stripped. Fidèle à l'esprit de cet opus publié en 2016, l'Américaine reprend ses plus grands succès dans des arrangements très jazzy. »

Liens externes[modifier | modifier le code]