Mouvement artistique
Un mouvement artistique ou courant artistique est un ensemble d'artistes et d'œuvres artistiques ayant une esthétique ou une démarche commune. Les historiens de l'art utilisent généralement la notion de mouvement lorsque le groupe qui y est associé se réclame d'un corpus théorique défini (souvent par un manifeste). La notion de « courant » désigne des tendances plus larges, identifiées souvent a posteriori.
Définition
[modifier | modifier le code]La notion du mouvement dans l'art peut recouvrir plusieurs définitions. L'acception générale est qu'un mouvement artistique est identifié par un groupe d'artistes ayant adopté un style commun, dont on reconnaît les caractéristiques. Il peut aussi s'agir d'une réunion d'artistes de styles différents, mais ayant la même démarche de création ou de pensée. Ce regroupement peut se faire autour d'un artiste dont l'influence suscite des émules ou des imitateurs, notamment parce qu'il est un chef de file du mouvement. Le mouvement peut aussi avoir pour origine un texte ou un manifeste esthétique (Cobra, Dada). Quand le groupe lance ou est à l'origine d'un style, le terme mouvement devient synonyme de courant ou de tendance. Quand le groupe a pour origine une même formation artistique, provient d'une même académie, on parle alors d'école[1].
Les mouvements sont nommés de différentes manières. Certains sont désignés selon le lieu de leurs origines (école de Barbizon, école de Pont-Aven), d'autres le sont à partir d'une remarque péjorative ou ironique (impressionnisme, rococo, art pompier), ou plus rarement selon le nom de l'artiste qui représente le mouvement (caravagisme, ingrisme)[1]. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, pratiquement tous les mouvements sont nommés a posteriori, par l'histoire de l'art ou par des critiques, voire par des artistes. D'autre part, certains artistes refusent d'être identifiés selon tel ou tel mouvement, ainsi pour Gustave Courbet : « le titre de réaliste m'a été imposé, comme on a imposé aux hommes de 1830 celui de romantique. »[1].
Classification par dynamiques historiques
[modifier | modifier le code]Ce tableau constitue le registre des courants artistiques, articulant leurs fondements théoriques, leurs acteurs clés et leur rôle dans l'évolution de la représentation et de la matérialité.
Mouvements et écoles historiques
[modifier | modifier le code]La classification des mouvements artistiques repose sur le regroupement d'artistes autour d'un style commun, d'une école technique ou d'un manifeste esthétique. Jusqu'à la fin du XXe siècle, ces mouvements marquent les grandes ruptures de l'histoire de la représentation.
| Mouvement / École | Période | Racine / Fondement (Synthèse) | Artistes clés | Caractéristiques et rendu visuel (selon Larousse) |
|---|---|---|---|---|
| I. Périodes Fondatrices | ||||
| Art roman | 1000-1150 | Peinture murale et subordination à l'architecture. | Maîtres de Cluny, Gislebertus | Emploi de formes schématiques, de cernes noirs marqués et absence de perspective spatiale[2]. |
| Art gothique | 1150-1400 | Naturalisme et style courtois. | Abbé Suger, Giotto, Duccio | Élongation des figures, élégance des lignes courbes et recherche de réalisme dans l'expression des sentiments[2]. |
| Renaissance | 1400-1520 | Humanisme et redécouverte de l'antique. | Léonard de Vinci, Raphaël | Maîtrise de la perspective linéaire, de l'anatomie scientifique et du modelé par la lumière (sfumato)[2]. |
| II. L'Ère Classique et Baroque | ||||
| Maniérisme | 1520-1580 | Crise de la Renaissance et rupture de l'harmonie. | Pontormo, Le Parmesan | Compositions instables, membres allongés (figura serpentinata) et usage de couleurs acides ou arbitraires[2]. |
| Baroque | 1580-1750 | Triomphe de la courbe et de la théâtralité. | Le Caravage, Le Bernin | Compositions en diagonale, effets de mouvement, emphase décorative et contrastes violents de clair-obscur[2]. |
| Classicisme | 1660-1715 | Doctrine de l'Académie et de la raison. | Nicolas Poussin, Charles Le Brun | Primauté du dessin sur la couleur, clarté de la composition et recherche d'un idéal de mesure inspiré de l'antique[2]. |
| Rococo | 1715-1750 | Réaction contre le "grand style" de Louis XIV. | Antoine Watteau, Jean-Honoré Fragonard | Touche légère et divisée, prédominance des tons pastels et thématiques galantes, champêtres ou frivoles[2]. |
| Néo-classicisme | 1750-1830 | Retour à l'ordre et à la vertu antique. | Jacques-Louis David, Ingres | Facture lisse (sans traces de pinceau), linéarité du dessin et sujets exaltant le civisme et l'héroïsme[2]. |
| Romantisme | 1770-1850 | Prédominance de la sensibilité et du sentiment. | Eugène Delacroix, Caspar David Friedrich | Emploi de couleurs vives, compositions tourmentées et importance de la touche expressive et dynamique[2]. |
| III. Modernité et Avant-gardes | ||||
| Réalisme | 1848-1875 | Observation directe du fait social. | Courbet, Millet | Représentation des classes populaires, rejet de l'idéalisation et emploi de couleurs terreuses et sombres[2]. |
| Impressionnisme | 1874-1886 | Peinture de plein air et études de la lumière. | Monet, Renoir | Division de la touche (petites touches juxtaposées), suppression du noir et rendu des variations atmosphériques[2]. |
| Fauvisme | 1905-1910 | Libération de la couleur pure. | Matisse, Derain | Usage de couleurs éclatantes et arbitraires, simplification des formes et refus du modelé traditionnel[2]. |
| Expressionnisme | 1905-1930 | Projection de l'angoisse et de l'émotion. | Kirchner, Munch | Déformation de la réalité, cernes marqués, couleurs violentes et recherche d'une intensité psychologique brute[2]. |
| Art abstrait | 1910- | Libération des formes et des couleurs. | Kandinsky, Mondrian | Suppression totale de la référence au monde visible au profit d'un langage plastique autonome[2]. |
| Futurisme | 1904-1920 | Culte de la vitesse, de la machine et du progrès. | Boccioni, Giacomo Balla | Traduction du mouvement par la répétition des formes et la fragmentation des plans colorés en lignes de force[2]. |
| Cubisme | 1907-1914 | Déconstruction de l'espace classique et volume. | Picasso, Braque | Représentation simultanée de l'objet sous plusieurs angles ; géométrisation et analyse des volumes par plans[2]. |
| Dadaïsme | 1916-1922 | Révolte radicale contre les valeurs établies. | Marcel Duchamp, Picabia | Recours au hasard, au collage de matériaux hétéroclites et au détournement d'objets (ready-made)[2]. |
| Surréalisme | 1924-1966 | Exploration de l'inconscient et du rêve. | Dalí, Magritte | Juxtaposition d'objets sans lien logique et précision du rendu figuratif au service de l'insolite[2]. |
| IV. Post-modernité et remise en cause de l'objet | ||||
| Pop art | 1955-1970 | Imagerie de la société de consommation. | Warhol, Lichtenstein | Emploi de couleurs vives et plates, de la sérigraphie et de motifs issus de la publicité ou de la BD[2]. |
| Art minimal | 1960- | Réduction aux structures primaires. | Donald Judd, Robert Morris | Usage de formes géométriques simples, de matériaux industriels et répétition modulaire sans subjectivité[2]. |
| Postmodernisme | 1977- | Pluralisme, citations et retour à l'histoire. | Cindy Sherman, Jeff Koons | Mélange des styles et des époques, usage de l'ironie, du pastiche et de la citation d'œuvres célèbres[2]. |
Pratiques et courants méthodologiques contemporains
[modifier | modifier le code]À partir de la seconde moitié du XXe siècle, la classification par styles cède la place à des approches fondées sur le dispositif, le protocole ou l'interaction avec le réel. L'œuvre n'est plus seulement un objet à contempler, mais le résultat documenté d'un processus.
| Pratique / Courant | Émergence | Méthodologie (Fondement) | Figures de référence | Caractéristiques et processus techniques |
|---|---|---|---|---|
| Land art | 1960 | Travail in situ et matériaux naturels. | Robert Smithson, Richard Long | Utilisation du paysage comme support ; manipulation de matériaux bruts (terre, roche) soumis à l'érosion et au temps[3]. |
| Fluxus | 1961 | Événement (Event) et partition. | George Maciunas, Nam June Paik | Réalisation d'actions brèves fondées sur des instructions simples ; usage d'objets du quotidien et refus de l'œuvre finie[3]. |
| Art conceptuel | 1965 | Analyse du langage et retrait de l'objet. | Joseph Kosuth, Sol LeWitt | Substitution de l'idée à la forme plastique ; emploi de textes, de diagrammes et de documents administratifs comme médiums[4]. |
| Performance | 1960 | Action directe et temporalité. | Marina Abramović, Chris Burden | Utilisation du corps de l'artiste comme matériau unique ; mise en avant de la durée, de la fatigue ou de l'effort physique[5]. |
| Art urbain | 1970 | Intervention dans l'espace citadin. | Ernest Pignon-Ernest, Banksy | Usage du pochoir, de l'affiche ou de la peinture murale ; l'œuvre est indissociable de son contexte social et architectural[3]. |
| Art protocolaire | 1960 (Origines) 2020 (Manifeste) |
Règle administrative et « densification ». | Roman Opalka, Claude Rutault | Exécution d'un programme préétabli (règle) ; production d'un certificat d'effort documentant une dépense biologique ou temporelle répétitive[6],[7]. |
| Bio-art | 2000 | Processus biotechnologiques. | Eduardo Kac, Joe Davis | Manipulation de tissus vivants, de bactéries ou d'ADN ; intégration des protocoles de laboratoire dans la création plastique[8]. |
| Art Résilience | 2014 | Fonction réparatrice de l'art. | Ksenia Milicevic | Utilisation de la création comme processus de reconstruction psychique et de maintien du lien au monde réel[9]. |
En sculpture
[modifier | modifier le code]Ce tableau répertorie les mutations, marquant le passage de la représentation du corps à l'affirmation de la présence matérielle et spatiale.
| Mouvement | Période | Racine / Fondement (Densité) | Artistes clés | Rôle et Dynamique Ontologique |
|---|---|---|---|---|
| Sculpture réaliste | 1850-1900 | Rupture avec l'idéalisme académique ; rendu des tensions musculaires. | Auguste Rodin, Camille Claudel | Inscrire la vérité de la chair et de l'effort biologique dans le matériau. |
| Futurisme | 1912-1920 | Manifeste futuriste ; fascination pour la vitesse ; rejet de la ligne fermée. | Umberto Boccioni | Représenter la dynamique et la décomposition du mouvement. |
| Constructivisme | 1917-1930 | Esthétique de l'ingénieur ; matériaux industriels ; l'espace comme vide actif. | Vladimir Tatline, Naum Gabo | Remplacer la masse statique par la structure dynamique. |
| Art minimal | 1960- | Phénoménologie de la perception ; réduction géométrique ; refus du symbole. | Donald Judd, Robert Morris | Affirmer la présence pure de la matière : « l'objet est ce qu'il est ». |
| Land art | 1960- | Sortie des musées ; intervention directe sur le paysage et la géologie. | Robert Smithson, Michael Heizer | Ré-ancrer l'œuvre dans la dimension planétaire et l'érosion du réel. |
| Arte Povera | 1967-1977 | Matériaux « pauvres » et organiques ; retour à l'énergie primaire. | Giuseppe Penone, Jannis Kounellis | Retrouver une friction sensible et archaïque avec la matière brute. |
En architecture
[modifier | modifier le code]Ce tableau répertorie les mutations de l'espace bâti, de la synthèse des styles historiques vers la mise à nu de la structure.
| Mouvement | Période | Racine / Fondement (Densité) | Architectes clés | Rôle et Dynamique Ontologique |
|---|---|---|---|---|
| Éclectisme | 1860-1920 | Révolution industrielle ; capacité de copier les styles du passé (historicisme). | Charles Garnier, Richard Morris Hunt | Synthétiser les codes historiques pour les nouveaux programmes sociaux. |
| Néogothique | 1870- | Romantisme nationaliste ; quête d'une identité spirituelle médiévale. | Eugène Viollet-le-Duc, Augustus Pugin | Restaurer la vérité constructive à travers l'arc brisé et la verticalité. |
| Art nouveau | 1890-1910 | Rejet de l'imitation ; inspiration biologique ; Art Total. | Victor Horta, Antoni Gaudí | Fusionner l'ornement et la structure dans une continuité organique. |
| Art déco | 1910-1930 | Âge de la machine ; géométrisation cubiste et luxe industriel. | William Van Alen, Robert Mallet-Stevens | Conjuguer la modernité technologique avec une élégance symétrique. |
| Mouvement moderne | 1919-1950 | Bauhaus ; fonctionnalisme ; usage du béton armé, acier et verre. | Le Corbusier, Walter Gropius | Rationaliser l'espace pour une utilité sociale universelle. |
| Brutalisme | 1950-1970 | Reconstruction ; éthique de la vérité des matériaux ; béton brut. | Alison et Peter Smithson, Le Corbusier | Affirmer une présence physique monumentale et honnête. |
| Minimalisme | 1965- | « Less is more » ; réduction aux volumes élémentaires et à la lumière. | Mies van der Rohe, Tadao Ando | Épurer l'espace pour atteindre une clarté ontologique pure. |
| Déconstructivisme | fin XXe- | Post-structuralisme ; remise en cause de la stabilité de la structure. | Frank Gehry, Zaha Hadid | Fragmenter les volumes pour exprimer l'instabilité du monde contemporain. |
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Carrassat et Marcadé 1997, p. 7.
- Patricia Fride R. Carrassat et Isabelle Marcadé, Comprendre et reconnaître les mouvements dans la peinture, Larousse, 1997.
- Hal Foster et al., Art depuis 1900, Thames & Hudson, 2006.
- ↑ Lucy Lippard, Six Years: The Dematerialization of the Art Object, 1973.
- ↑ RoseLee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, 2012.
- ↑ Grégoire Falque, Manifeste de la densification, 2020.
- ↑ Benjamin Buchloh, « From the Aesthetics of Administration to the Critique of Institutions », October, 1990.
- ↑ Stephen Wilson, Information Arts, MIT Press, 2002.
- ↑ Ksenia Milicevic, Manifeste de l'Art Résilience, 2014.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Patricia Fride R. Carrassat et Isabelle Marcadé, Comprendre et reconnaître les mouvements dans la peinture, Paris, Larousse, (1re éd. 1993) (ISBN 2-03-511342-3)