Coupe en crâne

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Une coupe en crâne est une coupe à boire faite d'un crâne humain. L'emploi du crâne d'un ennemi tué au combat pour en faire une coupe à boire est attesté chez de nombreux peuples de l'Antiquité et du Moyen Âge, notamment chez les nomades de la steppe eurasienne.

Eurasie[modifier | modifier le code]

Paléolithique récent[modifier | modifier le code]

Coupe préhistorique découverte dans la grotte de Gough, en Angleterre.

Des restes humains anciens découverts dans la grotte de Gough en Angleterre, prouvent que les Magdaléniens utilisent des coupes (pour boire) réalisées avec des crânes humains[1]. Pour certains chercheurs, cette pratique pourrait faire partie d'une sorte de cérémonial funéraire par lequel les vivants s'approprient le corps du défunt en le consommant et en buvant dans son crâne[2].

Antiquité[modifier | modifier le code]

Selon Hérodote, les Scythes utilisent les crânes de leurs plus grands ennemis pour en faire des coupes à boire. « Ils scient le crâne au-dessous des sourcils, et le nettoient. Les pauvres se contentent de le revêtir par dehors d'un morceau de cuir de bœuf, sans apprêt : les riches non seulement le couvrent d'un morceau de peau de bœuf, mais ils le dorent aussi en dedans, et s'en servent, tant les pauvres que les riches, comme d'une coupe à boire[3]. ».

En Chine, en 453 av. J.-C., le crâne du chef de l'État de Jin vaincu est décoré et offert, en guise de hanap, au chef de l'État de Zhao, Ying Wuxu[4].

Le Shiji raconte qu'en 165 av. J.-C., « le souverain des Yuezhi ayant été tué par les Hiong-nou, ceux-ci le décapitèrent, scièrent son crâne à hauteur des arcades sourcilières, en firent une coupe à boire[5],[6]. ».

En Europe, l'usage de boire dans les crânes des ennemis est également attesté chez certains peuples celtes comme les Boïens[7] et les Scordiques[8]. Claude Sterckx explique dans son ouvrage Mythologie du monde celte que boire dans le crâne de son ennemi ou d'un guerrier permettait d'absorber sa force, son énergie vitale[9]. Cette croyance est également bien attestée dans les textes mythologiques et épiques de l'Irlande[10].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le khan bulgare Krum festoie avec ses boyards pendant qu'un serviteur apporte la coupe à boire —pleine de vin— pratiquée dans le crâne de l'empereur byzantin Nicéphore Ier.

Au VIe siècle, le roi des Lombards Alboïn oblige, lors d'un banquet, son épouse Rosemonde à boire dans une coupe faite du crâne de son propre père[11], le roi des Gépides Cunimond, qui avait été vaincu et décapité par le roi lombard.

Krum, khan des Bulgares, vainqueur en 811 de l'empereur byzantin Nicéphore Ier, se sert du crâne de ce dernier comme d'une coupe à boire lors d'un banquet.

En 972, le grand-duc russe Sviatoslav de Kiev, tué au combat par Kurya, khan des Petchénègues, a son crâne transformé en coupe[12].

Au XIIe siècle, Guibert de Nogent rapporte dans son Histoire des Croisades que le crâne du chevalier français Gervais de Bazoches, exécuté par les Turcs en 1108, est transformé en coupe à boire[13].

L'historien byzantin Georges Acropolite prétend que le crâne de l'empereur Baudouin de Constantinople est transformé en coupe à boire par le tsar bulgare Kaloyan.

Selon le témoignage direct d'un voyageur hongrois, les Mordves entretiennent encore au XIIIe siècle la coutume de faire des coupes avec des crânes humains[14].

En 1510, le souverain turco-mongol Mohammad Shaybânî est vaincu et tué par le Chah séfévide Ismail Ier ; son crâne, incrusté de pierres précieuses, sert, dit-on, de coupe à boire à son vainqueur.

Dans l'Edda[15], dans la Chanson des Nibelungen et dans le Chant du Cygne de Ragnar Lodbrok, il n'est question pour les héros que de boire la bière écumante dans le crâne de leurs ennemis.

Au Japon, le daimyō Oda Nobunaga aurait conservé les crânes de ses ennemis Azai Nagamasa, Azai Hisamasa et Asakura Yoshikage pour en faire des tasses (1573).

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Dans son domaine de Newstead, le poète britannique Lord Byron (1788–1824) buvait dans une coupe confectionnée dans un crâne humain[16].

Au Pays de Galles, à la fin du XIXe siècle, le crâne de Saint Théleau était toujours utilisé comme calice pour boire l'eau à la fontaine qui lui était consacrée dans des rites de guérison[17]

En Asie du Sud-Est, les Dayak avaient la réputation de faire des coupes à boire dans des crânes merveilleusement ciselés[18].

Lors de rituels propres au tantrisme hindou et au bouddhisme tantrique, on utilise un kapala, une coupe faite à partir d'un crâne humain utilisée comme récipient.

Afrique[modifier | modifier le code]

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Les Pahouins du Gabon et certaines tribus du Cameroun se livraient à des libations rituelles avec des coupes crâniennes[19].

Le crâne du roi Ngue Nken, dans le trésor royal de Foumban, qui est ajusté sur un support et surmonté d'une statuette anthropomorphe creuse formant goulot, permettait au roi Nsangu de boire dans le crâne de son ennemi[20].

Amérique précolombienne[modifier | modifier le code]

La coutume de boire dans le crâne des ennemis pour en absorber les vertus est attesté chez certains peuples amérindiens d'Amérique du Sud[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernadette Arnaud, Rituel cannibale chez les Magdaléniens, Sciences et Avenir, 24 avril 2015.
  2. Des pratiques cannibales en Angleterre il y a 14 700 ans sur le site Hominidés.com
  3. Hérodote, Histoires, L. IV, LXV. Usage des Scythes.
  4. Samuel B. Griffith (trad. Francis Wang), Sun Tzu L'art de la guerre, Flammarion, coll. « Champs », , 255 p. (ISBN 2-08-081-058-8), p. 42 :

    « [...] les chefs des clans Wei, Han et Chao attaquèrent le souverain de Jin, le vainquirent à Ching Yang en 453 avant J.-C. et se partagèrent son domaine. Le souverain de Jin fut décapité sur-le-champ, sa famille exterminée et son crâne, convenablement orné, offert en présent à Ying Wuxu de l'État de Zhao, auquel il servit de hanap. »

  5. Shiji 123.
  6. Turcica, Volume 12, Éditions Klincksieck, 1980, Université de Strasbourg (Institut de turcologie), p. 60.
  7. Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Marabout, 2014. (ISBN 2-501-09717-3).
  8. « [...] « Pendant ce temps, Claudius, chargé, en vertu du tirage au sort, de la guerre de Macédoine, tenta de repousser par les armes hors des limites de la Macédoine des peuples divers qui s'étaient répandus à partir des monts Rhodopes et dévastaient alors la Macédoine avec la plus grande cruauté - en effet, entre autres choses effroyables à dire et à entendre, qu'ils faisaient à leurs prisonniers: en s'emparant, quand ils avaient besoin d'une coupe, de crânes humains, sanglants, encore chevelus et enduits, dans les cavités intérieures, de matière cervicale mal grattée, ils en usaient, avec avidité et sans horreur, comme de véritables coupes : de ces peuples, les plus sanguinaires et les plus farouches étaient les Scordiques. » (Orose, Histoires contre les païens, V, 23.) »

  9. Claude Sterckx, Mythologie du monde celte.
  10. Ibid..
  11. Paul Diacre, Histoire des Lombards, L. II, XXVIII.
  12. Chronique de Nestor, XXXVI. — Guerres de Sviatoslav avec les Grecs. Traité (971).
  13. Guibert de Nogent, Histoire des Croisades, L. VIII, Chap. XIII.
  14. Frère Richard, À la recherche de la Grande Hongrie (De facto Ungariae Magnae), XIIIe siècle.
  15. Voir la Völundarkvida.
  16. Leslie Marchand (trad. O. Lamolle et L. Bury), Lord Byron, portrait d'un homme libre, Paris, Autrement, 1999, p. 74. (ISBN 9782862608648)
  17. Mythologie française : bulletin de la Société de mythologie française, Numéros 209 à 210, La Société, 2002, p. 4.
  18. Le crâne: objet de culte, Musée Cantini, Marielle Latour, Danièle Giraudy, Evelyne Lehalle (1972), p. 30.
  19. Bulletins et mémoires, 1947, p. 127.
  20. Le crâne: objet de culte, p. 46.
  21. Frédéric Engel, Le monde précolombien des Andes, Hachette, 1972, p. 80.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marielle Latour, Danièle Giraudy, Evelyne Lehalle, Le crâne : objet de culte, Musée Cantini, 1972.