Couleur secondaire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cercle chromatique

Une couleur secondaire est une couleur obtenue par mélange en proportions égales de deux couleurs primaires. Une couleur tertiaire ou intermédiaire est une couleur obtenue par le mélange en proportions inégales de deux couleurs primaires. Les couleurs tertiaires forment le pourtour du disque chromatique, entre les couleurs primaires et les couleurs secondaires (Roelofs et Petillion 2012, p. 16-17).

Les classifications de couleur secondaire, tertiaire, intermédiaire n'ayant aucune conséquence théorique ou pratique, les définitions peuvent varier.

En construction d'optique, une couleur secondaire est la frange colorée résiduelle dans une image formée par un groupe de lentilles achromatique et une couleur tertiaire celle de la frange résiduelle d'un groupe apochromatique[1].

En synthèse additive[modifier | modifier le code]

Tout dépend de ce qu'on appelle proportion égale. Les primaires n'ont pas la même efficacité lumineuse, et leur définition exacte varie d'une technique à l'autre. En supposant que les primaires soient des couleurs optimales, c'est-à-dire, dont le spectre ne comprend qu'une plage, où le niveau est au maximum de luminosité, tandis que partout ailleurs il est nul, et que les trois spectres des primaires couvrent exactement le spectre visible, alors

  • La couleur secondaire résultant de l'addition de la couleur optimale rouge et de la couleur optimale verte est une couleur optimale jaune.
  • La couleur secondaire résultant de l'addition de la couleur optimale verte et de la couleur optimale bleue est une couleur optimale cyan.
  • La couleur secondaire résultant de l'addition de la couleur optimale bleue et de la couleur optimale rouge est une couleur optimale magenta.

Les couleurs optimales n'existent pas dans la réalité, mais on cherche à s'en approcher. Elles ont la propriété d'être plus lumineuses que n'importe quelle autre spectre donnant la même longueur d'onde dominante et la même pureté, pour un étalon colorimétrique donné[2].

Les couleurs tertiaires ou intermédiaires ne sont pas des couleurs optimales, et leur luminosité est donc moindre.

En synthèse soustractive[modifier | modifier le code]

On suppose, par définition, et bien que cela ne soit pas le cas, que les couleurs primaires sont des couleurs optimales, qui, à elles trois, recouvrent exactement le spectre visible. Ces couleurs primaires sont, par définition, les couleurs secondaires de la synthèse additive, et leurs couleurs secondaires les primaires de la synthèse additive.

Il y a encore plus loin de la théorie à la réalisation en synthèse soustractive qu'en synthèse additive.

En peinture[modifier | modifier le code]

Étoile chromatique

En peinture, on n'utilise pas en règle générale des pigments proches des primaires de l'imprimerie. Pour obtenir des couleurs secondaires intenses, il faut choisir les primaires à cet effet. Si, par exemple, on mélange un bleu outremer avec un jaune de cadmium, on obtiendra un vert plus terne que si on avait choisi un bleu phtalo et un jaune citron[3].

Le même raisonnement s'applique aux couleurs tertiaires ou intermédiaires.

Les artistes peintres utilisent généralement plus de trois couleurs pures, soit pour atteindre une vivacité de teinte inaccessible par le mélange d'un rouge, d'un jaune et d'un bleu, soit parce qu'il leur est plus commode d'utiliser une teinte connnue et constante, comme un ocre, plutôt que de la refabriquer par le mélange de trois couleurs. Les pigments des couleurs à l'huile ont, outre d'autres propriétés que leur couleurs. Ils sont plus ou moins opaques ou transparents, le mélange de couleurs de pouvoir colorant très inégal est délicat, et ils peuvent avoir, ou non, un effet siccatif qui oblige à les utiliser dans un certain ordre. Certaines sont plus solides que d'autres, ce dont on ne se rend compte qu'après quelques années. Les notes d'Andrieux sur les palettes de son maître Delacroix séparent des « couleurs primitives », définies par un pigment et des « couleurs composées », mélange de deux couleurs ou trois en comptant le blanc[4].

Perception des couleurs secondaires et tertiaires[modifier | modifier le code]

Des couleurs secondaires ou tertiaires juxtaposées semblent plus saturées à l'œil. On parle alors de contraste simultané. Certains contrastes comme le rapport du rouge au vert ont tendance à creuser l'espace, alors que le contraste de couleurs non secondaires par exemple du bleu au jaune, bleu au vert ont tendance à aplanir l'espace perceptif, on parle alors de contraste de teinte[réf. souhaitée].

Historique[modifier | modifier le code]

La notion de couleur secondaire est attestée en 1750, dans un article dirigé contre la théorie des couleurs de Newton. Selon les vues aristotéliciennes de l'auteur, les couleurs dérivent du mélange de la lumière blanche avec les ténèbres ; « le bleu, le rouge et le jaune, qui autrefois étoient pris pour des couleurs primitives, ne sont donc aujourd'hui que des couleurs secondaires[5] ». Ces vues polémiques s'opposent apparemment à celles des professionnels, que donne Brongniart en 1778 :

« Les Teinturiers distinguent cinq couleurs qu'ils appellent première ou primitives, parce qu'elles servent à faire toutes les couleurs secondaires ou dérivées. Ces cinq couleurs sont le bleu, le rouge, le jaune, le fauve et le noir[6]. »

De la même façon que couleurs primaires peuvent se trouver nommées « primitives », les couleurs secondaires se disent parfois « composées ». Teinturiers et peintres connaissent deux sortes de couleurs, celles qu'on ne peut pas obtenir par mélange, et les autres.

La couleur secondaire « formée par la réunion de différents rayons primitifs » de lumières colorées se trouve en 1842[7].

L'artiste graphique Charles Ernest Clerget publie en 1844 six Lettres sur la théorie des couleurs. Il « s'est inspiré pour ce travail des cours faits par M. Chevreul en 1840 et 1842, mais il a cru devoir y apporter quelques idées et quelques expériences personnelles[8] ». Il y expose un système des couleurs primaires, secondaires et tertiaires, dans laquelle il réserve le terme « binaire » au mélange égal de deux « couleurs simples » (Clerget 1844, p. 81). À partir de ces définitions, il esquisse une classification numérique des couleurs par quantité de rouge, de jaune et de bleu.

Ces classifications systématiques, bien adaptées à l'imprimerie, ont plus influencé les arts décoratifs que les artistes peintres (Roque 2009, p. 231).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Piot, Les palettes de Delacroix, Paris, (lire en ligne), p. 82sq
  • Isabelle Roelofs et Fabien Petillion, La couleur expliquée aux artistes, Paris, Eyrolles, , p. 16

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles-Marie Gariel, Traité de physique biologique, Paris, Masson, (lire en ligne).
  2. Robert Sève, Science de la couleur : Aspects physiques et perceptifs, Marseille, Chalagam, , p. 224.
  3. Roelofs et Petillion 2012, p. 17.
  4. Piot 1931, p. 82.
  5. Jacques Gautier d'Agoty, « Suite de la dissertation contre les expériences de la Chambre noire de M. le Chevalier de Newton », Mercure de France,‎ , p. 105 (lire en ligne).
  6. Antoine-Louis Brongniart, Tableau analytique des combinaisons et des décompositions de différentes substances, ou Procédés de chimie pour servir à l'intelligence de cette science, Paris, (lire en ligne), p. 469.
  7. Honoré Arnoul, Bibliothèque de la conversation, Paris, E. Tétu, (lire en ligne), p. 111.
  8. Charles Ernest Clerget, « Lettres sur la théorie des couleurs adressées à M. Gérard-Séguin », Bulletin de l'ami des arts,‎ , p. 29 (lire en ligne). Charles Ernest Clerget (1812-1870) était dessinateur, lithographe et graveur ornementiste.
    Sur son interprétation et son action de divulgation des travaux de Chevreul, Georges Roque, Art et science de la couleur : Chevreul et les peintres, de Delacroix à l'abstraction, Paris, Gallimard, coll. « Tel » (no 363), , p. 129, 216.