Corps mystique du Christ

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Dans le Nouveau Testament et par suite dans la théologie commune à tous les chrétiens, le corps mystique du Christ désigne l'Église, c'est-à-dire l'ensemble des baptisés et des justes de toutes les nations, à toutes les époques de l'histoire de l'humanité. Cette définition de l'Église comme corps du Christ apparaît dans les épîtres de Paul :

« Car, tout comme un seul corps nous avons nombre de membres et que les membres n'ont pas tous la même fonction, pareillement, malgré notre nombre, nous ne sommes qu'un seul corps dans le Christ, alors qu'individuellement nous sommes membres les uns des autres »(1 Rom. 12;4-5)

« De même, en effet, que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, si nombreux soient-ils, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il du Christ. Aussi bien, nous avons tous été baptisés en un seul Esprit pour ne faire qu'un seul corps, Juifs et Grecs, esclaves et hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit »(1 Cor. 12;12-13)

« Pour vous, vous êtes le corps du Christ et ses membres, chacun personnellement »(1 Cor. 12;27)

« Maintenant je me réjouis de souffrir pour vous, et ce qui manque aux tribulations du Christ, je le complète dans ma chair au profit de son corps qui est l'Église »(1 Col. 1;24)

Cette notion de l'incorporation des fidèles chrétiens dans le Christ sera développée par les Pères de l'Église, notamment par saint Augustin. Pour eux, la compréhension de l'Église en tant que corps mystique de Jésus-Christ est indissociable de la doctrine de la communion des saints.

Exemples d'enseignements tirés de la théologie catholique[modifier | modifier le code]

Saint Thomas d'Aquin[modifier | modifier le code]

Ce dogme est très présent chez saint Thomas. La Somme théologique a été écrite à partir de cette idée : « Vos estis Christi, Christus autem Dei[1] ». Ce dernier connaissant très bien l'Évangile de saint Jean et les Épîtres de Paul, il est normal qu'il ait autant mis en avant le corps mystique du Christ. À Jésus, Chef mystique de l'Église, il rattache tout le mystère de la prédestination et de la distribution des grâces, selon le mot de saint Paul : « Praedestinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum[2] ».

Thomas d'Aquin n'est pas le seul à développer cette idée : Saint Augustin d'Hipponne l'avait fait bien avant lui.

Pie XII, dans l'Encyclique Mystici Corporis Christi[modifier | modifier le code]

«  La doctrine du Corps mystique du Christ, qui est l'Église, recueillie primitivement des lèvres du Rédempteur lui-même, et qui met dans sa vraie lumière ce bienfait, jamais assez exalté, de notre étroite union avec ce Chef si sublime, invite certainement, par son excellence et son élévation, tous les hommes mus par l'Esprit de Dieu à en faire l'objet de leurs réflexions, et par la lumière qu'elle projette dans leur esprit, les stimule fortement aux œuvres salutaires qui répondent à ces enseignements. C'est pourquoi Nous croyons de Notre devoir de vous entretenir de ce sujet dans cette Lettre encyclique, en développant spécialement ce qui concerne l'Église militante. Nous sommes poussé à le faire par la grandeur exceptionnelle de cette doctrine, et aussi par les circonstances du temps où nous vivons[3]. »

Réginald Garrigou-Lagrange, dominicain[modifier | modifier le code]

«  « Dieu, dit saint Paul, a constitué le Christ la Tête de toute l'Église, l'Église est le Corps du Christ et sa plénitude[4]. » Dans ces paroles de l'apôtre se trouve condensée toute la doctrine du Corps mystique de Jésus-Christ. Cette doctrine si profonde a depuis lors occupé la pensée des Pères, fixé l'attention des grands théologiens et nourri la piété des fidèles. Aujourd'hui plus que jamais l'Esprit de Dieu invite l'Épouse du Christ à contempler et à vivre intensément ce beau mystère[5]. »

Exemples d'enseignements tirés de la théologie orthodoxe[modifier | modifier le code]

Vladimir Soloviev, théologien orthodoxe[modifier | modifier le code]

«  L'union de la divinité et de la nature dans la personne de Jésus-Christ en sa qualité de centre spirituel et de chef de l'humanité doit être réalisée par l'humanité tout entière considérée comme le corps du Christ. Unie à son principe divin par l'entremise de Jésus-Christ, l'humanité est Église et si, dans le monde de l'éternité et des principes, l'humanité idéale est le corps du Verbe divin, dans le monde de la nature l'Église apparaît comme étant le corps de ce même Verbe, mais déjà incarné, c'est-à-dire ayant trouvé son individualité historique dans la personne divine et humaine de Jésus-Christ. [...] Aussi, quand nous concevons l'Église comme étant le corps du Christ (et ce n'est pas là une métaphore, mais une formule métaphysique), il faut se rappeler que ce corps grandit nécessairement, se développe et par suite change et se perfectionne. L'Église est le corps du Christ, mais elle n'est pas encore son corps glorieux et entièrement divinisé[6]. »

Exemples d'enseignements tirés de la théologie protestante[modifier | modifier le code]

Le point de vue pentecôtiste[modifier | modifier le code]

L'Église pentecôtiste est en accord avec les catholiques et les orthodoxes quant à l'incorporation des fidèles dans l'Église, qui est en même temps le Corps et l'Épouse du Christ[7], tout en excluant la « communion des saints », car, les saints ne sont pas reconnus ; ou du moins, ne le sont pas selon les considérations théologiques catholiques et orthodoxes, car considérés comme « spirituellement morts ».

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. I Cor., III, 23.
  2. Eph., 1, 5, et III, q. 24, a. 3 et 4.
  3. MYSTICI CORPORIS CHRISTI, lettre encyclique du pape Pie XII, 29 juin 1943.
  4. Eph., 1, 22-23.
  5. P. Réginald Garrigou-Lagrange, « Le Christ Chef mystique de l'Eglise », La Vie Spirituelle, no 182,‎ (lire en ligne)
  6. Soloviev, Leçons sur l'Humanité-Dieu, Recueil de conférences données à Saint-Pétersbourg en 1877-1878, traduction de J-B Séverac.
  7. Donald Stamps, La Bible, Esprit et Vie, 2012, version de Louis Segong 1910 retravaillée et enrichie par Donald Stamps, pages 1550, 1551, 1796 et 1797.