Cornille

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Vigna unguiculata subsp. unguiculata • dolique à œil noir, niébé, voème

Vigna unguiculata subsp. unguiculata au noms vernaculaires de cornille, voème[1] ou niébé, nommé aussi dolique à œil noir, dolique de chine, pois à vache ou gesse à vache[2] est une légumineuse annuelle très résistante à la sècheresse, consommée par l'homme pour son grain ; les animaux peuvent consommer la plante entière ou seulement ses fanes après récolte du grain[3]. La cornille est originaire d’Afrique de l'Ouest, principalement consommée au Sahel, la plus importante région productrice de cornilles au monde[2],[4]. Le nom anglais du niébé, The Black Eyed Peas, est repris par le célèbre groupe de musique.

Origine[modifier | modifier le code]

Arrivée vers 3000 av. J.-C. en Asie[2], probablement introduit en Amérique du Sud au XVIIe siècle par les Espagnols, la cornille ou niébé est aussi largement cultivé en Inde, dans le Sud des États-Unis, aux Caraïbes, au Brésil et en Europe du Sud. Il en existe de nombreux cultivars, ce qui implique qu'ils n'existe pas un mais des niébés. Sa culture s'est développée en partie pour les peuples éloignés des possibilités de pêche, de chasses et de cultures, ne possédant pas alors de facilité d'accès aux protéines animales[5].

Usages[modifier | modifier le code]

Une grande diversité d'usages liée à sa grande diversité de cultivars, très colorés, est remarquable pour le niébé ; Il est principalement cultivé selon pour son grain en sec ou vert, sa gousse, ou son feuillage. Les pédoncules floraux peuvent aussi servir pour un usage textile[5].

Histoire et variétés[modifier | modifier le code]

Le niébé fut probablement introduit en Europe vers 300 av. J.-C. et en Inde vers 200 av. J.-C. À la suite de sa sélection en Chine, en Inde et en Asie du Sud-Est, le niébé a connu une diversification qui a abouti à plusieurs groupes de cultivars ou cultigroupes (CG)[5].

CG Sesquipedalis[modifier | modifier le code]

Vigna unguiculata subsp. sesquipedalis aux longues gousses charnues utilisées comme légume : dolique asperge ou haricot-kilomètre ;

CG Biflora[modifier | modifier le code]

Vigna unguiculata subsp. unguiculata cultivé pour ses gousses, ses graines sèches et son fourrage : niébé proprement dit, cornille ou dolique mongette.

CG Melanophthalm[modifier | modifier le code]

Cultivé pour ses graines à tégument fin et ridé, il a l'avantage culinaire d'être plus facile à retirer avec une cuisson plus rapide. En contrepartie, le grain mûrit plus difficilement en milieu humide.

CG Textilis[modifier | modifier le code]

Cultivé pour ses longs pédoncules floraux pouvant atteinde 1 mètre, pour un usage textile. Le pédoncule est rouis, comme pour le lin ou le chanvre, afin d'en extraire les fibres pour la confection de cordelettes, de paniers ou de ceintures. C'est le plus ancien cultivé avant celui pour son grain et ces confections entrent dans de nombreux rituels africains très anciens[5].

CG Unguiculata[modifier | modifier le code]

Réuni les autres formes avec entre autres au Cameroun le niébé aphrodisiaque réservé aux chefs, aux notables ou aux sorciers.

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

Français[modifier | modifier le code]

niébé, haricot à l’œil noir, pois yeux noirs, cornille, voème, haricot dolique, dolique mongette (à ne pas confondre avec la mogette, cultivars de phaseolus vulgaris populaires comme haricots secs dans le centre-ouest de la France) ;

Anglais[modifier | modifier le code]

cowpea, black-eye bean, black-eye pea (pois à yeux noirs), China pea, marble pea ;

Portugais[modifier | modifier le code]

caupi, feijão frade, feijão da China, feijão miúdo, feijão macundi, makunde ;

Swahili[modifier | modifier le code]

Mkunde.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Gousses et grains.
Fleur.

Le niébé ou cornille est une plante herbacée annuelle diploïde à 2n = 22 chromosomes, à port érigé, rampant ou intermédiaire atteignant 80 cm de haut. Sa graine est un haricot à graines de taille moyenne en forme de rognon.

Les inflorescences sont axillaires, non ramifiées et portant des fleurs. Chaque fleur est portée par un long pédoncule d'environ 2 cm. Elles sont de couleur blanche, bleutée ou violacée au petit matin, vite jaunies à midi, et flétries le soir. Le taux de fécondation croisée varie avec l'importance de l’activité des insectes. Il est compris entre 2 et 4 %. Il faut quand même noter que le niébé est une plante autogame préférentielle.

Les fleurs donnent des gousses de 10–30 cm de long, pendantes, dures et fermes, non renflées à l’état jeune, contenant de nombreuses graines non espacées.

Les feuilles se ramassent de façon traditionnelle dans les champs de niébé cultivé essentiellement pour les graines sèches, et appartiennent aux dix légumes-feuilles les plus prisés dans nombre de pays africains.

Le système racinaire est relativement pivotant et profond. Il peut descendre jusqu'à 1,2 m. Cependant, on trouve le plus grand nombre de racines entre 0,20 et 0,25 m de profondeur, avec un diamètre de 0,5 m autour de la tige.

Le niébé ou cornille a une saveur légèrement sucrée.

Son temps de cuisson est de 10 minutes frais ou réhydraté par une nuit de trempage, 40 minutes sec.

Cultivars[modifier | modifier le code]

Des cultivars spéciaux à port érigé ou à tiges prostrées à longues pousses tendres sont cultivés comme légume-feuilles et parfois aussi pour leurs grains immatures ou leurs jeunes gousses. L’utilisation des types à double fin (graines et feuilles) devient très courante dans certains pays, parce que les feuilles sont le principal légume au début de la saison des pluies.

Au Nigeria, on fait pousser des cultivars spéciaux pour leur fibre, extraite des pédoncules ; la fibre solide est particulièrement adaptée aux équipements de pêche et elle produit un papier de bonne qualité.

Le Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) de la Banque mondiale a soutenu la recherche agricole au service d’une agriculture climato-intelligente, contribuant à la mise au point de 14 nouvelles variétés de millet, de sorgho et de niébé à haut rendement, à maturation précoce et résistantes à la sécheresse.

Culture[modifier | modifier le code]

Le niébé doit être semé après que tout danger de gelée soit passé. Il a besoin d'un sol chaud et de températures supérieures à 15 degrés pour bien pousser. Les graines semées trop tôt pourrissent avant la germination.

Les niébés sont extrêmement tolérants à la sécheresse, il faut donc éviter les arrosages excessifs.

La culture est relativement exempte de parasites et de maladies excepté les insectes phytophages. Les nématodes cécidogènes peuvent poser un problème, surtout si les cultures ne subissent pas de rotation. Comme toute légumineuse fixant l'azote, la fertilisation peut exclure l'azote trois semaines après la germination. Pour la même raison, on peut associer le niébé à d'autres cultures (mil, sorgho, maïs, éleusine) pour les fertiliser[5].

La fleur produit abondamment du nectar et de grandes surfaces peuvent être une source de miel. Parce que la floraison attire une variété de pollinisateurs, l'application d'insecticides doit faire l'objet d'une attention particulière afin d'éviter tout problème.

Après avoir planté la graine, elle commence à pousser au bout de 2 à 5 jours. Une fois la taille définitive atteinte, les nouvelles graines se forment en 15 à 20 jours. Il faut encore atteindre 20 à 30 jours pour qu'elles mûrissent. Le cycle végétatif complet du niébé peut varier de 70 à 150 jours suivant les cultivars.

Les besoins en eau du niébé sont de 200 mm pour une production moyenne de l'ordre d'une tonne à l'hectare, équivalent à une pluviométrie de 300 a 350 mm[6].

Le bon stockage des récoltes est important. Il doit être hermétique pour protéger les grains des parasites et assurer ainsi une bonne conservation[7].

Distribution et habitat[modifier | modifier le code]

Le niébé est le légume sec le plus important des zones de savane d’Afrique occidentale et centrale, où il constitue aussi un important légume vert et une précieuse source de fourrage. Il est présent en zone subtropicale et méditerranéenne. En Afrique orientale et australe, il a également de l’importance aussi bien comme légume vert que comme légume sec. Il n’y a qu’en Afrique centrale humide qu’il est moins présent. Il est considéré comme une des solutions au réchauffement climatique en zone séchante[8].

Le niébé exige une saison chaude et des sols sains voire filtrants. Il tolère les sols pauvres, acides et la sécheresse. Il donne une récolte intéressante à partir de 300 mm de pluviométrie. Il se développe jusqu'à 1 500 m d'altitude en zone équatoriale[9].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Alimentation humaine[modifier | modifier le code]

Niébé cuit
Valeur nutritionnelle moyenne
pour 100 g
Apport énergétique
Joules 486 kJ
(Calories) (116 kcal)
Principaux composants
Glucides 21 g
Amidon ? g
Sucres ? g
Fibres alimentaires 6,5 g
Protéines 7,7 g
Lipides 0,5 g
Eau ? g
Minéraux et oligo-éléments
Calcium 24 mg
Fer 2,51 mg
Zinc 1,29 mg
Vitamines
Acides aminés
Cystine 0,99 mg
Lysine 0,52 mg
Méthionine 0,2 mg
Tryptophane 0,1 mg
Acides gras

Source : Etude légumineuses[10]
Jarret de porc aux patates douces et aux cornilles; Restaurant Cochon, La Nouvelle-Orléans, 2009


Fèves de cornille

Le niébé joue un rôle important dans l’alimentation humaine en raison de son apport important en protéines (plus du double de la plupart des céréales classiques), mais il apporte aussi beaucoup d’amidon, de l’acide folique très important chez les femmes enceintes pour la lutte contre la malformation du nouveau-né. La graine est également riche en fer, zinc ou calcium.

On fait cuire les graines mûres et on les consomme seules ou avec des légumes, des épices et souvent de l’huile de palme, pour produire une soupe de haricots épaisse, qui accompagne l’aliment de base (manioc, igname, banane plantain). Pour une meilleure digestion, on conseille de peler les graines.

Il est fréquemment utilisé dans le régime méditerranéen, notamment dans la cuisine chypriote et la cuisine portugaise, il se consomme chaud ou en salade.

Gousses à différents stades sur la plante

Les graines sèches ont jadis été utilisées comme succédané du café.

Fourrage et engrais vert[modifier | modifier le code]

Le niébé sert de fourrage en Afrique de l’Ouest, en Asie (en Inde surtout) et en Australie ; soit les animaux le broutent directement, soit il est coupé au stade « gousses vertes » et mélangé à des céréales sèches destinées à l’alimentation du bétail. On peut en faire du foin mais le séchage est long. Il peut être cultivé en association avec du maïs, du millet ou du sorgho[9],[11]. En cas de pénurie, il peut donner rapidement du fourrage : en feuilles à partir de 3-4 semaines après la levée.

Aux États-Unis et ailleurs, le niébé se cultive comme engrais vert et plante de couverture.

Usages médicinaux[modifier | modifier le code]

Plusieurs usages médicinaux du niébé ont été signalés : les feuilles et les graines s’emploient en cataplasme pour traiter les enflures et les infections de la peau, les feuilles sont mâchées pour traiter les maladies dentaires, des graines carbonisées réduites en poudre sont appliquées sur les piqûres d’insectes.

Production[modifier | modifier le code]

D’après la FAO, en 2003, 3,3 millions de t/an étaient produites en Afrique subsaharienne sur 9,3 millions d’ha, principalement en Afrique de l’Ouest (3 millions de t/an sur 8,8 millions d’ha), les principaux pays producteurs étant le Nigeria (2,2 millions de t/an sur 5,1 millions d’ha) et le Niger (400 000 t/an sur 3,3 millions d’ha).

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Vigna unguiculata (L.) Walp., 1842 subsp. unguiculata », sur Inventaire National du Patrimoine Naturel (consulté le )
  2. a b et c « Légumineuses : des graines pour un avenir durable » [PDF], sur FAO, (ISBN 978-92-5-209463-0, consulté le ), p. 25
  3. « niébé - Dictionnaire des Sciences Animales », sur dico-sciences-animales.cirad.fr (consulté le )
  4. Jean Guillaume, Ils ont domestiqué plantes et animaux : Prélude à la civilisation, Versailles, Éditions Quæ, , 456 p. (ISBN 978-2-7592-0892-0, lire en ligne), « Annexes ».
  5. a b c d et e Rémy S. Pasquet et Martin Fotso, « Répartition des cultivars de niébé (Vigna unguiculata (L.) Walp.) du Cameroun : influence du milieu et des facteurs humains », Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, vol. 36, no 2,‎ , p. 93–143 (DOI 10.3406/jatba.1994.3548, lire en ligne, consulté le )
  6. FRETEAUD, 1983
  7. Ferme Ainoma, « Le stockage des graines de niébé » (consulté le )
  8. « « Il n’y a plus d’avenir ici » : en Afrique australe, les ravages du changement climatique », sur le monde, (consulté le )
  9. a et b Suttie, J. M., Conservation du foin et de la paille : pour les petits paysans et les pasteurs, Rome, Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, , 301 p. (ISBN 92-5-204458-2 et 9789252044581, OCLC 61666682, lire en ligne)
  10. « Etude légumineuses »
  11. « Les légumineuses alimentaires en Afrique » [PDF], sur www.bibliotheque.auf.org, Association des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue Française, (ISBN 2-920021-27-3, consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]