Afrique

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Afrique
Carte de localisation de l'Afrique.
Carte de localisation de l'Afrique.
Superficie 30 415 873 km2
Population 1 186 178 000 hab. (2015[1])
Densité 39 hab./km2
Pays 54
Dépendances 17
Principales langues arabe, amharique, tigrinya, tamazight, swahili, anglais, français, portugais, afrikaans, haoussa, bambara yoruba, dioula, fang, lingala, bété, baoulé, peul, wolof, soninké, moré, malgache, kituba, somali, agni
Fuseaux horaires UTC-1 (Cap-Vert)
UTC+4 (Maurice)
Principales villes 20 plus importantes par ordre décroissant du nombre d'habitants
Lagos - Le Caire - Kinshasa - Nairobi - Alger - Khartoum - Luanda - Ibadan - Dar es Salam - Kano - Abidjan - Alexandrie - Addis-Abeba - Accra - Casablanca - Le Cap - Durban - Dakar - Mogadiscio - Pretoria [2]
L'Afrique vue de l'espace.

L’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20 % de la surface des terres émergées. Sa superficie est de 30 415 873 km2 avec les îles, ce qui en fait la troisième mondiale si l'on compte l'Amérique comme un seul continent. Avec plus de 1,1 milliard d'habitants, l'Afrique est le deuxième continent le plus peuplé après l'Asie et représente 16 % de la population mondiale en 2014. Le continent est bordé par la mer Méditerranée au nord, le canal de Suez et la mer Rouge au nord-est, l’océan Indien au sud-est et l’océan Atlantique à l’ouest. Depuis l'accession à l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, l'Afrique compte 54 États souverains (non inclus la RASD et le Somaliland).

L’Afrique est traversée, presque en son milieu, par l’équateur et présente de nombreux climats : chauds et humides vers l'équateur, chauds et arides le long des tropiques de chaque hémisphère, subtropicaux dans les régions extratropicales, tempérés dans les zones d'altitude. Le continent est caractérisé par le manque de précipitations régulières. En l'absence de glaciers ou de systèmes montagneux aquifères, il n'existe pas de moyen de régulation naturelle du climat à l’exception des côtes.

Sommaire

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'étymologie de ce nom a fait l'objet de nombreuses hypothèses.

Selon Michèle Fruyt[3], le terme Africa est apparu dans les langues européennes par l'intermédiaire des Romains qui désignaient ainsi la partie Nord du continent car, en Campanie, africus qualifiait le vent pluvieux provenant de la région de Carthage[4].

Selon l'hypothèse de Daniel Don Nanjira, le mot latin Africa pourrait provenir soit du nom Afridi, une tribu qui vivait en Afrique du Nord près de Carthage, soit du terme phénicien Afar signifiant « poussière »[5].

Selon d'autres chercheurs, le mot Afrique provient de la tribu des Banou Ifren (tribu Amazigh)[6],[7],[8],[9], dont l'ancêtre est Ifren, appelée aussi Iforen, Ifuraces ou Afer[10] (terme signifiant également « grotte » ou « caverne » en langue berbère selon Ibn Khaldoun[11]). Ifri, la forme au singulier du mot Ifren, désigne également une divinité amazigh[12],[13],[14]. D'autres encore désignent les Banou Ifren comme étant les habitants de l'ancienne ifrīqīyā إفريقيا qui désignait jadis en arabe l'actuelle Tunisie et que le nom d'Afrique découle de la nomination de la tribu des Banou Ifren[15],[16]. De plus, les Banou Ifren seraient les Ifuraces, tribu qui rassemble les Afar. Les Ifuraces habitaient l'ancienne tripolitaine et sont des Zénètes Berbères, que Corripus a désigné dans son livre par Ifuraces[17].

Les étymologies antérieures au XXe siècle ne sont plus aujourd'hui que des curiosités historiques : Isidore de Séville tirait ce nom du latin aprica (« ensoleillée »), Léon l'Africain invoquait un mot grec fictif a-phrike (« sans froid »).

Longtemps, le terme Afrique n'a servi qu'à désigner la partie de l'Afrique du Nord entourant Carthage, à dominante arabo-berbère, le sud à majorité noire était appelé Éthiopie. Ainsi dans le livre V de son Histoire naturelle, Pline l'Ancien mentionne le fleuve Niger, qu'il nomme Nigris, comme délimitation[18] : « le fleuve Nigris sépare l'Afrique de l'Éthiopie » et mentionne également les « nations éthiopiennes » qui vivent à ses abords.

Géographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Géographie de l'Afrique.

Géographie physique[modifier | modifier le code]

Reliefs de l'Afrique.

Avec une surface émergée de 30 millions de km2, l’Afrique est le troisième continent[notes 1] par sa superficie ; cela représente 6 % de la surface terrestre et 20 % de la surface des terres émergées[19]. Séparé de l'Europe par la mer Méditerranée, il est rattaché à l'Asie à son extrémité nord-est par l'isthme de Suez (traversé par le canal de Suez) sur 163 km[20]. De son extrémité nord, à Ras ben Sakka (37°21' N) en Tunisie, à son extrémité sud, au Cap des Aiguilles (34°51'15" S) en Afrique du Sud, le continent s'étend sur environ 8 000 km. Du Cap-Vert (17°33'22" O), à son extrême ouest, à Ras Hafun (51°27'52" E) en Somalie, à l'extrême est, il s'étend sur 7 400 km[21].

Ses côtes, peu découpées, sont longues de 26 000 km. L'absence de profondes entailles de sa rive est remarquable ; en effet, par comparaison, l'Europe, qui s'étend sur 10,4 millions de km2, soit environ un tiers de la surface de l'Afrique, présente un littoral de 32 000 km[21], plus long de 6 000 km.

Le Sahara, le plus grand désert d'Afrique et le plus grand désert chaud du monde, couvre à lui seul une superficie de près de 8,6 millions de km2[22]. Le Sahel, bande continue de savanes tropicales semi-arides située juste au sud du Sahara, couvre près de 2,7 millions de km2. Ainsi les régions hyper-arides, arides et semi-arides d'Afrique du Nord (Sahara et Sahel) couvrent environ un tiers de la superficie totale du continent africain.

Géographie politique[modifier | modifier le code]

Le plus grand pays d'Afrique par sa superficie, le dixième mondial, est l'Algérie tandis que l'archipel des Seychelles, au large de la côte est de l'Afrique, est le plus petit[23] et le moins peuplé (env. 91 000 hab.). Le plus petit État d'Afrique continentale est la Gambie[24]. Le plus peuplé est le Nigeria (184 millions d'habitants en 2015[25]), au septième rang mondial.

États, frontières, économie et conflits[modifier | modifier le code]

Les États africains s'inscrivent dans des frontières largement issues de la colonisation, avalisées et sanctuarisées par l'OUA en 1963[26].

Elles sont souvent[27] qualifiées d'artificielles et, du fait, considérées comme causes de conflits[notes 2], d'incohérentes car délimitant des espaces politiques structurellement déficients du point de vue économique[notes 3],[notes 4] et d'illégitimes car ne correspondant pas à des réalités ethniques ou historiques antérieures, sachant qu'en outre, « la notion de frontière dûment bornée [est] culturellement étrangère [à l'Afrique subsharienne][28] », notamment dans les sociétés à « pouvoir diffus »[29] qui présentent un mode d'organisation sociale où le gouvernement n'est pas centralisé mais partagé[notes 5], où la terre n'est pas un bien que l'on possède[30] et pour lesquelles l'État-nation à l'occidental est un concept importé[31].

Certains font cependant remarquer que ces frontières ne sont pas entièrement artificielles, la frontière Niger-Nigéria suivant, par exemple, à peu près les contours d'un califat antérieur[32].

La malédiction économique des frontières est, elle aussi, relativisée : « l'affirmation du caractère pénalisant des frontières africaines fait partie d'une des nombreuses idées reçues[33]. » L'appartenance ethnique et les langues véhiculaires partagées sur des territoires qui ne coïncident pas avec les délimitations de jure, causent une intense circulation interne, notamment des commerces transfrontaliers opérés par les membres d'une même ethnie et qui profitent aux États formels grâce aux recettes douanières qui peuvent représenter jusqu'à 30 voire 70 % du budget de certains États[34],[notes 6]. Le manque d'infrastructure conduit cependant à des « temps d'attente à la frontière » et donc à des coûts de transaction élevés[36]. En définitive, les frontières africaines sont poreuses, faciles à franchir, de manière légale ou illégale, et constituent des opportunités pour les opérateurs économiques.

Quant aux conflits ethniques, ils sont largement indépendants des frontières[37], restant tantôt internes à un pays, tantôt transfrontaliers au gré des configurations locales[38].

Pourtant, même peu nombreux, il a cependant existé et il existe encore des conflits frontaliers (Algérie-Maroc, Mali-Burkina Faso…) et sécessionnistes (guerre du Biafra au Nigéria…) sur le continent[39].

Climats[modifier | modifier le code]

Climats en Afrique.
Position de la ZCIT en janvier (en bleu) et en juillet (en rouge).

Traversée presque en son milieu par l'équateur, comprise en majeure partie entre les deux tropiques, l'Afrique est un continent chaud[40], avec une température moyenne supérieure à 21 °C neuf mois sur douze[41] et l'intensité du rayonnement solaire y est constamment forte. Les climats et la végétation qui leur correspond se définissent en fonction des variations pluviométriques plutôt que thermiques[42].

La pluviométrie est essentiellement dépendante des mouvements atmosphériques se produisant dans la zone de convergence intertropicale (ZCIT). Il s’agit, dans une zone comprise entre les tropiques[notes 7] et l'équateur, du mouvement ascendant d'un air humide apporté par les alizés. La montée en altitude rafraîchit l’air et l’humidité est relâchée sous forme de précipitations à hauteur de l'équateur, ce qui détermine des climats humides, climat équatorial au plus près de l'équateur et climat tropical de part et d'autre. L'air asséché converge ensuite vers les tropiques nord et sud, ce qui crée un climat aride à ces endroits, aux alentours des 20e parallèles nord et sud. Cela correspond au Sahara au nord, et au Kalahari au sud[41]. Les déserts et les steppes prévalent également dans la corne de l'Afrique.

Les saisons, alternance entre les saisons sèches et humides, sont liées aux oscillations annuelles de la ZCIT. Ces oscillations sont un phénomène majeur pour le continent car il est dépourvu de chaînes montagneuses d'importance qui pourraient réguler le climat[41].

Comme la majeure partie du continent est sous l'influence de la ZCIT, il est extrêmement sensible aux perturbations de celle-ci, notamment en Afrique de l'ouest[43], même lorsque ces perturbations sont faibles[44]. Ainsi, d'une année à l'autre, la saison des pluies peut varier en durée jusqu'à 30 %[45].

L'allongement de la saison sèche, quand on s'éloigne de l'équateur, caractérise le passage du climat équatorial accompagné de forêt dense au climat tropical, qui s'accompagne de forêts claires, puis de savanes lorsque la saison sèche est intense. Lorsque la saison sèche est largement dominante, la savane prend un caractère semi-aride avec, néanmoins, une saison des pluies intense mais très courte. C'est le cas du Sahel, notamment, où la steppe domine. Ensuite, les déserts apparaissent près des tropiques[46].

Enfin, le climat méditerranéen caractérise les côtes de l'Afrique du Nord et la pointe sud de l'Afrique du Sud[42].

Les amplitudes thermiques annuelles et journalières sont faibles en climat humide équatorial et tropical et s'accentuent lorsqu'on s'éloigne de l'équateur[46]. Un facteur influençant l'amplitude thermique, notamment quotidienne, est la proximité des côtes, l'écart augmentant avec l'éloignement de celles-ci ; « au cœur du Sahara, les variations de température entre le jour et la nuit atteignent 20 degrés »[46].

Le record « officiel » de température est de 55 °C mesuré le 7 juillet 1931 à Kébili, Tunisie[47],[notes 8].

Environnement[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Paléarctique et Écozone afrotropicale.
Températures en Afrique 1971-2000.
Biomes africains.

L'Afrique est une mosaïque de climats et de biomes[49] ; deux de ses principales caractéristiques sont, d'une part, qu'il s’agit du continent le plus chaud[50] et[notes 9] le plus sec de la planète[51] et, d'autre part, d'un des endroits au monde les plus sensibles à la variabilité climatique[52].

Les terres arides représentent 60 % de la surface du continent ; il est donc particulièrement sensible à la pluviométrie et à ses variations qui conditionnent fortement le niveau de production agricole et la biodiversité[52]. En effet, quoique l'eau souterraine soit abondante[53],[54], la difficulté à l'exploiter fait que l'Afrique est et restera encore longtemps dépendante de l'eau pluviale[54],[notes 10] et de l'eau de surface dont l'exploitation est peu rationalisée ; 20 % seulement du potentiel d'irrigation du Sahel est exploité[56]. La prévalence de l'onchocercose (cécité des rivières) explique sans doute l'absence d'une tradition d'irrigation (à la notable exception du Nil) sur le continent, malgré la présence de fleuves parmi les plus puissants du monde[57].

La problématique de l’eau conditionne largement les conditions du développement humain. Le stress hydrique, défini par l'ONU comme « une insuffisance d’eau de qualité satisfaisante, pour pouvoir répondre aux besoins humains et environnementaux[58] » concerne, par ses conséquences en termes de sécurité alimentaire et de santé, jusqu'à 300 millions de personnes[59].

Des conflits, parfois armés, tels celui du Darfour en 2003, ont des causes au moins partiellement liées à l'accès à l'eau[60] ou, plus largement, liées aux changements climatiques[61],[62],[63],[64].

Même lorsque l'eau n'est pas rare au sens strict, comme en Afrique de l'Ouest, laquelle, globalement, dépasse le volume de 1 700 m3 d'eau disponible par habitant et par an[notes 11], seuil retenu pour caractériser le stress hydrique[66], le contexte de la disponibilité de l'eau rend la région « soudano-sahélienne […] tributaire d’une forte variabilité des précipitations, tant au plan spatial que temporel[65] ». Ce n'est pas l’abondance de la ressource qui est en cause, mais sa variabilité et, par conséquent, la possibilité de l'utiliser au bon endroit et au bon moment.

Autre caractéristique, l'Afrique abrite le second plus grand massif forestier continu du monde[notes 12], celui du bassin du Congo. Pour l'ensemble du continent, le couvert arboré représente 21,8 %[notes 13] de sa surface[notes 14] quoiqu'avec une répartion très inégale, de zéro pour les déserts à 85 % pour le pays ayant le couvert forestier le plus important[notes 15],[71]. Mais la déforestation est considérée comme la plus grave menace environnementale[72] car les forêts régressent ; l’Afrique a perdu 3,4 millions d’hectares de couvert boisé par an entre 2000 et 2010[73] même si l'attrition s'est ralentie (la perte était de 4,1 millions d'hectares par an dans les années 1990)[74]. L’exploitation commerciale du bois n'est pas nécessairement le plus important ni le plus négatif des facteurs anthropiques[75], contrairement à certaines idées reçues. La pression démographique, l’extension des villes et l'agriculture itinérante, dont la culture sur brûlis[76], participent largement à la régression des milieux naturels. La déforestation a, elle aussi, une influence limitative sur le développement humain puisqu'elle est une des principales causes de dégradation des terres[77]. Celle-ci va jusqu'à la désertification, sachant que 63 % de la population d'Afrique subsaharienne et 40 % de celle d'Afrique du nord est rurale[78] et que 90 % des Africains dépendent du bois et de la biomasse pour leurs besoins énergétiques[79]. Cette utilisation massive de combustibles solides est, de plus, une cause notable de morbidité du fait de la pollution de l'air à l'intérieur des habitations qu'elle entraîne[80].

Un autre aspect environnemental du continent est celui de sa biodiversité, importante (le PNUE qualifie le continent de « paradis de la biodiversité[71] »)[notes 16] mais menacée[42]. Huit des trente-quatre points chauds de biodiversité, zones possédant une grande richesse de biodiversité particulièrement menacée par l'activité humaine, sont situés en Afrique[81],[82]. Trente-quatre pays (sur cinquante-quatre) voient leur biodiversité régresser[82]. Essayant de limiter le phénomène, les pays africains ont créé 1 200 aires protégées, recouvrant 2,5 millions de km2 (250 millions d'hectares)[83].

L'ensemble se conjugue pour dessiner une situation où le continent, soumis à la « variabilité et aux extrêmes climatiques[84] » est l'un des plus fragiles et des plus en danger. Le « changement climatique va progressivement menacer la croissance économique de l'Afrique et la sécurité des populations[85] » car « le climat de l'Afrique est déjà en train de changer et les impacts se font déjà sentir[trad 1] », aggravant les causes environnementales[notes 17] de l'insécurité alimentaire qui touche déjà le continent[88].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Afrique.

Préhistoire, protohistoire[modifier | modifier le code]

Lucy, squelette d'Australopithecus afarensis, découvert le 24 novembre 1974 dans la vallée de l'Awash, dans la dépression de l'Afar en Éthiopie.

Naissance de l'espèce humaine[modifier | modifier le code]

L'Afrique est considérée par la plupart des paléoanthropologistes comme le berceau de l'humanité, où est née l'espèce humaine (Ève mitochondriale)[89],[90]. Dans le courant du XXe siècle, les anthropologues découvrent un grand nombre de fossiles et de preuves d'une occupation par des hominidés précurseurs de l'être humain, datés, par datation radiométrique, de 7 millions d'années avant le présent pour l'espèce Sahelanthropus tchadensis (fossile Toumaï)[91],[92], de 6 millions d'années pour Orrorin tugenensis, de 4 millions d'années pour le fossile Ardi de l'espèce Ardipithecus ramidus, de 3,9 à 3,0 millions d'années pour l'Australopithecus afarensis[93], de 2,3–1,4 millions d'années avant le présent pour Paranthropus boisei[94] et d'environ 1,9 million–600 000 ans avant le présent en ce qui concerne Homo ergaster.

Après l'évolution d'homo sapiens, il y a environ 200 à 100 000 ans, le continent est principalement peuplé par des groupes de chasseurs-cueilleurs[95],[96],[97]. Selon la théorie de l'« origine africaine de l'homme moderne » (Out of Africa), ces premiers humains modernes quittent l'Afrique et peuplent le reste du monde entre 80 à 50 000 ans avant le présent. Ils auraient quitté le continent en traversant la mer Rouge via le Bab-el-Mandeb[98],[99], le détroit de Gibraltar[98],[99] et l'isthme de Suez[100].

Des migrations de ces humains modernes, à l'intérieur du continent, datent des mêmes époques, avec des traces de peuplement humain précoce en Afrique australe, Afrique du Nord et au Sahara[101].

Hiatus géographique[modifier | modifier le code]

La taille du Sahara a considérablement varié au fil du temps, essentiellement du fait des conditions climatiques[102]. À la fin de la glaciation qui a lieu aux alentours de 8 500 ans av. J.-C., le Sahara était redevenu un territoire vert et fertile. On trouve, dans le Tassili n'Ajjer, des peintures rupestres, datant d'environ 8 000 ans av. J.-C., représentant un Sahara fertile et largement peuplé[103]. Plus tard, l'échauffement et l'assèchement du climat, vers 5000 av. J.-C., font que le Sahara devient de plus en plus chaud et hostile. Par une évolution lente s'étirant jusqu'aux alentours de 3900 av. J.-C., le Sahara connaît une période de désertification rapide[104],[105]. Une récession climatique importante se produit, entraînant une diminution des pluies en Afrique de l'est et du centre. Depuis cette époque, ce sont des conditions sèches qui prédominent en Afrique de l’est[106]. Le Sahara devient un « hiatus climatique […] qui joue un rôle capital dans le cloisonnement géographique d'une grande partie de l'Afrique[107] ». Cela réduit la quantité de terres propices au peuplement et provoque des migrations des communautés agricoles vers le climat plus tropical de l'Afrique de l'Ouest[106] et vers la vallée du Nil, en-dessous de la seconde cataracte, où s'établissent des implantations permanentes ou semi-permanentes. Cette émigration a permis l'émergence de sociétés complexes et hautement organisées durant le IVe millénaire av. J.-C.[108], comme en témoigne le site de Nabta Playa[notes 18]. Ce hiatus climatique est un obstacle à la circulation nord-sud ; Pierre Gourou[109] parle de « hiatus isolant ». La vallée du Nil devient le couloir privilégié de circulation et l'Égypte suit un processus de développement distinct du reste de l'Afrique[110],[notes 19].

Domestication du bétail et agriculture[modifier | modifier le code]

La domestication du bétail en Afrique précède l’agriculture et existe parallèlement aux cultures de chasseurs-cueilleurs ; ainsi le bœuf est-il domestiqué depuis 7 500 à 6 000 ans av. J.-C. en Afrique du nord[111],[112]. Dans l'aire nilo-saharienne, de nombreux animaux sont domestiqués, dont l'âne[111].

L'agriculture apparaît selon un processus complexe et multipolaire[113] vers 6 000 ans av. J.-C.[114] Il s'agit d'abord d'une adoption par l'Égypte de plantes venant du sud-ouest asiatique ; ensuite, vers 2 000 ans av. J.-C., il s’agit d'une agriculture autochtone avec la domestication du mil, du riz africain, de l'igname et du sorgho[115].

Organisation des habitats humains[modifier | modifier le code]

Des entités politiques notables s'établissent dès avant la période historique[notes 20].

Ainsi, le site de Nabta Playa, à l'ouest du Nil, dans le désert de Nubie, est peuplé, quoique de manière saisonnière, depuis le IXe millénaire av. J.-C. jusqu'au Ier millénaire av. J.-C. La cuvette où il est situé était, à ce moment, beaucoup plus arrosée et fertile. Le site comporte un important champ mégalithique à vocation astronomique, daté de 6000 à 6500 av. J.-C.[notes 21] Les populations, qui pratiquent l'élevage, présentent des signes d'une organisation d'un niveau élevé, plus que celui de l'Égypte à la même époque[notes 22]. On retiendra comme exemples des constructions en pierre, au-dessus et en-dessous du niveau du sol, des villages construits selon des plans établis à l'avance et des puits profonds, capables de retenir l'eau tout au long de l'année ainsi, bien évidemment, que les connaissances, notamment astronomiques, nécessaires à la construction des mégalithes[116],[117].

Un peu plus tard, contemporaine de Nabta Playa entre -3 800 et -3 000 ans, la culture de Nagada (période prédynastique égyptienne), voit apparaître les premiers hiéroglyphes à Abydos[118]. Les tablettes d'Abydos permettent d'attester l’existence d'une organisation politique en royaume ; elles évoquent le roi Scorpion Ier qui aurait régné vers 3200 av. J.-C. sur l'ensemble de l'Égypte, voire au-delà[119].

Apparition et généralisation du travail du fer[modifier | modifier le code]

Aux alentours du Ier millénaire av. J.-C., le travail du fer, apparu sur le continent au IIIe millénaire av. J.-C.[120], se répand rapidement en Afrique du nord et dans la partie septentrionale de l'Afrique subsaharienne. Vers 700 av. J.-C., le travail du fer est monnaie courante en Afrique de l'ouest. Des objets en cuivre, datant de 500 av. J.-C., provenant d'Égypte, d'Afrique du Nord, de Nubie et d'Éthiopie ont été découverts en Afrique de l'ouest, suggérant l’existence d'un commerce transsaharien à cette époque[106].

Civilisations anciennes[modifier | modifier le code]

Synoptique des civilisations anciennes en Afrique
Empire du Ghana Civilisation carthaginoise Royaume d'Aksoum Royaume de Koush Nok (culture) Culture de Nagada Période prédynastique égyptienne Égypte antique Période romaine de l'Égypte Expansion bantoue Nabta Playa

Aire nilotique et premières civilisations subsahariennes[modifier | modifier le code]

Aire géographique de la culture de Nok.
Le Royaume de Koush à sa plus grande extension (env. 700 av. J.-C.)
Articles connexes : Kerma, Méroé, Makurie, Alodie et Nobatie.

Vers 3250 ans av. J.-C. s'ouvre l'ère historique avec l'émergence de l'écriture dans la civilisation pharaonique de l'ancienne Égypte[121],[118]. Cette émergence est probablement liée à la forte concentration de population ainsi qu'au degré d'organisation politique qui en découlait. À cette époque, les autres zones de peuplement du continent sont beaucoup moins denses, ce qui n’entraine pas les mêmes besoins en matière d'organisation sociale[122].

La civilisation égyptienne est l'une des plus anciennes et les plus durables, elle perdure jusqu'en 343 ap. J.-C[123],[124]. L'influence égyptienne s'est fait profondément sentir dans la Libye moderne, au nord de la Crète et de Canaan et, au sud, dans les royaumes, qui lui furent contemporains, de Koush (Nubie) et d'Aksoum (actuelle Éthiopie) notamment[125].

Au moment où l'Égypte atteint son apogée[126], vers 1500 av. J.-C., plus au sud, dans l'actuel Nigeria, se développe la culture de Nok, l'une des plus anciennes cultures d'Afrique subsaharienne[127]. Elle est connue pour son art des poteries en terre cuite, mais aussi parce qu'elle atteste de l'utilisation conjointe d'outils lithiques (Late Stone Age) et d'outils en fer, situation représentative de la transition vers l'âge de fer dans cette région[128],[129],[130]. Elle disparaît de manière brutale peu de temps après les débuts de l’ère chrétienne, vers 200 ou 300 ap. J.-C. Elle a cependant eu une descendance, notamment artistique, au travers par exemple de la civilisation d'Ife, dont la ville éponyme est peuplée dès le VIe siècle av. J.-C.[131]

Migrations bantoues[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bantous, Langues bantoues et Expansion bantoue.
Origine et diffusion des langues bantoues, d'env. 1000 av. J.-C. à 500 ap. J.-C.
Aire des langues bantoues.

Tandis que prospèrent et se développent les civilisations de l'aire nilotique, vers 2000 av. J.-C. ou 1500 av. J.-C., commence la première migration[notes 23] bantoue[notes 24] vers les forêts tropicales d’Afrique centrale, à partir d'une localisation située au sud-est du Nigeria et du Cameroun actuels[133]. Il s'agit probablement d'un effet de la pression démographique des populations du Sahara qui fuient l’avancée du désert. La seconde phase de migration, environ mille ans plus tard, vers -1000, les amène jusqu’en Afrique australe et orientale[134]. Les bantous, éleveurs et semi-nomades, dans leur mouvement vers le sud, se métissent et s’affrontent aux populations locales de chasseurs-cueilleurs, jusqu'à atteindre l'aire des locuteurs khoïsan, en Afrique australe. Ces évènements expliquent la carte ethno-linguistique de l'Afrique actuelle[135].

Phéniciens, grecs, perses, romains[modifier | modifier le code]

Le nord de l’Afrique, dans l'aire d'influence méditerranéenne, est exploré depuis l’antiquité, par les phéniciens, les grecs et les romains qui y établiront de nombreux comptoirs et, pour les derniers, finiront par le conquérir et l'intégrer dans leur empire.

Sur la côte, la cité-état d'Utique (située dans l'actuelle Tunisie) est fondée par les phéniciens en 1100 av. J.-C. ; Carthage, base d'une civilisation importante sur la côte nord, est fondée par des colons phéniciens de Tyr, en 814 av. J.-C[136],[137] ; Utique est, plus tard, absorbée par Carthage au fil du développement de cette dernière. Cyrène, en actuelle Libye, est fondée en 644 av. J.-C. par les grecs. Elle deviendra le centre politique de la Cyrénaïque qui finira englobée dans l'Égypte ptolémaïque (dynastie des Lagides). En 332 av. J.-C., Alexandre le Grand est reçu comme un libérateur par l'Égypte, alors occupée par les Perses[notes 25]. Il fonde Alexandrie, qui deviendra la prospère capitale du royaume ptolémaïque[138].

La prospérité de la civilisation carthaginoise repose sur le commerce méditerranéen, mais aussi sur celui avec l'intérieur de l'Afrique, avec notamment les villes de Sabratha et de Leptis Magna (en actuelle Libye), situées au débouché des pistes transahariennes[139]. Du point de vue de l'organisation sociale et politique, Carthage ne forme pas un « empire » aussi solide et structuré que celui des romains, ce qui expliquerait sa défaite[140],[notes 26].

Progressivement, à partir de 146 av. J.-C., après la victoire de Rome sur Carthage à l'issue des Guerres puniques[141], toute la côte nord du continent est incorporée dans l'Empire romain[notes 27].

Civilisations anciennes au sud du Sahara[modifier | modifier le code]

Art préhistorique de Tsodilo, Botswana, env. 2000 av. J.-C.

En Afrique subsaharienne, les habitats humains s'établissent et se structurent notamment en fonction de critères géographiques. Les zones de savanes donnent naissance à des organisations qui, partant de la chefferie, croissent jusqu'à devenir des État-nations voire des empires. Les habitats des zones de forêt dense sont plus petits et plus isolés. Certaines de ces zones ont d'ailleurs joué le rôle de refuges pour les populations chassées par les États en expansion : « Les savanes africaines ont donc joué un rôle bénéfique en favorisant, en Afrique, les conditions préliminaires à la naissance des États. [...] le corollaire de l’apparition des États dans les zones de savanes a été l’éparpillement des groupes plus faibles, moins bien organisés, dans des environnements répulsifs : zones montagneuses escarpées ; déserts ; forêts épaisses[142]. »

Malgré le hiatus du désert, le nord et le sud du continent ne sont pas totalement isolés et leur développement respectif est, en partie, lié. Une forme de commerce transsaharien est attestée depuis, au moins, l'époque de la civilisation carthaginoise[143] ; à l'époque historique, il utilise le dromadaire[notes 28], animal mieux adapté aux conditions climatiques que le cheval. L'Afrique subsaharienne fournit ainsi au monde antique, via les commerçants carthaginois, les plumes d'autruche, l'ivoire et les esclaves[notes 29]. Aux deux extrémités des routes de ce commerce, à 2 000 kilomètres de distance, Carthage et les premiers royaumes africains prospèrent simultanément, connaissant croissance démographique et développement agricole[144]. Mais les échanges ne sont pas seulement transsahariens, le commerce transcontinental et intercontinental du cuivre, du fer, de l'or ainsi que celui du sel est la base du développement économique et démographique de l'Afrique subsaharienne[145].

Empires[modifier | modifier le code]

Ife Empire Monomotapa Empire Songhai Empire du Mali Empire du Ghana

Frise chronologique
Les périodes indiquées sont données à titre d'illustration graphique et sont donc approximatives.

Conquête arabe du nord de l'Afrique[modifier | modifier le code]

En Afrique du nord, après une courte occupation Vandale[146] (439 à 534) puis une emprise Byzantine[147] (Exarchat de Carthage, env. 590-642), la conquête arabe commence au début du VIIe siècle sous le règne de la dynastie Omeyyades : « En 639, les Arabes prennent pied en Afrique, sept ans seulement après la mort du Prophète[148]. » En 641, alors qu'ils viennent de conquérir l'Égypte, ils y fondent la ville d'Al-Fustât (aujourd'hui Le Caire) et construisent la première mosquée d'Afrique. En 670, le général arabe Oqba Ibn Nafi Al Fihri établit son camp sur l'emplacement de ce qui deviendra la ville de Kairouan (actuelle Tunisie), où commence, la même année, la construction de la Grande Mosquée de Kairouan. Malgré de nombreuses résistances, particulièrement celle des autochtones Berbères[149] (avec les figures historiques de Koceila[150] et Kahena[151] notamment), et celle des royaumes de Nubie, christianisés depuis le vie siècle[152], l'arabisation et l'islamisation du Maghreb progressent rapidement.

Carte de l'empire du Ghana à son apogée

Au moment où les arabes conquièrent l'Afrique du Nord, grâce au commerce de l'or et du sel, la plus puissante et la plus riche entité politique au sud du Sahara est l'empire du Ghana. L'influence de l'Islam s'y fait rapidement sentir ; les commerçants sont majoritairement musulmans et il se crée une élite politique islamisée autour d'un roi resté cependant, comme sa population, animiste[153],[154].

La zone du fleuve Sénégal, où domine le royaume de Tekrour, est en partie islamisé dès le viie siècle et le sera plus massivement au ixe siècle[155] ; le royaume du Kanem, qui deviendra le royaume du Kanem-Bornou au xiie siècle, établi depuis le viiie siècle au nord de l’actuel Tchad, est islamisé dès le ixe siècle[156]. Les Songhai, métissés avec des berbères qui fuyaient l'avancée arabe, s'installent au début du VIIe siècle le long des rives du Niger ; ils fondent un petit royaume, islamisé au ixe siècle, qui deviendra le puissant Empire songhaï (dont l'apogée se situera aux XVe et XVIe siècles)[157].

La côte est du continent, baignée par l'océan indien, est depuis longtemps — au moins le début du Ier siècle, comme l'atteste Le Périple de la mer Erythrée — tournée vers l'Arabie et, au-delà, l'Inde et la Chine ainsi que vers l'Europe. Au moment du développement de l'islam, la culture swahilie, métissage culturel entre l'Afrique et le monde arabo-musulman[notes 30],[158] se déploie concomitamment ; l'islamisation de la zone est attestée dès le viiie siècle, des cités commerçantes musulmanes sont fondées ou développées. Mais « les marchands musulmans limitèrent leurs activités aux établissements côtiers, l’intérieur des terres échappant aux influences islamiques[159]. »

L'islamisation de l'Afrique subsaharienne est essentiellement pacifique et, pour une part, superficielle. Il s'agit d'une acculturation et pas d'une colonisation ou d'une conquête. La propagation de la religion est d'ailleurs le fait des africains subsahariens eux-mêmes (Haoussas, Peuls, Dioulas[notes 31]), qui répandent la religion tout en commerçant[160]. On utilise parfois le terme d'« islam de cour » pour parler des élites musulmanes du commerce, de la science et de la politique qui cohabitent avec les populations restées largement animistes[161],[notes 32],[162].

Au sud du Sahel[modifier | modifier le code]

Plus au sud, dans une région peuplée dès le vie siècle av. J.-C., au sud-ouest de l'actuel Nigeria, la civilisation d'Ife (ou Ifé), se développe autour de la ville éponyme, laquelle devient une cité importante à partir du ixe siècle et jusqu'au xiie siècle. Elle restera un centre artistique majeur jusqu'au xive siècle[163].

Encore plus au sud, dans la région des actuels Zimbabwe et Mozambique, les bantous, arrivés dans la zone vers 500 ap. J.-C., chassant devant eux les autochtones San, construisent, entre le Xie et le xiiie siècle, le Grand Zimbabwe, capitale de l’empire Monomotapa, renommé, voire mythique, grâce à son or[164],[165]. Il atteint son apogée au xve siècle. Les Portugais essaient de dominer l'empire dès le xvie siècle, attirés par l'or, mais ils n'y parviennent qu'en 1629[166] ; le Monomotapa de cette époque a déjà fortement décliné, ses sources d'or tendent à s'épuiser et le commerce des esclaves est passé sous la domination des états côtiers et insulaires de la côte est[167].

Poussée berbero-musulmane[modifier | modifier le code]

Au xie siècle, l'expansion de l'islam en Afrique connaît une deuxième phase, plus guerrière, car justifiée par le Djihad, lorsque les berbères islamisés de la dynastie Almoravide partent à la conquête du continent, vers le nord et le sud. Au nord, ils fondent Marrakech vers 1062, prennent Fès en 1075 et Tlemcen en 1080[168]. Au sud, ils s'emparent, en 1076, à l'issue d'une « expédition sanglante, ponctuée partout de pillages, de massacres et de chasses à l'homme[169] », de la capitale de l'empire du Ghana, Koumbi Saleh, avec l'aide du royaume de Tekrour ; le roi du Ghana se convertit à l'islam[153].

L'influence de l'islam ne dépasse pas, dans son expansion vers le sud, le 10e parallèle nord, où commence la grande forêt équatoriale, difficile à franchir et peu propice au peuplement dense. On attribue aussi parfois un rôle à la mouche tsé-tsé, vecteur de la maladie du sommeil, dangereuse pour les chevaux des cavaliers arabes[170],[171]. Mais l'arrêt de l’expansion géographique s’explique aussi par le souci qu'ont les successeurs d'Abu Bakr Ibn Omar, le vainqueur de l'empire du Ghana, de consolider les possessions almoravides en Afrique et ailleurs[172].

Lorsqu'au xiie siècle les Almohades succèdent aux Almoravides, la carte de l'islam en Afrique est fixée ; il occupe tout le nord du continent jusqu'à la frontière septentrionale de la forêt tropicale ainsi que la zone côtière Est.

Traite intra-africaine et traite arabe[modifier | modifier le code]

Itinéraires de traite en Afrique au Moyen Âge.

À l'instar d'autres organisations sociales de la même époque, les communautés africaines sont inégalitaires et fondées sur le servage, l’esclavage et un système de castes en lien avec les métiers[173] (castes de forgerons, tisserands, griots…) La traite esclavagiste existe depuis longtemps en Afrique : « Ce sont les guerres, nombreuses entre peuples voisins, qui furent les principales pourvoyeuses de prisonniers (et de femmes) incorporés en qualité d'esclaves à la société victorieuse[174]. » Avec la poussée islamique, le commerce transsaharien s'intensifie, faisant circuler entre le nord et le sud du continent, l'or, le sel et les esclaves. Ces derniers forment une part importante des caravanes. La traite arabe prend une dimension supplémentaire en accentuant, outre la traite intra-africaine, un trafic intercontinental soutenu, longtemps avant les européens. C'est ainsi, par exemple, que la côte est de l'Afrique alimente l'Inde et la Chine en esclaves noirs depuis au moins le ixe siècle[175],[176]. La traite arabe a concerné environ dix-sept millions de personnes déportées[177].

Trois grands empires[modifier | modifier le code]

Ghana[modifier | modifier le code]

Le premier des trois grands empires subsahariens, l'Empire du Ghana, puissant au moment de l'islamisation de l'Afrique, est affaibli par les attaques des Almoravides au xie siècle et commence à décliner. Il est progressivement réduit à son noyau originel, correspondant au Royaume du Ouagadou.

Plusieurs autres royaumes (Royaume de Sosso, Royaume de Diarra…) se partagent la domination de la région contrôlée par le Ghana à son apogée.

Mali[modifier | modifier le code]
Carte de l'empire du Mali à son apogée au xive siècle.

Vers 1230, Soundiata Keïta, roi du Mandé[notes 33], région correspondant à peu près à l'actuel Mali, coalise les Malinkés afin de contrer les attaques du roi du Sosso, Soumaoro Kanté. En 1235, à la bataille de Kirina, il défait son adversaire. Il poursuit ensuite ses conquêtes, reprenant ainsi Koumbi Saleh, ex-capitale de l’empire du Ghana, des mains du roi du Sosso. Il crée le second des trois grands empires, le très riche[notes 34] et puissant empire du Mali[178], qui est élargi, organisé et géré par ses successeurs.

L'empire du Mali est aussi connu pour la « Charte du Manden », datant de 1222 ou de 1236, correspondant au serment prononcé par Soundiata Keïta à l'occasion de son intronisation. Considéré comme l'un des plus anciens textes relatifs aux droits de l'homme, il s'agit d'un contenu oral, « constitutionnel », relatif aux droits de l'homme et à l'organisation formelle et légale régissant les rapports entre les hommes. Il ne fera l'objet d'une transcription écrite qu'au xxe siècle[179],[180].

Après le règne de Mansa Moussa II (vers 1387), l'empire connaît une période de troubles de succession qui l'affaiblisse ; dans le même temps, les berbères touareg, restés durablement rebelles, lancent des attaques contre les villes de la zone sahélienne, notamment Tombouctou dont ils s'emparent en 1433[181] ; les portugais, quant à eux, arrivés au début du xve siècle (prise de Ceuta en 1415), commercent avec l'empire ; mais, pour favoriser leur négoce, notamment d'esclaves, ils tendent à soutenir les petites communautés côtières et les poussent à s’émanciper[182], participant à l'affaiblissement de l'empire.

Songhaï[modifier | modifier le code]
Carte de l'empire songhaï au XVIe siècle.

La domination touarègue dans la zone septentrionale est de courte durée. Sous l'impulsion de Sonni Ali Ber (« Sonni Ali le grand »), considéré comme un grand stratège, le royaume du songhaï, tributaire de l'empire du Mali depuis 1300, met en place une politique de conquêtes territoriales, rompant avec l'économie de razzia qui prévalait jusqu'alors. Il combat et vainc les peuls et les touaregs ; il reprend Tombouctou en 1468. C'est l'avènement du troisième empire, l'empire songhaï, lequel se développe durant le xve siècle et le xvie siècle, la conquête territoriale s'appuyant sur une organisation politique largement inspirée de celle de l'empire du Mali[183].

Sonni Ali, musulman « de façade », reste fidèle aux traditions songhaïs. À sa mort, le parti musulman l'emporte et l'empire songhaï est dirigé par une dynastie musulmane, la dynastie des Askia[183], qui porte l'empire à son apogée au xvie siècle. À la fin du xvie siècle, des guerres civiles se conjuguent aux assauts des Saadiens, qui lui contestent la possession des mines de sel de Teghazza, au Sahara, pour affaiblir l'empire. La bataille de Tondibi, perdue contre les Saadiens, le 12 avril 1591, marque la fin de l'empire et son allégeance au sultan du Maroc[184],[185].

Tableau résumé des principales entités politiques historiques en Afrique[modifier | modifier le code]

Entités politiques et civilisations africaines les plus notables[186],[187],[188]
Nom début fin zone géographique approximative
Égypte antique 3000 av. J.-C. -30 actuelle Égypte
Culture Nok 1500 av. J.-C. 200 ou 300 ans ap. J.-C. actuel Nigéria
Civilisation carthaginoise -814 -146 Côte nord du continent
Royaume de Koush
(ou Royaume de Nubie)
-750 340 actuel Soudan
Royaume d'Aksoum Ier siècle av. J.-C. Xe siècle actuelle Éthiopie
Les trois grands empires
Empire du Ghana 300 ap. J.-C. 1240 nord du golfe de Guinée
Empire du Mali XIe siècle XVIIe siècle nord du golfe de Guinée
Empire Songhai XIVe siècle XVIe siècle nord du golfe de Guinée
 
Royaume du Kanem-Bornou VIIIe siècle 1846 nord du Tchad
Royaume de Kongo IXe siècle ou XIIe siècle XVIIIe siècle actuelles République du Congo, République démocratique du Congo et une petite partie de l'Angola
Royaume Mossi XIe siècle XIXe siècle actuel Burkina Faso
Ife XIIe siècle[notes 35] XVe siècle actuel Nigeria
Empire Djolof XIIe siècle 1549 actuels Sénégal et Gambie
Fédération puis Empire Ashanti XIIIe siècle XIXe siècle actuel Ghana
Royaume du Bénin XIIIe siècle XXe siècle actuel Nigeria
Empire Monomotapa
ou « Empire du Grand Zimbabwe »
XIe siècle 1629 actuels Zimbabwe et Mozambique
Royaume d'Oyo XVe siècle XIXe siècle sud de l'actuel Nigeria
Royaume de Dahomey XVIIe siècle XIXe siècle sud de l'actuel Bénin

Autres entités politiques[modifier | modifier le code]

D'mt - VIIIe siècle av. J.-C. - VIIe siècle av. J.-C. - Érythrée, nord de l'Éthiopie actuelles
Afrique romaine - 146 av. J.-C. - 429 - côte nord et nord-est du continent
Monoemugi - XVIe siècle - XVIIIe siècle - actuelle Tanzanie
Royaume de Loango - XVIe siècle - 1885 - actuelle République du Congo
Royaume bambara du Kaarta - XVIIe siècle - 1854 - actuel Mali
Royaume bambara de Segou - XVIIe siècle - 1861 - actuel Mali
Royaume Kuba - XVIIe siècle - XIXe siècle - actuelle République démocratique du Congo
Royaume zoulou - XVIIIe siècle - XIXe siècle - actuelle Afrique du Sud
Empire peul du Macina - XIXe siècle - XIXe siècle - actuels Mali et Mauritanie

Traite atlantique[modifier | modifier le code]

Marchands d'esclaves à Gorée (v. 1797).
Médaillon officiel de la Société britannique anti-esclavage. L'inscription dit : « Ne suis-je pas un homme et un frère ? » (1795)

Le commerce des esclaves (traite négrière) se développe massivement avec l'arrivée des Portugais, suivis des autres Européens, qui organisent une « traite atlantique », outre la traite intra-africaine qui continue à emprunter les chemins caravaniers et la traite arabe laquelle transite par la Méditerranée (vers l'Europe) et par l'Océan Indien (vers le Moyen-Orient, l'Inde et l'Asie)[190]. Cette traite atlantique prend la forme du « commerce triangulaire » en Atlantique nord : les navires venus d'Europe, chargés de marchandises (tissus, armes, alcool…) débarquent sur les côtes, échangent ces produits contre des esclaves qui sont ensuite vendus aux Antilles et en Amérique. Les navires rapportent ensuite, notamment, la mélasse issue de la canne à sucre, destinée à fabriquer le sucre et l'alcool dans les distilleries européennes. Dans l'Atlantique sud, c'est le « commerce en droiture », pratiqué par les Portugais, qui domine ; les navires relient directement les côtes africaines aux côtes américaines et antillaises[191].

Ce sont les Portugais qui mettent en place la traite au xve siècle[notes 36]. Des esclaves africains, venus d'Arguin (île de l'actuelle Mauritanie), sont vendus dans la ville portugaise de Lagos dès 1444[192] et « les premiers esclaves noirs sont introduits à Hispaniola dès 1493[193] ». Les Portugais découvrent les îles du Cap-Vert en 1456 puis celles de Sao Tomé-et-Principe en 1471, désertes à l'époque, s'y installent et commencent à cultiver la canne à sucre grâce à des esclaves venus du continent[194]. Ils instaurent ainsi une économie de plantation rapidement transposée aux colonies américaines ; en 1505, le premier circuit triangulaire se met en place, à destination de Cibao et d'Hispanolia. « Les Portugais furent la première et, pendant cent cinquante ans, la seule nation européenne engagée dans la traite négrière atlantique[195]. » Les circuits sont, dès leurs débuts à la fin du xve siècle, contrôlés et organisés ; le roi du Portugal accorde des droits exclusifs de navigation ou des droits de commercialisation en échange de redevances[196],[notes 37].

Cette traite atlantique s'accélère lorsque l'exploitation du continent américain par les Européens s'accompagne d'une forte demande de main-d'œuvre pour les plantations de canne à sucre, café, cacao, coton, tabac… qui se développent massivement dans la seconde moitié du xvie siècle. La demande concerne aussi, dans une moindre mesure, l'exploitation des mines d'argent et d'or du Pérou et du Mexique[200],[201]. Les implantations portugaises puis, plus largement, européennes, de la côte ouest-africaine deviennent les plaques tournantes de la traite tandis qu'à l'intérieur du continent de complexes circuits d'échanges s'établissent, la traite atlantique européenne se conjuguant aux circuits antérieurs qui perdurent, ceux de la traite orientale de la côte est et ceux de la traite transsaharienne orientés vers le nord[202].

Les autres puissances européennes s'engagent dans la traite aux XVIe et XVIIe siècles, impliquant les Français, les Anglais, les Néerlandais et même les Danois et les Suédois[203]. Ces autres nations européennes suivent la même voie que le Portugal, créant des compagnies « à charte » (bénéficiant d'un monopole ou d'un privilège accordé par un État)[204]. Cependant, au fil du temps, elles sont progressivement remplacées par des compagnies d'initiatives purement privées ; vers 1720, ces dernières dominent le commerce, profitant de la dérégulation progressive concédée par les gouvernements européens[205]. La place des pays dans la traite fluctue au gré des luttes et des rapports de force entre nations européennes. La fin du XVIIe siècle est marquée par la domination française, et c'est l'Angleterre qui domine la traite atlantique à son apogée, au xviiie siècle.

Les Européens ne pénètrent pas encore à l'intérieur du continent. Implantés sur le littoral, ils commercent avec les ethnies et les royaumes côtiers qui livrent les esclaves capturés à l'intérieur des terres[206]. Des royaumes africains, à la fois guerriers et commerçants[207], prospèrent ainsi grâce à ce commerce — qui coexiste avec la traite orientale[208] —, tels le Royaume de Dahomey, le Royaume de Kongo, l'Empire ashanti ou le Royaume du Kanem-Bornou[209],[210], au détriment notamment de l'Afrique intérieure, « objet de razzias incessantes »[211].

Le nombre d'esclaves déportés depuis l’Afrique au titre de la traite atlantique est évalué à douze millions environ en 400 ans[212],[213],[214].

Colonisation[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Grand Trek, Mfecane et Guerre des mahdistes.
Carte de l'Afrique en 1853 d'après P. Rousset, Atlas Achille Meissas et Michelot.

La colonisation effective de l'Afrique est précédée par une période de grandes explorations.

Abolition et fin des traites[modifier | modifier le code]

Le xviiie siècle est en France le siècle des lumières. L'encyclopédie de Diderot et d'Alembert, qui paraît entre 1751 et 1772, propage les idées humanistes[notes 38]. Un peu plus tard se créent en Angleterre, où l'influence de l'intelligentsia française était loin d'être négligeable[215], des organisations abolitionnistes qui militent contre la traite et l’esclavage telle l'Anti-Slavery Society, établie dans le premier tiers du xixe siècle. Ces idées conduisent à une « révolution morale »[216] et à un « élan abolitionniste de l'occident[217] » qui amènent le Danemark à abolir de jure[notes 39] la traite en 1792, suivi par l'Angleterre en 1807, les États-Unis en 1808, la Suède en 1813, la France en 1815 (à l'occasion du congrès de Vienne), l’Espagne et le Portugal en 1817, et le Brésil en 1850 seulement[218],[219]. L'Angleterre, à la pointe du mouvement abolitionniste[220] et « gendarme des mers[221] », s'attache, dès 1807 et surtout à partir de 1833, à faire respecter l'interdiction de la traite dans les eaux ouest-africaines[222],[223],[notes 40] avec plus ou moins de bonheur[notes 41]. La traite atlantique ne s’arrête évidemment pas subitement, elle se poursuit illégalement jusque vers le début du xxe siècle. Ainsi, quoique « sérieusement combattu après 1842, le trafic ne disparaît pas des côtes de Loango avant les années 1900[224]. »

Cependant, dans le même temps, les traites arabes et intra-africaines se poursuivent et s’amplifient. La traite intra-africaine augmente même au xixe siècle car les cultures d'exportation (huile de palme, arachides, miel, clous de girofle, caoutchouc, coton), utilisatrices de main-d'œuvre servile, se développent dans le cadre du commerce avec les Européens[225]. La traite de la côte orientale profite de la baisse de la traite atlantique[226] ; à la fin du xixe siècle le plus important marché négrier du continent est celui de Zanzibar[227], à l'époque sous contrôle du sultanat d'Oman. Quant à la côte nord de l'Afrique, elle voit les corsaires sévir jusqu'au début du xixe siècle[notes 42]. La pénétration européenne fera cesser les traites arabes et intra-africaines qui auront perduré jusqu'aux premières années du xxe siècle[229].

Explorations[modifier | modifier le code]

L'Afrique a, aujourd'hui encore, la réputation d'être un « continent insalubre », touché par des maladies comme le paludisme (malaria), la filariose, l'onchocercose (cécité des rivières), la trypanosomiase (maladie du sommeil), la lèpre, ou encore la fièvre jaune[230]. Les voyageurs, avant de se risquer à l'exploration, s'entraînent et s'endurcissent[231]. En 1854, la découverte de la quinine contribue à faciliter la conquête et la colonisation de l'Afrique[232].

À la fin du xviiie siècle, l'esprit du moment en Europe[notes 43], outre l'abolitionnisme, est aussi celui de la curiosité scientifique — qui justifie l’exploration — et celui de l'impérialisme culturel — qui pousse à évangéliser les populations tout en commerçant — ; c'est la « théorie dite des « trois C » [...] [qui] consiste à associer les termes de civilisation, de commerce et de christianisme pour en faire les fondements de l’idéologie coloniale[234],[235]. » À côté des sociétés abolitionnistes, des sociétés d'exploration (l'African Association par exemple, fondée en 1788 en Angleterre) et des sociétés missionnaires (ainsi la Société missionnaire de Londres, créée en 1795) apparaissent à ce moment. Dans les débuts du xixe siècle, l'intérieur de l'Afrique reste largement inexploré[236],[237] et les informations géographiques ou ethnographiques concernant le continent sont très anciennes[notes 44],[239] ; lorsque René Caillié part à la découverte de Tombouctou, qu'il atteint en 1828, « les dernières informations concernant la ville dataient du 16° siècle et émanaient des récits de Léon l'Africain[240]. » Sous l'impulsion anglaise, la fin du xviiie siècle puis le xixe et le début du xxe siècle voient donc de grandes expéditions se monter, financées par les sociétés missionnaires, les sociétés d'exploration, les grands journaux et les États[notes 45]. Parallèlement, les missions chrétiennes s'implantent massivement dans tout le continent ; il en existait quelques-unes au début du xixe siècle, elles se comptent par dizaines à la fin du même siècle[241].

Les explorations et les missions n'ont pas que des visées désintéressées, scientifiques et évangélisatrices ; dans les faits, une exploration « précède souvent des prises de possession coloniales[242]. » Notable exemple du phénomène, à la fin du xixe siècle, Léopold II de Belgique commandite plusieurs expéditions, dont une menée par l'explorateur Henry Morton Stanley[243],[notes 46], lequel crée l'État indépendant du Congo, en 1885, qui sera la propriété personnelle du roi[244].

Domination coloniale[modifier | modifier le code]

L'Afrique coloniale en 1913.
L'Afrique coloniale en 1930.
  •      Allemagne
  •      Belgique
  •      Espagne
  •      France
  •      Grande-Bretagne
  •      Italie
  •      Portugal
  •      États indépendants

En 1880, à l'aube de la colonisation massive, moins de 20 % du continent est aux mains des Européens. Il s’agit, à l'ouest, de zones côtières[notes 47], tandis que l'Afrique orientale est exempte de présence européenne. Seule l'Afrique australe est significativement occupée, 250 km à l'intérieur des terres[245],[notes 48] ainsi que l'Algérie, conquise par les Français en 1830[246].

Entre 1880 et 1910, en un laps de temps très court du fait de la supériorité technologique des Européens[247], « les changements les plus importants, les plus spectaculaires, les plus tragiques » de l'histoire du continent se produisent et la quasi-totalité de son territoire est conquise et occupée par les puissances impérialistes qui instaurent un système colonial. La période après 1910 est essentiellement celle de la consolidation du système[246].

Ce déferlement entraîne des frictions entre les nations européennes ; c'est notamment le cas pour la zone du Congo où les intérêts belges, portugais et français se confrontent et pour l'Afrique australe, où se combattent Britanniques et Afrikaners[248]. Afin de traiter la situation, les États européens organisent, en l'absence de tout représentant africain, à la fin de 1884 et au début de 1885, la conférence de Berlin qui débouche sur un traité fixant les règles auxquelles les signataires acceptent de se soumettre dans le cadre de leur processus de colonisation. Cela a pour effet d'accélérer la colonisation[249] et donc le déploiement des « 3 C » (commerce, christianisme, civilisation) au nom du « fardeau de l'homme blanc »[250].

Deux pays échappent au partage de l'Afrique, le Liberia, créé par une société de colonisation américaine en 1822 et ayant proclamé son indépendance le 26 juillet 1847[251] et l'Éthiopie, État souverain depuis l'Antiquité, qui parvient à repousser la tentative de colonisation des Italiens auxquels elle inflige une défaite à la bataille d'Adoua, le 1er mars 1896. Il s'agit de la première victoire décisive d'un pays africain sur les colonialistes[252],[253].

Ce que les francophones nomment « partage de l'Afrique », mettant ainsi l'accent sur les conséquences pour le continent, est appelé Scramble for Africa (« la ruée vers l'Afrique ») par les anglophones, qui mettent ainsi en exergue les causes. Ce terme est corrélé avec l'analyse économiste qui avance que cette colonisation est déclenchée par les besoins en matières premières des économies européennes, engagées dans la révolution industrielle et dans le commerce international[254]. Le terme fait aussi référence à la compétition économique que se livrent les nations sur le sol africain[255]. Pour l'acception économiste, inspirée par John Atkinson Hobson[256], l'impérialisme et la colonisation sont les conséquences de l'exploitation économique pratiquée par les capitalistes et le résultat des rivalités entre les nations[257].

La plupart des régimes coloniaux mettent fin, de jure, à l'esclavage dans leur zone d'influence — quoique la pratique perdura de facto pendant longtemps encore[258] —, assumant ainsi un rôle de « mission civilisatrice »[259],[260]. C'est un second volet explicatif de la « ruée » : le sentiment de supériorité de l'Europe vis-à-vis de l'Afrique, conforté par les théories du darwinisme et de l'atavisme social[261] ainsi que par la période de la traite négrière, laquelle avait vu la montée du sentiment raciste et l'idée de hiérarchie entre les races (courant de pensée dit racialiste, incarné par exemple par Gobineau, auteur d'un Essai sur l'inégalité des races humaines en 1855)[262], tout cela justifiant d'apporter la civilisation et le christianisme aux peuples du « continent noir », via le « sabre et le goupillon »[263].

Enfin, le sentiment nationaliste des pays européens joue aussi un rôle, la compétition pour la domination de l'Afrique en étant un des aspects[264].

L'économie coloniale qui se met en place repose principalement sur deux secteurs : l'extraction minière et la traite de produits agricoles[265]. L'activité commerciale internationalisée (économie de traite[266]) est aux mains des Européens via leurs firmes pratiquant l'import-export, lesquelles disposent du capital nécessaire à l'investissement local[267].

Plusieurs dispositifs structurent cette économie : l'impôt de capitation, qui contraint les Africains au travail salarié pour le compte des colons afin d’acquitter l'impôt[268], les plantations obligatoires[268], l'« abject » travail forcé[269] et le travail migratoire, le déplacement des populations, la saisie des terres[270], le code de l'indigénat sous ses diverses variantes qui excluent les colonisés du droit commun, l'indirect rule britannique. Cela déstabilise fortement les structures sociales en place[271] ainsi que le système productif, ce qui conduit à la pauvreté, à la sous-alimentation, aux famines et aux épidémies[272]. Ces pratiques, déjà brutales par essence, s’aggravent de répressions sanglantes contre les soulèvements et les résistances[273]. La répression des héréros (1904-1907) est ainsi qualifiée de « premier génocide du xxe siècle »[274],[275]. Les pertes humaines sont telles que la démographie du continent en est affectée : « les deux ou trois premières décennies de l’ère coloniale (1880-1910 environ) [...] provoquèrent [...] une forte diminution de la population[notes 49]. »

La Première Guerre mondiale mobilise 1,5 million de combattants africains et, au total, 2,5 millions de personnes sont touchées, d'une manière ou d'une autre, par l'effort de guerre[277].

La période qui suit, jusqu'à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, est qualifiée d'« apogée » [sic] de la colonisation ; les puissances coloniales construisent des routes, des voies ferrées, des écoles et des dispensaires[278]. Néanmoins, « la période 1920-1935 resta une période coloniale dure [...] Lors de la Grande Dépression [1929], il régnait une misère profonde[279]. » L'Afrique s'intègre de plus en plus à l’économie mondiale[279],[notes 50] et le continent bénéficie jusqu'en 1950 environ, date à laquelle culminent les profits des entreprises, de la reprise — interrompue par la Seconde Guerre mondiale — qui suit la crise de 1929[279].

L'Afrique coloniale, aperçu par nations[modifier | modifier le code]

L'Afrique coloniale, aperçu chronologique[modifier | modifier le code]

Autonomie politique et indépendances[modifier | modifier le code]

Fréjus, embarquement pour le front de tirailleurs sénégalais (1915).

Même si l'Éthiopie ne fut jamais colonisée et malgré des indépendances précoces (le Liberia en 1847 et l'Union d'Afrique du Sud[notes 51] en 1910), les prémices de l'émancipation de l'Afrique remontent à la Première Guerre mondiale.

Pour les Européens, ce conflit est l'occasion de côtoyer des « frères d'armes » africains (plus d'un million d'Africains sont mobilisés[281]), ce qui change leur regard sur eux. Le tirailleur sénégalais et le tirailleur algérien voisinent avec le poilu dans le livre des images d'Épinal militaires françaises[282]. Pour les Africains, la guerre permet de rompre avec le rapport déséquilibré du colonisé à son « maître », à tel point, par exemple, qu'en « Guinée, le retour des anciens combattants fut le prélude de grèves, d’émeutes dans les camps de démobilisation et d’une contestation de l’autorité des chefs[283]. » Le traité de Versailles de 1919 dépouille l'Allemagne de ses colonies, que les vainqueurs se partagent, ce qui trace à peu près les frontières de l'Afrique actuelle[284]. Le sentiment anticolonial continue à se développer en Afrique après la guerre, ainsi que, modestement, dans les pays occidentaux. Le président Américain Woodrow Wilson, dans son programme de paix (les Quatorze points de Wilson), rédigé en amont de la conférence de paix de Paris (1919), mentionne explicitement l'auto-détermination des peuples, ce qui inspire et légitime les mouvements anticolonialistes et nationalistes africains[285]. Ces mouvements se font entendre, comme le Wafd, délégation égyptienne qui souhaite participer à la conférence de Paris pour y plaider l'indépendance de l'Égypte et dont les membres sont déportés par les autorités anglaises[notes 52]. Certains obtiennent d'être entendus par la Société des Nations, tel le National Congress of British West Africa, mouvement indépendantiste de la Gold Coast (actuel Ghana), représenté par J. E. Casely Hayford, qui obtient une audition internationale au début des années 1920[284]. Dans le prolongement, les années 1930 voient la montée des formes de résistance et de syndicalisation qui déboucheront ultérieurement sur les indépendances[287]. Cependant, dans le même temps, en 1931, en France, s'organise l'exposition coloniale, symbole de l'unité de la « plus grande France »[notes 53], faisant suite à la British Empire Exhibition de 1924. À cette époque, à l'instar de la France, les métropoles ne sont pas prêtes à se détacher de leurs colonies[notes 54]. Les empires ont permis de gagner la guerre, grâce aux hommes, mobilisés de force, et aux ressources, réquisitionnées pour alimenter les mères-patries. En 1935, l'Italie fasciste décide même d'envahir l'Éthiopie, où elle se maintient jusqu'en 1941, faisant preuve de persistance dans l'idéologie coloniale[288].

La Seconde Guerre mondiale est un tournant crucial. Durant le conflit, les « coloniaux » s'illustrent à nouveau sur les champs de bataille, mobilisés par centaines de milliers, essentiellement par la France et l'Angleterre[289],[290]. En , Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt, signent la Charte de l'Atlantique, laquelle préfigure la Charte des Nations unies (1945) ; ce faisant, « ils signaient du même coup l’arrêt de mort, pour le restant du xxe siècle de l’idée de légitimité du colonialisme[291]. » L'évolution des modes de pensée consécutive à la guerre tend à rendre insupportable l'idée même du colonialisme : « La raison même d’être de la guerre, lutte contre la tyrannie et la conquête, semblait condamner le colonialisme[291]. » L'année 1945, fin de la guerre, est aussi la date du congrès panafricain de Manchester, qui marque le début du panafricanisme militant[292]. L'après-guerre voit des élites africaines, formées aux États-Unis ou en Europe (Julius Nyerere, Jomo Kenyatta, Kwame Nkrumah, Nnamdi Azikiwe…), prendre en main la contestation du modèle colonial, dénoncé comme étant au service exclusif des blancs[293]. Des partis politiques sont créés, tels le Convention People's Party (Gold Coast ou Côte-de-l'Or, actuel Ghana, 1949)[294], le Rassemblement démocratique africain (fédération de partis politiques des colonies françaises, 1947)[295]… dont les dirigeants seront les principaux hommes politiques des futurs États indépendants. Les revendications d'après la Seconde Guerre mondiale sont plus affirmées : les « mouvements, qui réclamaient auparavant un plus grand rôle dans l’administration, en viennent à exiger les rênes du pouvoir[296]. »

L'après-seconde guerre mondiale est aussi le moment où le monde voit les centres de pouvoir se déporter nettement de l'Europe vers les États-Unis et l'URSS. Succédant à la SDN, « l'O.N.U. devint ainsi la tribune de l'anticolonialisme militant[297]. » La tonalité anti-coloniale de sa charte dérive de l'influence de l'URSS, alors qu'aucun pays européen n'est, à ce moment, sur la même ligne politique[298]. Au contraire, les puissances coloniales se raidissent, effrayées, dans le contexte de la guerre froide, par une possible « subversion communiste » (sic), et elles répriment violemment toutes les manifestations politiques (par exemple l'insurrection malgache de 1947 ou celle du Kenya dans les années 1950). Les États-Unis, pour leur part, encouragent discrètement les mouvements indépendantistes, à condition qu'ils n'aient pas partie liée avec le communisme[299]. L'URSS soutient elle aussi les mouvements indépendantistes[300], en lutte contre « l'impérialisme stade suprême du capitalisme ».

Les années 1950 voient une évolution politique mais aussi l'émergence, en France, du cartiérisme, mouvement de pensée qui expose que les colonies, au lieu d'être source de profit, coûtent cher et qu'il vaut mieux financer la mère-patrie. L'analyse se prolonge par la notion de complexe hollandais, qui entend démontrer que l'abandon des colonies dope l'économie de la métropole, en prenant l'exemple des Pays-Bas, qui perdent leur colonie d'Indonésie à la fin des années 1940 et qui connaissent une forte croissance économique dans les années 1950 grâce à une réorientation des dépenses publiques et de l'investissement[301].

C'est dans ce contexte que débute le mouvement de décolonisation, que le premier ministre britannique Harold Macmillan appelle en 1960, le « Vent du changement »[notes 55],[303].

En 1951, l'Italie vaincue est forcée par l'ONU d'accorder l'indépendance à la Libye dont le territoire est occupé par les forces françaises et anglaises[notes 56]. Les protectorats français au Maroc et en Tunisie accèdent à l'indépendance en 1956. L'Afrique subsaharienne suit, avec l'indépendance de la Côte-de-l'Or, devenue Ghana en 1957, début d'une vague d'indépendance, relativement pacifique et négociée, qui dure jusqu'en 1960. À son issue, plus d'une vingtaine de pays ont obtenu leur émancipation politique[303], dont la majeure partie des colonies françaises. De 1960 à 1965, ce sont essentiellement les possessions britanniques (Nigeria, Tanganyika devenue Tanzanie, Kenya, Ouganda, Rhodésie du nord devenue Zambie) qui sont concernées. Les négociations y sont plus compliquées du fait de la forte présence de colons blancs (Kenya) ou d'une grande diversité ethnique ou religieuse (Nigeria)[303].

Certaines indépendances sont cependant plus arrachées que négociées. Pour l'Algérie, l'indépendance arrive en 1962 après une guerre commencée en 1954, la Rhodésie du sud devenue Rhodésie puis Zimbabwe-Rhodésie puis Zimbabwe, déclare unilatéralement son indépendance en 1965. Les possessions portugaises (Guinée-Bissau, Cap-Vert, São Tomé et Príncipe, Angola et Mozambique) font l'objet de guerres qui ne se terminent qu'avec la fin du régime de Salazar, en 1974 et 1975, date qui est aussi celle à laquelle l'Espagne abandonne le Sahara espagnol (quoique pour un statut contesté). D'autres territoires obtiennent tardivement leur indépendance de pays non européens. La Namibie doit attendre la fin de l'apartheid en Afrique du Sud et l'année 1990 pour devenir indépendante[303]. L'Érythrée, réunie à l'Éthiopie à la fin de la Seconde Guerre mondiale, s'en détache en 1993, à l'issue de trente ans de guerre et le Soudan du Sud fait sécession du Soudan en 2011[305].

Afrique contemporaine[modifier | modifier le code]

Carte des États d'Afrique.

Les nouveaux États indépendants ont des tâches urgentes à accomplir[306] ; ne voulant pas se lancer dans une recomposition aventureuse, ils décident de conserver les frontières coloniales[307],[notes 57] que l'OUA, nouvellement créée, décrète intangibles en 1963[26]. Ils font de même avec la langue du colonisateur, idiome commun à des citoyens aux parlers nombreux[309]. La situation diffère cependant en Afrique du Nord, où l'arabe reprend le pas sur la langue du colon ainsi qu'en Afrique de l'Est où le swahili l'emporte[310].

Les frontières font fi des réalités ethniques et géographiques du continent[39]. L'unité nationale des nouveaux États ne peut donc pas se fonder sur une base ethno-culturelle ou une histoire commune, elle doit plutôt se baser sur des considérations politiques et économiques, constitutives d'un projet commun[311]. Beaucoup de ces pays prennent, de ce fait, le chemin du parti unique[312], voire de la dictature, les héros de l'indépendance se transformant en despotes tels Sékou Touré, Léopold Sédar Senghor, Léon Mba, Fulbert Youlou, parfois à la suite de putschs comme Gnassingbé Eyadema et Mobutu Sese Seko par exemple ; il s’agit d'imposer à marche forcée une unité à des nations qui en sont dépourvues à l'origine[313]. L'idéologie sert ainsi de vecteur. Certains adoptent une voie « socialiste » ou « marxiste-léniniste », comme l'Algérie, la Tanzanie, le Sénégal, la Guinée, le Mozambique… et les diverses républiques populaires, du Congo, du Bénin… Ailleurs, c'est la religion qui sert à souder l'unité nationale comme en République islamique de Mauritanie[310],[313].

Politiquement, l'idéologie panafricaine, qui inspirait les mouvements de libération en tant que principe unificateur de lutte contre les puissances coloniales, décline après les indépendances[314] malgré la création de l'OUA en 1963. Par ailleurs, dès 1955, l'Afrique était représentée à la conférence de Bandung, fondatrice du mouvement des non-alignés et base de la naissance du concept de tiers-monde. L'« imaginaire identitaire[notes 58] » africain se construit ainsi de manière composite, entre panafricanisme et volonté d'échapper à la logique des blocs de la guerre froide (non-alignement).

Les nouveaux États ne sont cependant pas débarrassés des structures économiques héritées de la colonisation et les liens avec les métropoles ne sont pas rompus. Beaucoup sont signataires d'accords politiques, économiques et militaires, parfois secrets, qui les lient aux anciennes métropoles[315] et la majeure partie des anciennes colonies du Royaume-Uni rejoint le Commonwealth. Les anciennes métropoles entendent conserver ainsi une position privilégiée en échange d'assistance technique et d'aide au développement[316]. De fait, l'immédiat après indépendance est une période dite de « néocolonialisme », concept clé des relations nord-sud à cette époque[notes 59] : les Européens, mais aussi les États-Unis, l'Union soviétique, Cuba, la Chine…, protagonistes de la guerre froide, s'ingèrent largement dans la politique et dans l'économie du continent[notes 60],[319].

Mine de diamant de Jwaneng au Botswana. « L'Afrique concentre environ 30 % des réserves minérales mondiales[320] ».

Entre 1960 et 1980, le PIB des pays africains triple[321] sans, pour autant, que les conditions de vie des Africains s’améliorent sensiblement. La gestion de l'économie, qu'elle s'appuie sur une idéologie libérale ou socialiste, ne permet pas de « décoloniser » le tissu productif des nouveaux États. L'agriculture de subsistance continue à cohabiter avec l'agriculture de rente destinée à l'exportation, et les matières premières sont massivement exportées, sans produire de valeur ajoutée locale. Les débouchés se trouvent dans les pays développés qui, dans le contexte des « trente glorieuses », ont besoin des ressources du continent pour nourrir leur croissance. Le continent s'endette massivement durant les années 1970 — à cette époque, les États africains sont considérés comme solvables grâce à la hausse des cours des matières premières et aux faibles taux d'intérêt[322] —, auprès des banques qui recyclent ainsi leurs liquidités en eurodollars puis pétrodollars[323]. Les investissements sont pharaoniques[324] et comprennent quelques éléphants blancs ; le montant de la dette atteint près du quart du PIB africain en 1980[325].

Mais, alors que depuis les indépendances les recettes d'exportation croissaient, « entre 1979 et 1982 les prix des principales exportations africaines retombent, en termes réels, à leur plus bas niveau depuis 1950[325]. » Simultanément les taux d'intérêt augmentent de manière « vertigineuse[326] »[notes 61]. Les recettes d'exportation baissent, les taux d'intérêt grimpent ; prise ainsi dans un effet de ciseaux, l'Afrique s’engage dans une spirale de crise[325]. Les possibilités d'investissement décroissent drastiquement, les déficits budgétaires se creusent et la dette devient un boulet financier. En 1990, elle représente 106,1 % du PNB en Afrique subsaharienne et de 52 % (Algérie) à 126 % (Égypte) en Afrique du Nord[328]. Il n'y a plus d'argent pour les projets et l'aide publique au développement sert avant tout à soulager les banques occidentales de leurs créances devenues douteuses[329]. Les bailleurs de fonds internationaux (le FMI et la Banque mondiale essentiellement) accordent des prêts en les conditionnant à la mise en œuvre de politiques d'ajustements structurels visant à réformer l'ensemble de l'économie des pays ou, au minimum, des secteurs entiers (énergie, éducation), ce qui en modifie profondément le fonctionnement. Inspiré par une pensée économique libérale, l'ajustement structurel consiste notamment à privatiser, le plus souvent au profit d'entreprises étrangères, des pans entiers de l'économie, à lever les barrières aux échanges commerciaux, à réduire le poids de l'État y compris les aides aux plus défavorisés[330]. En 1992, presque tous les pays du continent sont concernés par l'ajustement structurel[331]. Au regard des critères libéraux l'économie s'en trouvera assainie, mais il faudra plus de vingt ans pour cela et le bilan social en est « terrifiant »[332] : chômage, mise à mal des systèmes de santé et d'éducation[notes 62], accroissement des inégalités[notes 63],[335]… Politiquement, les pays sont soutenus même lorsque leurs fondements démocratiques ne sont pas en place[336], confortant de facto des régimes autoritaires ou des démocraties imparfaites.

Au début des années 1990, à la suite de la chute du mur de Berlin, les aspirations démocratiques du continent s'amplifient[337]. C'est la période du discours de La Baule, des « conférences nationales » en Afrique francophone — qui instaurent, notamment, le multipartisme —, de la fin de l'apartheid, de l'indépendance de la Namibie et de l'Érythrée. La démocratie ne progresse cependant pas massivement dans un contexte de tensions ethniques et régionalistes[338] et de conflits armés. Cela fait qu'encore aujourd'hui le continent présente un visage contrasté, « les jeunes démocraties cohabitant avec les tyrans sanguinaires »[339].

D'un point de vue économique, profitant d'un retournement de cycle, la dette des pays d'Afrique subsaharienne baisse de moitié en quinze ans et redescend à un niveau plus soutenable, passant de 85 % en 2000 à 40 % du PIB à la fin des années 2010[340],[notes 64]. La croissance économique du continent est soutenue depuis le début du xxie siècle, aux alentours de 5 % par an pour la production réelle[343] et de 4 % pour le PIB[344],[345],[346].

Conflits[modifier | modifier le code]

Le continent reste fortement touché par des affrontements violents : « L’Afrique retient l’attention car elle apparaît […] comme le théâtre du plus grand nombre de conflits actuels[347] » et « Les conflits violents durent plus longtemps et sont plus meurtriers en Afrique que dans les autres régions du monde[348] ». « Entre 1989 et 2002, 10 à 15 conflits ont éclaté chaque année, entraînant des conséquences néfastes pour le développement socioéconomique et infrastructurel de l’Afrique. De 1994 à 2003, on a dénombré 9,2 millions de morts en raison des conflits armés, et à partir de 2003, 15,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays[349]. »

Selon l’Atlas stratégique, en 2008[350], sur 35 conflits graves répertoriés dans le monde, 13 sont situés en Afrique, où 15 pays sur 53 sont concernés par une « crise d’intensité moyenne à haute ». La situation ne s'améliore pas au fil du temps ; en octobre 2015, sur seize opérations de maintien de la paix menées par l'ONU, neuf se situent en Afrique[351],[notes 65] et, en mai 2016, sur dix « situations sous enquêtes » à la Cour pénale internationale, neuf concernaient l'Afrique[352]. De même le conflit du Rwanda a été juridiquement[notes 66] qualifié de génocide[353].

S'il est possible de caractériser globalement les conflits africains (ils sont locaux ou transfrontaliers mais pas inter-étatiques)[notes 67], l'historiographie moderne échoue à trouver des explications partagées à ce sujet[notes 68],[355], chaque situation étant, in fine, considérée comme particulière.

Il existe néanmoins des facteurs de contexte fréquemment évoqués : la faiblesse voire la défaillance des États (Burundi, République Centrafricaine…)[356],[355],[354], phénomène souvent corrélé à un faible niveau de revenu et à une répartition inégalitaire des revenus sur des bases ethniques ou géographiques. Cela nourrit les antagonismes ethniques (Côte d'Ivoire, Rwanda, Touareg au Mali…)[357],[358] lesquels, parfois, traversent les frontières (Liberia et Sierra Leone, Rwanda, Burundi et Ouganda, Guinée-Bissau et rebellion casamançaise…)[357]. Ces inégalités économiques, pour l'aspect géographique, entraînent des luttes pour l'appropriation des zones où se situent les ressources naturelles, sources des richesses (Soudan du Sud, Somalie, République démocratique du Congo[359],[360]…)

Ces facteurs se conjuguent de manière complexe[notes 69], d'autant que dans un monde globalisé, les diasporas jouent un rôle, par le financement[notes 70], l'appui à l'organisation des rebellions et la propagation des idéaux dans les pays extérieurs au continent (Érythrée…)[362],[363] et que l'Afrique s'inscrit aussi dans une « mondialisation criminelle[364] » des « foyers terroristes […] qui se concentrent dans un croissant s’étirant du Pakistan au Sahel[365]. » Cette mondialisation a aussi pesé de tout son poids dans les printemps arabes de 2011 en Égypte et en Tunisie[366],[367], ainsi que, conjuguée à la problématique terroriste, dans le conflit libyen, à dimension internationale[368],[369].

Démographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Démographie de l'Afrique.

Évolution de la population[modifier | modifier le code]

Enfants sud-soudanais.
Bidonville à Nairobi, Kenya.

Croissance de la population et urbanisation[modifier | modifier le code]

L'Afrique est le continent dont la population en pourcentage a le plus augmenté depuis le début du XXe siècle et dont le taux d'accroissement naturel, avec 2,5 % en 2015 est le plus élevé[370]. Estimée à 133 millions d'habitants en 1900 soit 8,1 % de la population mondiale, la population de l'Afrique est passée en 1950 à 228 millions soit 9,1 % puis à 808 millions en 2000 soit 13,2 %, à 1,1 milliard en 2012 soit 16 % de la population mondiale[371]. Selon les estimations de l'ONU, la population de l'Afrique pourrait être de 2,5 milliards en 2050 soit 25 % de la population mondiale, et de 4,4 milliards en 2100 soit 39 % de la population mondiale[372],[370],[373]. Le Nigéria, la République démocratique du Congo et l'Éthiopie seront, en 2050, parmi les dix pays les plus peuplés de la planète[374].

Cela n'est cependant qu'une forme de rattrapage puisqu'en 2050 la population du continent retrouvera la proportion, environ un cinquième du total mondial, qu'elle représentait au xvie siècle avant les traumatismes démographiques de la traite négrière et de la colonisation[375].

La croissance de la population s'accompagne d'un exode rural massif et d'une croissance vertigineuse des villes : « Durant la seconde moitié du xxe siècle la population des villes d'Afrique subsaharienne a été multipliée par 11[376]. » Il s’agit, là encore, d'un phénomène de rattrapage, car l'Afrique est le continent le plus faiblement urbanisé de la planète[376].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Cette croissance démographie et cette urbanisation sont susceptibles d'avoir des effets constrastés selon que l'on adopte un point de vue malthusien et afro-pessimiste ou non[377]. Ainsi la Banque mondiale présente-t-elle en 2015 un rapport intitulé « La transition démographique africaine : dividende ou désastre[378] ? » Le rapport expose qu'une partie de l'Asie a connu une situation similaire avant sa transition démographique et le décollage économique des tigres asiatiques[379],[380]. On peut citer comme exemple positif le fait que la concentration des populations en ville crée des marchés solvables pour les agricultures locales[381]. Ou bien encore constater que l'accroissement démographique est un bienfait pour le développement du marché de la téléphonie mobile[notes 71], ce qui a été à la base de la « bancarisation » (mobile banking) fulgurante du continent[382] qui permet à l'Afrique d'être la « championne du monde du paiement par téléphone mobile[383] ». La croissance de la population est donc aussi celle de la consommation domestique et du développement économique qui l'accompagne[384] notamment grâce aux « classes moyennes »[385] qui croissent plus vite (3,1 %) que la population dans son ensemble (2,6 %)[386].

Dans ce contexte, la transition démographique du continent, entamée dans certains pays (Kenya, Sénégal, Botswana[380]…), si elle se confirme, est une chance potentielle[387],[388] grâce à la baisse du taux de dépendance qu'elle entraînerait avec une population active plus importante que celle des inactifs. Quelques pays (Ghana, Côte d’Ivoire, Malawi, Mozambique et Namibie) ont déjà été identifiés comme étant sur cette voie[389].

Les positions malthusiennes, à rebours, invitent à considérer la croissance de la population comme un fardeau en parlant de « suicide démographique[390] », avançant que la transition démographique est loin d'être globalement acquise et que les taux de dépendances sont pour l'heure extrêmement élevés[391]. De même, les investissements, notamment en éducation, qui devront accompagner la transition démographique pour la transformer en vraie chance, sont considérables[391]. La population, en tout état de cause plus nombreuse, devra s'entasser car même si la densité globale du continent est faible (36 hab/km2), certaines zones sont inhabitables ce qui fait que l'on constate, en certains endroits du Nigeria, pays le plus peuplé du continent, des densités de l'ordre de 190 hab/km2[391] et que 62 % des urbains d'Afrique subsaharienne vivent dans des « quartiers précaires[392] ». À l'inverse, l'Afrique du Nord est la région qui connaît la plus faible proportion de population urbaine vivant dans des bidonvilles (13 %)[393]. Pour ce qui concerne la structure de consommation, l'existence même de la classe moyenne africaine est niée par certains[394].

Une caractéristique principale du continent[395] est que son indiscutable croissance économique ne bénéficie que peu à ses populations. C'est le concept de « la croissance sans le développement », proposé par George Ayittey[396].

Mouvements de population[modifier | modifier le code]

Les migrations volontaires de l'Afrique subsaharienne sont massivement internes, ce qui est sans équivalent sur les autres continents. Les trois-quarts, voire plus[notes 72], des migrations d'Afrique subsahariennes sont intra-continentales. Elles concernent de 20 à 70 millions de personnes selon les sources[notes 73]. Les migrations volontaires extra-continentales sont donc fortement minoritaires et, a fortiori, ne représentent qu'un flux et un stock très minoritaire des immigrés dans les pays de l'OCDE : l'Afrique subsaharienne représente « 6 % des flux migratoires vers les pays de l’OCDE, et 5 % du stock de migrants[397] ». En ce qui concerne l'Afrique du Nord, les migrants qui en sont issus représentent 7 % du stock total de migrants de la zone OCDE[397].

Du fait de la conflictualité du continent, aux migrations volontaires, essentiellement économiques (travail, commerce), s’ajoutent les déplacements forcés ; les personnes déplacées internes (dans leur propre pays) et réfugiées (personnes déplacées ayant franchi une frontière internationale), sont 17 millions en 2014[398].

Natalité et mortalité[modifier | modifier le code]

La croissance démographique est évidemment liée au taux de fécondité lequel, en Afrique, est le plus élevé au monde avec 4,7 enfants par femme pour la période 2010-2015, contre une moyenne mondiale de 2,5[399]. Si la majeure partie des pays africains ont un taux de natalité élevé, ils font également face à une mortalité infantile très élevée. En 2013, deux pays africains avaient un taux de mortalité infantile supérieur à 100 ‰ et 34 un taux supérieur à 50 ‰[400]. Par ailleurs, les quatre pays ayant l'espérance de vie la plus faible dans le monde en 2012 étaient tous africains[401].

Le sida est devenu la première cause de mortalité en Afrique à la fin du XXe siècle[402]. C'était encore le cas en 2007, où ONUSIDA estimait à 22 millions le nombre de personnes infectées en Afrique[403]. En 2013, sur 35 millions de personnes infectées, 24,7 millions vivaient en Afrique subsaharienne, dont 58 % de femmes[404]. Le VIH a fait 1,3 million de morts sur le continent en 2009, mais il en faisait 1,4 million en 2001. Entre 2005 et 2013, les cas de nouvelles contaminations ont cependant baissé de 33 % en Afrique subsaharienne[404].

La mortalité infantile a chuté de 30 % en 20 ans et l'espérance de vie s'est accrue de 15,4 ans depuis 1950. Mais, en Afrique subsaharienne, 1 enfant sur 8 meurt avant ses 5 ans contre 1 pour 143 dans les pays développés[405].

Les conditions sanitaires sont largement indépendantes de l'économie. Malgré un niveau de revenu cinq fois inférieur, l'Éthiopie, (573 $/hab[406]), grâce à sa politique en la matière, présente de meilleurs indicateurs sanitaires que le Nigeria (3 203 $/hab.[406]) : mortalité infantile 47 ‰ (78 ‰ au Nigeria), mortalité maternelle 350 ‰ (630 ‰ au Nigeria)[407]. De la même manière, l'aridité est correlée avec la malnutrition mais, pour des raisons politiques, elle sévit lourdement en République démocratique du Congo, pourtant un des pays les plus arrosés de la planète[408].

Sociétés, religions et langues[modifier | modifier le code]

Sociétés[modifier | modifier le code]

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

Ethnie, un concept discuté

Massivement utilisé depuis son invention au xixe siècle, le concept d'ethnie est cependant aujourd'hui encore largement discuté quant à sa définition et sa portée[409],[410]. Fait éternel du continent pour les uns[notes 74], invention en grande partie coloniale pour les autres[notes 75],[413], outre qu'il est mal défini : « Le concept d'ethnie compte parmi les plus usitées et les moins précises des notions sociologiques[414] », le concept ethnique est accusé d'être parfois utilisé à tort, là où l'analyse sociale sans coloration ethnique suffirait[415],[416].

La famille et l'ethnie sont les deux piliers de la sociologie du continent.

L'Afrique est souvent présentée comme une mosaïque de peuples et de cultures (on compte plus de 1 000 ethnies sur le continent[417]), c'est la principale caractéristique de sa sociologie car l'ethnie est le fondement de la solidarité et de la cohésion communautaire bien plus que l'État-nation[418],[419].

L'aspect clé du fait ethnique est le sentiment d'appartenance[notes 76], : « L’ethnie constitue donc un ensemble [...] que l’on s’accorde à définir à partir d’un critère empirique : celui de la conscience ethnique[421] » ; elle est la base de l'identité à laquelle se réfèrent les individus, sur le fondement d'une ascendance commune revendiquée, réelle ou mythologique[422]. Multiséculaire ou inventée par le colonisateur, revendiquée par les individus quelle qu'en soit la réalité scientifique, elle peut être mobilisée[423], comme ce fut le tragiquement le cas au Rwanda[424],[425], ou pour bénéficier de soins à l'hôpital[notes 77] ou, plus pacifiquement, pour traiter d'une tradition musicale[427],[428] .

L'ascendance commune est relatée dans de grands mythes fondateurs, qui existent sur tout le continent, certains étant communs à plusieurs ethnies[429]. Ces mythes cosmogoniques servent encore de références à l'époque contemporaine ; ils se transmettent de nos jours au travers de la littérature[430] après l'avoir été oralement[431].

En parallèle, les systèmes de parenté, famille élargie, clans et lignages, sur les mêmes fondements d'ancêtres communs, en principe réels dans ce cas, complètent les bases sociales fondamentales[432],[433] : « Une organisation sociale puissante fondée sur la famille étendue exerce [...] une action de premier plan dans la stabilité de la société[434] ».

Les structures sociales pré-coloniales et les modes de gestion qui les caractérisent coexistent aujourd'hui avec les États modernes. Les relations sociales se régulent selon des étages sociaux distincts : « [...] il a dans la société africaine des affaires qui relèvent du niveau du lignage, de l'ethnie, de la tribu... et d'autres qui relèvent du niveau de l'État[435] » ; les régulations sociales, y compris dans certains aspects juridiques, échappent à l'autorité étatique.

En effet, l'État-nation et les concepts relatifs ont été brutalement importés via la colonisation, sans qu'il y ait eu un temps de maturation historique, dans des sociétés globalement segmentaires et lignagères : « il est de vastes régions en Afrique qui n’ont connu avant la colonisation ni chefferies ni États, l’organisation sociopolitique étant de type lignager[436] »)[437],[notes 78]. Même là où existèrent de puissants royaumes ou empires, l'organisation politique ne suivait pas le modèle occidental, la différence essentielle étant l'absence de recouvrement entre le royaume ou l'empire et un territoire délimité[188]. Cette importation ne s'est pas faite sans heurts, y compris dans les consciences individuelles[notes 79] et les institutions pré-existantes ont perduré de facto[440] mais aussi de jure[441], les États actuels confiant souvent et officiellement des fonctions aux chefs traditionnels aujourd'hui encore[442],[443],[444].

Les deux systèmes ne fonctionnent pourtant pas sur les mêmes bases, les fonctions du chef coutumier étant culturellement très éloignées de celle d'un fonctionnaire d'administration centrale ou locale. Le rapport à la terre et au pouvoir sont notamment très différents de la conception purement juridique et il existe une composante sacrée évidemment absente des bureaux administratifs[445].

Rapport au pouvoir et à la terre[modifier | modifier le code]

Le rapport africain à la terre et les formes d'organisation productives se distinguent de leurs homologues des autres continents[446]. Concernant la production agricole, le lot commun, y compris en Afrique, est l'étape de la société paysanne, organisée autour de l'auto-production familiale[447].

Mais la distinction fondamentale avec les autres parties de la planète, c'est que la terre n'est pas un bien matériel susceptible d'être possédé formellement par un individu, qu'il soit simple citoyen ou dirigeant d'une organisation politique (chefferie ou empire)[notes 80]. Même la monarchie d'essence divine ne s'accompagne pas pour autant, en Afrique, d'une possession formelle de territoires délimités. Le « chef » africain n'est pas essentiellement un dirigeant politique gérant des terres, il était (et reste dans ses formes traditionnelles), un intercesseur entre le sacré et le profane ; dans la conception africaine, « la terre n’est pas un bien matériel au sens où nous l'entendons en Occident, mais le lieu sacré où se rencontrent le visible et l'invisible[30]. » Les figures du propriétaire terrien et de l'aristocrate foncier sont absentes du système de production africain[449] : « la conception que se font de la propriété privée le droit romain, le code civil et Marx ne s'est développée en Afrique que pour certains biens meubles d'utilisation domestique mais pas pour cet essentiel facteur de production qu'est la terre[450]. » De ce fait, la « tenure » africaine, y compris contemporaine, est originale au regard des conceptions occidentales et asiatiques, et complexe par le fait[451].

Cela ne fut pas sans causer des difficultés au moment de la colonisation. Ainsi, la pratique de l'indirect rule britannique, consistant à s'appuyer sur des leaders indigènes, conduisit à fabriquer des chefs là où il n'y en avait pas. Ce fut le cas au Nigeria par exemple, pour les Igbos ; leur système social décentralisé, inadapté aux conceptions européennes et aux visées coloniales, lesquelles nécessitaient un chef territorial, amena la création de chefferies artificielles[452].

De cette conception du rapport à la terre découle une problématique foncière. À l'époque actuelle, le droit coutumier et le droit foncier moderne sont encore et toujours en concurrence, le premier étant frontalement attaqué car considéré comme empêchant la modernisation et le développement de l'agriculture sur un continent en proie à l'insécurité alimentaire[453]. Les femmes représentent jusqu'à 70 % des exploitants agricoles en Afrique subsaharienne mais le droit coutumier fait qu'elles n'ont pas de titres de propriété sur les terres qu'elles exploitent[453], la coutume ne concédant que des droits d'usage[454]. Sachant que, par ailleurs, 10 % seulement des terres rurales africaines sont enregistrées, 90 % sont donc gérées de manière informelle et coutumière[453]. Le développement de la propriété foncière et la prise en compte de la place des femmes sont donc considérés comme des leviers indispensables au développement agricole du continent[notes 81],[456],[457].

Religions[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Religion en Afrique.
Carte des religions en Afrique.
  •      Animist majority
  •      Animist plurality
  •      Catholic majority
  •      Catholic plurality
  •      Hindu plurality
  •      Orthodox Christian majority
  •      Orthodox Christian plurality
  •      Protestant majority
  •      Protestant plurality
  •      Sunni Muslim majority
  •      Sunni Muslim plurality

Religion de l'Égypte antique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Religion de l'Égypte antique.
Articles détaillés : Religion de l'Égypte antique et Kémitisme.

La religion de l'Égypte antique, polythéiste, date au moins du IVe millénaire av. J.-C. et disparait avec son interdiction par l'empereur romain chrétien Théodose Ier à la fin du IVe siècle[458]. Elle puise ses racines dans la préhistoire : le panthéon égyptien zoomorphe ne contient que des animaux correspondant au biotope prédynastique. Aucun dieu n'est représenté sous la forme d'un animal appartenant à une espèce apparue plus tardivement[459].

Cette religion mêle le culte des génies de la nature (génie du blé, déesse des moissons…) à des dieux cosmiques d'importance supérieure, qui se manifestent sous forme de phénomènes physiques (, le soleil, Geb, la Terre…)[460]. Les Égyptiens anciens représentent leurs dieux sous une forme zoomorphe, incarnés dans des animaux ou sous des formes mixtes, en partie anthropomorphes. Horus, par exemple, est représenté comme un homme à tête de faucon.

Les rituels sont pratiqués par des prêtres, délégués de Pharaon, dans des temples qui deviennent monumentaux lorsque leurs constructeurs commencent à utiliser la pierre au lieu de la brique. Les différents dieux sont en général propres à une zone donnée, autour d'une ville principale dont ils sont la divinité tutélaire. Ces zones correspondent à peu près aux nomes (subdivisions administratives) quoique certains cultes aient rayonné plus largement[461].

Dans la civilisation égyptienne, la religion joue un rôle de tout premier plan[458]. Pharaon, roi, est aussi l'intermédiaire entre les hommes et les dieux, il est lui-même assimilé à un dieu vivant[462]. Le thème de la vie après la mort, particulièrement important dans l'Égypte antique, conduit à la construction des mastabas puis des pyramides, tombeaux monumentaux, ainsi qu'à des rituels de momification (réservés aux couches sociales les plus élevées)[460]. Tout cela s'inscrit dans le contexte d'une société fortement stratifiée, l'une des premières de l'histoire à atteindre le stade de proto-État[463].

Cette religion connaît une résurgence dans la deuxième moitié du xxe siècle sous la forme du kémitisme, le terme désignant soit une revendication politique radicale panafricaniste où le kemet égyptien est considéré comme à la base de toute civilisation, thèse qui se revendique de celles de Cheikh Anta Diop, soit un mouvement spirituel de la mouvance du néopaganisme[464],[465].

Religions traditionnelles[modifier | modifier le code]

Article connexe : Animisme.
Représentation contemporaine de Mami Wata.
Arbre de l'oubli, Ouidah (Bénin), avec une représentation de Mami Wata.

Le fait religieux africain autochtone est vulgarisé typiquement comme une forme d'animisme monothéiste[466],[467]. Cependant, la définition même de l'animisme, due à Edward Tylor dans Primitive culture en 1871[468], le fait que l'animisme puisse être une religion[469],[470] ou que la définition s'applique aux pratiques africaines sont encore débattus[notes 82]. Symbole de cette difficulté à caractériser ce fait culturel et religieux, la terminologie actuelle de « religions traditionnelles africaines » n'est apparue que récemment, en 1965[472].

Les traits communs des religions traditionnelles africaines sont qu'elles postulent l'existence d'un être suprême, créateur et organisateur de l'univers. Il est en général décrit comme éloigné des hommes et inaccessible. À côté, il existe des esprits, dont ceux des ancêtres, ainsi que des divinités mineures, en lien avec la nature (génie des eaux, par exemple), plus accessibles, qui sont fréquemment invoqués car susceptibles d'intervenir sur Terre[466] pour favoriser ceux qui l'invoquent ou pour rétablir l'ordre troublé (maladie, mauvaises récoltes, etc.) et l'harmonie du monde. En effet, les difficultés de la vie et de la société sont considérées comme causées par la violation des tabous et des règles sociales[473],[474],[475].

Les rituels, entre autres d'initiation, nombreux et fortement codifiés, sont pratiqués sous l'égide d'experts religieux (oracles, guérisseurs…). Il n'existe pas de corpus dogmatique (« textes sacrés ») écrit, à l'inverse des religions du Livre, et la transmission des savoirs afférents est orale. Y sont associées de nombreuses et diverses représentations sous forme de statuettes, masques… classiques de l'art africain[466].

Les religions traditionnelles sont le plus souvent propres à une ethnie et à une aire géographique donnée ; cependant les ethnies itinérantes peuvent les propager sur de vastes territoires. Certaines religions ont même essaimé, notamment via les esclaves africains, tels le vaudou à Haïti, la santeria à Cuba, le candomblé au Brésil[476],[477],[473].

La religion traditionnelle conduit à une conception du monde où l'imbrication du sacré et du profane est forte : « La religion africaine traditionnelle était (et reste) inextricablement liée à la culture africaine[478] » ; il n'y a pas de distinction entre religion et culture[notes 83] puisqu'il est toujours possible d'interpréter ce qui se passe dans le monde prosaïque comme étant causé par l'action des divinités ou des esprits[480]. Ainsi, il est coutumier de dire qu'en Afrique on ne meurt jamais de mort naturelle : « L'expression mort naturelle ne couvre pas le même champ sémantique en Afrique ou en Occident. En Afrique, la mort [...] résulte [...] d'une intervention (faute du défunt = viol de l'interdit, vengeance de l'ennemi, maléfice du sorcier)[481]. » Entre pratique cultuelle et pratique culturelle, le statut de certains rites est d'ailleurs parfois difficile à définir. En 1972, le bwiti était défini par certains auteurs comme une « société initiatique mixte qui tend de plus en plus à devenir une véritable religion[482]. »

Cette conception du monde a un impact politique. Le dirigeant porte simultanément l'aspect politique, profane, par exemple dans la gestion des conflits ; dans le même temps, il est intercesseur avec le sacré et, en outre, il partage le plus souvent son pouvoir avec d'autres intercesseurs[notes 84]. Cela reste vrai à l'époque actuelle, notamment dans les sociétés rurales, quoique pas uniquement[483].

Cette intrication explique les syncrétismes apparus en Afrique subsaharienne à l'occasion de l'implantation des religions importées, islam et christianisme[notes 85].

ie siècle : christianisme primitif[modifier | modifier le code]

Le christianisme est présent dès le Ier siècle en Afrique romaine et en Égypte[485] et s'y développe rapidement. Au IIIe siècle, l'Église d'Alexandrie est un des piliers du christianisme oriental[486] où naît le monachisme chrétien[487] et son Didascalée une des plus grandes écoles théologiques. La communauté chrétienne d'Afrique romaine est numériquement, à ce moment, la plus importante du christianisme latin[488]. En est issu Augustin d'Hippone, père de l'Église dont la pensée a eu une influence déterminante sur l'Occident chrétien au Moyen Âge et à l'époque moderne[489].

Déchirées par des conflits théologiques, ces communautés ne subsistent pas longtemps lors de la conquête musulmane de l'Afrique du Nord[490]. Un christianisme orthodoxe sous la forme monophysite existe à l'heure actuelle en Éthiopie, Érythrée et Égypte depuis l'Antiquité tardive. L'Éthiopie se considère comme la seconde plus ancienne nation chrétienne au monde, après l'Arménie, faisant remonter cette tradition à l'an 330.

viie siècle : expansion de l'Islam en Afrique[modifier | modifier le code]

L'islam s'installe en Afrique du Nord à partir du VIIe siècle[491], et se diffuse ensuite vers l'intérieur de Afrique de l'Ouest et la côte d'Afrique de l'Est[492].

Le commerce caravanier et l'expansion islamique permettent de nouer de nouvelles relations entre l'Afrique du Nord et le reste du continent[493]. L'islamisation se fait de trois manières : volontaire (les croyants le deviennent par conviction, pacifiquement), contrainte (les populations se convertissent pour ne plus être prises en esclavage et pour échapper à la double-imposition) ou forcée (lors des conquêtes militaires, les vaincus n'ont parfois d'autre choix que la conversion ou la mort). L'islam sunnite se répand surtout au Maghreb, l'islam chiite dans certaines oasis sahariennes et en Égypte, d'où il sera supplanté ultérieurement[494].

Les prêtres et « sorciers » des nombreux cultes animistes sont parfois les premiers à se convertir, afin de sauvegarder leurs positions sociales et leurs savoirs traditionnels ; ils forment de puissantes confréries comme les Mourides et les Tidjanes en Afrique occidentale. De ce fait, le christianisme et l'islam présentent parfois des particularités syncrétiques et initiatiques typiquement africaines[495], que les intégristes de chaque religion et les missionnaires combattent.

xve siècle : missionnaires chrétiens[modifier | modifier le code]

Basilique Notre-Dame de la Paix à Yamoussoukro, en Côte-d'Ivoire. Construite entre 1986 et 1989, c'est le plus grand édifice chrétien du monde. Son coût a été estimé à 6 % du budget annuel du pays.

Au XVe siècle, la papauté concéde au Portugal l'exclusivité du commerce avec l'Afrique mais aussi l'activité de mission par le principe du padroado[496]. Les Portugais évangélisent quelques rois, ce qui facilite les traites négrières, notamment dans l'empire Kongo où le fils du Manikongo devient le premier évêque noir[497], mais la christianisation touche surtout les esclaves déportés aux Amériques et non les Africains[498].

Les efforts des missions chrétiennes qui interviennent au XIXe siècle lors du partage de l'Afrique ne rencontrent pas un grand succès[499] ; au début du XXe siècle, seuls 9 % des africains sont chrétiens[500].

Les religions traditionnelles africaines, qui dominaient historiquement les régions d'Afrique de l'Est, d'Afrique centrale, d'Afrique australe et la région côtière d'Afrique de l'Ouest restaient très pratiquées[501].

xxe siècle : essor du protestantisme évangélique et des nouvelles religions[modifier | modifier le code]

Au XXe siècle, un nouvel essor du christianisme apparaît en Afrique, surtout dans la partie subsaharienne où foisonnent de multiples confessions. Il est dû en partie au prosélytisme des protestants évangéliques, mais aussi à l'émergence de prophètes créant de nouvelles Églises. Ces Églises d'institution africaine, évaluées à près de 6 000 en 1968[502], étaient estimées à plus de 11 500 en 2004, la plupart étant totalement inconnues en dehors de l'Afrique[503]. Au début du XXIe siècle, l'Afrique est le continent où le nombre de chrétiens augmente le plus vite[504].

Contexte contemporain[modifier | modifier le code]

Les religions traditionnelles africaines ont moins de pratiquants aujourd'hui qu'avant l'arrivée des Européens, mais elles restent importantes dans certains pays, par exemple au Bénin[notes 86] et au Togo[507]. Les pratiques religieuses africaines sont syncrétiques, formées d'un mélange entre religion traditionnelle et religion « importée », christianisme ou islam[508]. La chose est du reste parfaitement revendiquée[notes 87], à tel point que l'Afrique subsaharienne a inventé l'aphorisme « 50 % chrétien, 50 % musulman, 100 % animiste »[509],[510],[511],[512],[513] pour caractériser la répartition des religions dans la région.

Dans les pays du Maghreb, l'islam, très majoritaire, est religion officielle[514]. La Tunisie[514] et la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest ont une constitution laïque qui garantit la liberté de religion[515].

On compte aussi une minorité juive présente essentiellement dans la partie nord du continent. La présence des séfarades « Tochavim » remonte à l'ère phénicienne. Les séfarades dits « Megorashim », contraints à l'exil à la suite du décret de l’Alhambra, arrivent quant à eux après 1492. Les falashas, dont la présence remonte à l'ère du roi Salomon et de la reine de Saba, sont présents en Éthiopie. En Afrique du Sud, on compte plus de 70 000 juifs, pour la plupart des ashkénazes d'origine européenne. Certains peuples, comme les Lemba et les Abayudaya, se revendiquent aussi du judaïsme.

Il existe un pays africain où l'hindouisme est la religion majoritaire, Maurice[516],[517].

Langues[modifier | modifier le code]

Carte simplifiée des familles linguistiques en Afrique.
Une représentation simplifiée des langues autochtones en Afrique[518]. Leur multiplicité a déterminé la majorité des États a adopter comme langues officielles celles de leurs anciennes puissances coloniales.

Les linguistes recensent environ 2 000 langues vivantes sur le continent africain[519],[520] (soit environ le tiers des langues du monde), regroupées en quatre grandes familles, exclusion faite des langues de souche non africaine.

La famille afro-asiatique (ou chamito-sémitique), composée de 366 langues vivantes dont 299 parlées en Afrique, totalisant 411 millions de locuteurs, n’est pas exclusivement africaine. Elle s’étend également sur la péninsule Arabique et ne couvre que la partie nord de l’Afrique de l'Ouest. Elle inclut notamment le berbère, la langue originelle des habitants de l'Afrique du nord, ainsi que l’arabe[521] qui est la première langue d'Afrique en nombre de locuteurs.

La famille nilo-saharienne (env. 200 langues vivantes et 31 millions de locuteurs)[522] couvre une partie du Sahara, le haut bassin du Nil et certains hauts plateaux de l’Afrique orientale. Selon les auteurs, elle est composée de six[523], dix-sept[524] ou douze groupes de langues[525] dont seulement deux sont localisés en Afrique de l'Ouest : le songhaï (Mali, Niger, Burkina, Bénin) et le Kanuri (Niger, Nigeria, Cameroun et Tchad autour du lac du même nom).

La famille khoisan (22 langues vivantes et 360 000 locuteurs) est la plus petite famille linguistique africaine. Elle est centrée sur la Namibie et rayonne sur l’Angola, le Botswana et l’Afrique du Sud. Dans le passé, les langues khoisan étaient parlées dans la majeure partie de l’Afrique australe et orientale. Elles ont été progressivement évincées de maints endroits par les langues bantou puis européennes.

La famille Niger Congo compte près de 1 500 langues vivantes, ce qui fait d’elle la plus grande famille linguistique du monde (22 % des langues de la planète et 71 % des langues africaines)[526]. Elle couvre la plus grande partie du territoire ouest-africain et concerne l’immense majorité de la population de la région. Elle compte en son sein un groupe, le bantou, qui couvre à lui seul la quasi-totalité de l’Afrique sub-équatoriale à l’exception de l’aire khoisan[526]. On retrouve dans cette famille la langue swahili (parfois appelée kiswahili).

Beaucoup de spécialistes estiment que le foyer originel des Bantou se situe au sud de la Bénoué, à la frontière du Cameroun et du Nigeria. Il y a de cela 4 000 ans, les Bantou entament une longue migration vers l’Afrique centrale, sans doute poussés par l’aridification du climat et le développement de l’agriculture et de l’élevage qu’ils rejettent. Cette colonisation prend près de trois millénaires. Les Bantou n’atteignent le Sud du continent qu’aux XVIe et XVIIe siècles av. J.-C., fuyant les Massaï venus de la haute vallée du Nil. Les nombreuses similitudes entre les langues bantoues ainsi que leur remarquable extension géographique en font une zone linguistique spécifique très souvent distinguée du reste de la famille nigéro-congolaise[526].

Il existe d'autres familles linguistiques présentes sur le continent :

Le français joue actuellement un rôle important en Afrique[527], servant de langue véhiculaire ou de langue maternelle (au Gabon, Côte d'Ivoire, République du Congo, République démocratique du Congo, Cameroun et Bénin notamment) dans un grand nombre de pays, et son utilisation s'intensifie.

Entre 1992 et 2002, le nombre d'apprenants du et en français en Afrique subsaharienne et océan Indien a augmenté de 60,37 %, passant de 22,337 millions à 34,563 millions de personnes. On peut observer une tendance similaire au Maghreb. Cependant, les chiffres fournis par l'Organisation internationale de la francophonie pour le Maghreb ont été réunis avec ceux du Moyen-Orient, le décompte exact pour les pays du Maghreb n'est donc pas possible mais on observe une augmentation de 10,47 millions à 18 millions d'apprenants pour cet ensemble, quand bien même le français n'est pas langue officielle (cas de l'Algérie par exemple). D'ores et déjà, il y a plus de francophones en Afrique qu'en Europe[528].

L'Académie africaine des langues a été créée en 2001 afin de gérer ce patrimoine linguistique[529].

Arts et littérature, loisirs[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Art africain et Théâtre africain.

Culture traditionnelle[modifier | modifier le code]

La culture africaine n'est pas un bloc monolithique, il existe plusieurs cultures africaines. La culture africaine subsaharienne traditionnelle est basée sur la transmission orale, souvent accompagnée de musique. En Afrique de l'Ouest, le griot, messager et chanteur de la communauté, chargé de conserver la mémoire et la tradition du peuple, fut longtemps la clé de voûte de la société africaine. Ses paroles étaient souvent accompagnées d'instruments, et il était chargé de gérer les conflits dans la communauté[530].

Culture contemporaine[modifier | modifier le code]

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Depuis l'époque dite « des indépendances » les intellectuels et artistes africains se sont engagés dans une large réflexion autour de l'identité et de la modernité. L'équation entre authenticité et modernité se résout différemment selon les directions choisies. Il y a eu bien sûr le mouvement de Négritude, fondé entre autres par Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, axé sur la négation de l'assimilationnisme colonial et l'union des cultures noires à travers le monde. Ce mouvement a trouvé son expression dans le Festival mondial des Arts nègres organisé par le président sénégalais Léopold Sédar Senghor en 1966[531]. Il fut suivi en 1969 par le Festival Panafricain d’Alger qui proposa une nouvelle vision de la culture africaine, tentant de dépasser les conceptions raciales ou ethnocentristes au profit d’une culture africaine unie sous le signe de la révolution ou du rejet du néocolonialisme.

Aujourd’hui, malgré les difficultés politiques ou économiques qui forcent certains d’entre eux à émigrer en Europe ou aux États-Unis, beaucoup d’artistes et de penseurs africains ont acquis une renommée internationale. On citera par exemple Fela Anikulapo Kuti, Dele Sosimi, Patience Dabany, Oliver N'Goma, Manu Dibango, Ray Lema, JB Mpiana, Koffi Olomidé, Lokua Kanza, Papa Wemba, Werra Son, Alpha Blondy, King Kester Emeneya, Youssou N’Dour, Cesária Évora, Cheb Khaled, Ali Farka Touré, Toumani Diabaté ou encore Tinariwen dans le domaine de la musique ; mais aussi quatre prix Nobel de littérature avec John Maxwell Coetzee, Nadine Gordimer, Naguib Mahfouz et Wole Soyinka ; pour les plasticiens Kudjoe Affutu, Eric Adjetey Anang et l'atelier Kane Kwei, Ataa Oko au Ghana, Frédéric Bruly Bouabré en Côte d'Ivoire ou Ousmane Sow au Sénégal ; pour le cinéma Ousmane Sembène, Youssef Chahine (grand prix du jury au festival de Berlin) ou Mohammed Lakhdar-Hamina (palme d’or à Cannes)…

Littérature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Littérature africaine.

En 2016, l'Afrique compte trois lauréats du prix Nobel de littérature[532] : Wole Soyinka, 1986, nigérian, d'expression anglaise ; Naguib Mahfouz, 1988, égyptien, d'expression arabe ; Nadine Gordimer, 1991, sudafricaine, d'expression anglaise. J.M. Coetzee, d'expression anglaise, originaire d'Afrique du Sud, naturalisé australien en 2006, reçoit le prix Nobel en 2003[533].

Musique[modifier | modifier le code]

Arts plastiques[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cinéma africain.
Vidéo-club à Dakar (2007).

Vu la faible quantité de la production, il est souvent considéré comme un ensemble, même s'il existe bien évidemment une multitude de « cinémas africains ». Pendant longtemps il s'est agi d'un cinéma de l'extérieur puisque les conditions économiques étant rarement réunies pour qu'une vraie industrie puisse exister, beaucoup de réalisateurs étaient des expatriés, en France, en Belgique ou ailleurs. Ces dernières années, avec la démocratisation de la vidéo (et donc des tournages plus légers et économiques), on assiste dans un certain nombre de pays à l'émergence de cinéastes de l'intérieur.

C'est notamment le cas au Nigeria. Le cinéma nigérian est considéré comme le troisième mondial par la quantité de films produits selon The Sunday Telegraph[534]. Les films produits par l'industrie cinématographique nationale (connue sous le nom de Nollywood) sont tournés en quinze jours et coûtent en moyenne 11 000 euros. En l'absence d'un réseau de salles de cinéma, les films sont ensuite distribués directement en vidéo.

Parallèlement à cette production ciblant les spectateurs de leurs pays, certains réalisateurs africains sont plus connus (et reconnus) à l'international. On citera notamment le Mauritanien Abderrahmane Sissako, les Maliens Souleymane Cissé et Cheick Oumar Sissoko, le Burkinabé Idrissa Ouedraogo et le Sénégalais Ousmane Sembène.

Tout en rendant hommage à Sembène décédé au cours de l'année, la vingtième édition du FESPACO, qui s'est tenu en février-mars 2007 à Ouagadougou, témoigne[535] cependant de la montée d'une nouvelle génération de cinéastes, à laquelle se rattachent notamment les trois lauréats du festival, le Nigérian Newton Aduaka pour Ezra, le Camerounais Jean-Pierre Bekolo avec Les Saignantes et le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, réalisateur de Daratt. Les protagonistes des films récents sont souvent des adolescents ou de jeunes adultes, ce qui correspond à la moyenne d'âge du continent africain. La guerre, la violence et leurs conséquences font partie des thèmes fréquemment abordés, de même que l'immigration et la diaspora.

Sports[modifier | modifier le code]

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Beaucoup de sportifs de niveau international sont d'origine africaine : des footballeurs tels que Rabah Madjer premier africain vainqueur de la coupe d'Europe avec Porto en 1987, George Weah (Ballon d'or France Football 1995), Samuel Eto'o triple vainqueur de la Ligue des champions, Salif Keita (premier Ballon d'or africain), Sana Cassamà, Noureddine Naybet, Roger Milla, El-Hadji Diouf, Didier Drogba, Emmanuel Adebayor, Michael Essien, Claude Makélélé, Abedi Pelé, Shabani Nonda, Lomana LuaLua ont tous évolué ou évoluent dans l'élite du football international. Noureddine Morceli, Kenenisa Bekele, Hicham El Guerrouj, Haile Gebreselassie et Said Aouita ont quant à eux brillé en athlétisme. Le football et l'athlétisme sont les sports les plus répandus. Les pays qui sont d'anciennes colonies britanniques pratiquent également le cricket ; quant au rugby, il est surtout pratiqué en Afrique du Sud. La Coupe du monde de football de 2010 s'est tenue en Afrique du Sud, devenant ainsi le premier pays africain à organiser cette manifestation mondiale.

Économie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Économie de l'Afrique.

Histoire économique[modifier | modifier le code]

L'échange de biens économiques apparaît avec le passage de l'économie de prélèvement (ou de prédation) à l'économie de production, au moment de la révolution néolithique et de la sédentarisation[536].

Dès l'Égypte antique voit la naissance d'un État puissant[537] ; à sa tête, le Pharaon contrôle le commerce et l'exploitation des mines[538]. Le bois, rare dans la région, est un élément important des échanges[539].

En Afrique subsaharienne l'échange de biens est attesté au néolithique récent et aux débuts de l'âge du fer, durant le Ier millénaire av. J.-C.[540] Il porte sur le fer et la pierre (pour les outils et les armes), le cuir, le sel, les céréales, le poisson séché, les tissus, la céramique, les bois travaillés, les noix de cola et les parures en pierre et en fer[541].

Durant le Ier millénaire av. J.-C. et les premiers siècles de l'ère chrétienne, l'Afrique du nord avec les comptoires phéniciens, grecs, romains et l'Afrique subsaharienne prospèrent aux deux extrémités des routes du commerce transsaharien[542] tandis que se continue le commerce vers le proche-orient. Un peu avant le début de l'ère chrétienne, l'Afrique du nord, notamment la Cyrénaïque, est le grenier du monde antique[543]. Au début de l'ère chrétienne le royaume d'Aksoum est une puissance de premier plan du commerce mondial[544] ; les textes font allusion à une large gamme de produits exportés : obsidienne, ivoire, cornes de rhinocéros, peaux d’hippopotames, singes, tortue, poudre d’or, parfums, animaux vivants et esclaves[545].

Dès le ve siècle, l'Afrique subsaharienne est qualifiée de « terre de l'or »[546]. À partir du viie siècle, l'expansion arabo-musulmane en Afrique s’accompagne d'une intensification du commerce intra et inter-continental de l'or et des esclaves. Grâce à ces deux commerces, l'empire du Ghana devient une grande puissance continentale à partir du viiie siècle. Le commerce de l'or africain passe quasi exclusivement aux mains des musulmans[547] et la traite arabe s'organise[171]. Les grands centres du commerce de l'époque, Ouadane, Chinguetti, Tichitt, Oualata, Djenné, Gao, Tombouctou, Ségou, Mopti, etc.[notes 88], sont situés en zone sahélienne, zone de contacts entre l'Afrique des arabes et le pays des noirs[548]. L'empire du Mali, à partir du xie siècle[notes 89], le royaume du Kanem-Bornou et l'empire songhaï, à partir du xive siècle, se développent sur les mêmes bases économiques[546].

Avec l'arrivée des Portugais au xve siècle, commencent l'économie de traite (exportations de biens agricoles et de produits miniers)[549], l'économie de plantation (utilisation de main-d'œuvre servile sur les plantations destinées à l’exportation) et la traite esclavagiste atlantique[195]. Progressivement, les centres d'activité se déportent du Sahel vers les zones côtières[550]. Les royaumes côtiers commercent avec les Européens et l'économie devient celle de la razzia. Cela, poursuivi par la colonisation, entraîne un collapsus démographique tel qu'il ne commence à se combler qu'aux xxe et xxie siècles[551].

Le continent, colonisé au xixe siècle et jusqu'à la fin du xxe siècle, voit ses richesses agricoles et minières se diriger vers les métropoles, au bénéfice quasi-exclusif de ces dernières. L'Afrique ne connaissant pas une colonisation de peuplement, le nombre de colons est infime au regard de celui des autochtones. Le développement économique interne et l'accumulation locale du capital ne sont donc pas à l'ordre du jour. Par conséquent l'économie africaine coloniale est essentiellement extravertie et, dans une logique de tirer profit des avantages comparatifs, fortement spécialisée pour chacune des colonies. Ces deux caractéristiques perdurent jusqu'à aujourd'hui[552].

Les nouveaux États, indépendants à partir des années 1960, reprenant les frontières coloniales, sont majoritairement des États rentiers où des oligarchies captent la rente (pétrolière et/ou minière) mise en place au moment de la colonisation[553],[552]. Les richesses africaines ont permis l'accumulation du capital en Europe, préalable à son industrialisation, mais le continent africain en a été privé. L'économie de l'Afrique reste donc rentière, extravertie et la logique redistributive l'emporte sur celle d'accumulation[553].

Contexte macro-économique contemporain[modifier | modifier le code]

Croissance du PIB, investissements étrangers directs et aide publique au développement en Afrique, au 21e siècle.
IDE en Afrique, part dans l'investissement mondial.
Aide publique au développement en Afrique, en dollars constants.

La caractéristique la plus générale du continent est que son économie et ses exportations reposent sur les industries extractives[notes 90],[555],[556] : « la moitié environ des pays d’Afrique subsaharienne sont exportateurs nets de produits de base et, contrairement à ce qui s’est passé ailleurs, les exportations de produits des industries extractives ont vu leur importance augmenter depuis les années 90, ce qui a fait de cette région l’une des parties du monde les plus fortement tributaires des produits de base, plus ou moins à égalité avec la région Moyen-Orient et Afrique du Nord[557]. » Cela entraîne une forte dépendance aux cours internationaux des matière premières[558]. À titre d'exemple, 80 % des exportations de l'Algérie sont constituées de produits pétroliers[559]. En 2014, pour l’ensemble du continent, le pétrole et ses dérivés ajoutés au gaz naturel liquide ou gazeux, représentaient 53,3 % des exportations[560].

S'il est riche en pétrole et le plus riche de la planète en matière de minerais avec 30 % des réserves minérales mondiales[320], il l'est aussi en terres agricoles disponibles, ce qui crée une nouvelle « ruée sur l'Afrique » notamment de la part de pays du Golfe et d'émergents comme l'Inde et la Chine[561],[562], qui achètent des terres sur le continent. Environ 5 % de la surface du continent appartient ou est louée pour une longue durée à des pays étrangers[563].

Profitant d'un supercycle haussier des matières premières[564], la croissance du PIB de l'Afrique, notamment subsaharienne, est continue et soutenue, supérieure à la moyenne mondiale, depuis le début du xxie siècle : « L’Afrique a enregistré un taux de croissance de 5,1 % entre 2000-2011 malgré le décrochage de la crise mondiale qui a fait chuter ce taux à 2,5 % en 2009 ; la productivité a affiché une croissance de l’ordre de 2,7 % au cours de la décennie 2000[565] ». Les disparités entre pays et entre sous-régions sont cependant importantes[566],[567] ; en 2011, le PIB/hab. en parité de pouvoir d'achat de l'Afrique du Nord (7 167 $) est presque le triple de celui de l'Afrique subsharienne (2 391 $)[568]. L'inégalité sociale est également très forte[569]. La croissance a marqué le pas en 2015 du fait de la baisse du cours des matières premières, principales sources de revenus pour le continent, comme cela avait été le cas en 2009 du fait de la crise mondiale. La forte demande des classes moyennes émergentes devrait malgré tout entretenir la croissance et les perspectives de long terme sont bonnes[570].

Cependant, le continent est « en retard » (34 des 48 pays les moins avancés se situent en Afrique[571]) et présente de faibles performances ; en 2014, le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat est de 3 513 $[572] pour l'Afrique subsharienne, alors que la moyenne mondiale se situe à 14 956 $[572].

Partant, de nombreuses études existent sur les causes de ce phénomène, que d'aucuns appellent la « malédiction des tropiques »[573]. On a ainsi mis en avant les facteurs démographiques (fécondité…), politiques (faiblesse des États de droit…), historiques (influence de la colonisation…), infrastructurels (production d'énergie insuffisante…)[565], ou invoqué la malédiction des frontières (États trop petits, enclavés…) ou bien encore, constatant le poids des industries extractives, le syndrome hollandais (ou « malédiction des matières premières »)[574],[575],[576] et le phénomène d'État rentier qui l'accompagne (captation des revenus de la rente par une oligarchie au détriment de la population)[577].

Il existe néanmoins quelques « miracles » économiques permettant d'éviter une généralisation abusive. Le Botswana, riche en diamant, mais sans accès à la mer, a réalisé aux xxe et xxie siècles une performance économique exceptionnelle, à l'encontre du syndrome hollandais et du handicap lié à l'enclavement, tout en ayant une gouvernance et une transparence sans égales à comparer du reste du continent[578],[579]. On déplore cependant une prévalence du SIDA très élevée avec un taux de 25,2 % pour la tranche d'âge 15-49 ans[580],[581]. Maurice, partant d'une situation où le sucre représentait 20 % du PIB et plus de 60 % des recettes d’exportations, a misé sur l'industrialisation dans le secteur textile, puis sur les services dont le tourisme. Sa croissance a été de 5 % par an pendant 30 ans et son revenu par habitant qui était de 400 $ au moment de l’indépendance s'établit aujourd'hui à 6 700 $ (estimé à 18 900 $ PPA en 2014[582])[583]. Son système éducatif est performant et son rang dans le classement Doing Business (climat des affaires) de la Banque Mondiale (28e) est meilleur que celui de la France (31e)[579],[584]. Le Rwanda est un autre miraculé[585]. Après le génocide de 1994 qui le laisse en ruines[notes 91], le pays, fermement repris en main[notes 92] depuis par Paul Kagame, a su se développer fortement malgré une densité de population extrêmement élevée de 420 hab./km2, plus de dix fois supérieure à la moyenne du continent. Atteignant la transition démographique et misant sur l'éducation de sa population, outre les aides internationales, il est devenu un modèle de redistribution et de croissance inclusive[notes 93] en Afrique, attestant que le retard économique n'est pas une fatalité[589].

Le continent n’a donc pas de handicaps géographiques, culturels ou structurels indépassables, de malédiction qui l'accablerait, c'est la politique qui a créé la Rising Africa (« l'Afrique montante ») et qui lui permettra de prospérer à l'avenir[590].

Pour l'heure, le retard est bien réel, l'usage même du terme « miracle » indiquant qu'il ne s'agit que de contre-exemples[591] dans une Afrique qui reste le « continent de la pauvreté ». Même si la pauvreté recule, la proportion de pauvres vivant en Afrique est malgré tout en croissance, montrant que ce recul est moins rapide qu'ailleurs sur la planète[592]. Parmi les objectifs du millénaire, les indicateurs concernant l'insécurité alimentaire et la pauvreté sont ceux qui progressent le moins[593].

Dette[modifier | modifier le code]

Dette publique par pays en 2011, en % du PIB.

Les années 1980-1990 sont marquées par la crise de la dette[594] ; le relèvement des taux d'intérêt et la baisse des revenus d'exportation plongent le continent dans une crise financière qui amèneront la mise en place des programmes d'ajustement structurels[595]. Dans le même temps l’aide publique à l'Afrique diminue notablement, réorientée vers l'Europe de l'est ; c'est l'époque de « Adieu Bangui, bonjour Varsovie »[594]. L'organisation politique et économique des États est drastiquement revue notamment par le démantèlement des appareils étatiques jugés coûteux et inefficaces et celui des entreprises para-étatiques à la compétitivité critiquable[595]. Cette purge libérale a créé la « génération ajustée » ou « génération déflatée »[596],[notes 94] ; mais, conjugée au retournement des cycles internationaux en matière de taux d'intérêt, à une reprise des aides publiques vers l'Afrique et à une reprise des investissements directs étrangers depuis l'an 2000[598],[599],[600] (avec notamment une forte implication chinoise[601]), cela a conduit à une baisse de la charge de la dette dans les finances des États[602]. Aujourd'hui l'Afrique est moins endettée que les pays occidentaux développés[603], même si sa dette reste sous surveillance : « La viabilité de la dette est une préoccupation croissante[604] ».

Infrastructures[modifier | modifier le code]

Centrale électrique d'Athlone au Cap, Afrique du Sud.

Le continent souffre d'un déficit d'infrastructures (électricité et transport essentiellement) qui lui coûte le chiffre énorme d'environ deux points de croissance annuelle[605] ; or l'investissement en infrastructures est nécessaire à la croissance économique, aux entreprises, mais aussi au bien-être des populations grâce un accès à l'eau, à laquelle 65 % des africains sont reliés, et surtout à l'électricité, qui présente un taux d'accès de 29 % seulement[606], sachant que « La production cumulée de 48 pays d’Afrique subsaharienne ne dépasse pas les 68 000 mégawatts, soit l’équivalent de l’électricité produite par l’Espagne[607] ».

Gouvernance[modifier | modifier le code]

La gouvernance est, après les infrastuctures, l'autre point d'amélioration majeur de l'Afrique[608],[609].

Depuis 2007, l'indice mis en place par la fondation Mo Ibrahim évalue l'efficacité de l'action publique des États africains et, avec les notes obtenues (de 1 à 100), établit un classement. La note moyenne du continent a faiblement évoluée, passant de 49,9 en 2007 à 50,1 en 2016. La meilleure moyenne régionale se situe en Afrique australe : 58,9 ; et la plus faible en Afrique centrale : 40,9[610].

L'Afrique est l'un des continents où la corruption est la plus répandue selon l'ONG Transparency International : « 3 pays parmi les 10 plus mal classés sont dans la zone Moyen-Orient et Afrique du nord - Irak, Libye et Soudan. […] En Afrique subsaharienne […] 40 des 46 pays de la région montrent de sérieux problèmes de corruption [trad 2],[611]. »

Économie informelle[modifier | modifier le code]

Échoppes à Abidjan, Côte d'Ivoire.

En lien avec la gouvernance, l'économie informelle est une caractéristique importante de l'économie du continent.

L'économie informelle est définie par le Bureau international du travail depuis 1993[612], avec une révision en 2003[613], ce qui permet d'avoir des mesures comparables d'un pays à l’autre. Son poids dans l'économie du continent est considérable, compris entre 40 et 75 % du PIB (20 à 37 % en ne considérant que l'activité hors agriculture[614],[615],[notes 95]), causant notamment un manque à gagner fiscal important[617]. La pression fiscale est cependant, en Afrique, une des plus basses du monde et elle est probablement insuffisante[618]. Selon la Banque mondiale « pour déclencher un financement de développement durable, il faut 20 à 24 % de pression fiscale. La moyenne africaine se situe à environ 17 % (35 % dans les pays riches) ; la première puissance économique africaine, le Nigeria, atteint à peine 8 %[619]. »

Macro-économiquement elle est un moyen de la résilience sociale et économique[620] face à une croissance qui n'entraîne pas la création subséquente d'emplois. La proportion d'emplois relevant du secteur informel est estimée à 66 % en Afrique subsaharienne[613].

Au niveau micro-économique, outre l'évitement de l'impôt, l'économie informelle existe aussi par la volonté des opérateurs de contourner la corruption de l’administration et de se désolidariser de la mauvaise gouvernance et du mauvais usage systématique des fonds publics[621]. Pour autant, les entreprises du secteur informel sont soumises aux mêmes mécanismes de corruption que les entreprises du secteur formel, essentiellement le « comportement prédateur des fonctionnaires cherchant des pots-de-vin[622] ».

Mondialisation[modifier | modifier le code]

L'Afrique est inscrite dans la mondialisation économique depuis toujours notamment par sa façade méditerranéenne et orientale.

Durant l’antiquité, la puissante civilisation égyptienne est, grâce à sa position géographique à la jonction entre le monde méditerranéen et l'Arabie, ainsi qu'au Nil, par lequel transitent les marchandises, au centre d'un important commerce ; ses villes sont les têtes de pont du commerce intercontinental[623]. À la suite, les cités marchandes phéniciennes installées dès le Ier millénaire av. J.-C. (fondation d'Utique en , de Carthage vers ) sont les vecteurs de l'intégration économique du continent dans la « première mondialisation »[624],[625] ; ainsi et par exemple, au ve siècle av. J.-C., les Carthaginois commercent-ils l'or du désert « au-delà des colonnes d'Hercule »[626]. Un peu plus tard, Carthage vaincue est redevenue une grande ville, une des premières cités de l'empire romain[notes 96].

Le Périple de la mer Érythrée, récit de voyages datant du Ie siècle, atteste d'un commerce intercontinental[notes 97] depuis une zone allant de l'Égypte à la Tanzanie, en direction de la péninsule arabique, de l'Inde et de la Méditerranée et portant sur des produits tels que l'ivoire, les épices, la cannelle, l'encens, le styrax, le lapis-lazuli, les topazes, les turquoises, la soie, l'indigo, sans oublier les esclaves qui se retrouvent en Inde et en Chine[629],[630].

Au iiie siècle, le royaume d'Aksoum commerce avec plusieurs « contrées » de l'océan indien et de la Méditerranée. Le commerce, notamment d'ivoire, profite au développement du royaume par la création de villes-marchés[631]. À l'autre extrémité des routes commerciales l'autre partie prospère aussi ; dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, le royaume d'Awsân (actuel Yémen) doit son essor au commerce avec l'Afrique[632]. À partir du viie siècle, l'islamisation de l'Afrique subsaharienne lui permet de s'intégrer encore plus fermement dans le commerce international, les arabes servant d'intermédiaires avec le monde occidental[633].

Dès l'an mil l'or du Monomotapa part vers l'Inde via Kilwa dans les ports duquel s'échangent cotonnades et verroteries[634]. La période qui correspond au Moyen Âge européen est l'âge d'or de l'Afrique avec les grands empires du Ghana, du Mali et Songhaï. C'est aussi l'âge de l'or. Kanga Moussa, dixième mansa (roi des rois) de l'empire du Mali dans le premier tiers du xive siècle, considéré comme l’un des hommes les plus riches de l’histoire de l'humanité[635], contrôle de facto tout le commerce du métal précieux dans le bassin méditerranéen[636].

À partir de la fin du xve siècle, le continent connaît la traite atlantique puis la colonisation au xixe siècle, formes les plus tragiques d'intégration mondiale. Les déportations d'esclaves alimentent le développement de l'Amérique et les pays européens enclenchent leur processus d'industrialisation grâce aux ressources coloniales ; le volume du commerce entre l’Afrique et l'Europe décuple entre 1820 et 1850[637].

Après les indépendances l'Afrique ne prend cependant pas le virage de l'industrialisation. La part en valeur de son économie et de son commerce décroit mécaniquement dans les échanges face à des productions incorporant plus de valeur ajoutée[notes 98].

À l'époque actuelle, la place du continent dans le commerce mondial est minime, environ 3 % en valeur[639] et il ne représente que 1,6 % du PIB mondial (4,5 % en parité de pouvoir d'achat)[640].

Le continent est donc souvent présenté comme « périphérique » ou « en marge »[641],[642]. « C'est indéniable si l'on raisonne en terme de PIB[643]. » Cependant, on le considère aussi comme globalement (même historiquement[notes 99]) marginalisé[647] alors que l'étude du temps long montre l'évidence du contraire y compris à l'époque récente : « c'est faux pour d'innombrables raisons : économiques mais aussi stragégiques, démographiques, culturelles et humaines[643] »[648].

Intégration régionale[modifier | modifier le code]

Somaliland Cap-Vert République arabe sahraouie démocratique Soudan du Sud Liberia Guinée Sierra Leone Ghana Nigeria Gambie Côte d'Ivoire Bénin Guinée-Bissau Sénégal Togo Burkina Faso Niger Maroc Tunisie Libye Mauritanie Algérie Égypte Somalie Comores Érythrée Soudan Djibouti Éthiopie Ouganda Rwanda Burundi République démocratique du Congo Kenya Sao Tomé et Principe Tchad Cameroun République centrafricaine Congo Gabon Guinée équatoriale Angola Mozambique Namibie Afrique du Sud Botswana Swaziland Zimbabwe Maurice Zambie Malawi Seychelles Madagascar Tanzanie Lesotho Communauté des États sahélo-sahariens Union du Maghreb arabe Marché commun de l'Afrique orientale et australe Communauté d'Afrique de l'Est Communauté économique des Pays des Grands Lacs Communauté de développement d'Afrique australe Union douanière d'Afrique australe Communauté économique des États de l'Afrique centrale Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale Union économique et monétaire ouest-africaine Autorité de Liptako-Gourma Mali Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest Autorité intergouvernementale pour le développement Union africaine Union du fleuve Mano Zone monétaire ouest-africaine
Diagramme cliquable montrant les relations entre divers accords et organisations multinationaux africains.
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L'Organisation de l'unité africaine (OUA), créée au lendemain des indépendances en 1963, devenue Union africaine (UA) en 2002 regoupe l'ensemble des pays africains à l'exception du Maroc[notes 100]. C'est l'instance la plus large de tout le continent. Il s'agit essentiellement un organe politique visant à favoriser la coopération entre les États[650].

À un niveau plus restreint, l'intégration régionale est considérée comme une des clés du développement économique du continent[651],[652],[notes 101],[653],[654],[655]. À cet effet, le continent s'est doté depuis les années 1970 de diverses institutions régionales à vocation intégrative (CEDEAO, UMA, UEMOA, SADC, CEEAC, EAC, IGAD pour les plus importantes[656]) : unions douanières, marché commun, zones de libre échange, etc. Essentiellement tournées vers l'action économique, ces institutions ont aussi, plus tardivement, pris une dimension politique et diplomatique en contribuant notamment à la résolution des conflits ; ainsi, l'ECOMOG, sous l'égide de la CEDAO, est-elle une force d'interposition régionale similaire aux casques bleus de l'ONU[657].

L'intégration est cependant très en retard ; le commerce intra-africain ne représente que 10 % des échanges et est polarisé autour de quelques pays (Afrique du Sud, Côte d'Ivoire, Nigeria, Kenya, Zimbabwe et Ghana) et porte pour un tiers sur le pétrole, sachant que, par ailleurs, les échanges informels créent des zones de libre-échange de facto[658].

Le projet panafricain « MAEP » (mécanisme africain d'évaluation par les pairs), quant à lui, vise, sous l'égide du NEPAD, à promouvoir la bonne gouvernance[659].

Ressources naturelles[modifier | modifier le code]

Industries extractives[modifier | modifier le code]

L'exploitation des matières premières est de loin la première exportation de l'Afrique mais la part de l'Afrique dans les exportations mondiales a chuté de 4,5 % en 1990 à 1,1 % en 2008 et celle des investissements étrangers directs de 5,8 % en 1990 à 1 % en 2008, selon un communiqué de la FAO[660].

Les exportations de l'Afrique sont constituées à 80 % de pétrole, de minerais et de produits agricoles[661].

Les ressources naturelles (pétrole, gaz naturel, charbon, uranium, cobalt, pierres précieuses, or, zinc…) sont exploitées majoritairement par des grandes multinationales. Ces dernières sont souvent accusées de contribuer à la paupérisation des populations.

Agriculture et pêche[modifier | modifier le code]

Le continent est caractérisé par une insécurité alimentaire persistante. Liste non-exhaustive, en 1967-70 le Biafra (Nigeria), en 1983-1985 le Lesotho, en 1972-74 et 1984-85 l'Éthiopie, en 2004 le Darfour (Soudan), en 2005 le Niger, en 2011-2012 la corne de l'Afrique… ont été touchés par la famine ou la malnutrition[662] ; en 2016, elles sévissent encore, en République démocratique du Congo[663],[664], en Éthiopie, au Malawi[665]… Les deux causes principales sont les événements climatiques et les conflits[notes 102]. Ainsi la sécheresse atteint-elle la corne de l'Afrique[667] tandis que, en République démocratique du Congo, ce sont les conflits qui sont responsables de la situation[668]. Et, parfois, les événements climatiques sont eux-mêmes causes de conflits comme au Darfour[64]… Quoique l'Afrique du Nord soit épargnée et que la prévalence de la sous-alimentation diminue (27,6 % en 1990-92, 20 % en 214-2016), du fait de la croissance démographique, le nombre de personnes touchées augmente (182 millions en 1990-92, 233 millions en 2014-2016), alors qu'à l'échelle planétaire les deux valeurs décroissent[669].

Dans ce contexte, l'agriculture africaine est au centre des préoccupations des économistes et des hommes politiques, car la rendre moins dépendante aux variations du climat[notes 103],[notes 104] et plus performante [notes 105] permettrait de diminuer l'instabilité politique, d'améliorer la santé des populations et de fournir des millions d'emplois. Face à une croissance démographique sans égale, à une population rurale représentant 60 % de la population totale et en croissance constante en valeur absolue ainsi qu'à un secteur agricole proposant 65 % des emplois en Afrique subsaharienne[671], elle est considérée comme une des clés du développement africain[457].

Agriculture et élevage[modifier | modifier le code]
Un agricultrice kényane au travail dans la région du mont Kenya.

L'agriculture africaine n'a cessé de croître, triplant en valeur durant les trente dernières années[672] ; cela s’est fait massivement par l'extension des superficies de production vivrière, prises sur les forêts et la savane[673] : « Au cours des trois dernières décennies, les gains de productivité agricole en Afrique ont été obtenus dans une large mesure par une expansion continue des cultures pluviales, en particulier, les cultures vivrières, sur des terres de plus en plus marginales et/ou par la réduction des périodes traditionnelles de jachère entre deux cycles de culture[674] », ce qui pose des problèmes environnementaux notables[672], sachant qu'en outre les terres s'appauvrissent[675]. Elle est caractérisée par sa faible productivité avec une quantité d'intrants (engrais…) très basse, l'absence d'irrigation et de mécanisation[676],[677] et des exploitations de faible taille. À côté de l'agriculture vivrière, il existe des agricultures de rente et d'exportation (café, cacao, arachide, coton…), reposant sur des exploitations de taille et de productivité largement supérieures. Globalement, les produits agricoles représentent 20 % du commerce international africain en 2006[678], et 30 % du montant des exportations[679].

Les pays les plus urbanisés sont ceux où la valeur ajoutée et les prix payés aux producteurs sont les plus élevés[680], les marchés urbains denses créant une demande solvable permettant l'écoulement des surplus[381]. La pauvreté et l'insécurité alimentaire concernent donc plus particulièrement les populations rurales des pays où le poids de l'agriculture dans l'économie est le plus élevé[681],[682] ; les agriculteurs pauvres des pays ruraux ne peuvent valoriser leur production et sont insérés dans un système d'échanges faiblement monétarisés[683] et, par conséquent, peinent à avoir accès au marché des intrants qui permettraient d'augmenter leur productivité[684].

Contrairement à une idée reçue, globalement, le continent « ne souffre pas d'une insuffisance de la production alimentaire[685] ». Même les agriculteurs pauvres des pays ruraux ont vu leur disponibilité alimentaire augmenter[684]. Les « émeutes de la faim » qui touchèrent le continent (et le reste de la planète) en 2008 étaient dues à des hausses de prix, pas à des quantités disponibles insuffisantes[686]. Ce sont les politiques de prix et de distribution[687] ainsi que les droits fonciers[688] qui sont en cause dans l’insécurité alimentaire africaine[679]. Pour ce qui concerne les prix, les politiques libérales ont mis l'agriculture africaine en concurrence avec celles des pays développés, largement subventionnées[689] et l'ont soumise à une instabilité des prix qui fait que le continent, faute d'intégration régionale qui permettrait une répartition intra-continentale[690], en vient à importer des produits qui sont en concurrence avec ses propres productions[notes 106]. Quant au droit foncier, le droit coutumier qui concerne 90 % des terres agricoles exclut les femmes de la propriété de la terre[691] alors qu'elles représentent la majorité, jusqu'à 70 % des exploitants agricole d'Afrique subsaharienne[453],[notes 107].

Depuis quelques années, on assiste à l'exploitation des ressources naturelles par de nouveaux intervenants, notamment les pays asiatiques dont la Chine et l'Inde[notes 108] ou les États pétroliers en manque de place ; des terres agricoles sont achetées ou louées[562],[563],[561]. Certains parlent de recolonisation de l'Afrique à ce sujet[695].

Exportations agricoles de l'Afrique, 2002-2005[696]
en valeur
Produit  %
céréales 5.1
huiles et graisses 3.7
oléagineux 1.7
produits laitiers 1.2
viande et produits
à base de viande
1.5
sucre 5.9
légumes et fruits 21
boissons 5
animaux vivants 1.9
café, cacao, thé 25.8
épices 1.4
autres produits alimentaires 25.9
Pêche et aquaculture[modifier | modifier le code]
Pêcheurs au large de São Tomé.

L'Afrique est le deuxième continent, loin derrière l'Asie, par le nombre de bâtiments de pêche[697] mais cette flotille est la plus faiblement motorisée de la planète, 1/3 des embarcations seulement possédent un moteur[698]. Le continent ne place donc qu'un pays, le Maroc, à la 17e place mondiale des 25 pays représentant 82 % de la pêche mondiale[699].

Il s'agit, de la part des Africains, d'une pêche vivrière et artisanale occupant de nombreux actifs ; en 2014, les pêcheurs et aquaculteurs d'Afrique sont 5,7 millions[notes 109],[700], et « le poisson assure des moyens d’existence à quelques 30 à 45 millions d’Africains[701]. »

Cette activité montre cependant de faibles performances : l'offre de poisson par habitant (en kg/an) est la deuxième plus faible du monde à 9,8 kg/hab/an alors que la moyenne mondiale s'établit à 19,7[702]. La performance n'est pas meilleure en matière de transformation : « en Afrique, certaines estimations donnent des pertes après capture comprises entre 20 et 25 pour cent, et allant même jusqu’à 50 pour cent[703]. » La pêche continentale quant à elle, hormis pour partie dans les grands lacs d'Afrique de l'Est (lac Victoria, lac Tanganyika et lac Malawi), est peu industrialisée[704]. À l'instar de la pêche en mer, la pêche continentale voit le nombre de captures baisser, du fait de la pollution, de la dégradation de l'environnement et d'une tendance à la surexploitation[705]. Quant aux produits aquacoles, leur production, exprimée en kg/personne est, en Afrique, la plus faible du monde. La zone la plus productive de ce point de vue est l'Afrique du Nord, avec un peu plus de 5 kg/personne ; les autres sous-régions de l'Afrique étant à moins d'1 kg/personne[706].

La pêche en mer est, elle, industrialisée. Mais l'exploitation est le fait de compagnies européennes[707],[708] et chinoises[709] qui tendent à épuiser les ressources[710]. Ainsi, « la production totale des pêches de capture dans l’Atlantique Sud-Est est restée stable ces dix dernières années, à environ 1,4 million de tonnes par an. La majeure partie de ces captures provient maintenant des ZEE des trois pays côtiers Angola, Namibie et Afrique du Sud, les prises en haute mer d’espèces autres que les thonidés ayant chuté pour s’établir à quelques centaines de tonnes ces dernières années[711]. » Outre le problème de la surpêche industrielle, se pose celui de la pêche illégale qui représente un manque à gagner important pour les économies africaines[712],[713],[714].

La pêche concourt au solde positif des échanges car, « en valeur, l’Afrique est un exportateur net depuis 1985 (sauf en 2011). En revanche, en volume, le continent est depuis longtemps un importateur net, ce qui traduit la valeur unitaire plus faible des importations (surtout pour les petites espèces pélagiques)[715]. »

Le poisson est très important dans la sécurité alimentaire du continent. Il représente 22 % des apports protéiques animaux en Afrique subsaharienne[716] et ce taux peut atteindre 50 % lorsque les autres sources de protéines sont rares ou chères et, dans les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest, « la proportion de protéine animale provenant du poisson est extrêmement élevée : 47 % au Sénégal, 62 % en Gambie et 63 % en Sierra Léone et au Ghana [717] »,[718]. Pour l'Afrique intérieure, c'est la pêche continentale qui est vitale : « En Afrique […] les vastes habitats aquatiques intérieurs et les pêches continentales fournissent une alimentation et des moyens d’existence essentiels aux communautés qui vivent près des cours d’eau et des zones humides[719]. » Plus étonnamment, le poisson est aussi un aliment clé pour les zones arides du continent[720].

Industries de transformation[modifier | modifier le code]

Usine de ciment en Éthiopie, à Dire Dawa.

Services[modifier | modifier le code]

Quoiqu'on caractérise l'Afrique par l'abondance de ses ressources naturelles, les services représentent plus de 50 % du PIB des pays du continent[721] et le secteur est en croissance constante[722].

Tourisme[modifier | modifier le code]

Le tourisme en Afrique ne cesse de croître. Les visiteurs internationaux du continent étaient 37 millions en 2003, ils sont 65,3 millions en 2014[723] ; le chiffre d'affaires correspondant est de 43,9 milliards de $ en 2013. Les premières destinations touristiques du continent sont, dans cet ordre, le Maroc, l'Égypte, l'Afrique du Sud, la Tunisie et le Zimbabwe[724].

Société[modifier | modifier le code]

Éducation[modifier | modifier le code]

Selon l'Unesco, il y a, en 2012, 4,8 millions d'étudiants inscrits dans des établissements d'enseignement supérieur dans les pays subsahariens, soit près de vingt-cinq fois le chiffre de 1970. La poussée démographique et les moyens déployés par les États pour améliorer l'accès à l'enseignement primaire et secondaire expliquent la hausse de fréquentation des campus africains. Le continent reste en retard sur le reste du monde, avec un taux de scolarisation dans l'enseignement supérieur de 6 % selon l'Unesco, contre 13 % dans le sud et l'ouest de l'Asie et 72 % en Amérique du Nord et en Europe occidentale[725].

Presse[modifier | modifier le code]

Malgré les progrès sensibles enregistrés récemment dans des pays comme le Niger, le Botswana, le Ghana ou la Tanzanie, l'Afrique se caractérise toujours par de nombreuses entraves à la liberté de la presse, allant de la violence à l'encontre des journalistes aux phénomènes de censure et d'autocensure[726].

États d'Afrique contemporaine[modifier | modifier le code]

  •      Afrique du Nord
  •      Afrique de l'Ouest
  •      Afrique Centrale
  •      Afrique de l'Est
  •      Afrique australe
Carte physique de l'Afrique.
Photographie satellite composite de l'Afrique.

En 1914, du fait de l'essor des empires coloniaux, le « continent noir » ne comptait plus que deux États souverains, l’Abyssinie (ou Éthiopie) et le Liberia. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le nombre d'États africains indépendants n'a cessé d'augmenter, passant de 4 en 1945 à 27 en 1960, pour atteindre 53 en 1993 et 54 en 2011[727],[728] (non inclus le Sahraouie et le Somaliland).

Les frontières des États africains sont en grande partie issues de la colonisation. Quant au regroupement des différents pays en sous-régions, il est plus utilisé dans un souci pratique qu'en référence à une réalité historique. On distingue généralement[729] :

États d'Afrique de l'Est[modifier | modifier le code]

Noms des pays et des territoires, avec drapeau Superficie
(km²)
Population[730]
(chiffres relevés en 2016
sur le CIA World factbook)
Densité de population
(par km²)
Capitale
Drapeau du Burundi Burundi 27 830 10 742 276 386 Bujumbura
Drapeau des Comores Comores 2 170 780 971 359,9 Moroni
Drapeau de Djibouti Djibouti 23 000 828 324 36 Djibouti
Drapeau de l'Érythrée Érythrée 121 320 6 527 689 53,8 Asmara
Drapeau de l'Éthiopie Éthiopie 1 127 127 99 465 819 88,2 Addis-Abeba
Drapeau du Kenya Kenya 582 650 45 925 301 78,8 Nairobi
Drapeau de Madagascar Madagascar 587 040 23 812 681 40,5 Antananarivo
Drapeau du Malawi Malawi 118 480 17 964 697 151,6 Lilongwe
Drapeau de Maurice Maurice 2 040 1 339 827 656,8 Port Louis
Drapeau du Mozambique Mozambique 801 590 25 303 113 31,5 Maputo
Drapeau du Rwanda Rwanda 26 338 12 661 733 480,7 Kigali
Drapeau des Seychelles Seychelles 455 92 430 203,1 Victoria
Drapeau de la Somalie Somalie 637 657 10 616 380 16,6 Mogadiscio
Drapeau du Somaliland Somaliland de facto (est. 2008) 137 600 3 500 000 25 Hargeisa
Drapeau du Soudan du Sud Soudan du Sud 619 745 12 042 910 19,4 Djouba
Drapeau de la Tanzanie Tanzanie 945 087 51 045 882 54 Dodoma
Drapeau de l'Ouganda Ouganda 236 040 37 101 745 157,2 Kampala
Drapeau de la Zambie Zambie 752 614 15 066 266 20 Lusaka
Drapeau du Zimbabwe Zimbabwe 390 580 14 229 541 36,4 Harare

États d'Afrique centrale[modifier | modifier le code]

Noms des pays et des territoires, avec drapeau Superficie
(km²)
Population[730]
(chiffres relevés en 2016
sur le CIA World factbook)
Densité de population
(par km²)
Capitale
Drapeau de l'Angola Angola 1 246 700 19 625 353 15,74 Luanda
Drapeau du Cameroun Cameroun 475 440 23 739 218 49,9 Yaoundé
Drapeau de la République centrafricaine République centrafricaine 622 984 5 391 539 8,7 Bangui
Drapeau du Tchad Tchad 1 284 000 11 631 456 9 N'Djamena
Drapeau de la République du Congo République du Congo 342 000 4 755 097 13,9 Brazzaville
Drapeau de la République démocratique du Congo République démocratique du Congo 2 345 410 79 375 136 33,8 Kinshasa
Drapeau de la Guinée équatoriale Guinée équatoriale 28 051 740 743 26,4 Malabo
Drapeau du Gabon Gabon 267 667 1 705 336 6,3 Libreville
Drapeau de Sao Tomé-et-Principe Sao Tomé-et-Principe 1 001 194 006 193,8 São Tomé

États d'Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

Noms des pays et des territoires, avec drapeau Superficie
(km²)
Population[730]
(chiffres relevés en 2016
sur le CIA World factbook)
Densité de population
(par km²)
Capitale
Drapeau de l'Algérie Algérie 2 381 741 39 542 166 16,6 Alger
Drapeau de l'Égypte Égypte[notes 110] 1 001 450 88 487 396 88,3 Le Caire
Libyan protesters flag (observed 2011).svg Libye[notes 111] 1 759 540 6 411 776 3,6 Tripoli
Drapeau du Maroc Maroc 446 550 33 322 699 74,6 Rabat
Drapeau du Soudan Soudan 1 886 068 36 108 853 19,4 Khartoum
Drapeau de la Tunisie Tunisie 163 610 11 037 225 67,4 Tunis

États d'Afrique australe[modifier | modifier le code]

Noms des pays et des territoires, avec drapeau Superficie
(km²)
Population[730]
(chiffres relevés en 2016
sur le CIA World factbook)
Densité de population
(par km²)
Capitale
Drapeau du Botswana Botswana 600 370 2 182 719 3,6 Gaborone
Drapeau du Lesotho Lesotho 30 355 1 947 701 64,1 Maseru
Drapeau de la Namibie Namibie 825 418 2 212 307 2,7 Windhoek
Drapeau de l'Afrique du Sud Afrique du Sud 1 219 912 53 675 563 44 Pretoria
Drapeau du Swaziland Swaziland 17 363 1 435 613 82,7 Mbabane

États d'Afrique de l'Ouest[modifier | modifier le code]

Noms des pays et des territoires, avec drapeau Superficie
(km²)
Population[730]
(chiffres relevés en 2016
sur le CIA World factbook)
Densité de population
(par km²)
Capitale
Drapeau du Bénin Bénin 112 620 10 448 647 92,7 Porto-Novo
Drapeau du Burkina Faso Burkina Faso 274 200 18 931 686 69 Ouagadougou
Drapeau du Cap-Vert Cap-Vert 4 033 545 993 135,4 Praia
Drapeau de la Côte d'Ivoire Côte d'Ivoire 322 460 23 295 302 72,2 Yamoussoukro
Drapeau de la Gambie Gambie 11 300 1 967 709 174,1 Banjul
Drapeau du Ghana Ghana 239 460 26 327 649 109,9 Accra
Drapeau de la Guinée Guinée 245 857 11 780 162 47,9 Conakry
Drapeau de la Guinée-Bissau Guinée-Bissau 36 120 1 726 170 47,8 Bissau
Drapeau du Libéria Liberia 111 370 4 195 666 37,7 Monrovia
Drapeau du Mali Mali 1 240 000 16 955 536 13,7 Bamako
Drapeau de la Mauritanie Mauritanie 1 030 700 3 596 702 3,5 Nouakchott
Drapeau du Niger Niger 1 267 000 18 045 729 14,2 Niamey
Drapeau du Nigeria Nigeria 923 768 181 562 056 196,5 Abuja
Drapeau du Sénégal Sénégal 196 190 13 975 834 71,2 Dakar
Drapeau de Sierra Leone Sierra Leone 71 740 5 879 098 82 Freetown
Drapeau du Togo Togo 56 785 7 552 318 133 Lomé

Dépendances européennes en Afrique[modifier | modifier le code]

Noms des pays et des territoires, avec drapeau Superficie
(km²)
Population
Densité de population
(par km²)
Capitale
Canaries Îles Canaries (Espagne) 7 492 2 118 520 282,8 Las Palmas de Gran Canaria,
Santa Cruz de Tenerife
Ceuta Ceuta (Espagne) 20 80 570 4 028 Ceuta
Drapeau : Îles Éparses de l'océan Indien Îles Éparses de l'océan Indien (France) 44 0 0 Saint-Denis
Drapeau de Madère Madère (Portugal) 797 247 400 310,4 Funchal
Drapeau de Mayotte Mayotte (France) 376 212 645 566 Mamoudzou
Melilla Melilla (Espagne) 12 73 460 6 121, 7 Melilla
Drapeau de La Réunion La Réunion (France) 2 512 843 617 336 Saint-Denis
Drapeau de Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha (R.U) 410 7 670 18,7 Jamestown
Drapeau du Territoire britannique de l'océan Indien Territoire britannique de l'océan Indien (R.U) 60 4 000 67

Notes et références[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Africa’s climate is already changing and the impacts are already being felt[86]. »
  2. (en) « 3 of the bottom 10 countries are from the Middle East and North Africa region – Iraq, Libya and Sudan. […] in Sub-Saharan Africain […] Forty out of the region’s 46 countries show a serious corruption problem. »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. 30,4 millions km2 avec les îles, ce qui le place après l'Asie (43,8 millions de km²) et l'Amérique (42,2 millions de km2).
  2. Christian Bouquet, « L’artificialité des frontières en Afrique subsaharienne », Les Cahiers d’Outre-Mer, no 222,‎ (DOI 10.4000/com.870, lire en ligne) « Le tracé des frontières, avalisé aux indépendances par l’Organisation de l’Unité Africaine, est donc une construction largement artificielle. Il en a résulté des conflits frontaliers qui, s’ils se généralisaient, pourraient rapidement déboucher sur une recomposition territoriale inédite, mais aussi une dynamique économique très florissante autour de la contrebande et de la corruption (p. 181). »
  3. Jean-Michel Severino et Olivier Ray, Le temps de l'Afrique, Odile Jacob, coll. « Poches Odile Jacob », , epub (ISBN 9782738126771) « L'Afrique subsaharienne est aujourd'hui figée en une mosaïque d'entités politiques aux espaces trop grands (RDC), trop petits (Burundi), trop arides (Niger) ou trop enclavés (République centrafricaine) pour constituer des ensembles économiques cohérents (p. 27). »
  4. Paul Collier, Les performances de l'Afrique sont-elles les conséquences de sa géographie ?, Centre for the Study of African Economies, Department of Economies, Oxford University, (lire en ligne [PDF]) « En comparaison de ce que l’on peut observer dans d’autres régions du monde, la part relativement élevée des pays à la fois pauvres en ressources et enclavés contribue à une perte de croissance de l’ordre d’un point de croissance du PIB régional (p. 2). »
  5. « Politique. Le pouvoir politique. 3 - degrés et modes d'organisation », Encycloædia Universalis en ligne (consulté le 13 juin 2016) « Dans les sociétés à pouvoir diffus, les rôles politiques ne sont pas spécialisés : ils sont mêlés à divers autres rôles sociaux et, pour ainsi dire, dilués. Il n'y avait pas de gouvernants chez les Lobi de la Haute-Volta, mais certaines décisions souveraines étaient prises par le prêtre de la Terre, d'autres par les chefs de marchés, d'autres encore par les magiciens des différentes confréries ou par les prêtres des funérailles. »
  6. « Les recettes douanières et fiscales [sont les] principales sources de revenus du Bénin[35] »
  7. Tropique du Cancer, 23° 27' nord et tropique du Capricorne, 23° 27' sud.
  8. La température la plus haute relevée en Afrique était, durant 90 ans, de 58,20 °C à El Azizia, en Libye. Ce record mondial, qui se produisit le 13 septembre 1922, fut invalidé le 13 septembre 2012 par l'Organisation météorologique mondiale[48].
  9. Après « l'île-continent » d'Australie.
  10. « quatre-vingt-dix pour cent des terres agricoles en Afrique dépendent de l’agriculture pluviale[55]. »
  11. « Nigéria 2 167 m3, Niger 2 429 m3, Mauritanie 3 548 m3, Mali 7 405 m3, Côte d’Ivoire 4 500 m3, Sénégal 3 332 m3. Le Burkina Faso doit composer avec une dotation brute de 1 316 m3[65]. »
  12. Le premier étant celui de l'Amazonie.
  13. 23 % selon Jean Denis Sonwa et Johnson Nkem, Les forêts du bassin du Congo et l'adaptation aux changements climatiques, Karthala, (lire en ligne), p. 8
  14. Par comparaison, 29,7 % en France métropolitaine, 34,1 % pour le Canada[67] et 31 % au niveau mondial[68].
  15. Le Gabon[69],[70].
  16. À titre d'exemple, la richesse et l'endémisme floristique de Madagascar sont exceptionnels ; l'île accueille 6 400 des 7 900 phanérogames connus.
  17. Auxquelles on peut rajouter les déplacements de population et les conflits[87].
  18. Le site est occupé depuis le IXe millénaire av. J.‑C.
  19. « Très tôt la culture égyptienne […] s’est séparée de son environnement occidental et méridional […] les différences profondes du mode de vie établissent une distance entre Égyptiens et peuples voisins. » : Abd el Hamid Zayed et J. Devisse (collab.), « Relations de l'Égypte avec le reste de l'Afrique », dans G. Mokhtar (dir.), Histoire générale de l'Afrique, vol. 2 : Afrique ancienne, UNESCO, , chap. 4, p. 136
  20. Que l'on fait conventionnellement remonter à l'émergence de l'écriture, soit, en la circonstance, aux alentours de 3200 av. J.-C. en Égypte.
  21. Le site astronomique de Nabta Playa est ainsi notablement plus ancien que celui de Stonehenge.
  22. On a avancé que les habitants de Nabta Playa étaient à l'origine de la civilisation de l'Égypte pré-dynastique ((en) Fred Wendorf, « Late Neolithic megalithic structures at Nabta Playa »,‎ ).
  23. Ces migrations s'étalent sur une durée totale de 4 000 ans, se poursuivant jusqu'au XIXe siècle : « L’expansion se fit sur une longue durée puisqu’au XIXe siècle, elle n’était pas complètement terminée en Afrique orientale[132]. »
  24. Les bantous ne forment pas un « peuple » ; il s'agit de l'ensemble des locuteurs d'un groupe linguistique qui comprend environ 400 langues.
  25. L'Égypte connaît deux périodes de domination perse, entre 525 av. J.-C. et 522 av. J.-C. lorsque Cambyse II conquiert le pays et devient pharaon et entre 341 av. J.-C. et 332 av. J.-C. lors de sa conquête par Artaxerxès III.
  26. Sous domination romaine, Carthage redeviendra, au IIe siècle, une des plus grandes villes du monde romain.
  27. L'Empire romain comptera jusqu'à huit provinces en Afrique, La Tripolitaine, la Byzacène, l'Afrique Proconsulaire, la Numidie Cirtéenne, la Numidie militaire, la Maurétanie Césarienne, la Maurétanie Sitifienne et la Maurétanie Tingitane.
  28. Les dates de l'utilisation du dromadaire en tant qu'animal domestique ne font pas consensus. Du plus récent au plus ancien, il aurait été introduit soit par les romains, soit il proviendrait du Moyen-Orient et aurait été introduit avant l'arrivée des romains, soit il résulterait d'une domestication très ancienne du chameau sauvage du Sahara, dont la présence est attestée dès le pléistocène. Cf. Rachid Bellil, Les oasis du Gourara (Sahara algérien), Peeters Publishers, , 307 p. (lire en ligne), p. 70-71 et G. Camps, M. Peyron et S. Chaker, « Dromadaire », dans Gabriel Camps (éd.), Encyclopédie berbère, vol. 17 : Douiret – Eropaei, Aix-en-Provence, Edisud /Éditions Peeters, (1re éd. 1996) (lire en ligne)
  29. Plus tard, vers le IXe siècle, ce sera l'or d'Afrique qui fournira le monde occidental bien avant l'arrivée de l'or américain venant du Pérou et du Mexique. Cf. Petite histoire de l'Afrique, chap. 5, pp. 3-6/15.
  30. Grâce aux mariages par exemple, Céline Olszewski, « La conquête et l'expansion arabo-musulmane en Afrique du Nord et en Afrique orientale », sur Site disciplinaire Histoire-géographie et éducation civique, Académie de Lille — Les mariages entre Arabes et Africaines de l'Est ont aussi contribué à créer une culture métissée.
  31. Distingués pour la circonstances des arabo-berbères.
  32. Zakari Dramani-Issifou, « L’Islam en tant que système social en Afrique depuis le VIIe siècle », dans Mohammed El Fasi (dir.), Ivan Hrbek (codir.), Histoire générale de l'Afrique, vol. 3 : L’Afrique du VIIe au XIe siècle, UNESCO, , chap. 4, p. 126 — Ainsi, sans guerres, sans prosélytisme violent, l’islam a-t-il marqué des points, en terre d’Afrique, avant le […] XIIe siècle […] Souvent, on se contente d’une conversion assez formelle du prince […] S’il en est ainsi des princes […], qu’en est-il des commerçants « convertis » à l’occasion d’un échange rapide, fidèles associés mais probablement musulmans un peu superficiels ? Quant au monde rural, il n’a pas été question de toucher à ses croyances et à ses pratiques : ce serait désorganiser toute la société et ses formes de production.
  33. Orthographié aussi « Manden » ou encore « Manding ».
  34. La richesse de l'empire repose sur l'or. En 1324, à l'apogée de l'empire, le mansa (roi des rois), Kanga Moussa, à l'occasion d'un pèlerinage à La Mecque, déverse tant d'or — une dizaine de tonnes semble-t-il — dans l'économie moyen-orientale qu'il fait baisser pour plusieurs années le cours du métal précieux. Cf. « Kankan Musa ou Mansa Musa, empereur du Mali (1312-1337) », Encyclopædia Universalis et Histoire générale de l'Afrique, vol. 4, p. 173.
  35. Le site est occupé depuis le VIe siècle av. J.-C.
  36. Les Portugais commencent leur expansion outre-mer dès 1415, en s'installant à Ceuta (actuel Maroc) puis en s'implantant, au fil du temps, le long de la côte ouest du continent. Ils atteignent le Cap-Vert en 1444, le Sénégal en 1445, le golfe de Guinée en 1460 ; ils doublent le cap de Bonne-Espérance en 1488.
  37. Par ailleurs, la traite africaine est précocement et paradoxalement justifiée par ceux qui défendent les droits des Amérindiens ; ainsi Bartolomé de las Casas (1474 ou 1484-1566), prêtre aumônier des conquistadores, fut accusé, en ayant pris la défense des indigènes, d'avoir favorisé l'utilisation d'esclaves noirs à la place[197],[198],[199].
  38. L'article « esclavage » dit ainsi « Les peuples qui ont traité les esclaves comme un bien dont ils pouvoient disposer à leur gré, n’ont été que des barbares » in L’Encyclopédie, 1re éd. 1751 (Tome 5, p. 937).
  39. En dix ans.
  40. À l'aide d'une flotte baptisée West Africa Squadron.
  41. Vers la fin du xixe siècle, la Royal Navy agit aussi en Afrique du Nord et dans l'océan Indien.
  42. « En 1830, la colonisation française de l’Algérie signe l’arrêt définitif de l’activité des pirates de la côte berbère[228]. »
  43. Issu des « Lumières »[233].
  44. « La carte d’Afrique publiée par Jean-Baptiste Bourguignon d’Anville en 1749 […] [montre] des tracés hydrographiques assortis de notes exposant les hypothèses établies à leur sujet à partir des géographes grecs et arabes[238]. »
  45. Les grands explorateurs de l'Afrique :
  46. Cf. Expéditions préludes à la fondation de l'État indépendant du Congo.
  47. Les zones côtières sous domination européenne en 1880 concernaient les actuels Sénégal, Sierra Leone, Ghana (nommé Gold coast à l'époque), le littoral d'Abidjan en actuelle Côte d'Ivoire, les alentours de Porto-Novo dans ce qui était le Royaume de Dahomey (actuel Bénin), l'île de Lagos dans l'actuel Nigeria, le delta du Gabon et des bandes côtières de l'Angola et du Mozambique actuels.
  48. À partir de la Colonie du Cap, établie par les Portugais en 1691, passée sous contrôle néerlandais puis anglais, l'Afrique australe avait vu la formation des Républiques boers, notamment le Natal (1838), la République sud-africaine du Transvaal (1852) et l'État libre d'Orange (1854), à l'issue du Grand Trek commencé en 1835.
  49. « Le nombre des habitants du Congo belge fut réduit de moitié pendant les quarante premières années de la domination coloniale, celui des Herero des quatre cinquièmes, celui des Nama de moitié et celui de la Libye d’environ 750 000[276]. »
  50. L'empire colonial britannique, qui s'étend d'ailleurs largement au delà du continent africain, est un exemple type du concept d'économie-monde, forgé par Fernand Braudel en 1949[280].
  51. L'Union d'Afrique du Sud reste cependant sous domination des blancs d'origine européenne, qui mettront en place la politique d'apartheid.
  52. L'indépendance de l'Égype, obtenue de jure du Royaume-Uni en 1922, est toute relative, voire factice[286], les britanniques conservant notamment le contrôle du Canal de Suez.
  53. Formule de Paul Reynaud, ministre des colonies, cité par Girardet 1968, p. 1093.
  54. « la valorisation idéologique et affective des empires coloniaux atteint son zénith dans les années trente — Bernard Droz, Histoire de la décolonisation au xxe siècle, Seuil, , p. 17 »
  55. Les britanniques avaient, dès 1947, eu à gérer la décolonisation de l'Inde et étaient conscients que le même mouvement allait toucher l'Afrique[302].
  56. C'est cependant une indépendance toute relative, car l'ingérence européenne reste prépondérante[304]
  57. « 87% de la longueur de ces frontières, soit 70 000 km sur un total d’environ 80 000 km, [sont] directement hérités des partages coloniaux[308]. »
  58. Selon l'expression de Catherine Coquery-Vidrovitch.
  59. La paternité du mot « néocolonialisme » est attribuée à Jean-Paul Sartre, qui l'utilisa dans la revue Les Temps modernes en 1956. C'est Kwame Nkrumah, père de l'indépendance du Ghana, qui popularise le terme à partir de 1965[317].
  60. Ainsi les opérations contre Patrice Lumumba en 1961 ou contre Kwame Nkrumah en 1966 et, à l'inverse, les opérations de soutien à Mobutu Sese Seko au Shaba, dans les années 1970[318].
  61. Alors qu'en 1974-75 les taux réels étaient négatifs[327].
  62. « […] les taux de scolarisation primaire sont descendus en Afrique subsaharienne à 71 % en 1990 […] loin du maximum de 79 % atteint en 1980[333]. »
  63. Severino et Ray donnent cet exemple pour la Côte-d'Ivoire : « Alors que la pauvreté touchait en 1985 moins de 1 % de la population urbaine, un urbain sur cinq vivait en dessous du seuil de pauvreté en 1995[334]. »
  64. À titre de comparaison, la dette publique française représente 95 % de son PIB en 2014[341]. Plus largement, dette publique des États du G7 en décembre 2013[342] : Japon : 243,2 % du PIB, Italie : 132,5 % du PIB, États-Unis : 104,5 % du PIB, France : 93,9 % du PIB, Royaume-Uni : 90,1 % du PIB, Canada : 89,1 % du PIB, Allemagne : 78,1 % du PIB.
  65. MINURSO au Sahara occidental, MINUSMA au Mali, MINUL au Libéria, ONUCI en Côte d'Ivoire, FISNUA au Soudan, MINUSS au Soudan du Sud, MINUAD dans la province du Darfour, au Soudan, MONUSCO en République démocratique du Congo et MINUSCA en République centrafricaine.
  66. Au regard du Statut de Rome.
  67. « Aux conflits de la période de la guerre froide, caractérisés par des oppositions idéologiques et le soutien des grands blocs, ont succédé des guérillas multiformes davantage intranationales avec retrait partiel des grandes puissances. […] Les conflits africains diffèrent selon leur dimension territoriale : les guerres opposent rarement des armées nationales, exception faite entre l’Érythrée et l’Éthiopie où il s’agit de guerres westphaliennes avec guerres de tranchées et de blindés et revendications territoriales. Internes aux États, ils s’articulent aux réseaux régionaux et internationaux, notamment à la mondialisation criminelle ; il y a emboîtement d’échelles du local au global. Tel est le cas des trois grands conflits du Darfour, de la Somalie et de la RDC[38] ».
  68. « Les études empiriques qui cherchent à expliquer les guerres civiles se multiplient depuis quelques années, mais sont généralement très contestées en ce qui concerne la méthodologie, les données et l’interprétation des résultats[354]. »
  69. Ce qui est une cause dans un cas est la conséquence dans un autre…
  70. Philippe Hugon emploie le terme de « diaspora sponsor »[361].
  71. Le continent africain est celui où les opérateurs européens voient leur chiffre d'affaires progresser le plus[382].
  72. 82 % selon Alain Dubresson, Sophie Moreau, Jean-Pierre Raison et Jean-Fabien Steck, L'Afrique subsaharienne : Une géographie du changement, Armand Colin, , 256 p., p. 54, 75 % selon « Migrations subsahariennes : les idées reçues à l’épreuve des chiffres », Questions de développement,‎ (lire en ligne).
  73. 70 millions selon Christophe Daum et Isaïe Dougnon, « Les migrations internes au continent africain », Hommes et migrations, no 1279 « L'Afrique en mouvement »,‎ , p. 6-11, 20 millions selon Alain Dubresson, Sophie Moreau, Jean-Pierre Raison et Jean-Fabien Steck, L'Afrique subsaharienne : Une géographie du changement, Armand Colin, , 256 p., p. 54.
  74. « Dans l'histoire africaine précoloniale, toutes les constructions étatiques étaient à base ethnique. Mieux : quand elles débouchèrent sur des ensembles pluriethniques, ce furent des entreprises sans lendemain(1). 1) Il y a quelques contre-exemples, mais ils sont rares, l'entité toucouleur ; et, dans un autre esprit, les empires musulmans, nés des djihad, qui furent parfois des "agglomérateurs" ethniques »[411].
  75. « C'est bien plutôt la colonisation qui a figé et cristallisé les sociétés africaines sous le label ethnique, qui les a identifiées et cartographiées en fonction de ses exigences administratives et économiques. On se rend compte aujourd'hui que nombre d'entités ethniques n'avaient pas de réels équivalents dans l'univers précolonial, ou plutôt que les sociétés qui sont censées leur correspondre ne s'identifiaient pas aux noms et aux territoires qui leur sont dévolus désormais[412]. »
  76. « ethnie - nom féminin (grec ethnos) : Groupement humain qui possède une structure familiale, économique et sociale homogène, et dont l'unité repose sur une communauté de langue, de culture et de conscience de groupe[420]. »
  77. « Des fois, avant de se faire soigner, des gens regardaients discrètement si l'infirmier ou l'infirmière était de son ethnie ou pas[426]. »
  78. « l'État est volontiers considéré comme un “ pur produit d’importation ” en Afrique et en Asie, selon l’expression désormais classique de Bertrand Badie et de Pierre Birnbaum[438]. »
  79. « Prenons par exemple un chirurgien qui doit précipitamment quitter l'hôpital parce que l'enfant d'un parent est en train de mourir. En tant que directeur de sa clinique, il est un professionnel moderne responsable de centaines de patients. Mais en tant qu'un des quelques chanceux qui ont pu accéder à une éducation supérieure grâce à l'aide de sa famille élargie, il est obligé de soutenir les nombreux membres de son clan et d'être leur docteur. Ne pas être là dans l’une ou l’autre situation aura pour conséquence de lourdes sanctions de la part des deux systèmes[439]. »
  80. Par exemple, « chez les Bakoko [du Cameroun], l'idée d'appropriation individuelle de la terre est inconcevable, la terre appartenant au Ngué, force créatrice habitant dans la terre[448]. »
  81. « Les États africains désormais indépendants recueillent donc de la période coloniale un système foncier double, constitué par la coexistence d‘un droit moderne hérité de la puissance colonisatrice et d’un droit coutumier assez modifié. D’impérieuses raisons économiques et sociales commandent de doter ces États d’un droit foncier conforme aux exigences du développement[455]. »
  82. « Nous éviterons l'appellation d'animisme qui [...] ne sied nullement aux religions des terroirs, aux cultes ancestraux et aux cultes de possession qui existent en Afrique[471]. »
  83. « pour de nombreux islamisés il est difficile de distinguer ce qui est proprement islamique de ce qui relève de la culture swahili au sens profane du terme[479]. »
  84. « En Afrique, la religion informe tout. Son emprise s'étend à la vie politique, sociale, familiale[477]. »
  85. Par exemple : « Les prophètes du Bwiti fang ont cependant transformé à partir des années 50 ce dispositif en utilisant les ressources des visions d’eboga pour « aller voir » les héros chrétiens (Jésus, Marie, St Michel, etc.)[484] »
  86. Chaque année, à l'occasion d'un jour férié[505], le Bénin fête les religions traditionnelles[506].
  87. Par exemple, « tout chrétien que je suis, je n'ai jamais cessé d'être animiste ; je continue à croire que mes ancêtres sont mes intercesseurs auprès de l'Être suprême et qu'ils continuent de veiller sur moi. Tout chrétien que je suis, je n'ai jamais cessé de croire que que l'homme peut se transformer en arbre, en animal, en pierre, et que dans ce monde, l'essentiel est invisible pour les yeux », in François Kabasele Lumbala, Renouer avec ses racines : chemins d'inculturation, Karthala, (lire en ligne), p. 192-193
  88. Ces villes sont aujourd'hui mineures voire en ruines, le commerce avec l'Europe et la traite négrière ayant privilégié le commerce maritime et les villes portuaires.
  89. À son apogée, l'empire du Mali est une puissance internationale, jouant un rôle diplomatique, reconnue et écoutée en orient comme en occident
  90. « Outre les huit pays exportateurs de pétrole, [l'Afrique subsaharienne] compte aussi quinze pays où les exportations de ressources non renouvelables représentent plus de 25 % des exportations de marchandises, la proportion dépassant même 50 % pour neuf d’entre eux[554]. »
  91. « Rwanda is clinically dead as a nation » disait en 1996 le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan[586].
  92. Le Rwanda est classé comme « régime autoritaire », au 139e rang sur 167, selon l'indice de démocratie de The Economist Group[587].
  93. Définition de la croissance inclusive, selon l'OCDE : « La croissance inclusive est fondée sur l’idée selon laquelle la croissance économique est importante mais pas suffisante pour générer une augmentation durable du bien-être, qui suppose un partage équitable des dividendes de la croissance entre individus et groupes sociaux[588]. »
  94. SAPped generation en anglais, en allusion aux Structured Adjustment Programs[597].
  95. À titre de comparaison, la part de l'« économie non observée » en Europe variait de 1 % (Norvège) à 17,5 % (Italie), selon une enquête de l'OCDE datant de 2012[616].
  96. « La nouvelle Carthage (Colonia Julia), port du blé d'Afrique exporté vers Rome, siège du proconsul d'Afrique, a été une des plus grandes villes du monde romain[627] ».
  97. Cela atteste aussi de la capacité à la navigation en haute mer, les embarcations africaines s’aventurant au large[628].
  98. « L’émergence économique de l'Afrique et la transition d'un continent d’économies à faible revenu à des économies à revenu intermédiaire, nécessite la transformation de la structure économique des activités à prédominance agraire et d'extraction à des secteurs industriels plus dynamiques et à valeur ajoutée plus élevée tels que la transformation et la fabrication[638]. »
  99. Hegel parle de « continent sans histoire »[644] : « ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique, c’est un monde anhistorique non-développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle[645] », texte reproduit dans « L'Afrique », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne). Nicolas Sarkozy, quant à lui, tient en 2007, dans son discours de Dakar, les propos suivants : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. » Ces propos ont d'ailleurs été parfois rapprochés de ceux d'Hegel[646].
  100. Le Maroc a quitté l'OUA en 1984, en signe de protestation contre l’adhésion de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) ; c'est le seul pays africain qui n'est pas membre de l'UA[649].
  101. En 2016, l'intégration est une priorité explicite de la Banque africaine de développement : « « Intégrer l'Afrique », « industrialiser l'Afrique », « éclairer l'Afrique et l'alimenter en énergie », « nourrir l'Afrique » et « améliorer la qualité de vie des populations africaines », sont les cinq grandes priorités stratégiques de la Banque », UA, BAfD, ONU-CEA, Indice de l'intégration régionale en Afrique - rapport 2016 (lire en ligne), p. 5
  102. « La malnutrition est certes en liaison avec la pauvreté, la faible productivité agricole, les défaillances des marchés, mais ce sont les conflits et les logiques de prédation qui constituent le facteur déterminant[666]. »
  103. « L’agriculture africaine est une agriculture essentiellement pluviale, et la dépendance de l’Afrique à l’égard de l’agriculture ainsi que ses très faibles niveaux d’irrigation la rendent particulièrement vulnérable aux aléas de son climat extrêmement variable et changeant[670] ».
  104. « De 1970 à 1995, la pluviométrie a baissée de 30 à 50 % au Sahel[662]. »
  105. « les écarts de productivité entre les agricultures africaines et celles des pays industrialisés sont de l'ordre de 1 à 100[662]. »
  106. « Le continent importe notamment des produits qui sont en concurrence avec sa propre production : de la viande, des produits laitiers, des céréales et des huiles[672]. »
  107. « dans de nombreuses régions de l’Afrique rurale, les femmes sont au cœur de la production agricole et sont pourtant incapables de posséder des terres ou d’en hériter[692]. »
  108. Grâce à l'engagement chinois et indien, qui ont donné les concepts de Chinafrique[693] et d'Indafrique[694].
  109. Les aquaculteurs représentant une proportion très faible avec 284 000 personnes.
  110. L'Égypte est généralement considérée comme un pays transcontinental entre l'Afrique du Nord et l'Ouest de l'Asie.
  111. Le premier drapeau est celui utilisé par les révolutionnaires dont le gouvernement occupe une partie du territoire libyen, et qui est reconnu par une partie de la communauté internationale.

Références[modifier | modifier le code]

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