Constantin III (empereur byzantin)

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Constantin III
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Constantin III (empereur byzantin)
Solidus à l'effigie d'Héraclius et de ses fils Constantin III et Héraclonas.
Règne
-
3 mois et 14 jours
Période Héraclides
Précédé par Héraclius
Suivi de Constant II
Héraclonas
Biographie
Nom de naissance Heraclius Novus Constantinus
Naissance
Décès (29 ans)
Constantinople
Père Héraclius
Mère Fabia Eudocia
Fratrie Héraclonas
Épouse Gregoria Anastasia
Descendance Constant II
Théodose
Manyanh ?
Empereur byzantin

Constantin III (latin : Heraclius Novus Constantinus Augustus, grec : Κωνσταντίνος Γʹ) (né le , mort le ) est brièvement un empereur byzantin du au 24/. Il appartient à la dynastie héraclide qui a régné de 610 à 711[1].

Premier fils d'Héraclius et de Fabia Eudocia, il est très tôt associé au pouvoir pour consolider le pouvoir encore fragile de la nouvelle dynastie. Il passe l'essentiel de sa jeunesse à Constantinople tandis que son père est souvent en campagne contre les Sassanides. D'une santé fragile, il assure la continuité du pouvoir impérial en l'absence d'Héraclius. En dépit de son statut d'héritier désigné, il est rapidement en concurrence avec les enfants de Martine, la deuxième femme d'Héraclius qui cherche à les promouvoir aux dépens de Constantin. Cela ne l'empêche pas de succéder au trône en 641 alors que l'Empire est dans une situation critique. Son règne, qui ne dure que quelques semaines, est surtout consacré à quelques tentatives de stabiliser l'Empire et de préserver son trône et les droits de son fils, Constant, face aux visées de Martine. Il décède en mai 641, probablement de la tuberculose et si Martine en profite pour prendre la régence au nom de son fils Héraclonas, Constant est finalement élevé sur le trône au terme d'une révolte de l'armée, peut-être en partie planifiée par Constantin avant sa mort.

Jeunesse et couronnement comme coempereur[modifier | modifier le code]

Constantin est le premier fils d'Héraclius et de sa première femme, Fabia Eudocia, avec qui il se marie dès son accession au trône le 5 octobre 610. Héraclius est très probablement d'origine arménienne et il passe une large partie de sa jeunesse en Afrique car son père, Héraclius l'Ancien, a été nommé exarque d'Afrique, l'un des postes les plus élevés de l'Empire. C'est dans cette région qu'il y rencontre Fabia Eudocia, fille d'un riche propriétaire terrien local du nom de Rogas.

En 608, Héraclius suit son père dans la rébellion contre l'empereur Phocas qui a usurpé le trône en 602 sans parvenir à affermir sa légitimité. A la tête d'une flotte, il débarque près de Constantinople et capture Phocas avant de l'exécuter. Néanmoins, il doit très tôt s'atteler à consolider son pouvoir, lui aussi fragile car issu d'une rébellion. Confronté à des frontières qui vacillent sous les assauts des Sassanides en Orient, il compte très tôt sur son entourage familial, que ce soit Nicétas qui devient gouverneur de l'Egypte ou son frère Théodore.

Constantin naît en 612, peu avant la mort de sa mère, vraisemblablement dans le palais de Sophia[2]. Il reçoit la bénédiction de Théodore de Sykéon, qui est alors l'une des figures religieuses les plus éminentes de l'Empire. Son père cherche alors certainement à renforcer son pouvoir en s'associant à un personnage reconnu pour sa piété et proche de ses prédécesseurs, tant Phocas que Maurice[3].

Constantin est rapidement reconnu comme successeur désigné puisqu'il est couronné coempereur alors qu'il n'a que quelques mois, le 22 janvier 613[3]. Il est présenté à l'Hippodrome où il est acclamé par le Sénat puis par les Factions de la ville, avant de se rendre dans la cathédrale Sainte-Sophie. L'association du fils et héritier au pouvoir impérial est une pratique déjà courante dans le monde byzantin. Elle vise à prévoir les troubles de la succession. L'Empire byzantin, pénétré de l'héritage de la Rome antique, ne reconnaît alors qu'une valeur relative au principe de la légitimité dynastique. Cependant, la décision d'Héraclius de donner la couronne impériale à son fils alors même qu'il n'est qu'un bébé est un geste significatif, qui atteste de son désir de préparer au mieux sa succession et d'installer sa famille à la tête de l'Empire. De même, Constantin apparaît assez tôt sur les pièces de monnaie émises par son père, là encore pour illustrer son rôle de successeur désigné. Enfin, en 632, il est élevé au rang de consul.

Très jeune, Constantin semble d'une santé fragile[4]. Alors que son père quitte Constantinople en 622 pour conduire ses troupes contre les Sassanides durant plusieurs années, Constantin reste généralement dans la capitale, sauf lors d'un bref moment en 624 lors duquel il accompagne Héraclius jusqu'à Nicomédie avant de revenir à Constantinople. Il est alors nécessaire qu'un membre de la famille impériale, a fortiori l'héritier désigné, demeure à Constantinople pour assurer une sorte de continuité, même si la réalité du pouvoir est en réalité détenue conjointement par le patriarche Serge Ier de Constantinople et le général Bonus[4]. Dans les années 630, Constantin n'accompagne pas non plus son père et il est difficile de savoir les relations qu'il entretient avec lui, alors qu'il est dorénavant suffisamment âgé pour prendre part au gouvernement de l'Empire.

Le seul événement d'importance lors duquel il semble avoir une importance notable est le siège de Constantinople en 626, face aux Avars et à l'armée sassanide conduite par Schahr-Barâz. A la fin de celui-ci, l'empereur sassanide Khosro II envoie une missive pour mettre à mort son général en raison de son échec mais elle est interceptée et transmise à Constantin III, qui la fait remettre à son père. Celui-ci en profite pour contacter Schahr-Barâz et l'inciter à faire défection, ce qui lui permet de concentrer ses forces contre les armées restantes de Khosro.

Une succession complexe[modifier | modifier le code]

Tout au long de sa vie, Constantin est le successeur désigné par Héraclius. Néanmoins, le remariage de celui-ci avec Martine favorise des conflits familiaux avec les enfants issus de cette union. Héraclius souhaite probablement assurer l'avenir de sa dynastie en concevant de nouveaux fils, d'autant plus que Constantin est d'une santé précaire. Or, Martine montre assez tôt son désir de promouvoir ses propres enfants au sommet de la hiérarchie impériale. Héraclius y consent en partie, certainement dans l'optique d'anticiper un décès précoce de Constantin. Si les premiers enfants qu'il a avec Martine sont frappés d'infirmité et meurent parfois en bas âge, Héraclonas (né en 626) est couronné coempereur en 638. Son plus jeune frère David, est élevé à la dignité de césar la même année. Néanmoins, cette décision renforce aussi la concurrence intrafamiliale[5].

Quand Héraclius décède en février 641, Constantin III se retrouve donc à la tête d'un Empire instable. Son pouvoir est d'emblée disputé tandis qu'il doit composer avec des pertes territoriales importantes. Les Musulmans ont envahi la Syrie et la Palestine et menacent gravement l'Egypte. Les finances sont épuisées et l'armée, écrasée lors de la bataille du Yarmouk et exsangue à la suite de la guerre perso-byzantine de 602-628, n'est guère en mesure de lancer de contre-offensive. Les dernières volontés d'Héraclius restent méconnues[6]. Sûrement a-t-il voulu préserver les différentes branches de sa famille. Constantin III règne donc en compagnie d'Héraclonas, âgé de seulement quinze ans et dont la tutelle est exercée par Martine. Cependant, son impopularité parmi une élite byzantine qui a toujours dénoncé son mariage adultérin avec Héraclius demeure élevée. Rapidement, le Sénat byzantin s'oppose à elle tandis que Constantin III tente de s'appuyer sur des hauts dignitaires byzantins[7]. Si le patriarche de Constantinople Pyrrhus est du côté de l'impératrice douairière, Constantin peut compter sur le général Valentin, un proche du sacellaire Phylagrios. Constantin distribue aussi des subsides importants à l'armée, en piochant semble-t-il dans une réserve constituée par Héraclius au profit de son épouse. Valentin est élevé à la dignité de comte de l'Opsikion, l'un des postes militaires les plus élevés de l'Empire. Constantin se garantit ainsi des soutiens de poids, tandis que Martine est temporairement mise de côté.

Le règne très court de Constantin ne lui permet guère de peser sur les bouleversements en cours dans son Empire. Il tente d'organiser la défense de l'Égypte, dont de larges pans ont d'ores et déjà été envahis, alors que l'une des dernières décisions d'Héraclius a été de refuser la trêve conclue entre Cyrus de Phase et les Arabes. Face à l'incapacité du général Théodore, principal militaire dans la région, à défendre la bande côtière égyptienne toujours tenue par les Byzantins, Constantin rappelle Cyrus de Phase, qui est nommé préfet de l'Égypte, avec pour consigne de préparer la défense d'Alexandrie[8].

En mai 641, Constantin s'éteint à seulement vingt-neuf ans, probablement de la tuberculose. Des rumeurs font état d'un empoisonnement par Martine, sans qu'il soit possible de confirmer une telle hypothèse. Néanmoins, la mort de Constantin ouvre de nouveau la querelle successorale au sein de la famille d'Héraclius puisqu'elle oppose désormais Martine et Héraclonas à Constant II, le jeune fils de Constantin qui devient très vite le candidat des opposants à Martine, dont Valentin[9].

Famille et succession[modifier | modifier le code]

Constantin III se marie en 630 avec sa cousine germaine, Gregoria Anastasia, fille de Nicétas et de sa tante Grégoria. Cette union est sûrement à l'instigation d'Héraclius qui souhaite vraisemblablement renforcer l'influence de sa famille sur les institutions impériales, même si la proximité familiale entre les époux est susceptible de susciter une opposition, en écho avec sa propre union avec Martine[10]. Ensemble, ils ont au moins deux fils : Héraclius (né le 7 novembre 630), qui devient Constant II quand il est couronné coempereur en 641 et Théodose, futur général et haut dignitaire de l'Empire.

Après la mort de Constantin III, Constant II devient le favori des opposants à Martine, en particulier du général Valentin, banni de Constantinople. Grâce au soutien de l'armée, il parvient à exiger le couronnement de Constant comme coempereur puis l'impose comme seul empereur en faisant arrêter puis mutiler Héraclonas et Martine en septembre 641. Constant II règne ensuite jusqu'en 668.

Constantin peut aussi être le père de Manyanh, femme d'Yazdgard III, le dernier roi de la Perse sassanide.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.monarchie-noblesse.net/byzance/byzance.htm#constantin3
  2. Kaegi 2003, p. 61.
  3. a et b Kaegi 2003, p. 73.
  4. a et b Kaegi 2003, p. 278.
  5. Garland 1999, p. 64.
  6. Kaegi 2003, p. 294.
  7. Haldon 1990, p. 51-52.
  8. Treadgold 1997, p. 309.
  9. Haldon 1990, p. 52.
  10. Kaegi 2003, p. 190-191, 200.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Lynda Garland, Byzantine Empresses: Women and Power in Byzantium, Routledge,
  • (en) John Haldon, Byzantium in the Seventh Century: the Transformation of a Culture, Cambridge University Press,
  • (en) Walter Emil Kaegi, Heraclius, Emperor of Byzantium, Cambridge University Press, (ISBN 9780521036986)
  • (en) Warren Treadgold, A History of the Byzantine State and Society, University of Stanford Press, (ISBN 9780804726306)
  • Christian Settipani, Continuité des élites à Byzance durant les siècles obscurs : Les Princes caucasiens et l'Empire du VIe au IXe siècle, 2006, [détail des éditions].

Liens externes[modifier | modifier le code]