Consoude officinale

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Symphytum officinale

La Consoude officinale (Symphytum officinale) est l'espèce caractéristique du genre Symphytum. Elle présente de nombreuses variétés et s'hybride facilement, cette dernière caractéristique ayant été utilisée en agronomie comme en horticulture. Les limites de définition de l'espèce ne sont d'ailleurs pas fixées de manière définitive (voir l'article sur les consoudes). C'est une plante utile et utilisée depuis longtemps, à la fois pour la production agricole, pour ses vertus thérapeutiques et pour l'agrément des jardins.

Phytonymie[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme de « consoude », apparu vers 1265, vient du bas latin consolida dérivé de consolidare « consolider, affermir » en raison de ses vertus à cicatriser les plaies (astringent) et à consolider des fractures.

Le terme de Symphytum, genre créé par Linné en 1753, vient[1] à travers le latin du grec σύμφυτον sumphuton nom d'une plante aux propriétés cicatrisantes (peut-être la consoude), terme lui-même dérivé de συμφύω sumphuo « faire grandir ensemble ».

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

Oreille d'âne, Langue de vache, Confée, Grande consoude, Consolida major.

Description[modifier | modifier le code]

Tige piquante

La consoude est une grande plante vivace de 30 à 130 cm, en grandes colonies. Elle possède une racine rhizomateuse d'un brun noir à l'extérieur, blanche à l'intérieur.

Ses grandes feuilles (jusqu'à 40 cm de long sur 15 cm de large) sont alternes, ovales à lancéolées, effilées et aiguës au sommet, et décurrentes (se prolongeant sur la tige). Elle sont couvertes de poils raides (courbés sur la face inférieure)[2]

Ses fleurs dans les tons de blancs, de rose, de pourpre clair à foncé, voire jaune pâle ou crème, sont groupées en cymes scorpioïdes unipare au sommet des rameaux. Leur corolle en tube est élargi en cloche à leur extrémité. Elles fleurissent de la mi-mai à août[2].

Ses fruits sont composés de 4 akènes lisses et brillants[2].

Avant la floraison, les feuilles de digitale, très toxiques, pourraient être confondues avec celles de consoude mais au toucher la digitale est laineuse et douce alors que la consoude est rêche.

Écologie[modifier | modifier le code]

La grande consoude est très commune dans toute la France. On la trouve aussi dans le reste de l'Europe, en Russie, en Asie Centrale et en Chine[3].

Elle pousse dans les prés humides, les fossés, au bord des eaux[4].

Propriétés[modifier | modifier le code]

La racine de consoude contient des glucides (fructanes), des terpénoïdes (mono- et bidesmosides triterpéniques) et des alcaloïdes pyrrolizidiniques (0,2-0,4 %) : lycopsamine, intermédine (monoester de la rétronécine) et leurs dérivés acétylés et de la symphytine (un diester)[5]. Elle contient aussi de l'allantoïne, de l'acide rosmarinique et des mucilages (polysaccharides)[6].

Les feuilles renferment aussi des alcaloïdes, mais en quantité bien plus faible : 0,003-0,02 %.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Symphytum officinale

Alimentation[modifier | modifier le code]

Cette plante contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques toxiques pour le foie à haute dose ou à petite dose si une consommation régulière en est faite, aussi est-il déconseillé de manger quotidiennement de la consoude[7]. À titre occasionnel, on peut donc consommer :

  • les très jeunes feuilles, encore tendres, coupées finement et ajoutées aux salades ;
  • les feuilles peuvent être cuites dans des soupes, en légumes, en beignets ;
  • les feuilles, riches en protéines et minéraux peuvent parfaitement remplacer l'usage d'épinards dans une variété de préparations culinaires, de plus la consoude n'a pas le défaut des épinards de devenir toxique sous l'influence prolongée de l'air.
  • les jeunes pousses en asperge[8]

Pour le professeur de pharmacognosie, Jean Bruneton[5] « La consommation des feuilles en potage - certains en vantent les vertus nutritives - est à déconseiller formellement ».

Malgré sa toxicité[9], la consoude est également parfois utilisée comme complément alimentaire pour le bétail. Sa culture est facile et très bon marché puisqu'elle n'a pas besoin de soins particuliers pour prospérer mais selon Jean Bruneton[5], elle rend dans ce cas le lait toxique. L'ortie serait donc à préférer pour l'apport en protéines.

Des résultats contradictoires ont été obtenus quant à la présence de vitamine B12. À la suite des travaux de Briggs et al. (1983)[10], il est souvent dit qu'elle est le seul exemple connu dans le règne végétal de production (en tant que métabolite secondaire) de vitamine B12. Mais ces résultats sont aujourd'hui infirmés. En effet, la vitamine B12 ne peut être synthétisée que par des bactéries et des champignons, car elles sont les seules à disposer des enzymes nécessaires[11],[12]. Enfin, certaines variétés ne contiennent tout simplement pas de vitamine B12[13], ou alors en très petite quantité nécessitant l'ingestion d'un kilo de feuilles pour couvrir les besoins journaliers[14].

Engrais végétal[modifier | modifier le code]

Symphytum officinale

La consoude est utilisée comme engrais végétal en agriculture biologique[15]. Un petit coin de jardin réservé à la Consoude de Russie peut être récolté plusieurs fois par an, procurant une quantité appréciable de matériaux verts riches en matières minérales utilisables de diverses manières (purin, mulch, compost) pour accroître la fertilité du sol et la croissance des plantes.

Comme plante mellifère[modifier | modifier le code]

Les consoudes sont des plantes à haut potentiel nectarifère. Les fleurs sont systématiquement visitées par les bourdons en raison de leur haute attractivité. Ceux-ci percent généralement un trou à la base de la corolle afin d'accéder plus rapidement au nectar. Les abeilles peuvent ensuite en profiter[16]. Sans ce trou, leur langue est trop courte et ne permet pas d'accéder au nectar.

Propriétés médicinales[modifier | modifier le code]

Usage interne[modifier | modifier le code]

La Grande consoude contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques hépatotoxiques. Toutefois, ceux-ci sont principalement des monoesters (lycopsamine et intermédine) relativement moins toxiques que la symphytine, un diester.

Suivant Bruneton[5] « La racine et les feuilles de consoude provoquent, lorsqu'elles sont administrées par voie orale et sur une longue période à des rats, l'apparition de tumeurs au niveau du foie chez près de la moitié des animaux ; il en est de même pour la symphytine. Chez l'Homme, plusieurs cas de syndromes veino-occlusifs (...) attribués à la consommation régulière et prolongée (pendant plusieurs mois) d'infusions ou de capsules de consoude ont été publiés : dans l'un des cas le patient est décédé. »

Bruneton relève également un cas de décès après deux semaines de consommation quotidienne de 3/5 feuilles[5]

Dans beaucoup de pays, des mesures restrictives ont été prises vis-à-vis son emploi. En France et en Allemagne, seul son usage externe est autorisé.

Maria Treben la recommande en usage interne sous forme de tisane en quantité limitée, pour les troubles de l'appareil digestif, hémorragies stomacales, ulcères gastriques, bronchites et pleurésies[17].

La préparation de consoude sous forme spagyrique, disponible dans certaines officines spécialisées, en exonérerait ses propriétés curatives de toute potentielle toxicité orbitale et en permettrait ainsi, du moins selon les tenanciers de cette école, un usage interne dépourvu de toute iatrogénèse[18],[19]

Usages externes[modifier | modifier le code]

La tradition prête à la racine de consoude des propriétés hémostatiques, anti-inflammatoires, astringentes, cicatrisantes et émollientes.

Suivant Bruneton[5], la racine est « traditionnellement utilisé(e) comme traitement d'appoint adoucissant et antiprurigineux des affections dermatologiques, comme trophique protecteur dans le traitement des crevasses, écorchures, gerçures et contre les piqûres d'insectes. [Note Expl., 1998] ».

Suivant Pierre Lieutaghi[20], les meilleurs résultats sont obtenus avec les racines fraîches, ébouillantées, broyées que l'on applique sur les plaies suppurantes ou les escarres. « Sur les brûlures du premier degré, la pulpe fraîche procure un soulagement rapide. Elle calme et cicatrise promptement les gerçures des seins. »

Une étude allemande, en simple aveugle, randomisée, a montré qu'une crème à base de consoude était un peu plus efficace qu'un gel de diclofénac (Voltarène) dans le traitement des entorses de la cheville[6].

En application interne et externe, la consoude accélère, grâce à sa teneur en allantoïne, la formation de nouvelles cellules, aussi bien dans la peau que dans des masses osseuses. Des études ont prouvé que des fractures guérissaient beaucoup plus vite en appliquant de la consoude[21].

Maria Treben la recommande en usage externe pour les rhumatismes, gonflements d'articulations, luxations, foulures, goutte, meurtrissures, hématomes, fractures, douleurs des moignons d'amputation, douleurs de la nuque, tumeurs variqueuses et déformations des poignets et des chevilles[17].

Histoire[modifier | modifier le code]

En Europe, les propriétés cicatrisantes des plantes du genre Symphytum sont connues depuis l'Antiquité.

Les Anciens Grecs utilisaient le terme de sumphuton pour désigner plusieurs plantes auxquelles ils attribuaient les propriétés de cicatriser les plaies et de consolider les fractures. Le pharmacologue grec du Ier siècle Dioscoride décrit dans De materia medica deux espèces de plantes du nom de sumphuton. Il décrit[22] ainsi le sumphuton pektê

Il a une tige velue, de deux coudées ou davantage, anguleuse, creuse comme le laiteron (sogkos)...Les racines sont noires à l'extérieur, blanches et gluantes à l'intérieur. Ce sont elles que l'on utilise. Broyées et prises en boisson, elles sont efficaces pour les fractures et les crachements de sang et en application avec des feuilles d’érigéron pour les inflammations, surtout celles qui surviennent à l'anus. Elles cicatrisent les plaies les plus récentes et agglutinent les chairs quand on les fait cuire ensemble.

Le naturaliste romain de la même époque, Pline l'Ancien, donne une description de la symphytum petraeum très proche de celle de Dioscoride. Si on ne trouve pas de traces de ces plantes dans les écrits plus anciens d'Hippocrate ou de Théophraste, elles sont mentionnées dans les traités de médecines ultérieurs. Pour certains historiens, la sumphuton pektê pourrait être une consoude grecque Symphytum bulbosum C. Schimper[22].

Durant le long millénaire du Moyen Âge, « la médecine est désormais très liée à la magie et à la sorcellerie... L'étude se tourne vers les livres de botanique et non vers les plantes elles-mêmes. » (Magnin-Gonze[23]).

À la Renaissance, le médecin Jean Fernel (1497-1558) tout en acceptant la tradition, chercha à réformer l'étude de la pathologie. Il proposa un sirop[20] à base de sommités de consoude (et de pétales de roses, de bétoine, plantain, pimprenelle, scabieuse et tussilage) qui fut longtemps prescrit contre les diarrhées, les hémorragies, la toux et la phtisie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Couplan, Dictionnaire étymologique de botanique, Lausanne, Delachaux et Niestlé, (ISBN 2-603-01182-0)
  2. a b et c François Couplan, Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques, Delachaux et Niestlé, , p. 135.
  3. (en) Référence Flora of China : Symphytum officinale
  4. Référence Tela Botanica (France métro) : Symphytum officinale
  5. a b c d e et f Plantes toxiques. Végétaux dangereux pour l'homme et les animaux, 2e édition jean Bruneton
  6. a et b (en) H.-G.Predel,B.Giannetti,R.Koll,M.Bulitta,C.Staiger, « Efficacy of a Comfrey root extract ointment in comparison to a Diclofenac gel in the treatment of ankle distorsions : results of an observer-blind, randomized, multicenter study », Phytomedicine,‎ , p. 707-714
  7. Des herbes pas si mauvaises..., de Jean-Marie Polese, édition De Borée 2011, (ISBN 978-2-8129-0263-5)
  8. Jean-Philippe Derenne, La cuisine vagabonde, Fayard, , p. 47.
  9. Naturally Occurring Food Toxins - Laurie C. Dolan,* Ray A. Matulka, et George A. Burdock - Publié online le 20/09/2010. PMCID: PMC3153292
  10. (en) Briggs D.R., Ryan K.F., Bell H.L., « Vitamin B12 activity in comfrey (Symphytum sp.) and comfrey products [consumed as a salad vegetable, tea or tablet] », J-Plant-Foods, vol. 5, no 3,‎ , p. 143-147
  11. (de) G. Löffler, Basiswissen Biochemie mit Pathobiochemie, Verlag Springer,
  12. (en) Michiko E. Taga, Nicholas A. Larsen, Annaleise R. Howard-Jones, Christopher T. Walsh & Graham C. Walker, « BluB cannibalizes flavin to form the lower ligand of vitamin B12 », Nature Letter, vol. 446,‎ (doi:10.1038/nature05611)
  13. (en) Robinson, Robert G., « Comfrey—A Controversial Crop », Minnesota Report, no 191,‎ (présentation en ligne)
  14. (en) Richard W. Payne et Brian F. Savage, Department of Pathology, Worcester Royal Infirmary, « Vitamin B12 for vegans », British Medical Journal,‎ , p. 458 (lire en ligne)
  15. Joseph Pousset, Engrais verts et fertilité des sols. 2e édition, France Agricole Éditions, 2002, (ISBN 2912199115), (ISBN 9782912199119), p. 192, [lire en ligne]
  16. « Vidéo de la consoude pour nourrir les abeilles. »
  17. a et b Maria Treben, La Santé à la Pharmacie du Bon Dieu - conseils et pratique des simples (des plantes médicinales). Éditeur W. Ennsthaler, Autriche, 112 p., (ISBN 3850681238). Première édition : 1983. Consoude : p. 20-22.
  18. Jean Paul Tessier et Pierre Jousset, L'Art médical : journal de médecine générale et de médecine pratique, Au bureau du Journal, (lire en ligne), p. 224
    « Quand la substance ainsi élevée en perfection appartient à la médecine, elle constitue le médicament spagyrique, forma pollens, non materia, qui, en raison du départ de ses impuretés, s'est affranchi de tout ce qui pouvait exister en lui de vénéneux ou acre, et ne se compose que des parties essentielles, balsamiques, au dire de l'école ; qui, en outre, sous le rapport de sa forme médicatrice, laisse bien loin derrière lui les produits pharmaceutiques. »
  19. (de) Arzneimittelbilder, Heidak (lire en ligne [PDF]), « Echter Beinwell, Symphytum officinale », p. 294
    « Die anspruchslose Pflanze gedeiht gut auf stickstoffhaltigen Böden und liebt eher feuchte Standorte mit lehmigem Untergrund. Die Blätter haben einen vergleichsweise hohen Proteingehalt, weshalb sie früher zur Ernährung dienten. Allerdings finden sich in der Pflanze giftige Pyrrolizidinalkaloide, sodass diese Verwendung nicht ratsam ist. In der spagyri schen Essenz finden sich diese Stoffe nicht. »
    « Cette plante peu exigeante [la consoude] se développe confortablement dans le cadre d’un biotope azoté ; elle affectionne les zones humides dotées d’un sol argileux. Les feuilles possèdent une teneur relativement élevée en protéines, raison pour laquelle elles constituaient autrefois un complément nutritionnel. Toutefois, la présence d’alcaloïdes pyrrolizidines toxiques dans la plante en exclut d’ordinaire d’emblée l’usage interne. En revanche, la préparation sous forme spagyrique permet d’en purifier les composants des constituants problématiques susnommés. »
  20. a et b Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, Actes Sud, , 517 p. (ISBN 2742709533)
  21. Mannfried Pahlow, Das grosse Buch der Heilpflanzen. 1979. Gräfe & Unzer Verlag, München, 1979 (ISBN 90-252-6945-1). Version originale en allemand, mais il existe aussi plusieurs traductions.
  22. a et b Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l'antiquité, Belin,
  23. Joëlle Magnin-Gonze, Histoire de la botanique, Paris, Delachaux & Niestlé,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Couplan, Eva Styner, Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques, Les guides du naturaliste, Delachaux et Niestlé (ISBN 2603009524)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]