Conseil des Seize

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Les Seize est le nom que portait un conseil formé de bourgeois ligueurs de Paris appartenant à la Ligue, lorsque celle-ci contrôlait la capitale, et qui exerça une influence toute puissante jusqu’en 1591.

Historique[modifier | modifier le code]

Choisis dans les seize quartiers dont Paris était composé, ce conseil, qui joua un rôle très considérable pendant la Ligue, dont il fut un des plus fermes soutiens siégeait à l’hôtel-de-ville. En 1587, il publia un manifeste d’une grande véhémence, et après l’assassinat des Guise à Blois, lorsque la ville eut pris les armes contre le roi, ce conseil nomma, le , le duc d’Aumale gouverneur de Paris.

Ce conseil, si fameux dans l’histoire de la Ligue, ne fut d’abord composé que de cinq membres : Compan, Crucé, La Chapelle (Michel Marteau sieur de la Chapelle), Louchard et Bussy-Leclerc, choisis par les Guise, pour diriger les cinq quartiers formés en 1588[1]. Quelques mois avant l’évasion du roi, les ligueurs renoncèrent à la division de cette ville en cinq quartiers et reprirent l’ancienne division en seize. Chaque quartier eut alors son chef : ces seize chefs formaient le conseil des Seize. Le lieu de ses séances, d’abord très mobile, ne fut fixé qu’après la fuite de Henri III : il s’identifia alors avec le corps municipal.

Au mois de mars 1589, le conseil des Seize établit, dans chacun des seize quartiers de Paris, un conseil composé de neuf personnes chargées de veiller à la tranquillité et à la sûreté de leurs quartiers respectifs. Quelques principes démocratiques professés par des membres du conseil des Seize, des lettres interceptées, et dans lesquelles les membres de ce conseil ne faisaient nulle mention du duc de Mayenne, indisposèrent fortement ce duc contre eux : il disait que ces membres étaient des hommes turbulents, qui ne désiraient que la ruine de la noblesse.

Après la mort du cardinal de Bourbon, prisonnier, qu’on avait nommé roi, sous le nom de Charles X, le conseil des Seize s’adressa au pape et au roi d’Espagne pour leur demander un roi qui fût ligueur : cette demande, qui contrariait les prétentions du duc de Mayenne, devint pour lui un nouveau motif de mécontentement. Au mois de novembre 1591, le conseil des Seize nomma un conseil de dix membres chargé de prendre toutes les mesures nécessaires au salut public. Le 15 de ce mois, ceux-ci arrêtèrent au palais le premier président Barnabé Brisson, premier président du Parlement, Claude Larcher, conseiller au Parlement, et Jean Tardif du Ru, conseiller au Châtelet, et les pendirent le même jour.

À cette nouvelle, le duc de Mayenne, qui était à Laon, partit pour Paris où il arriva le 28. Le duc de Mayenne présidait le conseil des Seize, et, de plus, était chargé de l’exécution de ses ordonnances : ce qui lui avait acquis sur les Parisiens un ascendant considérable, dont il abusa bientôt. Dans la nuit du 3 au , il fit arrêter quatre membres de ce conseil, les plus factieux des Seize, Louchard, Barthélémy Anroux, banquier, Jean Esmounot, procureur, et Nicolas Ameline qui furent pendus immédiatement dans une salle basse du Louvre. Il fit aussi prohiber, sous des peines sévères, les réunions secrètes, sévérité qui prouve que les ligueurs de Paris ne vivaient pas en bonne intelligence avec leur chef.

Cette exécution, à laquelle le duc de Mayenne donna les prétextes d’intérêt public, n’avait, en réalité, d’autre motif que son intérêt particulier. Ces actes de tyrannie devinrent très funestes au parti de la Ligue et favorables à celui du roi de Navarre. Le peuple crut que cette conduite du duc de Mayenne avait pour motif la condamnation et la mort de Brisson, de Larcher, et Tardif, mais ce ne fut là que le prétexte de la conduite de ce duc, qui saisit avec empressement cette occasion de punir des hommes qui s’avisaient de correspondre à son insu avec le pape et le roi d’Espagne, et de séparer leur cause de la sienne.

Bussy-le-Clerc fut obligé de remettre la Bastille dont il s’était emparé ; d’autres parvinrent à s’échapper. Le conseil des Seize, réduit à douze, vit, après ces violences, son autorité et sa considération s’affaiblir ; il ne volait plus, disait-on alors, que d’une aile. Il subsista, cependant, en cet état jusqu’à l’entrée de Henri IV à Paris. La faction des Seize fut alors anéantie et la bourgeoisie et le Parlement ressaisirent leur pouvoir et leur influence légitimes.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Élie Barnavi, Le parti de Dieu. Étude sociale et politique des chefs de la Ligue parisienne, 1585-1594, Bruxelles-Louvain, Éditions Nauwelaerts, 1980, 392 p.
  • Robert Descimon, « Qui étaient les Seize ? Mythes et réalités de la Ligue parisienne (1585-1594) », Mémoires de la Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et Île-de-France, t. XXXIV, 1983, Paris, Klincksieck, p. 7-300.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Journal du siège de Paris en 1590, L. Willem, , 325 p. (lire en ligne), « Introduction », p. 10.