Conquête normande de l'Angleterre

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Conquête normande de l'Angleterre
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Principaux événements de l'année 1066 en Angleterre.

Informations générales
Date 1066-1075
Lieu Angleterre
Issue Guillaume le Conquérant devient roi d'Angleterre.
Belligérants
Royaume d'Angleterre Duché de Normandie
Commandants
Harold Godwinson Guillaume le Conquérant

La conquête normande de l’Angleterre est l’invasion du royaume d'Angleterre par le duc de Normandie Guillaume le Conquérant, qui a culminé avec la bataille d'Hastings en 1066 et qui s’est traduite par l’appropriation de ce territoire par les Normands.

Loin de se limiter à la seule année 1066, elle se prolonge pendant près de cinq ans, jusqu’en 1070. C’est un événement capital dans l’histoire du Moyen Âge pour plusieurs raisons. Elle a pour conséquence première la réunion du duché de Normandie et du royaume d'Angleterre sous l’autorité d’un même homme : Guillaume le Conquérant. Chaque état conservait toutefois sa personnalité, son administration propre. Cette conquête représente une ligne de partage importante dans l’histoire de l’Angleterre et même de l’Europe. Le royaume fut en effet complètement bouleversé par l’événement. L’élite anglo-saxonne, vaincue, disparut au profit d’une autre, venue du continent. Les conquérants apportèrent leur langue et leur culture. Détaché de l’influence de la Scandinavie, le pays sera dorénavant beaucoup plus étroitement lié à l’Europe continentale. Surtout, 1066 prépare la montée en puissance de l’Angleterre qui bientôt intégrera le cercle des monarchies les plus puissantes d’Europe. Enfin, la conquête met en place les éléments d’un conflit avec la France qui se prolongera jusqu’au XIXe siècle.

Cette épopée militaire du duc de Normandie relève encore aujourd'hui de l’exploit puisqu'elle demeure à ce jour la dernière conquête réussie de l’Angleterre.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'Angleterre et la Normandie au XIe siècle[modifier | modifier le code]

Évolution territoriale du duché de Normandie de 911 à 1050.

En 911, le traité de Saint-Clair-sur-Epte conclu entre Charles III le Simple, roi de Francie occidentale, et le chef viking Rollon autorise ce dernier à s'établir dans la basse vallée de la Seine, dont il est chargé en contrepartie d'assurer la défense contre les raids d'autres Vikings[1]. La région prend le nom de Normandie en référence à ces « Hommes du Nord », qui adoptent rapidement les coutumes de leur pays d'adoption. Ils se convertissent au christianisme et adoptent la langue d'oïl parlée dans la région. Enrichie de vocabulaire norrois, celle-ci donne naissance au normand[2]. Les Normands étendent rapidement leur autorité vers l'ouest sur le Bessin, le Cotentin et l'Avranchin[3].

Le roi anglais Æthelred le Malavisé se marie en 1002 avec Emma, la sœur du duc Richard II de Normandie[4]. Leur fils Édouard le Confesseur monte sur le trône d'Angleterre en 1042 après avoir passé la plus grande partie de sa jeunesse en exil dans le duché de Normandie[5]. N'ayant pas pu se constituer de clientèle dans son pays, il s'appuie principalement sur des Normands pour régner contre le puissant comte Godwin de Wessex et ses fils : il invite des courtisans, des soldats et des religieux à le rejoindre et les nomme à des positions de pouvoir, en particulier dans l'Église. N'ayant pas eu d'enfant, il est possible qu'il ait encouragé les visées du duc Guillaume, petit-fils de Richard II, sur le trône anglais[6].

Une succession disputée[modifier | modifier le code]

En l'absence d'héritier indiscutable, la mort d'Édouard, le 5 janvier 1066, donne lieu à une crise de succession. Le comte de Wessex Harold Godwinson, qui est le plus riche et le plus puissant membre de la noblesse anglaise, est élu roi par le Witenagemot et sacré dès le lendemain de la mort d'Édouard[7]. Deux adversaires de taille ne tardent pas à contester la succession du roi défunt. Le duc Guillaume de Normandie affirme qu'Édouard l'avait choisi comme successeur, et qu'Harold avait juré de respecter cet arrangement[8], tandis que le roi de Norvège Harald Hardrada met en avant un accord conclu entre son prédécesseur, Magnus le Bon, et Hardeknut, le prédécesseur d'Édouard, en vertu duquel l'Angleterre et la Norvège reviendraient à l'autre si l'un d'eux mourait sans laisser d'héritier[9]. Guillaume et Harald rassemblent leurs forces respectives pour envahir le royaume qu'ils estiment leur revenir de droit[10].

L'invasion norvégienne[modifier | modifier le code]

La bataille de Stamford Bridge vue par Matthieu Paris vers 1250-1260, dans une hagiographie d'Édouard le Confesseur.

Au début de l'année 1066, Tostig Godwinson, un frère exilé d'Harold, mène des raids sur le sud-est de l'Angleterre à la tête d'une flotte assemblée dans le comté de Flandre. Menacé par les navires d'Harold, Tostig prend la direction du nord et attaque l'Est-Anglie et le Lincolnshire, mais il est repoussé par les comtes Edwin de Mercie et Morcar de Northumbrie. Abandonné par la plupart de ses partisans, Tostig se réfugie en Écosse. Les forces terrestres et navales d'Harold, principalement composées de miliciens, passent l'été de 1066 à attendre l'invasion normande sur la côte sud de l'Angleterre. Le roi les renvoie chez eux le 8 septembre afin qu'ils puissent procéder aux récoltes[11].

Harald Hardrada quitte la Norvège au mois d'août à la tête d'une flotte de 300 navires transportant environ 15 000 hommes. Il reçoit le soutien de Tostig dans son invasion. Les Norvégiens débarquent dans le Yorkshire et remportent la bataille de Fulford sur les comtes Edwin et Morcar le 20 septembre[12]. Ces derniers sortent vivants de l'affrontement, mais cette défaite écrasante les empêche de jouer un rôle dans la suite des opérations. La ville d'York ouvre ses portes à l'armée d'Harald, qui se porte ensuite sur le village voisin de Stamford Bridge[13].

En apprenant la nouvelle de l'invasion norvégienne, probablement vers le 15 septembre, Harold Godwinson se précipite vers le nord en recrutant des troupes sur son chemin. Il couvre la distance entre Londres et York en neuf jours, soit une vitesse moyenne de 40 km par jour, et arrive à York à l'aube du 25 septembre[14]. De là, il se rend à Stamford Bridge, prenant les Norvégiens par surprise. La bataille de Stamford Bridge se solde par une victoire anglaise décisive : Harald et Tostig sont tués, et les pertes norvégiennes sont si importantes que 24 des 300 navires de la flotte d'invasion suffisent à ramener les survivants chez eux. L'armée anglaise n'en est cependant pas sortie indemne, et elle se trouve très loin de la Manche[15].

L'invasion normande[modifier | modifier le code]

Préparatifs[modifier | modifier le code]

Apprenant que Harold est monté sur le trône, Guillaume convoque les principaux barons normands et les convainc de se lancer à la conquête du royaume, avec l’aide du pape Alexandre II qui menace les rétifs d’excommunication. En moins de dix mois, il parvient à rassembler dans l’estuaire de la Dives une flotte d’invasion d’environ 600 navires et une armée estimée à 7 000 hommes. On trouve parmi eux des Normands bien sûr, mais aussi des Bretons, des Flamands, des Manceaux, des Boulonnais

Il nous est parvenu la liste des contributions en navires[16] des principaux barons normands :

Ces préparatifs comprennent également d’importantes négociations diplomatiques. Il s’agit de se trouver d’abord des alliés. Selon Guillaume de Poitiers, le biographe officiel de Guillaume le Conquérant, ce dernier gagne à sa cause le pape Alexandre II qui lui transmet son propre étendard[19]. Il s’agit également d’éviter que les principautés voisines (Bretagne, Flandre, Anjou, etc.) ne profitent de la campagne pour s’emparer de la Normandie. En outre, Guillaume désigne de grands vassaux : Roger de Beaumont, Lanfranc, Roger II de Montgomery pour gouverner le duché en son absence. Beaucoup de soldats dans son armée sont des puînés auxquels le droit d’aînesse laisse peu de chance d’hériter d’un fief. Guillaume leur promet, s’ils se joignent à lui en apportant leur propre cheval, une armure et des armes, qu’il les récompensera avec des terres et des titres dans son nouveau royaume.

Retardée quelques semaines par des vents défavorables et des conditions météorologiques contraires, l’armée normande attend dans la baie de Saint-Valery-sur-Somme le moment propice pour embarquer.

Le débarquement[modifier | modifier le code]

Le débarquement normand sur la Tapisserie de Bayeux.

Poussée par un vent enfin favorable, la flotte normande débarque entre temps dans la baie de Pevensey (Sussex), le , quelques jours à peine après la victoire d’Harold sur les Norvégiens. Cette conjonction s’avère cruciale : l'armée d'Harold, déjà épuisée par les combats contre Harald, doit traverser à marches forcées toute l'Angleterre du Nord au Sud et se battre contre un ennemi reposé et qui a eu le temps de se retrancher. Guillaume ne tarde pas à prendre pour base la bourgade voisine de Hastings où il met sur pied un château de terre et de bois. Le choix du Sussex comme lieu de débarquement est une provocation directe pour Harold car cette région était son domaine personnel. Guillaume commence immédiatement à ravager la terre ce qui incite peut-être Harold à répondre dans la précipitation au lieu d’attendre des renforts de Londres. Ceci a également joué en faveur de Guillaume qui, s’il avait dirigé ses forces vers l’intérieur de l’Angleterre, aurait pu être coupé de ses voies de ravitaillement, encerclé par l’armée d’Harold constituée de sa garde personnelle, les housecarls, et de troupes levées dans le sud du pays.

Hastings[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille d'Hastings.
Position des armées au début de la bataille d'Hastings.

La bataille débute vers 9 heures du matin le 14 octobre et dure toute la journée, mais les sources se contredisent sur son déroulement exact[20]. Les deux armées sont de taille équivalente, mais Harold ne dispose que de fantassins alors que les forces de Guillaume comprennent des cavaliers[21]. Les soldats anglais forment un mur de boucliers au sommet de la colline, une stratégie qui cause de lourdes pertes dans les rangs normands. Une partie du contingent breton s'enfuit, pourchassé par des Anglais qui sont massacrés par la cavalerie normande. Les Normands feignent ensuite à deux reprises de s'enfuir, incitant à nouveau les Anglais à les pourchasser pour en faire des cibles faciles[22].

Les événements de l'après-midi sont plus confus, mais le moment déterminant semble avoir été la mort d'Harold, dont différentes versions existent. D'après Guillaume de Jumièges, il aurait été tué par le duc, mais la Tapisserie de Bayeux semble montrer qu'il est mort d'une flèche dans l'œil[23]. D'autres sources affirment que le roi est mort au cœur de la mêlée sans qu'on puisse dire exactement comment, et Guillaume de Poitiers ne donne pas de détails non plus[24],[25]. La mort d'Harold prive les Anglais de leur chef, et ils commencent à se débander[26]. Beaucoup s'enfuient, mais les soldats de la maison du roi combattent jusqu'à la mort autour de la dépouille de leur seigneur[27]. Les Normands se lancent à la poursuite des fuyards, et hormis un combat d'arrière-garde à un endroit appelé « la Malfosse », la bataille est terminée[26].

Marche sur Londres et couronnement[modifier | modifier le code]

Après sa victoire, Guillaume s'attend à recevoir la soumission des chefs anglais, mais le Witenagemot préfère élire roi le jeune Edgar Ætheling, avec le soutien des comtes Edwin et Morcar et des archevêques Stigand et Ealdred. Le duc de Normandie se met donc en route vers Londres en longeant la côte du Kent. Il sort vainqueur d'une échauffourée à Southwark, mais ne parvient pas à forcer le passage du Pont de Londres, ce qui le contraint à chercher un autre endroit pour franchir la Tamise. Il remonte le fleuve jusqu'à Wallingford, dans le Berkshire, où ses troupes peuvent traverser la Tamise et où Stigand se soumet à lui. Guillaume longe ensuite les Chilterns vers le nord-est avant de redescendre sur Londres vers le sud-est. N'étant pas parvenus à lever suffisamment de troupes pour défendre la ville, les chefs anglais choisissent de se soumettre à Berkhamsted, dans le Hertfordshire. Plus rien n'empêche Guillaume d'être sacré roi d'Angleterre par l'archevêque Ealdred à l'abbaye de Westminster, le 25 décembre[28].

La résistance anglaise[modifier | modifier le code]

En dépit de la rapide soumission du sud de l’Angleterre aux Normands, Guillaume doit encore vaincre des poches de résistance. Les années qui suivent sont marquées par des rébellions, d’abord anglo-saxonnes mais bientôt également normandes.

Fin de la conquête (1068-1070)[modifier | modifier le code]

À l’été 1068, un mouvement organisé de résistance se crée en Northumbrie, et marche vers le sud. Il se désintègre dès les premiers signes d’une contre-offensive normande. Le Conquérant, qui ne contrôle pas encore totalement les Midlands et tout le nord de l’Angleterre, commence une campagne de construction de châteaux.

En janvier 1069, une armée accompagnant Robert de Comines, qui vient juste d’être nommé comte de Northumbrie dans le nord, est décimée à Durham par les rebelles anglo-saxons. Ceux-ci enchaînent en attaquant York. Le Conquérant arrive à leur rescousse faisant fuir les Anglais devant lui.

À l’été 1069, une flotte danoise apparaît sur les côtés occidentales de l’Angleterre. Les Anglais ont proposé le trône à Sven II de Danemark. Cette flotte est équivalente en nombre à celle qui était venue en 1066, et avait été battue à Stamford Bridge. Une fois débarqués, les Danois et les Anglais marchent sur York. Fin septembre, les Normands en garnison dans les deux châteaux se font massacrer en tentant des sorties désespérées. C’est la plus grosse défaite que subiront les Normands en Angleterre. Les rebelles ne cherchent pas à pousser leur avantage, et à la première rumeur de l’arrivée du roi, c’est la débandade.

La rumeur du débarquement danois provoque des soulèvements dans tout le pays : Devon, Cornouailles, Somerset et Dorset, etc. Les insurrections dans l’ouest de la Mercie et le nord du Wessex sont les plus virulentes. La révolte menée par Eadric le Sauvage se propage dans le Cheshire et le Staffordshire. Le roi est obligé de venir en personne réprimer ce soulèvement.

Il retourne ensuite dans le nord, et au lieu d’attaquer directement les Danois qui se sont installés à York, il répète la stratégie qui lui permit de soumettre Londres trois ans plus tôt. Il fait dévaster une large ceinture de territoire au nord et à l’ouest de la ville, afin de l’isoler. Rapidement, les Danois retournent à leurs bateaux, et sont payés pour abandonner leurs prétentions. Guillaume les autorise à rester sur l’Humber jusqu’à la fin de l’hiver.

Pour résoudre définitivement le problème posé par la Northumbrie, et afin d’empêcher une nouvelle rébellion, il poursuit sa campagne de dévastation. Il passe les fêtes de Noël à York, puis reprend sa campagne. Il brûle des villages entiers, massacre les habitants, détruit les réserves de nourriture et les troupeaux. Les survivants se retrouvent en plein hiver complètement démunis, n’ayant plus rien pour survivre, et succombent en masse. Le chroniqueur Florence de Worcester écrit que les survivants furent obligés de se nourrir de chats, chiens et cadavres humains pour échapper à la famine[29].

En arrivant à la Tees, il reçoit la soumission de Waltheof et Gospatrick, signe que la résistance anglo-saxonne est brisée. La campagne aura duré de janvier à mars 1070.

Consolidation[modifier | modifier le code]

Partage de l’Angleterre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Partage de l'Angleterre en 1066.

Guillaume soumet les rebelles anglo-saxons du nord en les remplaçant par des seigneurs normands. Dans le Yorkshire, il passe des accords avec les seigneurs anglais locaux leur permettant de conserver le contrôle de leurs fiefs (sous des seigneurs nommés par normands « tenant » leurs terres à distance) en échange de leur neutralité et de la défense de ces terres. En 1070, Hereward l'Exilé dirige un soulèvement dans les marais et met Peterborough à sac. Les fils d’Harold tentent une invasion de la péninsule sud-occidentale. Des soulèvements se produisent également dans les marais gallois et à Stafford. Les plus sérieux des événements auxquels doit faire face Guillaume sont des tentatives séparées d’invasion par les Danois et les Écossais. La défaite de ces derniers par Guillaume se solde par ce qu’on appelle la « dévastation du nord » où il ravage la Northumbrie afin de refuser des ressources à ses ennemis. L’Angleterre est désormais conquise. Quant à la conquête du Pays de Galles, elle s’effectuera progressivement et ne s’achèvera qu’en 1282, au cours du règne du roi Édouard Ier. Bien qu’il ait également soumis l’Écosse, Édouard ne l’a pas vraiment conquise, celle-ci conservant une monarchie séparée jusqu’en 1603 et demeurant un royaume jusqu’en 1707.

Contrôle de l’Angleterre[modifier | modifier le code]

Détail de la statue du Conquérant à Falaise (Calvados).

Une fois l’Angleterre conquise, les Normands eurent à faire face à un certain nombre de défis pour conserver le contrôle du pays. Les normannophones étaient, par comparaison avec la population anglaise autochtone, en nombre extrêmement limité. Les historiens estiment leurs effectifs à 5 000 chevaliers en armure[30]. Les seigneurs anglo-saxons étaient accoutumés à être entièrement indépendants, contrairement au système de gouvernement centralisé des Normands qui déplaisait aux Anglo-Saxons. Les révoltes commencèrent presque immédiatement dès le couronnement de Guillaume, mené par des membres de la famille d'Harold ou des nobles anglo-saxons mécontents. Guillaume relève ces défis de plusieurs manières. Les nouveaux seigneurs normands construisent divers forts et châteaux tels que les mottes féodales afin de fournir un lieu retranché contre les soulèvements populaires (ou les attaques, de plus en plus rares, des Vikings) et pour dominer la ville et la campagne environnante. Tout seigneur anglo-saxon refusant de reconnaître la légitimité de Guillaume au trône ou révoltant fut sommairement dépouillé des titres et des terres qui sont redistribuées aux favoris normands de Guillaume. Tout seigneur anglo-saxon mort sans succession était toujours remplacé par un successeur normand. C’est ainsi que les Normands éliminèrent l’aristocratie autochtone et prirent le contrôle des échelons supérieurs du pouvoir.

Le maintien de l’unité et de la loyauté des seigneurs normands était tout aussi important, toute friction pouvant donner aux autochtones anglophones une chance facile de division afin de vaincre la minorité normannophone. Guillaume a accompli ceci en accordant des terres morcelées. Un fief normand typique était éparpillé un peu partout en Angleterre et en Normandie. Ainsi, un seigneur essayant de se séparer du roi ne pouvait, à n’importe quel moment, défendre qu’un nombre restreint de ses fiefs. Ce système, qui s’est avéré constituer une force de dissuasion très efficace contre les rébellions éventuelles, a permis de conserver la fidélité de la noblesse normande au roi.

À plus long terme, cependant, cette même politique a considérablement facilité les contacts entre la noblesse de différentes régions et a eu pour résultat de l’encourager à s’organiser et à agir, à la différence de ce qui passait dans d’autres pays féodaux, comme une classe plutôt que sur une base individuelle ou régionale. De plus, l’existence d’une monarchie fortement centralisée a encouragé la noblesse à former des liens avec les citadins, phénomène qui s’est, par la suite, traduit par la montée en puissance du parlementarisme en Angleterre.

Détestant Stigand, l’archevêque anglo-saxon de Cantorbéry, Guillaume manœuvre pour obtenir son remplacement en 1070 par l’Italien Lanfranc avant de nommer des Normands aux fonctions ecclésiastiques.

Portée[modifier | modifier le code]

La portée des changements dus à la conquête normande a été significative tant pour le développement de l’Angleterre que de l’Europe.

Les conquérants apportèrent leur langue, donnant naissance à l’anglo-normand, évinçant l’anglo-saxon d’origine germanique dans les classes dirigeantes. Jouissant du statut de langue de prestige pendant près de trois siècles, l’anglo-normand eut une influence significative sur l’anglais moderne. C’est à cause de ce premier afflux principal des langues latines ou romanes dans la langue parlée prédominante en Angleterre, que celle-ci a commencé à perdre beaucoup de son vocabulaire germanique et scandinave, bien qu’elle ait, dans nombre de cas, maintenu la structure de la phrase germanique. Ainsi le mot anglais cat (provient de « cat » en normand, « chat » en français), de même que war (« werre » en normand, « guerre » en français) ou garden (« gardin » en normand, « jardin » en français)…

Une autre conséquence directe de l’invasion est la disparition quasi totale de l’aristocratie anglo-saxonne, tant militaire qu’ecclésiastique. Guillaume ayant confisqué les terres des rebelles pour les donner à ses défenseurs normands, il ne reste plus, au moment de l’établissement du Domesday Book, que deux propriétaires fonciers anglais d’importance à avoir survécu aux purges. En 1096, tous les évêchés sont passés aux mains des Normands. Dans le courant du XIIe siècle, l’assimilation progressa. À tel point que certains descendants de conquérants normands se considéraient principalement comme des Anglais.

Aucune autre conquête dans l’Europe du Moyen Âge n’a eu de conséquences aussi désastreuses pour la classe régnante vaincue. Le prestige de Guillaume parmi ses partisans a reçu une prodigieuse impulsion due à sa capacité à leur attribuer à faible coût de vastes terres. Ses récompenses ont également servi à affirmer son propre pouvoir, chaque nouveau seigneur étant soumis à l’obligation de construire un château et de soumettre les autochtones. La conquête a donc été un système en renouvellement perpétuel.

Systèmes de gouvernement[modifier | modifier le code]

Même avant l’arrivée des Normands, les Anglo-Saxons disposaient d’un des systèmes gouvernementaux les plus sophistiqués dans l’Europe de l’ouest de l’époque. Toute l’Angleterre avait été divisée en régions administratives de taille et de forme assez uniformes appelées « shires » et administrées par des fonctionnaires connus sous le nom de shérifs. De tendance autonome les shires manquaient de direction coordonnée. Les Anglo-Saxons avaient abondamment recours à la documentation écrite, ce qui était peu commun pour les rois d’Europe de l’ouest de l’époque et donnait un gouvernement plus efficace que ceux fonctionnant par instructions verbales.

Les Anglo-Saxons avaient également établi des lieux de gouvernement permanents à une époque où la plupart des gouvernements médiévaux étaient toujours en mouvement, établissant leur cour là où le temps, les vivres ou autres étaient les meilleurs pour le moment. Cette forme de gouvernement avait pour conséquence de limiter la taille et la sophistication éventuelle de toute administration à la taille de ce qui pourrait être emballé sur un cheval et un chariot, y compris le trésor et la bibliothèque. Par contraste, les Anglo-Saxons avaient établi un trésor permanent à Winchester, une bureaucratie gouvernementale et des archives documentaires permanentes avaient commencé à se développer.

Sous l’égide des Normands, cette forme sophistiquée de gouvernement médiéval s’est développée avec encore plus de force. Les Normands ont centralisé le système autonome du shire. Le Domesday Book exemplifie la codification pratique qui a permis l’assimilation normande des territoires conquis à travers un recensement centralisé. Ce premier recensement à l’échelle d’un royaume jamais effectué en Europe depuis l’Empire romain a permis une imposition plus efficace sur le nouveau royaume normand.

La sophistication des systèmes de comptabilité s’est également développée. Henri Beauclerc a établi un ministère des finances appelé Échiquier qui a été situé à partir de 1150 à Westminster.

Relations entre Français et Anglo-Normands[modifier | modifier le code]

Les relations politiques entre Français et Anglo-Normands sont devenues très compliquées et quelque peu hostiles après la conquête normande. Conservant leurs fiefs en Normandie, les Anglo-Normands demeuraient toujours, en tant que tels, vassaux du roi de la France. Dans le même temps, ils étaient, en tant que rois d’Angleterre, ses égaux. Ils lui devaient fidélité comme ducs de Normandie mais pas en tant que rois d’Angleterre car ils étaient ses pairs. Avec la création de l’empire Plantagenêt dans les années 1150, les Normands contrôlent la moitié de la France et toute l’Angleterre, diminuant d’autant la puissance de la France dont ils restaient pourtant des vassaux en France. La commise en 1204 par le roi de France Philippe Auguste de toutes les possessions normandes et angevines en France continentale, à l’exception de l’Aquitaine, ouvre une crise qui mènera à la guerre de Cent Ans lorsque les rois anglais anglo-normands tenteront de recouvrer leurs possessions dynastiques en France.

Les vastes gains de terre de Guillaume ne furent pas sans susciter, de son vivant, de grandes alarmes non seulement chez le roi de France, mais également les comtes d’Anjou et de Flandre. Chacun s’appliquant de son mieux à tenter de diminuer les possessions et la puissance de la Normandie, créeront des siècles d’escarmouches et de batailles dans la région.

Développement culturel anglais[modifier | modifier le code]

Une interprétation de la conquête consiste à affirmer que la conquête de l’Angleterre en a fait un désert économique et culturel sur près d’un siècle et demi. Peu de rois d’Angleterre résidèrent réellement pour une durée significative en Angleterre, préférant leur patrie normande[31] et se concentrer sur leurs possessions françaises plus lucratives. En effet, quatre mois après la bataille d'Hastings, Guillaume a laissé la charge de l’Angleterre à son demi-frère tandis qu’il retournait en Normandie. Le pays est resté une annexe sans importance des terres normandes et plus tard des fiefs angevins d’Henri II.

À l’inverse, une autre interprétation affirme que les rois normands ont négligé leurs territoires continentaux où ils devaient, en théorie, fidélité aux rois de France, afin de consolider leur puissance dans leur nouveau royaume souverain d’Angleterre. Les ressources investies dans la construction de cathédrales, de châteaux et dans l’administration du nouveau royaume aurait détourné l’énergie et la concentration nécessitée par la défense de la Normandie. De même, les barons auraient progressivement négligé leur terres normandes pour développer leur patrimoine anglais, souvent plus important et plus riche.

La perte du contrôle de la Normandie continentale a divisé les familles dont les membres durent choisir entre la loyauté et la conservation de leurs terres.

Les conquêtes normandes semblables incluent les conquêtes de l’Apulie, de la Sicile, de la principauté d'Antioche et de l’Irlande.

Références[modifier | modifier le code]

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  2. Bates 1982, p. 12.
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  4. Williams 2003, p. 54.
  5. Huscroft 2005, p. 3.
  6. Stafford 1989, p. 86-89.
  7. Higham 2000, p. 167-181.
  8. Bates 2001, p. 73-77.
  9. Higham 2000, p. 188-190.
  10. Huscroft 2005, p. 12-14.
  11. Walker 2000, p. 144-150.
  12. Walker 2000, p. 154-158.
  13. Marren 2004, p. 65-73.
  14. Marren 2004, p. 74-75.
  15. Walker 2000, p. 158-165.
  16. (en) Elisabeth van Houts, « The ship list of William the Conqueror », dans Anglo-Norman Studies, vol. X, 1987, p. 159-183.
  17. Foulques avait été en Italie du Sud en 1057. Fils ou petit-fils de Baudry le Teuton (voir famille de Courcy)
  18. Fils bâtard de Richard III de Normandie, et donc cousin germain du Conquérant.
  19. Guillaume de Poitiers et la Tapisserie de Bayeux expliquent qu’en 1064, Harold visita Guillaume le Conquérant en Normandie. Le duc lui fit jurer sur des reliques de soutenir ses prétentions au trône d’Angleterre quand le roi Édouard mourrait. Or, lorsque cette mort arriva, Harold devint roi. Pour les sources normandes, il y avait donc parjure, d’où l’intervention du pape en faveur du duc de Normandie
  20. Huscroft 2009, p. 126.
  21. Carpenter 2004, p. 73.
  22. Huscroft 2009, p. 127-128.
  23. Huscroft 2009, p. 129.
  24. Marren 2004, p. 137.
  25. Gravett 1992, p. 77.
  26. a et b Bennett 2001, p. 43.
  27. Gravett 1992, p. 76-78.
  28. Douglas 1964, p. 204-206.
  29. Florence de Worcester, Chronique de Florence de Worcester, Londres, 1854, traduit du latin par Henry G. Bohn, p. 174.
  30. (en) Alfred Leslie Rowse, The Story of Britain, London, Treasure Press, 1979 (ISBN 0-907407-84-6)
  31. En 1216, Jean sans Terre fut le premier roi à être enterré en Angleterre

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • (en) David Carpenter, The Struggle for Mastery: The Penguin History of Britain 1066–1284, Penguin, (ISBN 0-14-014824-8).
  • (en) David Charles Douglas, William the Conqueror: The Norman Impact Upon England, University of California Press, .
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