Congrégationalisme

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Le terme de congrégationaliste désigne le plus souvent les Églises congrégationalistes issues des puritains anglais, et non la forme de gouvernement de l’Église décrite ci-dessous qui a pu être appliquée par différentes églises protestantes selon les époques.

Le congrégationalisme est une forme de gouvernement d'église qui, s'appuyant sur une interprétation de plusieurs textes du Nouveau Testament, notamment des Actes des Apôtres, donne l'autorité à la congrégation entière. Dans le christianisme primitif, toutes les paroisses fonctionnaient ainsi, avant que ne soit petit à petit instauré, à partir de l’empereur Constantin dans les années 315 deux catégories de chrétiens : le clergé et les laïcs.

Dans l'histoire, plusieurs mouvements chrétiens issus de la Réforme reprendront cette forme de gouvernance.

Le congrégationalisme est démocratique car il confère à l'assemblée l'autorité dans l'église.

Histoire[modifier | modifier le code]

C’est à partir du IVe siècle apr. J.-C. sous les empereurs Constantin et particulièrement Théodose, que petit à petit sera mis en place un système pyramidal dans les assemblées, système centralisé à Rome[1].

L’idée que chaque paroisse chrétienne représente complètement le corps visible de l’Église peut être attribuée à John Wycliffe et au mouvement des Lollards qui se manifesta en Angleterre autour des années 1380. Les Vaudois semblent avoir également adopté ce principe indépendamment depuis leur séparation d'avec le catholicisme au XIIIe siècle.

En 1523, Martin Luther écrit qu'une assemblée chrétienne a le pouvoir de juger ce qui est enseigné et d’élire et de destituer ses responsables[2]. Ses écrits popularisent l'idée du congrégationalisme, même si le congrégationalisme ne sera pas la forme de gouvernement retenue par les églises luthériennes qui, très souvent héritent des structures épiscopales héritées du catholicisme et les conservent.

Le mouvement anabaptiste, en revanche, souhaitant rendre les Églises indépendantes de l'État, a pratiqué le congrégationalisme. Les différentes dénominations qui découlent des anabaptistes, tels que les mennonites en Europe ou les amish en Amérique du Nord, le pratiquent encore de nos jours[3]. Le mouvement congrégationaliste tel que nous le connaissons aujourd’hui, en France, et en Europe est né de ces différents mouvements.

Les congrégationalistes proprement dits sont apparus pendant la Réforme anglaise où ils faisaient partie des non-conformistes puritains qui estimaient que l'Église n'avait été que partiellement réformée et contestaient l’autorité de la reine Élisabeth Ire d’Angleterre. Robert Brown (1550-1633) un des "pères fondateurs" du congrégationalisme dans les pays de langue anglaise, appartient à cette tendance. Il développe dans ses écrits l'idée que l'église doit être fondée par une alliance de l'ensemble des membres d'une communauté.

Les théologiens de la faculté de Heidelberg dans les années 1560, le théologien anglais William Perkins à partir des années 1570, ainsi que plusieurs théologiens écossais dans la seconde moitié du XVIe siècle enseignent le congrégationalisme.

À partir de 1582, Browne et Harrisson arrivent à publier, lors de leur fuite à Middelbourg, une série d'ouvrages, dont leur ouvrage principal A Treatise for Reformation Without Tarrying for Any, publié en cachette en 1583. Ce manifeste servira de base aux assemblées congrégationalistes. Browne ne pourra rentrer en Angleterre qu'en 1584.

Les idées de Browne se propagent en Angleterre. Elles sont reprises par Henry Barrowe et John Greenwood, qui publient en 1588 The True Church and False Church, contre l'Église anglicane qui fonctionne de manière pyramidale. L'ouvrage est secrètement publié en Angleterre alors que Barrowe et Greenwood sont en prison. Ils sont exécutés en 1593.

La répression anglicane et monarchique empêche à la fin du XVIe siècle le développement du congrégationalisme en Angleterre. Aux Pays-Bas, par contre cette forme de gouvernance se développe. Francis Johnson et de Henry Ainsworth, deux anglais, s'exilent alors aux Pays-Bas, et y publient A Confession of Faith of The People Called Brownists, en 1596.

Le pasteur anglais John Robinson (1576-1626) exilé à Leyde, développera cette forme de gouvernance en Amérique du Nord. Une partie des membres de la congrégation de Leyde s'embarque en 1620 à bord du Mayflower, à destination de l'Amérique du Nord, où elle fonde la colonie de New Plymouth.

En 1628, d'autres congrégationalistes, avec à leur tête, John Winthrop, quittent l'Angleterre pour fonder la colonie du Massachusetts.

Dans les pays anglo-saxons, les Églises baptistes ont également adopté le congrégationalisme. Les églises pentecôtistes ne l'ont en général pas adopté.

Le congrégationalisme, forme de gouvernance ecclésiale[modifier | modifier le code]

Fonctionnement du congrégationalisme[modifier | modifier le code]

Le congrégationalisme donne l'autorité à l'assemblée entière. La congrégation est formée de tous les membres de l'assemblée. Et les membres sont les personnes ayant librement choisis de faire partie de l'assemblée. Cette congrégation prend des décisions telles qu'élire et destituer anciens et pasteur(s), elle décide et vote le budget et tout ce qui concerne l'organisation de l'assemblée[4].

L'assemblée est indépendante des autres assemblées de sa même dénomination et indépendante des assemblées d'autres dénominations d'une même ville (région).

De plus en plus, certaines assemblées créent des contacts ou encore s’associent pour différentes activées avec d'autres assemblées. Elles mettent parfois en commun certaines ressources et encouragent le partage fraternel entre les membres de différentes assemblées d'une même ville (région).

Comparaison avec les autres formes de gouvernance ecclésiale[modifier | modifier le code]

Au sein de la chrétienté, le congrégationalisme se distingue des systèmes de gouvernance épiscopalien et presbytérien synodal.

Dans le système épiscopal, une église locale est sujette à l’autorité d’une hiérarchie d’évêques, et d'ecclésiastiques ; c'est essentiellement le système des églises catholique et orthodoxes.

Le système presbytérien synodal reprend pour l'essentiel la théologie congrégationaliste (voir ses fondements bibliques ci-après), mais l’église locale, gouvernée par son conseil presbytéral, délègue ensuite une partie de ses pouvoirs à une fédération gouvernée par une assemblée appelée « synode », constitué de délégués élus par les différents conseils presbytéraux ; ce synode peut exercer de l’autorité sur des églises locales. Le système presbytérien synodal est donc également une forme démocratique de gouvernement d'église. C'est le système majoritairement adopté dans le protestantisme y compris l'anglicanisme.

Les fondements bibliques du congrégationalisme[modifier | modifier le code]

Le congrégationalisme se fonde sur une interprétation des textes bibliques suivants : évangile de Matthieu 18/15-20, Livre des Actes des Apôtres 6/3 ; 13/2-3 ; 14/23 ; 15/22, première lettre aux Corinthiens 5/2 et [[deuxième lettre aux Corinthiens]] 2/6[5] ; lettre aux Galates 1 ; première lettre aux Thessaloniciens 5/21.

Dans l’Évangile de Matthieu Jésus donne le pouvoir de lier et de délier à chacun (Mt 18,18), (lier et délier voulant dire, faire et défaire des lois, bien que dans ce contexte de pardon, cela pourrait dire pardonner ou ne pas pardonner. Demander à Dieu de pardonner ou de ne pas pardonner) puis Jésus indique que si deux personnes s'accordent pour demander une même chose, elle leur sera donnée (Mt 18,19) et termine par dire qu'il est au milieu de 2 ou 3 personnes assemblées en Son Nom. (Mt 18,20) Dans le même passage, peu avant, Jésus indique comment se reprendre entre frères, premièrement seul à seul, puis avec des témoins, puis le dire à l'Église entière. (Mt 18,17) Dans ces passages, Jésus définit donc ce qu'est l'Église et lui donne toute autorité.

Nous trouvons plusieurs exemples dans les Actes des Apôtres ou l'assemblée entière a choisi ses responsables. (Actes 14:23 dans les versions de la Bible La Colombe, Semeur, Martin, Segond 1910 ) (Ac 6,3 ; 13,2-3 ; 15,22). Paul dans sa lettre aux Corinthiens ordonne à l'assemblée entière d’exercer la discipline et de pardonner. (1 Co 5,2 & 2 Cor 2,6). Dans sa première lettre aux Thessaloniciens, Paul demande à l'assemblée entière de vérifier, approuver, ou désapprouver ce qui se dit dans l'assemblée. L'unique description d'un rassemblement de tout le nouveau testament dit la même chose (1Cor 14,29). De même dans Galates 1 Paul demande à toute l’église de réfuter tout enseignement contraire à l’évangile.

Églises congrégationalistes en Europe francophone[modifier | modifier le code]

En France, Belgique et Suisse les églises qui pratiquent le congrégationalisme sont le plus souvent des Églises protestantes évangéliques, de frères ou encore baptistes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C.O. OWEN & R.S. NORMAN (Éditeurs), Perspectives on Church Government – Five views on Church polity, Broadman and Holman, Nashville, 2004, p. 172.
  2. M. LUTHER, Œuvres, tome IV, Qu’une assemblée ou communauté chrétienne a le droit et le pouvoir de juger toutes les doctrines, d’appeler, d’installer et de destituer des prédicateurs. , Labor et Fides, Genève, 1958, p. 84.
  3. C.O. OWEN & R.S. NORMAN (Éditeurs), Perspectives on Church Government – Five views on Church polity, Broadman and Holman, Nashville, 2004, p. 174.
  4. C.O. OWEN & R.S. NORMAN (Éditeurs), Perspectives on Church Government – Five views on Church polity, Broadman and Holman, Nashville, 2004, p. 157.
  5. C.O. OWEN & R.S. NORMAN (Éditeurs), Perspectives on Church Government – Five views on Church polity, Broadman and Holman, Nashville, 2004, cf. p. 159-169.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Premiers auteurs congrégationalistes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henry Barrowe, The Writings of Henry Barrowe, G. Allen and Unwin Ltd., 1966. The True Church and False Church (1588), avec John Greenwood, in The Writings of John Greenwood, Together with the Joint Writings of Henry Barrowe and John Greenwood, 1587-1590, éd. de Leland H. Carson, G. Allen and Unwin Ltd., 1962.
  • Robert Browne et Robert Harrisson, The Writings of Robert Harrison and Robert Browne, éd. de A. Peel et L. Carson, Londres, 1953.
  • Champlin Burrage, The Early English Dissenters, 2 vols., Cambridge University Press, 1912.
  • Jean Delumeau, Thierry Wanegffelen, Bernard Cottret, Naissance et affirmation de la Réforme, PUF, rééd. 2012 (1re éd. 1973).
  • H. M. Dexter, Congregationalism of the Last Three Hundred Years, as seen in its litterature, Londres, Hodder et Stoughton, 1880.

Articles connexes[modifier | modifier le code]