Congrès ordinaire de banalyse

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Le congrès ordinaire de banalyse est un congrès annuel qui s'est tenu de 1982 à 1991 à la halte ferroviaire des Fades, en Auvergne. Créé par Pierre Bazantay et Yves Helias, ce congrès, où il ne se passait rien, était consacré à l'observation du banal.

La banalyse[modifier | modifier le code]

La banalyse est un mouvement critique et expérimental[1] inspiré par le situationisme[2],[3],[4]. Elle a été créée au début des années 1980[3] en réponse à la « colonisation du réel par la valeur marchande »[1],[2] et contre l'exigence de rentabilisation du temps[5] ; jouant sur la rencontre du politique et du poétique[2], la banalyse se place « contre l'effritement du collectif et les injonctions de performances économiques et sociales »[3]. Les fondateurs de la banalyse, Pierre Bazantay et Yves Hélias, la définissent comme « l'agitation mentale, encore assez confuse, que provoque cette expérimentation peu raisonnable, mais exigeante, d'une réalité sans intérêt, mais problématique »[6].

La banalyse n'est pas fondée par un manifeste ou par l'établissement d'une doctrine mais par l'invitation, envoyée à trente-deux personnes, à participer au premier « congrès ordinaire de banalyse »[2].

Le congrès[modifier | modifier le code]

Le congrès ordinaire de banalyse s'est déroulé à la halte ferroviaire des Fades, sur la ligne SNCF Montluçon - Clermont-Ferrand, chaque troisième week-end de juin de 1982 à 1991[6]. Le congrès constituait une campagne d'observation du banal[6],[7] et n'avait pour objet que d'attendre les congressistes[6],[2] à l'arrivée de chaque train[1]. « L'idée était d'aller quelque part pour mener un congrès sans objet » explique Pierre Bazantay, il s'agissait de « prendre le risque de l'ennui »[7]. C'est en cherchant sur une carte une petite gare où il n'y avait rien d'autre à faire que de se rencontrer que les deux fondateurs du congrès trouvèrent la halte ferroviaire des Fades, avec son hôtel isolé[7],[8],[9]. Le nom de « Fades » n'a pas été spécialement recherché mais il tombait bien pour ce congrès consacré à l'expérience d'une réalité sans intérêt[8],[9].

Le premier congrès, qui eut lieu du 19 au 22 juin 1982, ne rassembla que ses deux organisateurs, Pierre Bazantay et Yves Hélias[6], malgré l'invitation envoyée à trente-deux personnes[2]. Celui de 1983 ne verra pas plus d'affluence[2]. Les congrès suivants réunirent plus de visiteurs : cinq en 1984[2], treize en 1985[2] et le congrès de 1987 en accueillera près de soixante[1]. Avec le temps, le congrès gagne en notoriété : Libération dépêche un envoyé spécial en 1985, FR3 lui consacre un reportage[10],[2], Pierre Bouteiller s'y intéresse sur France Inter[11] et Le Nouvel Observateur lui consacre des articles[12].

Au fil des années, le congrès la banalyse adopte un protocole de plus en plus rigoureux, inspiré du cérémonial de l'État[2],[13],[9], tournant en dérision l'événement politique et les logiques institutionnelles[3],[14] : cérémonie d'ouverture sur la terrasse de l'hôtel[2], attente du premier train[2], inscription du nom des congressistes et de leur matricule sur le « grand registre de la banalyse » (un cahier d'écolier)[12], première traversée du tunnel[2], discours[3], toats soignés[15], banquet[16]. Les banalystes posent des pièces de monnaie sur les rails avant le passage du train afin de rendre l'argent à sa platitude[2],[17].

Comme les deux fondateurs se l'étaient promis, le congrès ordinaire de banalyse eut lieu chaque année pendant dix ans et celui de 1991 fut le dernier[18].

L'essaimage du congrès de banalyse[modifier | modifier le code]

D'autres événements furent créés autour de la banalyse, au festival d'Avignon, en Belgique, en Suisse, aux Açores, au Canada[7],[3]. Le principal événement banalytique eut lieu en Tchecoslovaquie, avec la participation du dissident John Bok : en banlieue de Prague eurent lieu de 1985 à 1991[3],[2] les « Rencontres de Branik » qui consistaient à se retrouver au terminus de tramway de Branik pour y attendre 9 minutes entre deux trams[7],[2],[6].

Ensuite, les activités banalytiques se sont éteintes au début des années 2000[9].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Raphaël Fresnais, « La banalyse, un jeu de l'esprit de 1re classe », publié par Ouest-France le 27 novembre 2015
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Frédérique Roussel, « Terminus la banalyse, retour sur une aventure collective », Libération, samedi 25 et dimanche 26 juin 2016, pages 43 à 45
  3. a, b, c, d, e, f et g Alice Laguarda, « La banalyse, répliques aux ruses du réel », Art Press, juin 2016
  4. Jean Lebrun, La marche de l'histoire, 14 min 20 s
  5. Jean Lebrun, La marche de l'histoire, 7 min 58 s
  6. a, b, c, d, e et f Éric Dussert, « Banal chez Temporel », Le Matricule des anges, no 168, novembre-décembre 2015
  7. a, b, c, d et e Eymeric Jacquot, « La Banalyse », Epiphanot, décembre 2015
  8. a et b Jean Lebrun, La marche de l'histoire, 2 min 58 s
  9. a, b, c et d « La question du banal n'est pas fermée, il y a une zone grise à explorer », entretien avec le banalyste Yves Hélias, Frédérique Roussel, Libération, samedi 25 et dimanche 26 juin 2016, page 45
  10. Jean Lebrun, La marche de l'histoire, 6 min 0 s
  11. Jean Lebrun, La marche de l'histoire, 19 min 0 s
  12. a et b François Caviglioni, « Les aventuriers du 13 h 13 », Le Nouvel Observateur, numéro du 27 juin - 3 juillet 1991, pages 88 et 89
  13. Jean Lebrun, La marche de l'histoire, 8 min 38 s
  14. Jean Lebrun, La marche de l'histoire, 9 min 28 s
  15. Jean Lebrun, La marche de l'histoire, 8 min 35 s
  16. Jean Lebrun, La marche de l'histoire, 8 min 33 s
  17. Jean Lebrun, La marche de l'histoire, 6 min 56 s
  18. Daniel Martin, « La banalyse, mouvement perpétuel », La Montagne, 20 décembre 2015