Congrès des écrivains et artistes noirs

Le premier Congrès des écrivains et artistes noirs s'est tenu à Paris en à l'initiative d'Alioune Diop et de la revue Présence africaine qu'il avait créée en .
Événement
[modifier | modifier le code]Le premier Congrès se déroule du au dans un lieu chargé d'histoire, l'amphithéâtre Descartes à la Sorbonne qui avait accueilli la Déclaration universelle des droits de l'homme en .
L'affiche est signée Pablo Picasso.
Participants
[modifier | modifier le code]Y participent Aimé Césaire, Frantz Fanon, Richard Wright, Amadou Hampâté Bâ, James Baldwin, Boubou Hama, Joséphine Baker, Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso, Claude Lévi-Strauss et d'autres personnalités, ainsi que de nombreux étudiants noirs parisiens.
Afrique-Équatoriale française
Union d'Afrique du Sud
Angola portugais
Barbade
Brésil
Cameroun
- Thomas Ekollo
- François Sengat Kuo
- Benjamin Matip
- Jean Paul Nyunaï (d)
- Ferdinand Oyono
Congo belge
Cuba
- Walterio Carbonell (d)
Côte d'Ivoire
Dahomey
- Nouro Bello Damz
- Paulin Joachim
- Paul Hazoumé
États-Unis
Guadeloupe
- Pierre Mathieu
- Moune de Rivel
Haïti
- Jacques-Stephen Alexis
- Gérard Bissainthe
- René Depestre
- Albert Mangonès
- Emmanuel Casséus Paul
- René Piquion
- Jean Price-Mars
- Émile Saint-Lot
- Maurice-Alcibiade Lubin
Inde
- Cedric Dover
Jamaïque
- Marcus James
- John Holness
- Ronald Moody (en)
Madagascar
- Édouard Andriantsilaniarivo
- Jacques Rabemananjara
- Flavien Ranaivo
Martinique
Mozambique
Niger
Nigeria
- Ben Enwonwu
- L. A. Fabunmi (en)
- Ebenezer Lasebikan
- James Koyinde Vaughan
Sénégal
Sierra Leone
Soudan français
- Amadou Hampâté Bâ
- Abdoul Wahab Doucouré
Togo
- François N'Sougan Agblemagnon (d)
L'absence de W. E. B. Du Bois, interdit de passeport par le gouvernement américain, est remarquée. Sa lettre au congrès est lue à l'ouverture de celui-ci[8].
Certains participants sont jugés par les gouvernements occidentaux « trop à gauche ». Pourtant si une forme de marxisme est bien présente (surtout dans les délégations africaines), le dialogue s'instaurera entre différentes expressions culturelles, chrétiens catholiques et protestants convaincus, musulmans, libéraux et même anti-communistes. Lors de cette conférence se joue l'invention d'une communauté fondée sur quelque chose de plus grand que la simple couleur de la peau.
Enjeux
[modifier | modifier le code]Dans son introduction, Alioune Diop déclare que « ce jour sera marqué d'une pierre blanche. Si depuis la fin de la guerre, la rencontre de Bandung constitue pour les consciences non-européennes, l'événement le plus important, je crois pouvoir affirmer que ce premier Congrès mondial des Hommes de Cultures noirs, représentera le second événement de cette décennie »[9].
Malgré l'indifférence dans l'actualité française ou internationale, l'influence grandissante de cette conférence inquiétera la diplomatie américaine, qui refusera des visas à de nombreux invités noirs américains. Le gouvernement des États-Unis interdira ainsi à W. E. B. Du Bois de sortir du territoire, mais aussi exercera une influence directe via la CIA engagée dans une lutte anti-marxiste et inquiète de l'influence du parti communiste en France et en Europe.
Alors que s'engage la guerre froide entre les deux super-puissances nucléaires engagées dans une lutte économique sans merci, ainsi qu'en France la guerre d'Algérie, les voix s'élèvent pour engager l'Afrique vers une totale décolonisation, et la reconnaissance d'une culture noire spécifique, la « négritude » défendue par Léopold Sédar Senghor, soutenue par les intellectuels francophones, contre l'avis pro-libéral des délégations noires américaines et anglaises, pourtant tous unis contre le colonialisme.
Postérité
[modifier | modifier le code]Un deuxième Congrès des écrivains et artistes noirs se tient à Rome du au . Le cinéaste documentaire et historien du cinéma Paulin Soumanou Vieyra couvre l'événement avec un court-métrage. La revue Présence africaine consacre un numéro à ce deuxième congrès.
Du au , l'UNESCO organise des manifestations commémorant le 50e anniversaire du premier congrès dans le même amphithéâtre de la Sorbonne, sous le haut patronage de Koïchiro Matsuura, Abdou Diouf, Aimé Césaire et Wole Soyinka[10].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) James W. Ivy (en), « First Negro Congress of Writers and Artists », The Crisis, vol. 63, no 10, , p. 593-600 (lire en ligne
). - ↑ « Cinquantenaire du Premier congrès des écrivains et artistes noirs », sur portal.unesco.org, UNESCO (version du sur archive.org).
- ↑ Maria Benedita Basto, « Le Congrès de , la SAC et Présence Africaine et la genèse des luttes de libération nationale des colonies portugaises : cosmopolitisme et écritures de soi », Présence africaine, cinquantenaire du 1er Congrès international des écrivains et artistes noirs, vol. II, nos 175-177, 2007-2008, p. 93-94 (DOI 10.3917/presa.175.0093, lire en ligne
). - ↑ Norbert X Mbu-Mputu, La poésie congolaise à l'aube d'un jour nouveau (essai), (ISBN 978-1-4457-0445-6, lire en ligne
), p. 34-35. - ↑ (en) Robert Vitalis, White World Order, Black Power Politics : The Birth of American International Relations, Ithaca et Londres, Cornell University Press, coll. « The United States in the World », , XIV-272 p. (ISBN 978-0-8014-5397-7 et 978-1-5017-0187-0, lire en ligne
), p. 139. - ↑ Bibliothèque centrale de l'université Cheikh Anta Diop, Présence Africaine : une tribune, un mouvement, un réseau (lire en ligne), p. 10-11.
- ↑ (en) David Scott, « The Sovereignty of the Imagination : An Interview with George Lamming », Small Axe: A Caribbean Journal of Criticism, vol. 6, no 2, , p. 72–200 (DOI 10.1215/-6-2-72, S2CID 143081305, lire en ligne [PDF]).
- ↑ Vitalis 2015, p. 139-140 :
« I am not present at your meeting because the U.S. government will not give me a passport. Any American Negro traveling abroad today must either not care about Negroes or say what the State Department wishes him to say. »
- ↑ Repris dans Samba Doucouré, « Ce fameux jour où… s'est tenu le Congrès des écrivains et artistes noirs de », Afriscope, no 47, , p. 22 (lire en ligne).
- ↑ « Colloque international -, Cinquantenaire du 1er Congrès International des écrivains et artistes noirs » [PDF], sur webarchive.unesco.org, UNESCO, 19-22 septembre 2006.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Actes
[modifier | modifier le code]- Le Ier Congrès international des écrivains et artistes noirs : Paris, Sorbonne, - : compte-rendu complet (reprod. en fac-sim. du numéro spécial de Présence africaine, no 8-10, ), Paris, , 408 p. (ISBN 2-7087-0652-7).
- Contributions au 1er Congrès des écrivains et artistes noirs, Paris, Présence africaine, 1958, 363 p.
- Deuxième Congrès des écrivains et artistes noirs : Rome, - , tome 1 : L'unité des cultures négro-africaines, Présence africaine, no 24-25 (numéro spécial), 1959, 436 p.
- Deuxième Congrès des écrivains et artistes noirs : Rome, - , tome 2 : Responsabilités des hommes de culture, Présence africaine, no 27-28 (numéro spécial), 1959, 368 p.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Sarah Frioux-Salgas, « Le 1er Congrès international des écrivains et artistes noirs (Paris, Sorbonne, - ) : replay », Hommes & Migrations, no 1332, , p. 143–149 (DOI 10.4000/hommesmigrations.12279, lire en ligne).
Filmographie
[modifier | modifier le code]- : Paulin Soumanou Vieyra, « Présence africaine » à Rome (court-métrage)
- : Bob Swaim, Lumières Noires (documentaire)
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Conférence d'Aimé Césaire au Congrès international des écrivains et artistes noirs
- Congrès international des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne du au
- Extraits des Actes du premier Congrès
- « Un Bandung culturel : le congrès des écrivains et artistes noirs en » (petit film documentaire en ligne sur Aleph 99 TV, 1 min 30 s)
- Programme du Colloque du Cinquantenaire