Confusionnisme

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Le confusionnisme, en 1994, est défini comme « la tendance à entretenir la confusion et empêcher l'analyse, ainsi que le résultat de cette attitude »[1],[2]. En politique, depuis les années 2010[3], Philippe Corcuff mobilise le terme pour qualifier un discours ou une stratégie entretenant la confusion entre des idées d’extrême droite et d’extrême gauche[4]. Selon le politologue Jean-Yves Camus, un brouillage « rouge-brun » date de l'époque moderne[5],[6]. Pour Philippe Corcuff, le discours confusionniste produit un brouillard, issu d'une ambiguïté autour des valeurs et des objectifs de ces deux tendances politiques[3]. La question peut se poser de savoir si ce brouillage est intentionnel ou pas[5].

Origines[modifier | modifier le code]

Le confusionnisme apparaît relié à ce qui a été qualifié de rouge-brun, terme mobilisé pour évoquer une personne ou une mouvance politique qui prônerait un mélange entre des valeurs de l'extrême-droite nationaliste (le brun) et l'extrême-gauche communiste (le rouge). Pascal Ory identifie la crise boulangiste comme un premier exemple de mouvement « prôn[ant] le dépassement de la distinction droite-gauche »[7].

Dans son essai La grande confusion, l'essayiste d'extrême gauche, Philippe Corcuff définit le confusionnisme comme « le nom actuel d’une désagrégation relative des repères politiques antérieurement stabilisés autour du clivage gauche-droite et du développement de passerelles discursives entre extrême droite, droite, gauche modérée et gauche radicale[4] »[8]. Selon Le Monde, l'ouvrage est « un méticuleux travail d’analyse dans lequel il dissèque les manquements, les incohérences et les errements de la gauche, dont la droite et plus encore l’extrême droite font leur miel[4] ».

Selon Philippe Corcuff, le confusionnisme est aussi une pratique de militants et penseurs d’extrême droite pour séduire et avancer leurs idées de façon dissimulée au-delà de leur cercle de sympathisants habituels[9][réf. non conforme]'[10].

Corcuff cite ainsi Éléments, la revue d'Alain de Benoist[3], le mouvement Nuit debout et l'économiste Frédéric Lordon[11], Jacques Julliard, Jean-Luc Mélenchon, Daniel Lindenberg, Jean-Pierre Chevènement, Paul-Marie Coûteaux, Éric Zemmour ou Mathieu Bock-Côté, qui, en prônant une politique « national-souverainiste » participe à ce confusionnisme, qui, selon lui, est influencé par Antonio Gramsci, Ernesto Laclau et Chantal Mouffe[12],[13]. Selon Joël Gombin, Étienne Chouard, populaire au sein du mouvement des Gilets jaunes, est également souvent désigné avec ce label par des militants « pour le condamner[14]». Corcuff évoque aussi Les Guignols de l'info comme contributeur à un complotisme ambiant[12] et cite jusqu'au président Macron comme participant à un « bricolage confusionniste[11]».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Confusionnisme » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  2. « Confusionnisme », dans le Dictionnaire de l'Académie française, sur Centre national de ressources textuelles et lexicales
  3. a b et c Simon Blin, « Le «confusionnisme» est-il le nouveau rouge-brun ? », sur Libération (consulté le )
  4. a b et c « Dans « La Grande Confusion », Philippe Corcuff dresse le panorama de l’extrême confusion idéologique actuelle », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. a et b Sophie Mazet, Autodéfense intellectuelle (le retour), Groupe Robert Laffont, (ISBN 978-2-221-25079-2, lire en ligne), p. 25
  6. Abel Mestre, « Histoire d’une notion : « Rouge-brun », cent ans d’alliances des extrêmes », sur Le Monde,
  7. Simon Blin, « Interview: Pascal Ory : «Le mot essentiel, c’est "extrême"» », sur Libération,
  8. Philippe Corcuff, La grande confusion : comment l'extrême droite gagne la bataille des idées, Paris, Textuel, , 672 p. (ISBN 9782845978546), p. 31.
  9. Philippe Corcuff, La Grande Confusion – Comment l’extrême droite gagne la bataille des idées, Paris, Textuel, , 672 p. (ISBN 978-2-84597-854-6), ??
  10. Philippe Marlière, « Prendre au sérieux le « confusionnisme politique » », sur AOC media - Analyse Opinion Critique, (consulté le )
  11. a et b Philippe Corcuff, « Le progressisme au défi du conservatisme », Pouvoirs, vol. N° 179, no 4,‎ , p. 81–89 (ISSN 0152-0768, DOI 10.3917/pouv.179.0081, lire en ligne, consulté le )
  12. a et b Gaël Brustier, « Comment l'extrême droite gagne la bataille des idées », sur Slate,
  13. Kévin Boucaud-Victoire, « "La grande confusion" : le pavé de Philippe Corcuff grâce auquel vous ne comprendrez rien à l'extrême droite », sur marianne.net,
  14. Aurélie Sipos, « Défenseur du RIC, soutien de Soral... Qui est Etienne Chouard, coqueluche des Gilets jaunes ? », sur Le Parisien,