Confrérie du Puy Notre-Dame d'Amiens

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Au juste poids véritable balance, Maître d'Amiens, tableau du Puy Notre-Dame, 1518, Musée de Picardie.

La Confrérie du Puy Notre-Dame d'Amiens est une confrérie en l'honneur de la Vierge fondée à Amiens en 1388 et disparue à la Révolution française.

Cette confrérie joua un grand rôle dans l'établissement de liens sociaux à la fin du Moyen Âge. Elle réunit une population autour de manifestations religieuses particulières. Elle anima des joutes littéraires prétextes à des commandes picturales. Malgré l'existence de concours lyriques réguliers et de commandes annuelles de peintures s'étalant du XIVe au XVIIIe siècle, la majorité des œuvres réalisées ont disparu.

Une confrérie religieuse[modifier | modifier le code]

La confrérie du Puy Notre-Dame réunissait des notables de la ville d'Amiens, laïcs ou ecclésiastiques. Certains exerçaient une fonction judiciaire ou administrative dans la ville ; maïeurs et echevins sont très souvent membre de la confrérie. Le 2 février de chaque année, était élu le maître de la confrérie qui dirigerait la confrérie pendant une année.

Les femmes y jouaient également un rôle : lorsqu'elle étaient veuves d'un « maître », elles étaient admises aux repas de la confrérie. Un « droit d'obit » leur fut accordé lorsqu'elle faisaient un don à la confrérie. Elle devaient en outre assister aux offices religieux à la mémoire des confrères décédés.

Les membres de la confrérie avaient pour mission de promouvoir la dévotion à la Vierge et les offices la concernant étaient nombreux. Les cinq fêtes principales consacrées à la Vierge : la Purification (la chandeleur, 2 février), l'Annonciation (25 mars), l'Assomption (15 août), la Nativité de la Vierge (8 septembre), la Conception (8 décembre), étaient l'occasion d'une messe solennelle, de vêpres et le lendemain d'une messe de Requiem, en plus de la messe hebdomadaire du jeudi et d'autres cérémonies[1].

Une confrérie artistique et littéraire[modifier | modifier le code]

La chapelle Notre-Dame-du-Puy.

La Vierge était également honorée par la création artistique et littéraire.

Chaque année, se déroulait un concours de poésie qui tomba en désuétude à la Renaissance. Les rhétoriciens qui avaient le monopole de le l'enseignement de la rhétorique et des règles de la poésie furent parmi les plus actifs membres de la confrérie et lui donnèrent son nom « puy » c'est-à-dire podium, l'estrade sur laquelle le poète montait pour déclamer ses vers et pour recevoir la couronne qui tenait lieu de récompense. Le « Chant royal » était à l'époque la forme de poème la plus prisée.

Le poème célébrait en la Vierge l'instrument du salut de l'humanité par l'intermédiaire de l'Incarnation[2].

Un concours annuel de tableau était également organisé mais un conflit opposa le chapitre cathédrale et la confrérie, ce qui entraîna la disparition d'un grand nombre de tableaux qui décoraient la cathédrale Notre-Dame d'Amiens[Note 1]. Seuls nous restent de cette période cinq tableaux conservés au Musée de Picardie.

En 1451, une réforme codifia le fonctionnement de la confrérie. Ce sont les rhétoriciens qui furent à l'origine de l'Escritel, le texte de la rénovation[3].

En 1694, la confrérie renonça à ses activités intellectuelles. Au XVIIIe siècle, les activités littéraires et picturales de la confrérie ayant disparu, seules persistaient les activités de dévotion.

En 1723, le chapitre cathédral décida de procéder au décrochage des tableaux du Puy Notre-Dame qui n'étaient plus au goût du jour. Un manuscrit enluminé de 1518[4], offert à Louise de Savoie par les bourgeois d'Amiens, permet toutefois de connaître l'apparence de nombreux Puys perdus, antérieurs à cette date[5].

Organisation du concours[modifier | modifier le code]

Pré ministrant pasture salutaire, Maître d'Amiens, offert en 1519.

Le maître de la confrérie choisissait chaque année un vers de dix syllabes qui devait servir de refrain aux rhétoriciens qui participeraient au concours en l'honneur de la Vierge. Ce décasyllabe faisait souvent allusion à l'état social ou au nom du maître : ainsi le mercier Jean du Bos compose-t-il la devise « Digne vesture au prestre souverain », tandis que Robert de Fontaines choisit « Au gendre humain consolable fontaine »[6].

Après l'élection d'un nouveau maître, les chants royaux étaient examinés et on choisissait le lauréat qui serait couronné le lendemain à l'issue de la messe des trépassés.

Si de tels concours existaient aussi dans d'autres villes, une particularité à Amiens, ainsi qu'à Abbeville[7], était que le maître du Puy devait faire peindre un tableau par des artistes locaux, selon toute vraisemblance, sur lequel devait être représenté « le mystère approprié pour la fête du Puy » conformément au sens du refrain choisi. La Vierge tenait sur le tableau la place principale; le texte du refrain et le blason du donateur devaient également figurer sur le tableau. Cette œuvre était accrochée sur un des piliers de la cathédrale le jour de Noël et devait y rester durant une année avant de céder la place à un nouveau tableau. En 1493, on décida que les tableaux resteraient accrochés dans la cathédrale après l'année de leur production[3].

Tableaux et autres œuvres offerts par la confrérie[modifier | modifier le code]

Le Sacerdoce de la Vierge, Puy de 1438.

Parmi les tableaux conservés, on trouve, souvent nommés d'après la maxime qu'ils illustrent[8],[9],[10] :

  • Le Sacerdoce de la Vierge, par le Maître des Heures Collins, le plus ancien Puy conservé (1438, musée du Louvre) : la formule « Digne vesture au prestre souverain », présentée par le marchand mercier Jean du Bos, est illustrée par une représentation de la Vierge donnant au Christ enfant son vêtement sacerdotal, symbole de l'Incarnation[11] ;
  • Au juste poids véritable balance, par le peintre dit maître d'Amiens, offert par Antoine Picquet en 1518 (musée de Picardie à Amiens) ;
  • La Vierge entourée d'un cortège de rois, illustrant la devise « Sacree ampoule a l'unctïon royale », commandé par Jean le Caron en 1502 : il s'agit d'un triptyque dont deux panneaux, Le Sacre de David et Le Sacre de Louis XII[12], sont conservés au musée de Cluny à Paris ;
  • Pré ministrant pasture solitaire, par le maître d'Amiens, dont le titulaire fait allusion au nom de son donataire Adrien Després, en 1519 (musée de Picardie) ;
  • La Vierge au Palmier ou Palme eslute du Sauveur pour victoire, par le maître d'Amiens, offert par Nicolas Caron en 1520 (musée de Picardie) ;
  • Pour notre foi militante comtesse, offert par Philippe de Conty en 1527 ;
  • Triomphe exquis du chevalier fidèle, offert par le prêtre Augustin Cousin en 1548 ;
  • chapelle de Notre-Dame-du-Puy, toujours en place contre un pilier un transept sud de la cathédrale d'Amiens, offerte en 1627 par le maître de la confrérie Antoine Pingre avec la mention « Vierge a plin gre trionfante de gloire ». Réalisée par Nicolas Blasset, la chapelle comprend un tableau représentant l'Assomption et encadré de statues, dont une Vierge qui retire un enfant tombé dans un puits ;
  • Croix aimable à Jésus quoiqu’ignominieuse, dernier Puy connu, offert par François Quignon et peint par Claude François en 1666[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'emplacement où étaient accrochés certains de ces tableau est toujours visible dans la cathédrale

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Hainsselin, « Notes sur les blasons peints dans certaines des lettres majuscules ornées de l'Escritel de la Confrérie du Puy Notre-Dame d'Amiens » in Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie, 4e trimestre 1982 p. 316
  2. Scailliérez 2017, p. 54.
  3. a et b Pierre Hainsselin, « Notes sur les blasons peints dans certaines des lettres majuscules ornées de l'Escritel de la Confrérie du Puy Notre-Dame d'Amiens » in Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie, 4e trimestre 1982 p. 317
  4. Chants royaux en l'honneur de la Vierge au Puy d'Amiens (lire en ligne).
  5. a et b Séguin2016.
  6. Gros 2006, p. 48.
  7. Gros 2006, p. 46.
  8. Sommerard 1846, p. 121 et suivantes.
  9. Paresys 2009, p. 72.
  10. Gros 2006, p. 47.
  11. « Le Sacerdoce de la Vierge », sur Louvre.fr, catalogue Atlas.
  12. « Le Sacre de Louis XII », sur Musée de Cluny.