Conflit libanais de 2008

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Conflit libanais de 2008
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Un blindé M113 libanais à Beyrouth pendant les troubles de 2008.
Informations générales
Date -
Lieu Liban
Casus belli Absence d’exécutif depuis novembre 2007
Tentative d'évincement du Hezbollah
Issue Arrêt des combats
Accord de Doha
Élection présidentielle
Belligérants
Drapeau du Liban Alliance du 8-Mars Drapeau du Liban Alliance du 14-Mars
  • Flag of the Future Movement.svg Courant du futur
  • Flag of the Progressive Socialist Party.svg parti socialiste progressiste
  • Commandants
    InfoboxHez.PNG Hassan Nasrallah
    Flag of the Amal Movement.svg Nabih Berri
    Michel Aoun
    Flag of the Syrian Social Nationalist Party.svg Assaad Hardan
    Flag of the Future Movement.svg Saad Hariri
    Flag of the Progressive Socialist Party.svg Walid Joumblatt

    Le conflit libanais de 2008 est une série d'affrontements armés de grande ampleur entre factions politiques pro-gouvernement et des factions politiques opposées. La crise éclate dans un contexte politique tendu, après qu'une paralyse politique de 18 mois dégénère hors de contrôle.

    Le conflit débute lorsque le gouvernement du Liban renvoie le directeur de la sécurité de l'aéroport de Beirut et ordonne de démanteler le réseau de télécommunication du Hezbollah.

    Le 8 Mai 2008, dans un discours télévisé, son chef Hassan Nasrallah affirme que ceci est une déclaration de guerre du gouvernement, une volonté de soumission à l'américano-sionisme, et que son mouvement politique répondra[1].

    Le premier ministre refuse de reculer, et, peu après, des violents affrontements éclatent partout dans Beirut[1]. Des miliciens attaquent le siège du mouvement du futur ainsi que plusieurs journaux. La maison de Saad Hariri est attaquée par des tirs de lance-roquettes alors que les membres du gouvernement, encerclés, sont protégés par l'armée[2].

    Dans les jours qui suivent, des affrontements entre partis politiques ont lieu partout dans le pays, notamment dans Tripoli à la frontière avec la Syrie.

    Au sein du Mont Liban, des tirs entre membres du Hezbollah et du Parti Socialiste Progressiste dégénèrent en affrontements aux mortiers. Le 21 Mai 2008, les accords de Doha mettent fin à 18 mois de conflit politique qui ont failli déboucher sur une guerre civile.

    Contexte de la crise[modifier | modifier le code]

    Un pays fracturé[modifier | modifier le code]

    Au début des années 2000, le Liban sort d'une guerre civile qui commence en 1975 et dure près de 15 ans.

    La Syrie intervient en 1976 au nom de la doctrine de la Grande Syrie [3]. Israël intervient en 1978 après avoir connu le massacre de Maa'lot, une attaque sur Kiryat Schmona[4], une série d'attentats[5], puis le massacre de la route côtière

    Début 2000, Israël se retire de l'intégralité du Sud-Liban[6] mais la Syrie, qui occupe plusieurs grandes villes comme Tripoli et Beirut, refuse de partir.  

    L'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafiq Hariri le provoque la révolution du Cèdre, lors de ces événements, une grande partie des Libanais s'opposent à la présence syrienne au Liban qui dure depuis 1976 et à l'influence qu'elle exerce sur la politique nationale libanaise.

    Ce mouvement populaire anti-syrien qui rassemble 1,3 million de personnes à Beyrouth va se poursuivre de 2006 à 2008. Il est représenté au niveau politique par la coalition du 14 mars[7]. De l'autre côté de l'échiquier politique se trouve la coalition du 8 mars, coalisée autour du Hezbollah, Parti de Dieu.

    Ce mouvement islamiste chiite possède une branche armée, et est proche des gardiens de la révolution islamique iraniens et du parti Baas syrien[8]. En 2006, la Syrie abandonne le Liban sous pression internationale[9].

    Guerre de 2006[modifier | modifier le code]

    Lors de l'été 2006, le Hezbollah, est membre de la Coalition Gouvernementale et il dispose de plusieurs Ministres.

    Le mouvement décide le 12 juillet d'envoyer une équipe s'infiltrer en Israël puis y ouvre le feu, kidnappant 2 soldats israéliens et tuant 8 autres israéliens [10]. Un an plus tôt, Israël est frappé par des tirs de roquettes du Liban [11] .

    Pour Israël, une attaque armée sur son sol revendiquée par un parti officiel de gouvernement n'est rien de moins qu'une attaque d'État. C'est le début de la guerre de 2006. Après 34 jours de combats, le Liban est au sol et connait une importante crise économique.

    Fortes tensions entre 2006 et 2008[modifier | modifier le code]

    Lors des premières semaines au lendemain du conflit, le Hezbollah crie victoire. Lors d'un rally le 22 septembre 2006, Hassan Nasrallah déclare que il faut célébrer une "victoire divine" [12].

    La situation finit par cependant rapidement se tendre. De nombreux Libanais, notamment les Sunnites, les Druzes et Chrétiens, critiquent l'influence d'un mouvement armé qui a déclenché un conflit dont tout le pays paie le prix.

    La crise avec Israël a également mis à nue les fortes divisions régionales.

    Ainsi lors du conflit, l'Iran (Chiite) et la Syrie (Alawite), soutiennent le Hezbollah et dénoncent publiquement Israël .

    À l'exact inverse, l'Arabie Saoudite (Sunnite), qui a contribué d'une manière importante à la stabilisation du Liban (Accords saoudiens de Taef) puis financé sa reconstruction, dénonce un comportement scandaleux du Hezbollah [13].

    Ces positions antagonistes rajoutent encore de l'huile sur le feu.

    L'Iran et la Syrie sont en effet réputés très proches de la coalition du 8 mars (certains les accusant de la piloter) alors que l'Arabie Saoudite défend elle le Courant du Futur (coalition du 14 mars) et est proche de l'élite sunnite libanaise, notamment de Rafic Hariri (qui est assassiné) et son fils Saad Hariri.

    Entre 2006 et 2008, le système politique Libanais est paralysé en raison d'une crise politique liée à la fin du mandat de Emile Lahoud. Aucun gouvernement ne parvient à se former pendant deux ans.

    Déroulement[modifier | modifier le code]

    Drapeaux du PSN syrien à Beyrouth.

    Accusations du gouvernement[modifier | modifier le code]

    En Mai 2008, les tensions montent lorsque le Cabinet du Liban annonce une série de mesures sécuritaires

    Les premières tensions apparaissent le vendredi 2 mai quand Walid Jumblatt annonce que une caméra de surveillance miniaturisée a été trouvée dans un conteneur au-dessus de la piste numéro 17 de l'Aéroport International de Beirut, la piste utilisée par les politiciens du mouvement du 14 mars.

    Dans les cercles du 14 mars, on craint que cette surveillance ne facilite des attaques, car le Liban a connu une série d'assassinats politiques récents.

    Par ailleurs, Joumblatt souligne que le Hezbollah a installé des réseaux de communication en fibre optique de Beirut Sud jusqu'au Sud Liban. Si cette information était auparavant connue, il souligne qu'il creuse désormais sous les régions Druzes et Chrétienne du Mont Liban.

    Le Gouvernement Libanais menée par le Premier Ministre Fouad Siniora annonce que le Hezbollah n'a aucunement le droit d'avoir son propre réseau de communication interne et que cela viole la souveraineté du Liban. Le Gouvernement décide également de limoger le General Wafic Shkeir, chef de la sécurité de l'aéroport international Rafic Hariri[14].

    Combats[modifier | modifier le code]

    Dans un discours, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah déclare que la décision du gouvernement (coalition du 14 mars) est illégale et que elle constitue une « déclaration de guerre » à l'encontre du Hezbollah et de ses alliés (coalition du 8 mars). Il dénonce une volonté de soumettre son mouvement à l'américano-sionisme, et que son parti politique répondra[1]

    Les combattants de l'opposition, menés par les miliciens Hezbollah, prennent le contrôle de plusieurs quartiers de Beyrouth-Ouest et affrontent des miliciens du Courant du futur, fidèles au gouvernement[15] tandis que Walid Joumblatt et son Parti socialiste restent à l’écart. Les miliciens attaquent le siège du mouvement du futur ainsi que plusieurs journaux.

    Les leader chrétien Samy Gemayel appelle les chrétiens à ne pas prendre part au combat et dénonce un coup d'État du Hezbollah [16]

    La maison de Saad Hariri est attaquée par des tirs de lance-roquettes alors que les membres du gouvernement, encerclés, sont protégés par l'armée[2]. Dans les jours qui suivent, des affrontements entre partis politiques ont lieu partout dans le pays, notamment dans Tripoli à la frontière avec la Syrie.

    Zones montagneuses[modifier | modifier le code]

    Au sein du Mont Liban, des fusillades entre membres du Hezbollah et du Parti Socialiste Progressiste dégénèrent en affrontements. Les combats ont lieu dans les villes de Aytat, Basyur, Choueiat et Aley. Les combats commencent lorsque des Druzes du Parti Socialiste Progressiste, membres de la Police Municipale dans le District de Aley, sont kidnappés par le Hezbollah. Le Maire de Aley assemble alors des hommes armés pour aller les récupérer.

    Plusieurs d'entre eux seront ensuite attaqués et les Druzes tuent 3 hommes du Hezbollah. L'Incident s'aggrave quelques heures plus tard lorsque le village subit des tirs d'artillerie et qu'il répond avec l'usage de mortiers.

    Résolution[modifier | modifier le code]

    Le conflit s'arrêtera au bout de une semaine. L’armée régulière reprend le contrôle sur les zones en conflit. Le gouvernement est forcé de reculer en autorisant le Hezbollah à préserver son réseau de télécommunications et à reprendre le contrôle de la sécurité de l'aéroport de Beyrouth.

    Les dirigeants libanais rivaux concluent un accord à Doha le , pour mettre fin au début de guerre civile et approuver l'élection rapide d'un nouveau président faisant consensus entre les deux camps, Michel Souleiman[7]. La majorité libanaise concède à l'opposition une minorité de blocage au sein du gouvernement (11 ministres sur 30) mais le « dialogue national » reprend avec les 14 signataires de l'accord de Doha.

    Conséquences[modifier | modifier le code]

    C'est la première fois que Liban connait, depuis la fin de la guerre civile, un tel niveau de violence sectaire [17].

    Voir aussi[modifier | modifier le code]

    Liens externes[modifier | modifier le code]

    Bibliographie[modifier | modifier le code]

    • Myriam Catusse, Karam Karam et Olfa Lamloum, Métamorphose des figures du leadership au Liban : Champs et contrechamps des élections législatives de 2009, Beyrouth, Presses de l’Ifpo, coll. « Contemporain publications », , 328 p. (ISBN 978-2-35159-185-7)
    • Kazem Khalifé, Le Liban : phœnix à l'épreuve de l'échiquier géopolitique international, 1950-2008, Paris, L'Harmattan, , 319 p. (ISBN 978-2-296-10196-8, lire en ligne)

    Références[modifier | modifier le code]

    1. a b et c Mouna Naïm, « Le Hezbollah passe à l'attaque à Beyrouth », sur Le Monde,
    2. a et b « Hezbollah takes over west Beirut », sur BBC,
    3. Julien ABI RAMIA, « Liban-Syrie : un siècle de relations fiévreuses », sur L'Orient le Jour
    4. « 18 Slayed on Raid on Israel », sur Associated Press,
    5. « L'O.L.P. revendique l'attentat contre un autobus israélien », sur Le Monde,
    6. (en) United Nations, « Secretary General receives Confirmation of Full Israeli Withdrawl »,
    7. a et b « 14 mars : Ahmad Fatfat fait le bilan de dix ans de lutte », sur le site de L'Orient-Le Jour (consulté le 17 juin 2015).
    8. « Iran-Syrie, une alliance stratégique en action », sur le site des Échos (consulté le 17 juin 2015).
    9. Samuel Gardaz, « Retrait du Liban: fin de l'ingérence syrienne? », sur Le Temps,
    10. (en) Center for International Security, « Hezbollah Profile », sur Stanford University
    11. (en) « Kofi Annan deplores rocket attack from Lebanon into Israel », sur Nations Unies,
    12. (en) « Hezbollah leader: Militants 'won't surrender arms' », sur CNN,
    13. (en) Hassan M. Fattah, « Arab League criticizes Hezbollah for attacks - Africa & Middle East - International Herald Tribune », sur New York Times
    14. (en) « Beirut to axe Hezbollah telecoms », sur le site de la BBC (consulté le 17 juin 2015).
    15. (en) « Gun battles break out in Beirut », sur le site de CNN (consulté le 17 juin 2015).
    16. Al Jazeera, « Fighting spreads in Lebanon »
    17. (en) Yusri Hassan, « The Shiite Community in Lebanon: From Marginalization to Ascendancy », sur Brandeis University,

    Articles connexes[modifier | modifier le code]