Conférences de Kreuznach

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Kurhaus Bad Kreuznach: le siège du grand quartier général de l'armée allemande, du 2 janvier 1917 au 8 mars 1918

Les conférences de Kreuznach sont une série de rencontres entre les dirigeants politiques et militaires des puissances centrales au cours du printemps de l'année 1917. La réunion préparatoire, présentée par l'historiographie comme la première conférence de Kreuznach, se tient le 23 avril 1917, puis, la seconde, la véritable conférence, les 17 et 18 mai 1917, à Kreuznach, siège de l'OHL, haut commandement allemand.

Contexte[modifier | modifier le code]

Theobald von Bethmann Hollweg (1917)

La Triplice et la Révolution de Février[modifier | modifier le code]

Au cours du premier trimestre de l'année 1917, la Révolution russe oblige le Reich et ses alliés à se réunir afin d'analyser l'impact de cet événement sur leur conduite du conflit. une conférence des ministres des puissances centrales est ainsi réunie à Berlin les 26 et 27 mars 1917.

Durant cette conférence, les responsables du Reich affichent leur optimisme quant à la situation politique créée par la Révolution de Février; dans ce contexte, ces derniers se montrent favorable à l'intensification de l'effort de guerre de la double monarchie dans le cadre de la Triplice[1].

Discussion sur les buts de guerre[modifier | modifier le code]

Cette conférence devient rapidement un échange animé entre le chancelier du Reich, Bethmann-Hollweg, et le ministre austro-hongrois des affaires étrangères, Czernin, sur la question des buts de guerre poursuivis par le Reich et ses alliés, au cours duquel les représentants de la double monarchie affichent leur volonté de conclure rapidement une paix de compromis avec les Alliés[2].

De plus, lors de ces échanges à Berlin, les premières négociations pour le partage des conquêtes des puissances centrales sont lancées, mais, selon le procès-verbal de ces rencontres, les gains territoriaux, politiques et économiques obtenus par le Reich et ses alliés durant le conflit doit être proportionnel aux moyens déployés pour leur obtention, avantageant ainsi le Reich au détriment de ses alliés[3]. Dès le 3 avril 1917, l'OHL se montre favorable à la tenue d'une conférence à laquelle participeraient des représentants du Reich et de la double monarchie afin de clarifier la question des buts de guerre allemands et austro-hongrois[3].

Ainsi, la tenue de ces conférences fournit au Reich et à ses alliés l'occasion de préciser les buts de guerre de la coalition allemande alors que les États-Unis viennent de rentrer dans le conflit[4].

Dans le camp de l'Entente, la conférence de Saint-Jean de Maurienne réaffirme la volonté des membres de l'Entente de ne pas traiter séparément avec l'un des membres de la Triplice[5].

La double monarchie face au Reich[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1917, les responsables de la double monarchie se montre réservés quant au sort qui est réservé à leur pays par leurs homologues du Reich[6].

le 12 avril, entre les deux conférences, Czernin, ministre austro-hongrois des affaires étrangères, transmet à Charles un mémorandum dans lequel il affirme l'impossibilité pour la double monarchie de poursuivre le conflit. L'empereur-roi le transmet aussitôt à Guillaume II, afin de disposer d'un moyen de pression sur le Reich[7], tout en espérant que ce mémoire soit le point de départ de négociations en vue de pourparlers de paix avec les Alliés[1].

En réalité, l'égalité théorique des puissances centrales les unes à l'égard des autres masquent mal la réalité des rapports de force en leur sein, le Reich ne souhaitant pas accéder aux demandes de son allié le plus fidèle, et Guillaume II et ses conseillers fixent les conditions politiques et économiques d'une sortie de guerre[8].

Participants[modifier | modifier le code]

Hindenburg et Ludendorff au grand quartier général à Kreuznach (1917)
Ottokar Czernin (1918)

Lors de la première conférence sont présents les militaires allemands, Hindenburg, Ludendorff, et austro-hongrois, Conrad, le chancelier, conformément à l'ordre impérial du 20 avril[9], et son ministre des affaires étrangères, Arthur Zimmermann, ainsi que le responsable de la section politique du gouvernement général de Bruxelles, Oskar von der Lancken[3].

Lors de la seconde conférence, est aussi présent Czernin, absent de la séance préparatoire, ainsi que les deux monarques, allemand et austro-hongrois. Cependant, le poids respectif des monarque ne représente pas grand chose, Guillaume II étant à cette phase de la guerre réduit à devoir avaliser les directives prises par Hindenburg et Ludendorff, tandis que Charles Ier ne dispose plus des moyens de faire prévaloir ses vues sur un allié allemand hypnotisé par ses propres buts de guerre[10].

Négociations[modifier | modifier le code]

Les échanges entre alliés portent sur la nature du contrôle exercé par chacun des membres de la coalition sur les territoires qu'il contrôle ou qu'il entend contrôler dans un court délai, ou à l'issue des traités de paix.

Exigences allemandes[modifier | modifier le code]

La conférence d'avril, réunissant les principaux responsables du Reich, fournit l'occasion aux militaires et au chancelier allemand de préciser les buts de guerre; le responsables allemands souhaitent annexer la Courlande et la Lituanie, tandis que le royaume de Pologne serait étroitement soumis au Reich, tandis que la double monarchie se verrait dédommagée de la perte de la Galicie par de larges annexions en Serbie et en Roumanie. À l'Ouest, la Belgique doit être inféodée au Reich, politiquement et économiquement, la côte flamande occupée pour une longue durée, dans le cadre du respect de l'indépendance formelle du royaume de Belgique, tandis que la France, en échange du bassin minier de Longwy-Briey, se verrait offrir des compensations territoriales en Alsace du Sud[11].

Lors des pourparlers des 17 et 18 mai, la question des buts de guerre est abondamment discutée, ces buts de guerre ayant été formulés par Guillaume II dans une note remise à son ministre des affaires étrangères Arthur Zimmermann le 13 mai. Cette note reprend les conclusions formulées par le Kaiser en avril, c'est-à-dire des conditions que seule une victoire peut obtenir : le contrôle de la Méditerranée, le retour des colonies allemandes auxquelles seront jointes les Congos belge et français, le contrôle direct ou indirect de la Pologne, des pays baltes, de la Belgique, ainsi que le versement d'énormes indemnités de guerre versées sous la forme de livraisons ou de transferts de dette publiques ou privées au Reich[8].

Enfin, la position du Reich serait consolidée dans les Balkans, par le contrôle des ports de la région, Thessalonique, Valona et Constanța[8]. e plus, le Reich exige de disposer des main libres pour exploiter au profit de ses entreprises les richesses minières des territoires serbes annexés à la Bulgarie[12].

Demandes austro-hongroises[modifier | modifier le code]

Dans un contexte d'épuisement de la double monarchie, l'empereur-roi tente de faire valoir ses vues face à un allié allemand intransigeant[13].

En effet, appuyé sur les conclusion du rapport de Czernin, intitulé « La puissance militaire autrichienne en voie de désagrégation », Charles d'Autriche tente de faire valoir à son alliée son souhait de « sauver à tout prix » son empire[14].

Cependant, les Austro-hongrois ne renoncent pas à une expansion politique et économique dans les Balkans et en Pologne; ainsi, la double monarchie, en échange d'un contrôle accru du Reich en Pologne et dans les pays baltes, propose aux Allemands un contrôle austro-hongrois en Pologne et dans les Balkans[15].

Issue[modifier | modifier le code]

Les résultats de la première conférence sont connus essentiellement par le procès-verbal, publié après la fin des hostilités. Les buts de guerre du Reich sont réaffirmés, dans la continuité des buts de guerre non seulement ceux poursuivis par le haut-commandement, mais aussi ceux édictés en septembre 1914 ou encore ceux annoncés par l'OHL dans son mémorandum du 23 décembre 1916[3].

Partage des conquêtes[modifier | modifier le code]

Ainsi, la Courlande, la Lituanie, un certain nombre de localités à proximité de la frontière germano-russe, le bassin minier de Longwy-Briey, quelques modifications de frontières en Alasce, le Luxembourg, Bruges et Liège sont ainsi promis à une annexion directe par le Reich; à ces régions directement annexées au Reich s'ajoute un certain nombre de pays ou de zones géographique et de voies de communication devant dépendre de la tutelle politique ou économique du Reich, comme la Pologne, ou la voie ferrée Cernavodă-Constanța.

À la double monarchie sont promis des annexions en Serbie, au Monténégro, le contrôle de l'Albanie ou en Valachie[16]. Ces annexions à la double monarchie, sanctionnant un renforcement apparent de la puissance austro-hongroise, sont contre balancées par le strict contrôle économique exercé par le Reich dans ces régions, par le biais de participations allemandes majoritaires dans les transports, les mines et l'industrie[12].

Aux yeux d'un certain nombre de militaires allemands, les conclusions de ces conférences prouvent son inutilité, puisque ces pourparlers aboutissent à la reprise du programme exposé en septembre 1914 par le chancelier du Reich[17].

Note finale[modifier | modifier le code]

Les entretiens du mois de mai sont sanctionnés par la rédaction d'une note commune aux deux alliés.

Elle est soumise à la ratification impériale austro-hongroise, garante de son adoption définitve[12].

Suite[modifier | modifier le code]

Le 18 juin 1917, le gouvernement austro-hongrois accepte officiellement les termes de la note finale. Cette acceptation fournit cependant aux responsables de la double monarchie l'occasion de matérialiser leurs réserves sur les modalités économiques du partage des conquêtes[12].

En dépit de la rédaction de la note et de son acceptation par la double monarchie, les rivalités austro-allemandes demeurent, tandis que doivent s'ouvrir des négociations économiques et commerciales austro-allemandes devant fixer les modalités d'une union douanière entre le Reich et la double monarchie[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bled, 2014, p. 276
  2. Fischer, 1961, p. 356
  3. a, b, c et d Fischer, 1961, p. 357
  4. Renouvin, 1934, p. 496
  5. Bled, 2014, p. 278
  6. Soutou, 1989, p. 416
  7. Fischer, 1961, p. 363
  8. a, b et c Fischer, 1961, p. 364
  9. Fischer, 1961, p. 358
  10. Bled, 2014, p. 273
  11. Renouvin, 1934, p. 495
  12. a, b, c et d Soutou, 1989, p. 419
  13. Schiavon, 2011, p. 167
  14. Lacroix-Riz, 1996, p. 27
  15. Soutou, 1989, p. 418
  16. Fischer, 1961, p. 359
  17. Fischer, 1961, p. 360
  18. Soutou, 1989, p. 420

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Bled, L'agonie d'une monarchie : Autriche-Hongrie 1914-1920, Paris, Taillandier, , 464 p. (ISBN 979-10-210-0440-5). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise, , 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l'Europe et le Reich : De la Première Guerre mondiale à la guerre froide, Paris, Armand Colin, coll. « Références Histoire », , 539 p. (ISBN 2-200-21641-6). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19), (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Max Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre mondiale : La fin d'un empire, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre », , 298 p. (ISBN 978-2-9163-8559-4). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges-Henri Soutou, L'or et le sang : Les Buts de guerre économiques de la Première Guerre mondiale, Paris, Fayard, , 963 p. (ISBN 2213022151). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]