Conchita Badía

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Conchita Badía
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 77 ans)
BarceloneVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Concepció Badia i MillàsVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Parentèle
Mireia Domènech i Bonet (d) (arrière-petite-fille)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Tessiture
Instrument
Maître
Distinctions

Concepció Badia i Millàs, connue sous son nom de scène en tant que Conchita Badía (ortographe en espagnol) ou Conxita Badia (en catalan), est une soprano et pianiste catalane née à Barcelone le et morte le [1]. Admirée pour sa spontanéité, son expressivité et sa diction claire, elle est considérée comme l'une des plus grandes interprètes de la chanson artistique catalane, espagnole et latino-américaine du XXe siècle[2]. Elle est la première à avoir interprété de nombreuses œuvres d'Enrique Granados, Manuel de Falla, Pablo Casals, Frédéric Mompou, Alberto Ginastera et Enric Morera, dont plusieurs ont été spécialement écrites pour sa voix.

La majeure partie de la collection d'enregistrements sonores, de partitions, de lettres et d'images de Badia est conservée à la Biblioteca de Catalunya. Dans l'une de ces lettres, Pablo Casals écrit : « Tout ce que j'ai écrit pour une voix de soprano a été fait en pensant à toi. Par conséquent, tout est à toi. »

Vie et carrière[modifier | modifier le code]

Conxita Badia fut l'élève privilégiée d'Enrique Granados et de Pablo Casals, dont elle devient la muse de même qu'avec Manuel de Falla. Elle s'inscrit initialement à l'Académie Granados en tant qu'étudiante en piano, mais Granados « découvre » sa voix lors d'un examen de solfège[3]. Sa première apparition sur scène est dans le rôle d'une des six demoiselles aux fleurs dans une représentation de Parsifal de Wagner au Palau de la Música Catalana en 1913 ; elle n'a alors que 16 ans. Ses débuts en récital solo ont lieu le lors de la première du cycle de chansons de Granados, Canciones Amatorias, accompagnée par le compositeur (deux des chansons, Llorad corazón et Gracia mía, lui ont été dédiées par Granados)[4]. Inspiré par son don, il requiert sa présence par messager: "Viens, toi et les chansons!". Après la mort de Granados et de sa femme lors du naufrage du Sussex en 1916, elle se produit dans de nombreux concerts en sa mémoire à travers l'Espagne et l'Europe. Badia épouse Ricard Agustí Montsech en 1919. Le couple a trois filles : Conxita, Mariona et Carme.

Au cours des années 1930, elle donne de nombreux récitals et concerts en Espagne et dans le reste de l'Europe. À Vienne, elle interprète les Sis cançons populars catalanes de Roberto Gerhard lors de leur première en 1932 sous la direction d'Anton Webern[5]. Gerhard avait également dédié son premier cycle de chansons L'infantament meravellós de Shahrazada (1916-18) à Badia et a dit plus tard d'elle :

"Elle ressent une joie si intense quand elle chante – joie dans la musique, joie dans sa propre voix – qu'il est impossible de ne pas la partager quand vous l'écoutez[6]."

En 1935, elle fait une autre apparition sur la scène de l'opéra pour chanter le rôle-titre dans María del Carmen[7]. C'est la première fois que l'œuvre est reprise depuis ses premières représentations en 1898-1899.

En 1936, Badia et ses filles quittent l'Espagne pour échapper à la guerre civile espagnole. Grâce au ministre catalan de la culture, Ventura Gasol, elle réussit à passer la frontière jusqu'en France. A Paris, elle devient la protagoniste des concerts organisés en raison de l'exposition de l'art catalan déplacé par le Gouvernement républicain de la Catalogne pour sauver son patrimoine artistique et le protéger du fascisme et de la guerre (Exposition Internationale de Paris, 1937, Pavillon de la République). Son amitié avec Alfred Cortot lui permet de s'installer à Paris et d'y scolariser ses filles.

De 1936 à 1938, en raison de la guerre civile espagnole, elle se voit obligée à s'exiler comme d'autres artistes catalans et républicains (Pau Casals, Robert Gerhard, Manuel de Falla...) et elle se produit plus fréquemment en Europe dans des villes telles que Londres, Bruxelles, Genève, Paris, Vienne et Salzbourg.

Elle continue ensuite son exil vers le Mexique, puis quelques années à Rio de Janeiro avant de s'installer en Argentine où Ricard Agustí Montsech, qui travaillé en Amérique du Sud les rejoint (1938). En Argentine, Badia poursuit son étroite collaboration artistique avec son compagnon d'exil, Manuel de Falla. Elle collabore également étroitement avec les compositeurs argentins Juan Jose Castro, Carlos Guastavino et Alberto Ginastera, le poète Rafael Alberti, et le brésilien Heitor Villa-Lobos, entre autres. En 1946, elle et sa famille retournent en Catalogne, où elle présente plusieurs de leurs chansons au public espagnol et européen, souvent avec son amie proche Alicia de Larrocha.

Après son retour en Catalogne, Badia enseigne le chant et le piano, à la fois en privé et dans ses dernières années en tant que professeur au Conservatoire municipal de Barcelone. Parmi ses élèves figurent le pianiste Joaquín Nin-Culmell et la soprano Montserrat Caballé. Elle fait également partie des jurys de concours internationaux de chant en Amérique du Sud et en Europe, notamment le Concours international de chant de Rio de Janeiro, le Mozarteum de Salzbourg et le concours Francesc Viñas de Barcelone.

Conxita Badia meurt à Barcelone le .

En 1997, l'Archivo Manuel de Falla et l'Université de Grenade célèbrent le centenaire de sa naissance avec une exposition et une série de concerts en son honneur. Le film documentaire de 2012, Conxita Badia no existeix (sélection du Festival international In-Edit de cinéma documentaire 2012) réalisé par l'arrière-petite-fille de Badia, Eulàlia Domènech Bonet, et coproduit par Televisió de Catalunya, raconte sa vie et son travail. La majorité de la collection d'enregistrements sonores, de partitions, de lettres et d'images de Badia offerts par ses filles est conservée à la Biblioteca de Catalunya ainsi qu'à la BBC.

Enregistrements[modifier | modifier le code]

  • Conchita Badía: Homenaje – Chansons de Manuel de Falla, Juan José Castro, Alberto Ginastera, Carlos Guastavino, et d'autres. Enregistrements des concerts de décembre 1942 diffusés sur Radio El Mundo (Buenos Aires) avec de Falla dirigeant sa propre musique, chantée par Badía. L'album comprend également le concert de Badía à Madrid en 1964 consacré à des chansons de compositeurs argentins, dont la majorité avait été composée spécialement pour elle. Label : Piscitelli.
  • La tradition catalane du piano – Conchita Badía, accompagnée par Alicia de Larrocha. On peut l'entendre chanter trois chansons de la Colección de tonadillas d'Enrique Granados : No 8. "El mirar de la maja", no 7. "La maja de Goya", et no 5. "El majo Olvidado". Enregistré à Barcelone vers 1960. Label : VAI (Vidéo Artistes International).
  • Le disque du chant : Vol. 3 - 1926-1939 – Conchita Badía, accompagnée d'Oscar Donato Colacelli. On peut l'entendre chanter deux chansons de Colección de tonadillas d'Enrique Granados : No 4. "El majo discreto" et no 6. "El majo timido". Enregistré en Argentine, le . Label : Testament.
  • Hommage à Granados – Conchita Badía, accompagnée d'Alicia de Larrocha, chante 9 Tonadillas, 3 Majas dolorosas et 6 Canciones amatorias d' Enrique Granados. Label : Everest 3237.
  • La Renaixenca – Conchita Badía, accompagnée de Pere Vallribera, chante des chansons de Francesc Alio et Enric Morera. Label : LACANCO Edigsa 10/11.

Biographie[modifier | modifier le code]

  • Alavedra, Jeanne (1975). Una vida d'artista (Volume 18 of Col·lecció Memòries). Editorial Pòrtic. (ISBN 8473061438)
  • Manso, Carlos (1989). Conchita Badía en la Argentina (Tome 12 de Libros del ayer inconmovible ). Ediciones Tres Tiempos. (ISBN 9501800962)
  • Pagès i Santacana, Mònica (2000). Conxita Badia (Volume 120 de Gent nostra . Éditeur d'Infiesta. (ISBN 8460705447)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. In some sources, e.g. Clark (2006), her name is given its Catalan spelling - Conxita Badia.
  2. Sadie (1988) p. 49
  3. Clark (2006) p. 175
  4. Clark (2006) p. 147.
  5. Kent
  6. Original Spanish: "Badía o la alegría, porque ella siente al cantar una alegría tan intensa - alegría de la música, alegría de su propia voz - que es imposible no participar de ella al escucharla." quoted in Tarazona (1996)
  7. Hess (1991). p. 23 and 67

Liens externes[modifier | modifier le code]