Conceição Evaristo

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Maria da Conceição Evaristo de Brito, née le à Belo Horizonte, au Brésil, est une écrivaine afro-brésilienne. Elle est née dans une famille modeste et est la deuxième de 9 frères et sœurs, étant la première de son ménage à obtenir un diplôme universitaire. Elle a aidé sa mère et sa tante à laver les vêtements et à accoucher pendant ses études[1]. Dans les années 1970, elle a déménagé à Rio de Janeiro, où elle a réussi un concours, commençant à écrire seulement dans les années 1990[1]. Elle a obtenu une maîtrise au milieu des années 1990 et un doctorat au début des années 2010[2],[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Conceição Evaristo est née et a grandi dans une favela de Belo Horizonte, ville de l'état brésilien du Minas Gerais. Issue d’une fratrie de neuf enfants, elle a multiplié les emplois domestiques dans sa jeunesse pour aider sa famille à survivre. Elle a néanmoins eu la chance d’aller à l'école publique avec ses frères et sœurs. Elle y a appris à lire et a très vite développé le goût de l'écriture. Elle avait du talent pour la rédaction, mais la destruction de sa favela natale a entraîné encore plus d'isolement social, ce dont elle a souffert.

Malgré la misère dans laquelle vivait sa famille, Conceição a pu bénéficier d'un amour certain pour les contes et la poésie. Cette passion lui a été directement transmise par sa mère, sa tante et son oncle : « Je ne suis pas née entourée de livres, j'insiste. C'est dans le temps et l'espace que j'ai appris depuis l'enfance à cueillir les mots. Notre maison était dénuée de biens matériels mais habitée par les mots. Ma mère et ma tante étaient de grandes conteuses, mon vieil oncle était un grand conteur, nos voisins et amis contaient et racontaient des histoires. Chez nous, tout était raconté, tout était motif de prose-poésie »[4].

Carrière et études[modifier | modifier le code]

Après avoir suivi une scolarité instable, Conceição s'est inscrite à un concours pour devenir enseignante. Ce concours, réussi en 1973, lui a permis de s'installer à Rio de Janeiro en tant qu'institutrice. Elle y a enseigné dans des écoles primaires publiques pendant plusieurs années, avant de reprendre des études de lettres à 40 ans. C'est la seule enfant de sa famille à être allée à l'université.

En 2011, elle a obtenu un doctorat en littérature comparée[5].

Écriture, influences et engagements[modifier | modifier le code]

Parallèlement à sa carrière, Conceição Evaristo a écrit plusieurs poèmes, nouvelles et romans.

Autodidacte, Conceição Evaristo a énormément lu tout au long de sa vie, y compris en français, et a été touchée par des écrivains et penseurs tels qu'Aimé Césaire, Léopold Senghor, Edouard Glissant, Maryse Condé, Michel de Certeau ou encore Frantz Fanon[6].

Le parcours de Conceição Evaristo peut être qualifié d'atypique. Les auteurs littéraires issus des favelas, même s'ils sont de plus en plus présents, n’ont pas toujours été reconnus comme légitimes. Conceição Evaristo représente les minorités sociales provenant des quartiers défavorisés brésiliens, mais aussi les femmes et les Noirs au Brésil, pays où le racisme est encore très présent. A ce titre, elle est une figure emblématique de la littérature afro-brésilienne, courant qui cherche à réhabiliter les mémoires issues de l'esclavage au détriment du discours colonialiste.

Elle lutte contre les préjugés racistes et misogynes à l'égard des femmes noires : « En tant que femme noire, on attend de moi que je sois bonne au lit, bonne cuisinière, bonne danseuse mais sûrement pas écrivain, intellectuelle et productrice de savoirs »[7]. Conceição Evaristo était présente lors du Salon du Livre de Paris en 2015[8], parmi 48 auteurs brésiliens.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poèmes et nouvelles[modifier | modifier le code]

Les premiers écrits de Conceição Evaristo ont été publiés en 1990 dans le recueil d'œuvres littéraires afro-brésiliennes Cadernos Negros[9].

Une sélection de sa poésie a été publiée en français en 2019, dans une traduction de Rose Mary Osorio et de Pierre Grouix, en édition bilingue chez des femmes / Antoinette Fouque, sous le titre Poèmes de la mémoire et autres mouvements.

Romans[modifier | modifier le code]

Le premier roman que Conceição Evaristo a publié est L'histoire de Poncia, sorti en 2003 au Brésil sous le titre Ponciá Vicêncio. Ce dernier a obtenu du succès et s'est vendu à plus de 20 000 exemplaires. Traduit en anglais, en espagnol et en français, il a été sélectionné pour la finale du prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde[10] en 2015 et est à présent officiellement au programme du baccalauréat au Brésil. En France, L'histoire de Poncia est publié aux éditions Anacaona, collection Terra, depuis 2015.

Le deuxième roman de l'écrivaine afro-brésilienne est Banzo, mémoires de la favela, sorti en 2006 au Brésil sous le titre Becos da Memória (Les ruelles de la mémoire). En France, Banzo, mémoires de la favela est publié aux éditions Anacaona, depuis 2016.

Par ailleurs, Conceição Evaristo a collaboré à l'écriture collective de nombreux livres, notamment Je suis Rio qui a été traduit en français (éditions Anacaona).

Thèmes de prédilection[modifier | modifier le code]

Les sujets majoritairement présents dans les œuvres de Conceição Evaristo sont ceux de la discrimination raciale, de l'histoire des esclaves afro-brésiliens, de l'accès à l'éducation, de l'importance de la terre originelle et de la mémoire comme héritage à perpétuer.

Conceição Evaristo est adepte de ce qu’elle appelle « l'écrit-vie » : elle aime transformer les souvenirs individuels des gens qu’elle a connus en une seule et même mémoire collective. Dans ses ouvrages, elle mélange régulièrement fiction et réel, et réinvente les histoires oubliées. Le roman Banzo, mémoires de la favela, largement inspiré de l'expérience personnelle de Conceição Evaristo, est un bon exemple d' « écrit-vie »[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]