Comportement sexuel

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Le comportement sexuel permet la reproduction des espèces animales sexuées. Ce comportement change d'une espèce à l'autre (annélides, insectes, poissons, oiseaux, mammifères …), en raison des différences de l'organisation du corps et du système nerveux.

De nombreux facteurs, à différents niveaux, interviennent dans la dynamique du comportement sexuel : l'évolution (sélection naturelle, sélection sexuelle, hasard …), des facteurs biologiques (gènes, hormones, complexité du système nerveux …), des facteurs sociaux (taille et hiérarchie du groupe …) et, chez l'être humain, des facteurs culturels (l'Histoire, les croyances, des symboles …).

Chez la plupart des animaux, il existe un comportement de reproduction : le but des activités sexuelles est la copulation.

Article détaillé : Comportement de reproduction.

Mais chez les primates et l'être humain, il existe plutôt un comportement érotique : le but des activités sexuelles est la stimulation du corps et des zones érogènes. En simplifiant, les hominidés recherchent les activités sexuelles car elles procurent des plaisirs érotiques intenses.

Article détaillé : Comportement érotique.

Chez les animaux, la morphologie du corps et surtout l'organisation du système nerveux déterminent les caractéristiques du comportement sexuel. En schématisant, plus le système nerveux est simple, plus le comportement sexuel est stéréotypé. C'est le cas par exemple des insectes. Au contraire, plus le système nerveux est complexe, plus le comportement sexuel sera élaboré et lié à des phénomènes culturels. C'est le cas typique de l'être humain.

Description des facteurs[modifier | modifier le code]

Le comportement sexuel dépend de nombreux facteurs :

  • Les facteurs du passé :
    • Les facteurs de l'évolution, qui ont déterminé la structure biologique actuelle des organismes.
    • Pour les hominidés, et surtout pour l'être humain, le contexte culturel, hérité de l'Histoire.
  • Les facteurs du présent :
    • Les facteurs neurobiologiques, facteurs du présent, qui déterminent le contrôle biologique et les possibilités d'activités sexuelles.
    • Les facteurs sociaux, qui déterminent la possibilité de réaliser le choix des partenaires.
    • Pour les hominidés, et surtout pour l'être humain, le facteur cognitif, à l'origine de croyances, de valeurs et de symboles qui transforment la sexualité.
    • Les facteurs environnementaux

Évolution du comportement sexuel[modifier | modifier le code]

Description de l'évolution des principaux facteurs neurobiologiques qui contrôlent le comportement sexuel des mammifères.

L'évolution du comportement sexuel dépend de trois grands facteurs : la sélection naturelle, la sélection sexuelle et le hasard.

Article connexe : Évolution (biologie).

Sélection naturelle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sélection naturelle.

Sélection sexuelle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sélection sexuelle.

"Bricolage de l'évolution"[modifier | modifier le code]

La théorie de François Jacob est généralement désignée par la métaphore du «bricolage de l'évolution»[1],[2]. Cette théorie, basée sur l'observation des bizarreries et des imperfections du monde vivant, suppose que l'effet majeur de la sélection naturelle n'est pas l'optimisation mais plutôt l'élimination des organismes non viables. C'est-à-dire passer de l'idée que tout ce qui n'est pas optimisé est évolutivement impossible à l'idée que tout ce qui survit – peu importe la manière – est possible.

Réflexions et controverses[modifier | modifier le code]

Plusieurs caractéristiques sont difficilement expliquées par la théorie synthétique de l'évolution[3],[1],[2],[4],[5],[6] :

  • On observe que la coopération a parfois plus d'importance que la compétition pour assurer la survie d'un individu.
  • On remarque qu'il existe des organes inutiles (par exemple, les germes dentaires des embryons d'Oiseaux), et de nombreuses bizarreries. « Tout au long de l'Origine des Espèces, Darwin insiste sur les imperfections de structure et de fonction du monde vivant. Il ne cesse de souligner les bizarreries, les solutions étranges » de la nature. Ces observations sont plutôt compatibles avec l'hypothèse du "Bricolage de l'Évolution"[1].
  • Les gènes sont pléiotropiques, c'est-à-dire qu'un gène code en même temps plusieurs structures ou fonctions. Il est alors difficile pour la sélection naturelle d'éliminer un gène qui code simultanément un caractère plutôt adaptatif et un autre plutôt non adaptatif.
  • On observe que les mutations sont essentiellement inadaptatives : « En majorité, les mutations sont des micromutations moléculaires sans traduction physiologique à l'exception de celles qui entraînent des anomalies, des malformations, des dysfonctions ». Ce qui ne corrobore guère l'hypothèse que les mutations sont à l'origine de l'évolution[5].
  • L'étude des fossiles suggère que l'évolution n'est pas linéaire et graduelle. On observe de longues périodes sans nouvelles structures, puis un foisonnement de nouveauté sur des périodes très courtes (théorie des équilibres ponctués) [4].
  • Mais le problème majeur est que lors d'une transition d'un type d'organisation à un autre, tous les systèmes vitaux d'un organisme doivent être immédiatement fonctionnels. Par exemple, lors de la supposée transition des poissons aux reptiles, il est impossible d'avoir un cœur, un poumon, un foie, un rein, la répartition des nerfs, la composition du sang, etc. qui ne soient qu'une ébauche. Tout doit tout de suite être fonctionnel, ce qui est difficilement compatible avec l'idée d'une évolution graduelle[3].

Pour ces raisons, des auteurs[3],[4] ont proposé de distinguer :

  • La macro-évolution, responsable des transformations majeures, qui permet de passer d'un grand type d'organisation à un autre (par exemple des poissons aux reptiles, puis aux oiseaux et aux mammifères).
  • La micro-évolution, responsable des transformations plus limitées, qui permet de passer d'une espèce à une autre (l'exemple type sont les différentes espèces de pinsons des galapagos, étudiés par Darwin).

La théorie synthétique de l'évolution permet d'expliquer la micro-évolution. Par contre, les mécanismes de la macro-évolution sont actuellement beaucoup plus hypothétiques.

« Le darwinisme, quelle qu'en soit la forme, n'explique pas la grande évolution qui concerne le plan d'organisation de l'embranchement, de la classe, de l'ordre. Il doit borner son ambition à débrouiller les mécanismes de la formation des espèces. […] La sélection, contrairement à l'opinion de Darwin et de ses premiers disciples, ne crée rien par elle-même ; elle conserve ce qui préexiste[5]. »

Et l'optimisation n'est pas la caractéristique principale de la sélection naturelle.

« Nous estimons trop souvent que chaque structure est conçue en vue d'un but précis, et nous bâtissons de ce fait (en imagination) un monde parfait, pas tellement différent de celui que concoctèrent au XVIIIe siècle les théologiens de la nature, qui «prouvaient» l'existence de Dieu par la parfaite architecture des organismes[4]. »

En conclusion, l'évolution du comportement sexuel est le résultat de l'action de plusieurs facteurs : la sélection naturelle, la sélection sexuelle, mais aussi le hasard, qui explique que les comportements sexuels ne sont pas complètement optimisés et parfaits.

Facteurs biologiques à l'origine des comportements sexuels[modifier | modifier le code]

Quels sont les rapports entre la structure biologique de l'organisme et le comportement sexuel ?

Quels sont les facteurs biologiques qui permettent l'émergence, le développement et la réalisation du comportement sexuel ?

De manière simplifiée et très schématique, la dynamique des comportements sexuels est déterminée par un ensemble d'éléments en interaction :

  • des signaux ;
  • des récepteurs ;
  • des centres de traitements ;
  • des effecteurs ;
  • des régulateurs.

En fonction du nombre et de la complexité de ces différents éléments, le comportement sexuel peut être très simple et stéréotypé, ou variable et complexe.

Récepteurs[modifier | modifier le code]

La réalisation du comportement sexuel nécessite des signaux échangés par les partenaires.

Les récepteurs qui détectent ces signaux peuvent avoir différentes caractéristiques :

  • caractéristiques structurelles :
    • récepteur simple, constitué par une molécule ou une cellule ;
    • récepteur complexe, constitué par un organe ou un système sensoriel.
  • caractéristiques fonctionnelles :
    • récepteur spécifique, spécialisé pour détecter un signal précis ;
    • récepteur non spécifique, détecte un large spectre de signaux.
  • contrôle des récepteurs :
    • récepteur continu, les signaux sont perçus continuellement ;
    • récepteur périodique, le signal ne peut être détecté qu'en période d'activité du récepteur.

Centres de traitements[modifier | modifier le code]

Le centre de traitement est le facteur le plus critique du comportement sexuel.

Les centres de traitement qui reçoivent les signaux peuvent avoir différentes caractéristiques :

  • le nombre de neurones entre le récepteur et l'effecteur : plus le nombre est grand, plus le traitement de l'information est complexe, et moins la réponse est stéréotypée ;
  • le nombre de neurones modulateurs connectés sur les neurones situés entre le récepteur et l'effecteur. Plus le nombre de neurones modulateurs est grand, plus la modulation de l'information est complexe ;
  • l'existence de circuits spécialisés pour le traitement des informations sexuelles.

Effecteurs[modifier | modifier le code]

Les effecteurs biologiques sont constitués de cellules, de tissus ou d'organes, qui peuvent être spécialisés ou non. Ils servent soit à émettre des signaux sexuels, soit à réaliser le comportement sexuel.

Signaux[modifier | modifier le code]

Les signaux sexuels chimiques, dissous ou volatil (exemple des phéromones), sont les plus utilisés chez les animaux. Ils permettent l'échange, par le contact physique ou à distance, d'informations sexuelles simples. Les signaux sexuels visuels ou vocaux sont des signaux qui permettent l'échange, souvent à distance, d'informations sexuelles qui peuvent être très complexes.

Régulateurs[modifier | modifier le code]

Les régulateurs du comportement sexuel sont génétiques chez les organismes pluricellulaires, hormonaux chez vertébrés, et principalement neuraux chez les hominidés.

Facteurs sociaux influençant les comportements sexuels[modifier | modifier le code]

Dans un groupe social, le comportement sexuel dépend de l'organisation du groupe (petit ou grand groupe, harem …) et des hiérarchies existant dans ce groupe (femelle ou mâle dominants …). Toutes ces caractéristiques vont déterminer le choix des partenaires, et parfois les individus qui pourront s'accoupler[7].

Les principaux facteurs sociaux qui influencent le comportement sexuel sont[7] :

  • La taille du groupe, avec des petits ou des grands groupes.
  • La hiérarchie sociale, avec des femelles ou des mâles dominants.
  • La monogamie, la polygamie (harem), avec une compétition pour les femelles, ou la promiscuité sexuelle.
  • L'existence d'un territoire, qui peut être défendu ou partagé, permanent ou temporaire.
  • La caractéristique sédentaire de l'espèce ou l'existence de migrations.

Par exemple, les cerfs n'occupent un territoire (zone de brâme) que durant la période de reproduction. Chez les otaries, les mâles se battent pour obtenir un territoire et un harem de femelles ; les mâles qui n'ont pas de territoire sont exclus de la reproduction. Chez l'éléphant de mer, on a observé dans un groupe que les 4 mâles dominants étaient responsable de 88 % des accouplements, contre 12 % pour les 67 mâles dominés. Mais même dans ces groupes hiérarchisés ou polygames, il existe des préférences sexuelles entre certains partenaires.

Toutes ces caractéristiques ont une influence majeure sur les conditions qui vont rendre possible le comportement sexuel entre des individus.

Description du comportement sexuel[modifier | modifier le code]

Copulation entre deux sauterelles, mâle et femelle
Copulation entre deux tortues, mâle et femelle

Insectes[modifier | modifier le code]

Poissons[modifier | modifier le code]

Reptiles[modifier | modifier le code]

Oiseaux[modifier | modifier le code]

Mammifères[modifier | modifier le code]

Chez les mammifères, le comportement sexuel est contrôlé par cinq principaux facteurs biologiques innés :

  • Hormones, donc substances secrétées par les glandes endocrines pour participer au métabolisme de l'organisme, qui transmettent le message sexuel au sein de l'organisme par des messages chimiques.
  • Phéromones, donc substances transmises au sein d'une même espèce par les glandes exocrines, reçue chez l'Homme par l'organe voméro-nasal qui interprète le message des phéromones et le transforme en message sexuel.
  • Réflexes sexuels, donc l'ensemble des réflexes soit innés, soit conditionnés selon le système de récompense/renforcement.
  • Cognition primaire, donc traitement des données sensorielles (odorat, ouie, vision, toucher, goût) en messages sexuels (exemple : excitation tactile des organes sexuels)
  • CognitionSecondaire, propre à l'Homme, donc traitement d'informations conceptuelles en message sexuel (exemple : fantasmes)

Mammifères non primates[modifier | modifier le code]

Chez les mammifères inférieurs, le comportement de reproduction est un comportement fondamental qui permet la reproduction et donc la survie de l'espèce. Il permet, au cours de la copulation, de transmettre les spermatozoïdes de l'urètre du mâle au vagin de la femelle, ce qui permet la fécondation des gamètes et la reproduction. Les hormones et les phéromones sont les principaux facteurs qui contrôlent le comportement de reproduction.

Article détaillé : Comportement de reproduction.

Hominidés[modifier | modifier le code]

Chez l'être humain (et le Chimpanzé, le Bonobo, l'Orang outan et le Dauphin), le comportement sexuel n'est plus un comportement de reproduction, mais devient un comportement érotique[8]. Au cours de l'évolution, l'importance et l'influence des hormones[9] et des phéromones[10],[11] sur le comportement sexuel a diminué. Au contraire, l'importance des récompenses est devenue majeure[12]. Chez l'être humain, le but du comportement sexuel n'est plus seulement le coït vaginal mais la recherche des plaisirs érotiques, procurés par la stimulation du corps et des zones érogènes[13].

Article détaillé : Comportement érotique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) JACOB François, Evolution and tinkering, Science, 196:1161-1166, 1977
  2. a et b (fr) Jacob, F. (1981) Le Jeu des possibles, Fayard
  3. a, b et c DENTON Michael, Évolution : une théorie en crise, Flammarion 1992.
  4. a, b, c et d Stephen Jay Gould, La Structure de la théorie de l'évolution (The Structure of Evolutionary Theory, 2002 (ISBN 0674006135) ; Gallimard, Paris, 2006, 2033 p (2002 US).
  5. a, b et c GRASSÉ Pierre-Paul, PETIT Claudine, FORTERRE Patrick. Evolution, Encyclopedia Universalis v. 11. 0, 2005.
  6. VARELA Francisco, L'inscription corporelle de l'esprit, 1993.
  7. a et b SIGNORET Jean-Pierre : Sexuel (Comportement), Encyclopædia Universalis, version CD-ROM 11.0, 2006
  8. Les distinctions entre "comportement sexuel", "comportement de reproduction" et "comportement érotique" sont expliquées dans les articles Comportement érotique et Comportement de reproduction. Ces expressions ont été proposées par les auteurs Martin Johnson et Barry Everitt dans leur ouvrage Reproduction (De Boeck Université 2001), afin de tenir compte des différences comportementales et neurobiologiques du comportement sexuel entre les espèces. L'ouvrage qui présente le plus de vérifications expérimentales de cette distinction est Functional and dysfunctional sexual behavior du neurobiologiste Anders Agmo.
  9. BUVAT J. : Hormones et comportement sexuel de l'Homme : données physiologiques et physiopathologiques, Contracept. Fertil. Sex., 24/10:767-778, 1996
  10. ZHANG J. , WEBB D. M. Evolutionary deterioration of the vomeronasal pheromone transduction pathway in catarrhine primates, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 100(14):8337-8341, 2003
  11. FOIDART A. , LEGROS J.J. , BALTHAZART J. : Les phéromones humaines : vestige animal ou réalité non reconnue, Revue médicale de Liège, 49/12:662-680, 1994
  12. (en) AGMO Anders Functional and dysfunctional sexual behavior Elsevier 2007.
  13. (fr) WUNSCH Serge, Thèse de doctorat sur le comportement sexuel [PDF] EPHE-Sorbonne, Paris, 2007.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Charles Thibault, Marie-Claire Levasseur (Eds). La reproduction chez les mammifères et l'Homme, INRA Ellipse, 2(27):611-637, 2001
  • (en) Anders Agmo Functional and dysfunctional sexual behavior Elsevier 2007
  • (en) Clellan Ford, Frank Beach, Patterns of sexual behavior, Methuen & Co, London, 1965. Le livre existe en français, mais il est plus difficile à trouver : (fr) Le comportement sexuel chez l'homme et l'animal, R. Laffont, 1970
  • (en) Bruce Bagemihl, Biological exuberance, St Martin Press, New York, 2000
  • (fr) Claude Aron, La bisexualité et l'ordre de la nature, Odile Jacob 1996
  • (en) Fritz Klein, The bisexual option, Harrington Park Press, 2nd edition, 1993
  • (en) Simon Levay, Janice Baldwin, Human Sexuality, Sinauer Associates, 3e edition, 2009
  • (fr) Serge Wunsch, Thèse de doctorat sur le comportement sexuel [PDF] EPHE-Sorbonne, Paris, 2007.
  • (fr) Pierre Langis, Bernard Germain, La sexualité humaine, ERPI Universitaire, 2009
  • (en) Jaak Panksepp, Affective Neuroscience: The Foundations of Human and Animal Emotions, New York: Oxford University Press, 1998
  • (en) Marc Breedlove, Mark Rosenzweig, Neil Watson, Biological Psychology, an introduction to behavioral, cognitive, and clinical neuroscience, 5e edition, Sinauer Associates, 2007

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

L'Université de Berlin, la plus importante base de données sur la sexualité humaine (Documents en français / Accueil principal)