Complexe d'espèces

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Stereum près de Mörfelden-Walldorf, Hesse (Allemagne). Dans le complexe d'espèces Stereum hirsutumStereum ostrea, seul un examen microscopique permet de déterminer les espèces.

Un complexe d'espèces est un groupe d'espèces très apparentées dans lequel la séparation exacte entre les espèces est difficile à établir. La difficulté de démarcation peut être due à la ressemblance morphologique entre des espèces dites cryptiques pourtant très distinctes d'un point de vue génétique, ou au contraire à une proximité génétique qui entraine une possibilité d'hybridation plus ou moins importante entre des espèces proches mais bien distinctes morphologiquement, du fait d'un isolement reproductif récent voire encore incomplet. Cela concerne aussi des groupes de micro-espèces très semblables qui ne sont séparées que par leur apomixie ou par des différences de ploïdie. C'est une notion qui recouvre des situations variées.

Les complexes d'espèces cryptiques sont un cas particulier des complexes d'espèces où les espèces sont plus ou moins différenciées génétiquement mais se ressemblent fortement morphologiquement, et sont donc difficiles voire impossibles à distinguer par les seuls critères morphologiques. Dans ce cas c'est souvent les méthodes de la génétique qui ont aidé dans un premier temps à distinguer les espèces pour ensuite leur trouver si possible quelques différences morphologiques auparavant peu évidentes et ainsi pouvoir les décrire, mais parfois aussi par le moyen de méthodes acoustiques (cas de la pipistrelle pygmée ou de certains oiseaux) ou par des observations de différences dans leur cycle de vie ou leur écologie (dates de migration, périodes de reproduction, niches écologiques distinctes, etc).

Un anneau d'espèces, ou anneau de spéciation, est une autre situation dans laquelle une séparation partielle s'est développée entre les populations au sein d'une même espèce.

La spéciation hybride peut être un composant de complexes d'espèces, quand une espèce isolée reproductivement résulte de l'hybridation[1].

Les complexes d'espèces sont fréquents aussi bien chez les plantes que chez les animaux, comme le complexe chien-loup-coyote (dans le genre Canis) ou le complexe des tritons crêtés (dans le genre Triturus, un cas classique de complexe d'espèces cryptiques).

Parfois, des complexes d'espèces ne deviennent évidents que lorsqu'une nouvelle espèce est introduite dans le système, faisant tomber les barrières entre des espèces qu'on croyait bien différentes. Un exemple est l'introduction de la limace rouge (Arion vulgaris) en Europe du Nord, où le croisement avec les espèces locales, limace noire (Arion ater) et grande limace rouge (Arion rufus), traditionnellement considérées comme des espèces nettement distinctes qu'il n'était pas possible de croiser, montre qu'il pourrait s'agir en fait de sous-espèces de la même espèce[2].

La notion de « complexe d'espèces » dans le domaine des plantes a été introduite en 1984 par l'agronome français, Jean Pernès, qui en donne la définition suivante[3] : « Deux plantes appartiennent au même complexe si dans les conditions naturelles elles peuvent, avec une probabilité non nulle, échanger des gènes par hybridation, soit directement, soit par le relais de plantes intermédiaires. ».

Concepts reliés[modifier | modifier le code]

La notion de super-espèce est parfois utilisée à la manière d'un rang taxonomique non formel, situé juste au dessus de l'espèce mais en dessous du genre et du sous-genre, pour y ranger des complexes d'espèces étroitement apparentées afin de les nommer ensemble, ce qui permet de ne pas y inclure d'autres espèces plus distinctes du même genre ou sous-genre. Pour nommer un tel regroupement, on utilise souvent le nom de l'espèce la plus connue ou la plus anciennement décrite du groupe.

Le concept d’agrégat d'espèces est semblable à celui de super-espèce. Il est marqué par l'abréviation agg. après le nom binomial de l'espèce type du complexe. Il est plus souvent utilisé pour des groupes d'espèces de plantes très proches (parfois qualifiés de micro-espèces) séparées par leur apomixie ou par des différences de ploïdie.

Exemples de complexes d'espèces connus[modifier | modifier le code]

Animaux

  • un cas classique chez les cobras du genre Naja, avec plusieurs complexes d'espèces au sein de sous-genres distincts
  • certaines espèces de limaces, genre Arion
  • le genre de méduses Cyanea, qui comprend de 1 à 14 espèces, selon les auteurs.
  • le complexe chien-loup-coyote (dans le genre Canis)
  • le complexe des grenouilles vertes (genre Pelophylax) est quant à lui très original, il défit les lois de la transmission génétique avec ses hybrides très particuliers appelés « kleptons ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Michael L. Arnold, « Iris nelsonii (Iridaceae): Origin and Genetic Composition of a Homoploid Hybrid Species », American Journal of Botany, vol. 80, no 5,‎ , p. 577-583 (lire en ligne).
  2. (da) Engelke, S., « Til Snegleforeningen (Note à la Société danoise des limaces) », .
  3. Jean Pernès, « Gestion des ressources génétiques des plantes. Tome 2. Manuel. », Agence de Coopération Culturelle et Technique, (consulté le 29 octobre 2014).