Compesières

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Compesières
Localité suisse
Image illustrative de l'article Compesières
Administration
Pays Drapeau de la Suisse Suisse
Canton Drapeau du canton de Genève Genève
Commune Bardonnex
Géographie
Coordonnées 46° 09′ 07″ nord, 6° 07′ 15″ est
Altitude 470 m
Divers
Langue Français
Localisation

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Compesières
Sources
Référence population suisse[1]
Référence superficie suisse[2]

Compesières désigne à la fois un hameau, une paroisse et une ancienne commune du canton de Genève.

Ce territoire appartenait autrefois au duché de Savoie, avant d'être rattaché à Genève avec les « Communes réunies » par le traité de Turin de 1816.

Compesières est aujourd'hui le centre administratif, religieux et scolaire de la commune de Bardonnex. Le site est classé d’importance nationale[3].

Détail de la carte Mayer de 1830

Étymologie[modifier | modifier le code]

On ne connaît pas l'origine du nom « Compesières ». Une famille noble appelée de Compesières habitait apparemment ce même lieu. La plus ancienne mention connue concernant cette famille est un acte de 1178[4]. Un Petrus Compeseres est reçu bourgeois de Genève en 1420.

Premières mentions du nom : « Compeisires » en 1170, « Conpeseres » en 1227, « Compeseres » en 1270, puis « Cura de Compeseres » en 1344. Dès le XVIIe siècle, on trouve les expressions paroisse de Compesières, village de Compesières, hutins de Compesières[5],[6].

Suter donne comme origine possible une étymologie semblable à Compois (hameau de Meinier), avec un suffixe collectif « -ère », de l´ancien français "compos, compost, compois, compoix", soit « état des biens immeubles d´une communauté », aussi « engrais, fumiers ».

Hameau[modifier | modifier le code]

Un établissement romain à l'emplacement de l'église actuelle est avéré. Des fragments de céramique antique ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques de 2005-2006, ils sont datés entre les Ier et IIIe siècles. Les fouilles ont aussi révélé les fondations de grands bâtiments dès le Ve siècle, assurément une église dès le VIIe siècle, transformée et agrandie jusqu’au Xe siècle[7],[8].

Un village aurait peut-être existé proche ou autour de l'église à l'époque féodale, en direction d'Évordes, lieu-dit Badosse (« Badoçhe » en patois) ou Verbant (anciennement « Vers Bans »). C'est en tout cas ce que rapporte la tradition orale, et des débris de tuile et de pierre à bâtir ont été retrouvés dans le sol[9]. L'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem reçoit l'église de l'évêque de Genève, en 1270, puis bâtit une maison forte à ses côtés, entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle, la « Commanderie de Compesières »[10]. Les chevaliers ont peu à peu agrandi les bâtiments et un mur d'enceinte doté de tours a été construit au début du XVIIe siècle. Pendant l'occupation bernoise qui fait suite à la Réforme (1536-1567), la commanderie est le siège d'un consistoire. Puis elle restera dans les mains de l'ordre de Malte jusqu'à la chute de l'Ancien Régime en 1793. À la suite du rattachement de Genève à la France en 1798, elle est transformée en fabrique de salpêtre.

Depuis 1822, le hameau comprend l'église, la commanderie, une ferme et des dépendances. La commanderie elle-même abrite la cure, l'école et la mairie. En 1900, un nouveau bâtiment est construit pour accueillir l'école. Il y a 36 habitants à Compesières selon un recensement de 1843, 20 habitants en 2000[11].

Voie historique[modifier | modifier le code]

Compesières se trouve sur la via Gebennensis du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle[12].

La route qui traverse aujourd'hui Compesières du nord au sud est une très ancienne voie de communication, figurant à l'Inventaire des voies de communication historiques de la Suisse. Des anciennes dénominations comme « chemin public tendant de Genève à Cruseilles » ou « grand chemin tendant au Chable et à Cruseilles » montrent son importance régionale[13].

Paroisse[modifier | modifier le code]

L'église de Compesières est dédiée à Saint Sylvestre[14]. Les fouilles réalisée dans l’église actuelle en 2005-2006 ont montré l’existence d’un bâtiment dédié au culte depuis les Ve et VIIe siècles. Les hospitaliers l’ont considérablement agrandie dès le XIIIe siècle en y adjoignant une puis deux chapelles. Au XVIIe siècle, nouvel agrandissement et ouverture du mur de séparation, la chapelle des hospitaliers devenant le bas-côté de l’église paroissiale. Cinq paroisses ont été réunies à celle de Compesières, la Contre-Réforme amène un grand nombre de fidèles. Un clocher est construit en 1805. L’église actuelle est bâtie en 1834-1835, par un nouvel agrandissement[7],[15].

L'ancienne paroisse de Compesières s'étendait aux hameaux situés entre les paroisses de Bardonnex (qui comprenait Lathoy, aujourd’hui en France), et Bossey (qui comprend alors Landecy et Évordes). Après la période bernoise, la paroisse catholique s'agrandit et s'étend de Plan-les-Ouates à Landecy et englobe l’ancienne paroisse de Bardonnex. C'est dans ces limites qu'est créée la commune de Compesières à l'époque française[16].

Les paroissiens du début du XIXe siècle étaient près de 1 300, mais l'église n'avait que 400 places. Il fut donc décidé de la détruire pour reconstruire plus grand. L'église actuelle date de 1835[7]. La cure est située dans la commanderie.

L'église a été restaurée en 1953-1954 à l'initiative du curé de la paroisse, le chanoine Adrien Dusselier. Cinquante ans plus tard, elle est rénovée et fait l'objet de recherches archéologiques, qui se terminent en 2007. Depuis lors, outre sa vocation première, elle accueille des manifestations culturelles : Les Musicales de Compesières[17].

Ancienne commune[modifier | modifier le code]

Compesières
  •      Territoire 1816-1851

La paroisse, devenue commune de Compesières, était centrée sur la Commanderie. Compesières comprenait au début du XIXe siècle les villages ou hameaux de Plan-les-Ouates, Arare, Saconnex-d'Arve, Bardonnex, Charrot, Landecy et Lathoy.

Lors du rattachement à Genève en 1816 : les hameaux de Perly et Certoux sont détachés de Saint-Julien et rattachés à Compesières ; le hameau d'Évordes est pris à Collonges et divisé entre Troinex et Compesières; Lathoy, à l'inverse, est séparé de Compesières et reste en Savoie, rattaché à Saint-Julien[18].

Plus tard la commune est par deux fois divisée : Perly et Certoux se séparent de Compesières pour former la commune de Perly-Certoux en 1821 ; puis Compesières se divise en Bardonnex et Plan-les-Ouates en 1851. Depuis, le nom de Compesières désigne le hameau situé sur le territoire de la commune de Bardonnex et formé de la commanderie, de l'église, de l'école construite en 1900 et de quelques fermes[16].

Les collaborations intercommunales et réorganisations décidées par le canton au XXIe siècle vont réunir les écoles de Bardonnex et Perly-Certoux dès 2008 sous une seule direction. Les pompiers collaborent au sein des communes de Genève-Sud[19]. L'état-civil a été regroupé en 2001 pour former l'arrondissement de Plan-les-Ouates, qui comprend aussi Troinex, Perly et Plan-les-Ouates[20]. Par ailleurs la paroisse protestante actuelle s'étend sur Plan-les-Ouates, Bardonnex et Perly-Certoux (une extension analogue à l'ancienne commune de 1816-1851)[21].

La conspiration de Compesières[modifier | modifier le code]

La conspiration de Compesières est le titre donné en 1870 à un texte en dialecte savoyard, écrit à Genève en 1695 et dirigé contre les curés savoyards. Le titre original serait Entreprise des curés contre Genève. Le texte comprend 740 vers et 181 strophes. Le choix de Compesières pour cette fiction n'est lié à aucune réalité, selon les recherches historiques[22].

« Ecouta to l'entrepreiza cruella
Qua éta faita encontre ceta vella
Pet to lou paitr' & to lou z'encoura
De la Savoy, que la volon troubla. »

— Première strophe (édition 1870)

Le baptême à la baïonnette[modifier | modifier le code]

Dans le cadre des conflits religieux genevois de la fin du XIXe siècle, des curés dits « libéraux » furent imposés par le gouvernement genevois (la loi sur les cultes votée par le parlement et le peuple en 1873 exige l’élection des curés et le serment d’allégeance à l’État). La résistance des communautés catholiques fut forte. En 1875, le gouvernement fait intervenir la troupe pour permettre un baptême dans l'église de Compesières, le maire Joannès de Montfalcon refusant de délivrer les clés du bâtiment. Cet évènement laissa une forte impression et est resté dans les mémoires sous le nom de « baptême à la baïonnette »[23],[24].

Galerie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Terrier et Isabelle Plan (préf. Mark Muller, postface Jean-François Mabut), L’église Saint-Sylvestre de Compesières, Genève, Slatkine, , 59 p. (ISBN 9782832104477)
Avec un film de Christophe Gourmand : Les fouilles archéologiques de l’Église de Compesières (DVD)
  • Eric Golay et Dominique Zumkeller, Compesières, Landecy, Charrot, Bardonnex, Croix-de-Rozon : histoire et vécu d'une commune : Commune de Bardonnex, Genève, Slatkine, , 256 p. (ISBN 9782832102923)
  • Jacques Delétraz, Compesières, 1270-1970, Mémoire de Bardonnex,
  • Armand Brulhart, Erica Deuber-Pauli, Ville et canton de Genève, Berne, Benteli, (ISBN 978-3-7165-0916-6), p. 312-316
  • Edmond Ganter, Compesières au temps des commandeurs, C. Martingay,
  • Jacques Delétraz, La commune de Compesières : de sa réunion au Canton de Genève en 1816 à sa division en 1851, [s.l.], [s.n.], [ca 1951], 97 p.
  • Auguste de Montfalcon, Compesières : Notice historique illustrée, St-Maurice, , 127 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Population résidente du canton de Genève, selon l'origine et le sexe, par commune, en décembre 2015 », sur Site officiel de l’État de Genève.
  2. « Statistique de la superficie 2004/09 : Données communales », sur Office fédéral de la Statistique (consulté le 23 septembre 2010)
  3. [PDF] « Ordonnance concernant l’Inventaire fédéral des sites construits à protéger en Suisse(OISOS) », Conseil fédéral,‎ 1981 (2009) (consulté le 28 juillet 2009).
  4. Les chevaliers Anselme de Compesières et son frère sont témoins d'un acte de renonciation par Anselme Vinigers, de Bardonnex et ses deux frères de leurs droits sur trois autres personnes. Régeste genevois.
  5. Noms de lieux de Suisse romande, Savoie et autres lieux, Henri Souter, 2000-2009.
  6. Toponymes à Bardonnex et Fiches, Michel Mégard, 2004.
  7. a, b et c [PDF] « Fouilles archéologiques de l'église de Compesières (2005-2006) », État de Genève, Service archéologique,‎ (consulté le 28 juillet 2009).
  8. Terrier et Plan 2011, p. 13-25.
  9. J. Delétraz, Bardonnex-Informations, mai 1972.
  10. Isabelle Brunier, « Compesières (commanderie) » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne..
  11. [PDF] « Commune de Bardonnex », État de Genève,‎ (consulté le 28 juillet 2009).
  12. (de) « Jakobsweg.ch, Wegabschnitt Genf » (consulté le 28 juillet 2009).
  13. [PDF] « Itinéraire GE 113 »,‎ (consulté le 28 juillet 2009).
  14. Golay et Zumkeller 2007, p. 2.
  15. Terrier et Plan 2011, p. 26-37.
  16. a et b Isabelle Brunier, « Compesières (territoire) » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  17. « Les Musicales de Compesières » (consulté le 28 juillet 2009).
  18. Golay et Zumkeller 2007, Territoire et population, p. 54-56
  19. J. F. Mabut sur le Blog de Bardonnex, 30 juin 2008 - Consulté le 9 juin 2009.
  20. État-civil, site officiel de la commune de Bardonnex.
  21. Paroisse de Plan-les-Ouates, Bardonnex et Perly-Certoux.
  22. Édition critique de 1988 « La conspiration de Compesières », La Salévienne (consulté le 28 juillet 2009).
    Édition de 1870 avec introduction et notes de Philippe Plan « La conspiration de Compesières - Poëme en patois savoyard - 1695 », Cherbuliez, Genève (consulté le 2 novembre 2009).
  23. P. Blanc, J. Delétraz, Le baptême à la baïonnette de Compesières, 1975.
  24. Dominique Zumkeller, « Montfalcon, Joannès de » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne..

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]