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Compagnie de Marie-Notre-Dame

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Compagnie de Marie-Notre-Dame
Image illustrative de l’article Compagnie de Marie-Notre-Dame
Devise : Ad majorem Dei gloriam.
Institut de droit pontifical
Approbation pontificale
par Paul V
Institut congrégation religieuse
Type apostolique
Spiritualité ignacienne
Règle inspiré des constitutions jésuites
But enseignement
Structure et histoire
Fondation
Bordeaux
Fondateur Jeanne de Lestonnac
Abréviation O.D.N. (Ordinis Dominae Nostrae)
Autres noms Filles de Notre-Dame
Patron Vierge Marie
Site web Site officiel
Liste des ordres religieux

La Compagnie de Marie-Notre-Dame (en latin Ordo societatis Mariae Dominae Nostrae) est une congrégation religieuse féminine enseignante de droit pontifical créée à Bordeaux en 1607 par Jeanne de Lestonnac et présente dans une vingtaine de pays de par le monde.

Comme les jésuites dont elles constituent une branche féminine, les religieuses ont pour mission dès l'origine l'enseignement aux jeunes filles de toutes les classes de la société, et ce gratuitement[1].

En 2017, la congrégation compte 1 352 sœurs dans 165 « maisons » à travers le monde[2]. Éprouvé par la Révolution française puis la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État, son réseau éducatif rassemble désormais en France 13 établissements scolaires (chiffre 2021), après l'intégration des écoles Chevreul liées à Jane Rousset.

Sous l'Ancien Régime

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Éprouvée par de multiples deuils, la fervente catholique Jeanne de Lestonnac (1556-1640), nièce de Montaigne et veuve de Gaston de Montferrand, baron de Landiras, entre dans les ordres au monastère cistercien des Feuillantines à Toulouse, mais sa santé n'y résiste pas[3]. Marquée par cet échec, elle réalise que pour suivre Jésus, il faut tendre la main aux autres. Naît dans son cœur le projet d'une nouvelle forme de vie religieuse consacrée à l'éducation des jeunes filles[4].

Sur la suggestion des jésuites François Raymond et Jean de Bordes, elle présente le au cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, le projet de fondation d'un institut féminin inspiré des Constitutions jésuites et consacré à l’enseignement et l’éducation des jeunes filles, dans un contexte de Contre-Réforme[5] :

« La gloire de la Sainte Vierge, l'honneur de la vie Religieuse et les avantages de la foi Chrétienne entrent ensemble dans le dessein que le Ciel m'a inspiré, et font toute ma vocation. Si je suis assez heureuse pour la remplir, je verrai pour fruit de mes soins les commencements d'un Ordre qui étendra, dans tout le monde et dans tous les siècles, le nom et la gloire de la Sainte Vierge, qui fera refleurir les vertus et les pratiques de la vie religieuse et qui instruira les Filles Chrétiennes des vérités et des maximes de la foi contre tous les artifices des hérétiques qui commencent, par ces jeunes personnes, à répandre le venin dont nous avons vu la force cruelle et funeste à la France. »[6]

— Jeanne de Lestonnac

L'archevêque de Bordeaux, qui pense déjà à introduire des Ursulines dans le diocèse, approuve officiellement l'initiative le [7]. L'approbation est demandée au Saint-Siège. Le pape Paul V confirme l'Institut de l'Ordre de Notre-Dame par une Bulle expédiée le [8] (Bref « Salvatoris Domini et nostri »[9]). La congrégation prend donc le nom d'Ordre de Notre-Dame, ses religieuses le nom de Filles de Notre-Dame[10], et elle s'agrège à l'Ordre de Saint Benoit le [11]. « La place qui lui fut accordée était du côté du Port de la Garonne, près du Château Trompette et la maison qu’elle acheta était très commode près de la Chapelle du Saint Esprit que l’Archevêque lui céda libéralement pour servir de première Église à son Ordre[12]. »

Frontispice de l’édition de 1697 de l'Histoire de l’Ordre des Religieuses Filles de Notre-Dame.
Frontispice et première page de l’édition de 1697 de l'Histoire de l’Ordre des Religieuses Filles de Notre-Dame. Traduction de l’inscription : « Regarde et fais d’après le modèle » Exode chapitre 25.

Le , Jeanne de Lestonnac, âgée de 55 ans, et quatre compagnes (Serène Coqueau, Madeleine de Landrevie, Isabeau de Maisonneuve et Marguerite de Poyferré[13]) prennent l’habit religieux, « sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus par l’ordre du Cardinal »[14]. Comme les jésuites dont elles constituent une branche féminine, les religieuses de Notre-Dame ont pour mission l’instruction gratuite des filles pauvres et l’éducation des jeunes demoiselles (art. 1 des statuts)[15]. L'ouverture de leur collège, « la Maison de Notre-Dame au Saint-Esprit », rencontre un grand succès[16].

L’année suivante, en 1609, le roi Henri IV donne également son approbation, ce qui permet à la congrégation de se développer et de se répandre rapidement dans le Sud-Ouest de la France. Les Constitutions de l'Ordre sont approuvées par l'archevêque en 1614[17]. En 1616, la congrégation s'installe dans une maison plus vaste rue du Hâ à Bordeaux, un quartier plus calme[18].

À la mort de la fondatrice et première supérieure générale, en 1640, la congrégation compte une trentaine d'institutions d’enseignement en France, fondées par différentes religieuses : après Bordeaux, il y aura notamment Béziers (1616), Poitiers (1618), Le Puy (1618), Périgueux (1621), Agen (1621), Riom (1622), Pau (1626), Saintes (1626), Toulouse (1630), Pons (1631), Agde (1631), La Flèche, Tournon, Aurillac, Rodez (1626), Brioude, Alençon, Annonay, Fontenay, Saint-Flour, la Ferté, Limoges (1634), Issoire (1634), Avignon, Sarlat (1637)[19]. Leur nombre atteindra 51 en 1697 et ne bougera pas jusqu'à la Révolution française[20].

La maison de Barcelone, ouverte en 1650, est la première institution créée hors de France et marque une nouvelle étape. Au XVIIIe siècle, la congrégation se développe rapidement en Espagne et dans son empire colonial d’Amérique latine, à commencer par Mexico (1750)[21].

Révolution française et suites

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À la Révolution française, les maisons sont fermées et les religieuses expulsées. « Mises à la rue, jetées en prison, traquées et parfois réfugiées à l'étranger, les filles de Jeanne de Lestonnac connurent au moins dix années sombres, de 1792 à 1802. Les dégâts furent matériellement considérables puisque toutes les maisons furent déclarées biens nationaux avec leur mobilier. »[22] Sur les 52 communautés chassées par la Révolution, seulement 15 seront remises en route au début du XIXe siècle : Poitiers, La Flèche, Tournon, Rodez, Toulouse, Saint-Flour, Limoges, Bordeaux, Narbonne, Pradelles, Lamothe (ex-Brioude), Le Puy, Langogne, Salers, Saint-Léonard-de-Noblat. Vingt nouvelles maisons sont fondées entre 1807 et 1896[23], dont neuf à l'initiative de Marie-Thérèse Couret du Terrail (1759-1834) qui en crée une également à Rome en 1834[24].

En France, les créations de nouvelles institutions se font généralement par une déclaration d'association approuvée par l'évêque du lieu et accompagnée de statuts propres sur le modèle de ceux de Bordeaux. « La fin des religieuses de Notre-Dame est d'instruire gratuitement les pauvres filles, de les former à l'amour du travail, de la religion et des bonnes mœurs » (article premier du statut de Bordeaux, )[24].

Entre 1804 et 1899, les fondations d’institutions se multiplient en Espagne, et, dans une moindre mesure, en Italie, en Angleterre, au Mexique, au Chili et en Colombie[25].

Jeanne de Lestonnac est béatifiée le [26].

En 1904, après les limitations apportées à la loi de 1901[27], les congrégations ne sont plus autorisées à enseigner en France, qui compte alors 34 maisons de Notre-Dame[28]. Dans plusieurs cas, les bâtiments pris par l'État sont mis en vente ; des particuliers se regroupent et les rachètent, les remettant plus ou moins rapidement à la disposition des religieuses, qui doivent désormais exercer un autre travail pour vivre. Dès que cela leur est possible, les religieuses sécularisées se consacrent à l'enseignement, soit dans des familles, soit dans des écoles libres dirigées par des laïcs. Certaines préfèrent quitter la France pour pouvoir maintenir leur régime communautaire dans toute sa régularité ; des maisons s'ouvrent alors en Hollande, en Belgique[28].

« Dans cette situation d'exil et de clandestinité, la survie de l'Institut restait très problématique en France, et l'on ne jugeait pas prudent d'admettre des sujets à un engagement définitif. Il fallut laisser passer la guerre de 1914-1918, durant laquelle l'héroïsme des prêtres et des religieux revenus comme soldats en France fit taire les attaques, et fit place à une certaine tolérance officielle. (...) La cause de l'enseignement catholique était si aléatoire que des jeunes filles étaient souvent dissuadées de s'y dévouer. »[29]

Vingt-deux communautés sont peu à peu reconstituées en France[29]. La persécution survenue au Mexique en 1926 entraîne l'extension à Cuba et aux États-Unis[30].

Les Constitutions de l’institut précisaient que les religieuses étaient moniales à vœux solennels avec clôture papale et organisées en maisons autonomes, sur le modèle de monastères bénédictins. En 1920 cependant, 63 des 90 monastères de l’ordre décident de renoncer aux vœux solennels et à la clôture papale, et reçoivent l’approbation de Benoit XV le pour devenir une congrégation religieuse à vœux simples.

« De 1921 à 1956, l'Institut comporta donc deux branches, l'une de maisons demeurées autonomes et faisant désormais ressortir le titre de l'Ordre de Notre-Dame avec vœux solennels, l'autre de maisons groupées en Provinces sous l'autorité d'une supérieure générale et se désignant comme Compagnie des Filles de Notre-Dame.[30] »

Le , par le Bref Providentis Dei, le pape Pie XII réunit à la congrégation les derniers monastères, sanctionnant la réunion définitive de l’institut qui s’appelle désormais Compagnie de Marie-Notre-Dame. La congrégation compte alors 122 maisons, dont 22 en France[20], et 3 180 membres de par le monde[30].

La première maison en Afrique (Éthiopie) est ouverte en 1948, et la première en Asie, à Tokyo, en 1959[21].

Jeanne de Lestonnac est canonisée le [31].

Le concile Vatican II (1963-1965) ordonne la rénovation de la vie religieuse. Cela entraîne pour la Compagnie de Marie-Notre-Dame l'abolition des classes religieuses de choristes et de coadjudicatrices, et l'abaissement des barrières entre les communautés et le milieu apostolique. L'exercice de l'autorité accorde plus de place à la participation[31].

Après une période d'expérimentation, des Constitutions rénovées sont élaborées en 1979 et approuvées le . Elle mettent en évidence l'essentiel des Règles de 1638 et les accompagnent de formules actualisant leur contenu[31].

En 1984, la congrégation compte 256 maisons de par le monde, dont 18 en France[20], et 2337 religieuses, dont 178 en France[32].

En 2004, la Compagnie de Marie-Notre-Dame accueille en son sein la Société de Jésus-Christ fondée en 1923 à Lyon par Jane Rousset, créatrice de l'école Chevreul. L'Union générale des écoles de Chevreul (UGEC) fusionne en 2011 avec les Associations des Communautés éducatives Lestonnac (ACEL), qui avaient jusqu'alors la tutelle des établissements de la Compagnie de Marie-Notre-Dame, pour devenir le « Réseau éducatif de la Compagnie de Marie-Notre-Dame »[33].

En 2016, la Compagnie s'implante en Haïti et en 2022 au Timor oriental[21].

Activités et diffusion

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Les religieuses se consacrent principalement à l'éducation de la jeunesse.

Elles sont présentes en :

La maison généralice est à Rome.

Le Réseau éducatif de la Compagnie de Marie-Notre-Dame

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En France, les établissements scolaires sous la tutelle de la Compagnie de Marie-Notre-Dame depuis 2011 et l'intégration des établissements de la Société de Jésus-Christ sont les suivants[33],[34] :

  1. Beaumont-de-Lomagne : LEAP de Beaumont (lycée agricole)
  2. Bordeaux : Institution Notre-Dame (école, collège, lycée d'enseignement général)
  3. Limoges : Institution Beaupeyrat (école, collège, lycée d'enseignement général et technologique)
  4. Lyon : Chevreul Lestonnac (2 écoles, 2 collèges, 2 lycées d'enseignement général et technologique)
  5. Lyon : Chevreul Sainte-Croix (école)
  6. Marseille : Chevreul Blancarde (école, collège, lycée d'enseignement général)
  7. Marseille : Chevreul Champavier (école, collège)
  8. Narbonne : Institution Sévigné (école, collège)
  9. Pamiers : Institution Notre-Dame (école, collège, lycée d'enseignement général)
  10. Paris 15e : École Normale Catholique dite lycée Blomet (école, collège, lycée d'enseignement général, classes prépa)
  11. Saint-Didier-au-Mont-d’Or : Groupe scolaire Chevreul Fromente (école, collège)
  12. Saint-Sorlin-en-Bugey : LEAP de Saint-Sorlin (lycée agricole)
  13. Toulouse : École Notre-Dame (école)

Notes et références

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  1. Patrick Nicot, Archives départementales de la Haute-Vienne, Filles de Notre-Dame de Limoges (1649-1789) - Répertoire numérique détaillé, Limoges, (lire en ligne).
  2. Annuaire pontifical, Vatican, Librairie éditrice vaticane, (ISBN 978-88-209-9975-9), p. 1560.
  3. « Qui était Jeanne de Lestonnac, la sainte bordelaise canonisée il y a 75 ans ? », Sud Ouest, (consulté le ).
  4. Jean-François Julien, « “Prier 15 jours avec... Sainte-Jeanne de Lestonnac” », Le Populaire du Centre, (consulté le ).
  5. Bouzonié 1697/2012, p. 67/112.
  6. Bouzonié 1697/1992, p. 68/113.
  7. Bouzonié 1697/2012, p. 117.
  8. Bouzonié 1697/2012, p. 78/127.
  9. Soury-Lavergne 1985, p. 8.
  10. Bouzonié 1697/2012, p. 86/134.
  11. Bouzonié 1697/2012, p. 87/135.
  12. Bouzonié 1697/2012, p. 84/132.
  13. Bouzonié 1697/2012, p. 85/133.
  14. Bouzonié 1697/2012, p. 95/142.
  15. Patrick Nicot, Filles de Notre-Dame de Saint-Léonard (1766-1771) - Répertoire numérique détaillé, Limoges, Archives départementales de la Haute-Vienne, (lire en ligne), p. 2.
  16. Bouzonié 1697/2012, p. 115/165.
  17. Bouzonié 1697/2012, p. 153/202.
  18. Bouzonié 1697/2012, p. 163/211.
  19. Soury-Lavergne 1985, p. 194.
  20. a b et c Soury-Lavergne 1985, p. 211.
  21. a b et c « Compagnie de Marie Notre-Dame », sur Orden de la Compañía de María N.S. (consulté le ).
  22. Soury-Lavergne 1985, p. 199.
  23. Soury-Lavergne 1985, p. 200.
  24. a et b Soury-Lavergne 1985, p. 201.
  25. Soury-Lavergne 1985, p. 203.
  26. Soury-Lavergne 1985, p. 205.
  27. Bruno Poucet, L'enseignement privé en France, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 128 p. (ISBN 978-2-13-059456-7), p. 23.
  28. a et b Soury-Lavergne 1985, p. 206.
  29. a et b Soury-Lavergne 1985, p. 207.
  30. a b et c Soury-Lavergne 1985, p. 209.
  31. a b et c Soury-Lavergne 1985, p. 210.
  32. Soury-Lavergne 1985, p. 212.
  33. a et b « Notre histoire », sur Collège Chevreul (consulté le ).
  34. « Carte des établissements scolaires de France - Communauté Marie Notre-Dame », sur Réseau éducatif de la compagnie de Marie Notre-Dame France (consulté le ).

Bibliographie

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  • Françoise Soury-Lavergne, Chemin d'éducation : sur les traces de Jeanne de Lestonnac 1556-1640, Chambray-lès-Tours, Éditions CLD, , 445 p. (ISBN 2854430808, lire en ligne).
  • Jean Bouzonié, Françoise Soury-Lavergne et Colette Codet de Boisse, Histoire de l’Ordre des Religieuses Filles de Notre-Dame, Poitiers puis Rome, Éditions Lestonnac, (1re éd. 1697), 944 p. (ISBN 978-84-921574-4-0, lire en ligne).

Sites externes

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