Communication facilitée

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La communication facilitée est une méthode d'aide à la communication, d'apprentissage et de facilitation, dont l'objectif est de d'aider certains handicapés à s'exprimer de manière volontaire et autonome.

D'après une revue systématique de 2018, aucune étude n'a pu fournir de preuve du bien fondé scientifique de la méthode, et plusieurs critiques lui sont adressées[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Conçue dans les années 1980 par Rosemary Crossley, une enseignante australienne, la méthode vise à améliorer, en les facilitant, les capacités de communications des personnes handicapées de la parole. Originellement la méthode a été conçue pour des patients déficients physiques (infirmes moteurs cérébraux), puis testée et utilisée avec des autistes ayant une grande difficulté à communiquer par la parole et les gestes.

En 1989, Douglas Biklen popularise cette méthode aux États-Unis, dont avec des personnes autistes.

Au début des années 1990, à partir de cette technique qu'elle a introduite en France, l'orthophoniste Anne-Marguerite Vexiau développe une méthode qu'elle nomme psychophanie (du grec psyché : âme, et phanein : mettre au jour), pour la différencier de la communication facilitée[2].Anne-Marguerite Vexiau a fondé une association intitulée Ta Main Pour Parler (TMPP), devenue en 2011 Confédération Francophone TMPP (CFTMPP) qui réunit praticiens et utilisateurs et organise des formations à la méthode.

Dans les années 1990, la méthode est testée auprès d’enfants, d'adolescents et d'adultes autistes (ou déficients intellectuels) aux États-Unis, au Canada, en Allemagne, en Israël et en France. Son efficacité est très discutée par la communauté scientifique, voire niée par certains, car non prouvée selon des protocoles scientifiques faisant consensus, ou évaluée sur la base d'études portant sur un nombre insuffisant de patients[3],[2].

Description de la méthode[modifier | modifier le code]

La personne « facilitée » est allongée ou assise à côté d'un « facilitateur », qui lui soutient la main. Elle peut désigner du doigt des images, des symboles, des mots écrits, des lettres pour par exemple épeler des mots, ou utiliser un doigt pour taper sur les touches d'un un clavier d'ordinateur ou d’un agenda électronique. Le rôle du « facilitateur » est de soutenir le poignet du patient et si nécessaire d'isoler son index des autres doigts. Le facilitateur accompagne le mouvement de la main du « facilité ». Il peut lire les phrases qui s'inscrivent sans a priori provoquer leur enchaînement.

Éléments en faveur de la méthode[modifier | modifier le code]

  • Bruno Gepner (psychiatrie spécialisé dans le domaine infanto-juvénile et l'autisme) rappelle que certains troubles neuromoteurs ou psychomoteurs pouvant faire partie du syndrome autistique (troubles d'initiation du mouvement, troubles de la coordination oculo-manuelle, troubles de la lignée praxique ou kinétique, stéréotypies et persévérations, symptômes de type parkinsonien, empêchent ou rendent difficile l'acte de "pointer du doigt[4], de même que certains troubles de la perception visuelle et du mouvement[5]. L'accompagnement mécanique du pointage par le facilitateur dans la CE permettrait de rendre ces facteurs moins limitants.
    Un autre facteur de progrès serait l'apport d'un soutien psychoaffectif, émotionnel et empathique de la part de l'accompagnant, via le feed-back oral, des incitations verbales, un climat chaleureux, patient et de confiance autour du patient [6],[7],[8].
  • Un certain nombre de témoignages de familles font état d’une amélioration sensible dans la relation avec leur enfant et dans son épanouissement grâce à cette méthode ; ainsi selon une étude longitudinale en neuropsychiatrie (ayant porté sur 24 sujets autistes dont 12 ont suivi la méthode durant 18 mois) publiée en 2001, la méthode a (par rapport au groupe témoin qui a continué à bénéficier des méthodes habituelles de soutien) significativement amélioré 4 des critères de l'ECA ("échelle de comportement autistique" ) ici évaluée par 3 acteurs différents : la famille, le référent institutionnel de chaque autiste, et un clinicien extérieur. Les aspects améliorés étaient : le retrait autistique, la communication verbale et non-verbale, les réactions à l'environnement et les réactions affectives alors que la méthode n'a pas eu d'effets sur les "réactions bizarres à l’environnement", la motricité perturbée, les réactions affectives inadéquates, les troubles des conduites alimentaires (item 18), les troubles de l’attention et de l’audition). Lors de cette étude un questionnaire qualitatif sur la CF a montré quau sein des 12 familles concernées par cet essai de 18 mois, 10 familles sur 12 pensent que la CF a été utile à leur enfant[9].
  • Des écrits autobiographiques de patients, les livres qu'ils ont écrit en CF puis publié rendent compte de leur évolution intellectuelle et psychique [10],[11],[12]..

Critiques de la méthode[modifier | modifier le code]

Elles sont de deux ordres :

Critiques scientifique[modifier | modifier le code]

  • Sur le modèle théorique :

Le principal reproche fait à la méthode est que dans la grande majorité des cas, le patient ne produit pas lui-même le texte qui lui est ensuite attribué ; Une personne inapte à communiquer verbalement, par signes, ou par l'écriture, pourrait avoir (mais pas dans tous les cas) des capacités non-détectables de communiquer des pensées ou des sentiments complexes par l'écrit. Elle pourrait les exprimer avec l'aide d'un facilitateur qui pallierait ses handicaps physiques.
En 1990, selon D. Biklen aucune étude n'avait pu clairement démontrer l'existence de telles capacités complexes de communication, indépendamment de l'influence du facilitateur[13]. En 1995, Jacobson, Mulic et Schwartz jugent que la méthode n'a aucune base ou preuve scientifique[14]. Un an plus tard (1996), Beck & Pirovano publient une nouvelle analyse de la méthode[15] ;

  • Du point de vue de la clinique expérimentale, Les études réalisées, comme les méta-analyses ont conclu au milieu des années 1990 que les résultats positifs obtenus étaient directement liés à la connaissance de la réponse par le facilitateur, et qu'ils seraient pratiquement inexistants sans cela, mettant en doute la portée thérapeutiques de la méthode[16],[17],[18],[3]. En 1994, l'association américaine de psychologie prend position sur le fait que la communication facilitée ne repose sur aucune base scientifique[19]. En 2004, 3 chercheurs canadiens se basant sur plus de 30 études antérieurs concluent que seuls 1% des patients des études regroupant 10 cas et plus arrivent vraiment a communiquer via cette méthode"Sénéchal et al (2004)"[3], cependant, il est à souligner que pour des raisons pratiques, les études mentionnées ci-dessus reposent exclusivement sur la dénomination d’objets ou d'images cachés (non connus du facilitateur pour éviter le biais d'influence de ce facilitateur). Ces études ne reproduisent pas les conditions normales de pratique de la communication facilitée, utilisée par exemple pour faire des choix, ou pour exprimer des émotions. Les personnes valides ne peuvent pas davantage satisfaire à ces tests que les personnes en situation de handicap. Par contre, note le Dr Bruno Geptner « Par exemple, des réponses, mots ou phrases tapés par certains sujets autistes facilités sont tout à fait adéquats ou cohérents avec le contexte, et parfois imprévisibles par le facilitateur. » ; de plus les études expérimentales peuvent aussi être critiquées, car souvent « soit les adultes facilitateurs sont insuffisamment formés à cette technique, soit ils ne sont pas familiers des sujets autistes testés, soit le protocole expérimental lui-même altère les conditions minimales de communication collaborative entre les sujets autistes et le facilitateur »[7]. Enfin, Certains autistes soufrent de troubles neuropsychologiques cognitifs qui inhibent leur capacité à fournir des réponses verbales et/ou motrices volontaires à des questions ou consignes même simples[20],[21], ce dont il faudrait aussi tenir compte dans l'évaluation de la méthode.

Une étude préliminaire conduite par le Dr Gepner a mis en évidence une amélioration « significative » du comportement des autistes pratiquant la communication facilitée. Cette étude dite dite « avec bénéfice individuel direct », a reçu l’avis favorable du Comité Consultatif pour la Protection des Personnes en Recherche Biomédicale (CCPPRB Aix-arseille). Elle a été intégralement financée par la Direction Générale de la Santé / Ministère de la Santé). Mais, le nombre réduit d’autistes inclus dans le protocole d'étude (24 personnes dont 12 suivant la méthode) et sa méthodologie originale[22] (nécessaire car il est impossibilité de conduire une telle étude en double aveugle) font que ses résultats n’ont pas été retenus dans certaines évaluations ultérieures de la méthode.

Critique sociale[modifier | modifier le code]

Des associations impliquées dans les maladies ciblées par la méthode[23],[24], ainsi que les autorités publiques[25] s'inquiètent des dérives que cette méthode pourrait provoquer sur des personnes en grande difficulté et leur famille, alors que leur expression passe par un facilitant et ne peut s'exprimer indépendamment de sa présence. D'ailleurs la personne « facilitée », privée de parole, est généralement dans l'impossibilité de confirmer ou démentir l'interprétation que fait son « facilitant ». Les associations prennent en compte les risques d'accusations non fondées, de dissociation familiale, ou de mauvaises pratiques thérapeutiques. La formation des facilitants implique la nécessité d’une éthique très stricte, en particulier dans l’interprétation des textes. Un texte frappé en [26] ne doit pas par exemple avoir de valeur décisive ou servir à étayer une accusation. Il faut noter qu’à ce jour, aucun cas de ce type (dissociation familiale, accusations non fondées…) n’a été relevé en France[27].

En 2002, la méthode utilisée dans un foyer de handicapés en France, est interdite par la Direction départementale des Affaires sanitaires et sociales et le conseil général des Côtes-d'Armor, et des praticiens la décrivent comme « charlatanesque » ou « ésotérique »[28]. Ce fut un drame pour tous ceux qui utilisaient la CF depuis des années et qui se sont vus privés du jour au lendemain de toute communication. Cette interdiction a conduit leurs parents à déposer une pétition auprès du Ministère de la Santé, restée sans suite.

Polémiques[modifier | modifier le code]

L'efficacité de la communication facilitée n'ayant pas été prouvée par les moyens scientifiques conventionnels, elle ne fait pas l'objet de consensus scientifique.

Mme Anne-Marguerite Vexiau a intenté une action en justice contre le journal Charlie Hebdo qui avait qualifié la méthode dans un article du 17 décembre 2003 de « grotesque charlatanerie » et dénonçant le fait que la Sécurité sociale en assure des remboursements. Action qu'elle a perdue, les juges ayant notamment estimé qu’ « il s’agit d’un jugement de valeur exprimé certes sans nuances » mais qui « ne saurait être regardé comme imputant un fait précis à Mme Vexiau », et donc qu’il n’y avait pas diffamation.

En 2004 L'association Psychothérapie Vigilance remet totalement en cause la validité de la méthode, et en condamne les effets[29].

Face à la controverse sur ces méthodes et à l’enjeu pour les personnes en situation de handicap (handicapés) et leurs familles, il paraît plus que jamais nécessaire que des études, à la fois qualitatives et quantitatives, soient entreprises sur des bases validées à la fois par les opposants et les partisans de ces méthodes.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en-US) Bronwyn Hemsley, Lucy Bryant, Ralf W Schlosser et Howard C Shane, « Systematic review of facilitated communication 2014–2018 finds no new evidence that messages delivered using facilitated communication are authored by the person with disability », Autism & Developmental Language Impairments, vol. 3,‎ , p. 239694151882157 (ISSN 2396-9415 et 2396-9415, DOI 10.1177/2396941518821570, lire en ligne, consulté le 15 octobre 2019) : « Conclusion : There are no new studies on authorship and there remains no evidence that FC is a valid form of communication for individuals with severe communication disabilities. There continue to be no studies available demonstrating that individuals with communication disabilities are the authors of the messages generated using FC. Furthermore, there is substantial peer-reviewed literature that is critical of FC and warns against its use. »
  2. a et b « La "communication facilitée " », (consulté le 19 février 2014)
  3. a b et c C. Sénéchal, S. Larivée & E. Richard (2004), « Les bases fragiles de la communication facilitée », Revue de psychoéducation et d'orientation, vol. 33, no 2, p. 473-500 [présentation en ligne].
  4. Leary MR & Hill DA (1996) Moving on : autism and movement disturbance. Mental Retard ; 1 : 39-53
  5. Gepner B (2001) « Malvoyance » du mouvement dans l’autisme infantile ? Une nouvelle hypothèse neuropsychopathologique développementale. Psy Enfant.
  6. Biklen D (1992) Typing to talk : facilitated communication. American J Speech Lang Pathol ; 1: 15-7
  7. a et b Duchan J (1993 ) Issues raised by facilitated communication for theorizing and research on autism. J Speech Hear Disord ; 36: 1108-19.
  8. Vexiau A-M (1996) Je choisis ta main pour parler. Paris : Robert Laffont
  9. Gepner B (2001) Impact thérapeutique de la communication facilitée chez 12 personnes autistes. Résultats d’une étude longitudinale. Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence, 49, 301-312
  10. Rohde K (1999) L’enfant hérisson. Paris : Imago
  11. Sellin B (1994) Une âme prisonnière. Paris : Ed. Robert Laffont.
  12. Sellin B (1997). La solitude du déserteur. Paris : Robert Laffont.
  13. D. Biklen, « La communication sans limite : autisme et pratique », Harvard Educationnal review, 1990, 60291-394 ; D. Biklen et al., « La communication facilitée : implications pour sujets autistes », Topics in language disorders, 12, 1992, p. 1-28
  14. J.W. Jacobson, J.A. Mulick & A. A. Schwartz, « A history of facilitated communication: Science, pseudoscience, and antiscience », (Science Working Group on facilitated communication), American Psychologist, 50, 1995, p. 750-765
  15. A.R. Beck et C.M. Pirovano, « Performance de la communication facilitée pour une tâche de langage réceptif », Journal of autism and development disorders, 26 (5), 1996, p. 497-512
  16. Barbara B. Montee, Raymond G. Miltenberger et David Wittrock, « An Experimental analysis of Facilited Communication », Journal of Applied Behavior Analysis, 28, 1995, p. 189-200 (voir ici)
  17. Article de l'AFIS, « Communication facilitée : dix ans d’expériences négatives », SPS n° 277, mai 2007 (voir ici)
  18. M. Eberlin et al., « La communication facilitée : échec pour reproduire le phénomène », Journal of autism and development disorders, 23 (3), 1993, p. 507-530
  19. Resolution on Facilitated Communication by the American Psychological Association. Adopted in Council, August 14, 1994, Los Angeles (voir ici).
  20. Koegel RL, Koegel LK, Surratt A. Language intervention and disruptive behavior in preschool children with autism. J Autism Develop Disord 1992 ; 17 : 141-53.
  21. Leary MR, Hill DA. Moving on : autism and movement disturbance. Mental Retard 1996 ; 1:9-53
  22. Gepner B. La Communication facilitée : présentation d’une méthodologie destinée à tester son efficacité thérapeutique chez les personnes autistes. Neuropsychiatr Enfance Adolesc 1997 ; 45 : 429-31.
  23. Au Québec, la FQUATED (Fédération québécoise de l'autisme) met en garde contre les dangers de la communication facilitée (voir ici)
  24. Prevensecte.
  25. Rapport Midiluve à l'assemblée nationale [[PDF] http://www.assemblee-nationale.fr/12/pdf/rap-enq/r3507-rapport.pdf], page 82.
  26. communication facilitée
  27. Voir: http://www.tmpp.net/wp/formation/
  28. « Fait divers:Parlent-ils avec elle? », sur L'Express, (consulté le 30 octobre 2013)
  29. Antonio Fischetti (2004) « Communication facilitée et gourous subventionnés », Revue de psychoéducation et d'orientation, vol. 33, no 2, 2004, p. 473-500 [présentation en ligne].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]