Commission d'organisation des régions fortifiées

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La Commission d'organisation des régions fortifiées (CORF) est un organisme militaire français créé le par le ministre de la Guerre Paul Painlevé pour étudier et faire réaliser les ouvrages de fortification des frontières. La création de cet organisme n'est pas une décision spontanée mais le résultat d'une longue et profonde réflexion sur la meilleure façon de défendre les frontières de la France.

Le sigle CORF désigne aussi un type de fortifications, que ce soit des ouvrages, des casemates, des observatoires ou des abris, dont les plans ont été établis par la Commission et qui forment la partie la plus puissante de la ligne Maginot.

Article général Pour un article plus général, voir Ligne Maginot.

Institution[modifier | modifier le code]

Genèse de la CORF[modifier | modifier le code]

Dès 1918, le Haut-Commandement militaire se préoccupe de la nouvelle organisation défensive de la France. Tout en précisant bien que « le plan de guerre consiste à porter la guerre en territoire ennemi », une note du pose les grands principes de la future organisation défensive avec, notamment, la création de « régions fortifiées » qui doivent être «  amorcées dès le temps de paix ».
Le , il signe une « instruction générale sur les études préparatoires à l’organisation défensive des fronts d’Alsace et de Lorraine » et, le 17 mars, le Conseil supérieur de la guerre décide de confier les études concrètes à ses membres.

Commission de défense du territoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Projets de la CDT (1922-1923).

Le , en raison des opinions divergentes qui résulte des travaux du Conseil, les études de l’organisation défensive sont confiées à une « Commission de défense du territoire » (CDT) dont la présidence est confiée au maréchal Joffre. Il en démissionne très rapidement en raison de l’opposition irréductible des tenants des deux concepts de fortification :

  • une fortification permanente discontinue, mise en place dès le temps de paix, mais dans certains secteurs sensibles seulement ;
  • une fortification de campagne linéaire renforcée à mettre en place au moment de la mobilisation générale.

Fin 1925, la CDT dépose son rapport et, quelques jours après, le 31 décembre, le ministre publie un décret créant une « Commission de défense des frontières » (CDF) dont la présidence est offerte au général Guillaumat qui présidait la CDT depuis le départ du maréchal Joffre.

Commission de défense des frontières[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Projets de la CDF (1925-1931).

Cette Commission de défense des frontières est essentiellement une émanation du Conseil supérieur de la guerre et sa mission est de définir précisément l’organisation détaillée du futur système défensif.

Dès le , la CDF adresse au ministre de la Guerre son rapport sur l’organisation défensive des frontières qui préconise de créer un système fortifié discontinu susceptible de résister avec ses seuls moyens pendant une huitaine de jours pour permettre la mobilisation générale et la concentration des armées :

Le , au cours de sa 12e réunion, la CDF demande la réactivation du « Comité des fortifications », organisme qui avait assuré avec succès au XIXe siècle la supervision de la construction des fortifications, en particulier du système Séré de Rivières.

Finalement, le , le ministre de la défense Painlevé publie un décret mettant sur pied non pas le Comité des fortifications attendu mais une « Commission d’organisation des régions fortifiées » (CORF). La Commission de défense des frontières va continuer à fonctionner parallèlement à la CORF, pendant près de quatre ans, mais le ministre n'en renouvellera pas les membres à leur départ.

Composition de la CORF[modifier | modifier le code]

La CORF était constituée de quatre puis cinq membres, tous officiers supérieurs et provenant des armes savantes (génie et artillerie).

Le président de la commission est l'inspecteur général du génie en exercice délégué par son arme, il suivait les indications de la majorité après avoir donné son avis technique. Le premier est le général de division Fillonneau à partir de septembre 1927, remplacé le par le général de division Belhague jusqu'à la dissolution de la commission le .

En 1927, les autres membres sont le général de brigade Guitry (alors sous-chef d'état-major de l'armée[1]), le général de division Heusch (membre du Comité technique du génie[2]) et le général de brigade Culmann (chef du secrétariat de la Commission[3]). En juin 1928 se rajoute un cinquième membre, le général de division Challéat (inspecteur des études et expériences techniques de l'artillerie[4])[5]. Pour le cas du Sud-Est (les Alpes ne font pas partie des attributions du général Culmann), un secrétariat, dirigé par le colonel Oehmichen puis à partir du par le lieutenant-colonel Métrot, coordonne les travaux.

La Commission s'appuie sur des délégations locales pour la conception des plans d'ouvrage et le suivi des travaux. Ces délégations sont composées du directeur local du génie, d'un officier d'infanterie et d'un d'artillerie. Leur chefs sont :

Décisions prises[modifier | modifier le code]

La commission a fait le choix de défendre les frontières françaises avec une ligne de fortification construite en temps de paix, dont l'ossature est composée de trois régions fortifiées (RF de Metz, de la Lauter et de Belfort).

Elle est à l'origine de la réalisation pratique de la majorité de la ligne Maginot, en métropole (dans le nord-est comme dans le sud-est), en Corse (l'organisation défensive de la Corse) ainsi qu'en Tunisie (la ligne Mareth).

Les premiers travaux débutent en 1928 à Rimplas (dans les Alpes-Maritimes).

Organes CORF[modifier | modifier le code]

L'acronyme désigne aussi un type de fortifications dont les plans ont été validés par la Commission.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Un ouvrage CORF désigne un fort construit pour interdire par ses tirs une portion de la ligne fortifiée. Ces ouvrages sont composés de blocs, reliés le plus souvent entre eux par des galeries souterraines, avec des œuvres vives souterraines communes (magasins, casernement, usines, etc.).

Casemates[modifier | modifier le code]

Une casemate CORF est une fortification interdisant de ses tirs de mitrailleuses une portion de la ligne, assurant la continuité des feux entre les ouvrages.

Observatoires[modifier | modifier le code]

Un observatoire CORF est une fortification protégeant des cloches d'observation et des appareils optiques (périscopes) destinés au réglage d'artillerie. Les observatoires peuvent être intégrés dans les ouvrages comme être indépendants.

Abris[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abri de la ligne Maginot.

Un abri CORF est une fortification servant d'abri pour toute une compagnie d'infanterie. Deux modèles ont été développés, l'abri de surface et l'abri-caverne (en souterrain, avec deux blocs d'entrées en surface).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Guitry est nommé sous-chef d'état-major général de l'armée le 24 janvier 1928, général de division et commandant de la 42e division d'infanterie (à Metz) le 4 septembre 1931, commandant de la 10e région militaire (à Nantes) le 8 avril 1934, commandant de la 6e région militaire (à Metz) et gouverneur militaire de Metz le 30 juin 1934 jusqu'au 11 avril 1936.
  2. Jules Heusch est nommé général de brigade et exerce le rôle de chef d'état-major du Commandement supérieur des troupes au Maroc du 22 mars 1923 au 12 juin 1926, général de division et membre du Comité technique du génie le 30 septembre 1927, commandant de la 10e division d'infanterie (à Paris) le 5 mai 1929 et commandant de la 5e région militaire (à Orléans) du 4 décembre 1931 au 7 septembre 1934.
  3. Frédéric Culmann est membre du Comité technique du génie du 18 octobre 1927 au 3 juillet 1930.
  4. Jules Challéat est nommé chef de l'artillerie de la 8e région militaire (à Dijon) le 27 septembre 1920, général de division et inspecteur des études et expériences technique de l'artillerie du 22 août 1925 au 29 août 1929. Source : « Postes de commandement avant la guerre », sur http://web.genealogies.free.fr.
  5. Jean-Yves Mary, Alain Hohnadel et Jacques Sicard, op. cit., t. 1, p. 21.
  6. Jean-Yves Mary, Alain Hohnadel et Jacques Sicard, op. cit., t. 1, p. 23.
  7. Jean-Yves Mary, Alain Hohnadel et Jacques Sicard, op. cit., t. 5, p. 12.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]