Commerce de l'ivoire

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Marchands d'ivoire, vers 1912.

Le commerce de l'ivoire est l'activité économique d'achat et de revente d'ivoire animal provenant des défenses d'éléphants, de morses, de narvals[1], de mammouths[2], voire d'hippopotames. Lorsque ce commerce est illégal, il est désigné sous le nom de trafic d'ivoire.

L'ivoire est commercialisé depuis des siècles par les humains, y compris dans certaines régions comme le Groenland, l'Alaska et la Sibérie. Ce marché, plus récemment, met certaines espèces en danger d'extinction, ce qui a entraîné des restrictions et des interdictions. L'ivoire était à l'origine utilisé pour confectionner des touches de piano et d'autres objets décoratifs du fait de sa couleur blanche. L'industrie du piano l'a abandonné dans les années 1970.

Ce commerce est le principal facteur responsable du déclin des populations d’éléphants d'Afrique, dont les deux espèces (éléphant de savane et éléphant de forêt) sont aujourd'hui classées " vulnérable " et " en danger", respectivement, par l'Union internationale pour la conservation de la nature.

Ivoire d'éléphant[modifier | modifier le code]

Commerce de l'ivoire au Ghana, 1690.

L'ivoire d'éléphant a été exporté d'Afrique et d'Asie depuis des siècles, atteignant des records au XIVe siècle av. J.-C.. Après la colonisation de l'Afrique, l'ivoire a été exporté, souvent grâce à l'esclavage pour son transport, afin de servir de matière première à la fabrication de touches de piano, de boules de billard et d'autres objets exprimant l'exotisme et le raffinement[3].

Les chasseurs d'ivoire furent responsables de la disparition des éléphants en Afrique du Nord il y a environ 1000 ans, dans la plus grande partie de l'Afrique australe au XIXe siècle, et de la plupart de l'Afrique de l'Ouest à la fin du XXe siècle. Au plus fort de ce commerce, pendant la colonisation de l'Afrique, entre 800 et 1 000 tonnes d'ivoire étaient envoyées en Europe chaque année[4].

Les guerres mondiales et les dépressions économiques qui ont suivi ont été à l'origine d'une trêve dans le commerce de ce produit de luxe, avant de connaître de nouveau la prospérité au début des années 1970. Le Japon, déchargé de ses restrictions commerciales imposées après la Seconde Guerre mondiale, commença à acheter de l'ivoire brut. Ceci eut pour effet d'accroître la pression sur les éléphants de forêt d'Afrique et sur les éléphants d'Asie, les deux espèces privilégiées pour fournir les japonais qui préféraient leur ivoire, plus dur, pour fabriquer des hankos, sceaux utilisés pour signer des documents, des estampes et des correspondances.

Législations et mesures de luttes[modifier | modifier le code]

En avril 2016, le Kenya a détruit tout son stock d'ivoire, soit 105 tonnes. Il en resterait plus de 600 tonnes dans les stocks d'autres états africains. En juillet 2016, les États-Unis interdisent le commerce de l'ivoire sur leur territoire. Hong Kong a décidé d'en faire de même d'ici 2021 et la Chine s'y est engagée, sans toutefois annoncer de calendrier.

En France, le commerce de l'ivoire est interdit depuis l'arrêté du 16 août 2016, exception faite des objets travaillés datant d'avant le , date d'entrée en vigueur de la convention de Washington (CITES)[5],[6],[7].

Hypothèse d'un marché légalisé de l'ivoire[modifier | modifier le code]

Certains pays et quelque parties prenantes ont estimé que légaliser et encadrer le commerce de l'ivoire pourrait être un moyen de sauver certaines populations d'éléphants[8]. Ils ont cherché à relancer cette proposition lors de sa 17e réunion de la CITES à Johannesburg du 24 septembre au 5 octobre 2016. Selon eux un marché légal pourrait miner le braconnage et financer les mesures de protection de cet animal. Cette proposition reposait sur trois hypothèses[9] :

  1. la réglementation de l'ivoire ferait cesser le braconnage d'éléphants ; Dans d'autres domaines, des réglementations visant à conserver une population maitrisée n'a pas stoppé les prises illégales[9],[10]. Les ventes ponctuelles expérimentales d'ivoire tentées entre 1999 et 2008 n'ont en rien arrêté le braconnage des éléphants et au contraire elles ont brutalement et fortement relancé l'offre et la demande y compris via le marché illégal[11]. Avant cela après la seconde guerre mondiale, il avait été constaté que la réglementation baleinière n'avait pas pu stopper la chasse illégale à la baleine qui s'est poursuivie durant des décennies[9]. Plus tard l'introduction d'une chasse au loup raisonnée aux États-Unis a en réalité augmenté les activités de braconnage[9] ; Les braconniers ont tué environ 30 000 éléphants par an de 2007 à 2014, faisant que le nombre d'éléphants d'Afrique s'est effondré (de plus de 95 % au XXe siècle)[9].
  2. des quotas durables pourraient être appliqués en toute transparence, avec traçabilité de tout l'ivoire (par exemple via des analyses d'ADN pour chaque défense[12]) ; ceci semble très difficile faute de bonne gouvernance sur les chaînes d'approvisionnement en ivoire[9], notamment dans certains pays connus pour leurs problèmes de corruption[13] ;
  3. ces quotas durables seraient assez significatifs pour rapprochent l'offre d'ivoire de la demande actuelle. Cette dernière hypothèse a été fin 2016 battue en brèche par une nouvelle étude[9] qui conclut que face à la demande mondiale du marché, les éléphants d'Afrique ne peuvent se produire assez vite pour fournir l'ivoire recherché pour les sculptures et les bijoux[14]. « La demande d'ivoire (210 t/an environ) est tout simplement trop grande, elle dépasse ce que les éléphants peuvent produire », résume le biologiste David Lusseau de l'Université d'Aberdeen au Royaume-Uni, auteur principal de l'étude[14]. Protéger des éléphants d'Afrique pour vendre leurs défenses les conduirait aussi à l'extinction car il ne faudrait pas prélever plus de 100 à 150 kg d'ivoire pour une population de référence de 1 360 éléphants, c'est bien moins que la demande actuelle. L'étude conclut que le meilleur moyen de protéger l'éléphant reste de travailler à une réduction de la demande des consommateurs[9].

De plus ce marché « manqueraient rapidement des gros mâles [qui produisent le plus d'ivoire] et il faudrait donc tuer plusieurs éléphants plus jeunes pour récolter la même quantité d'ivoire » ce qui conduirait à une spirale négative, d'autant qu'il faut 45 à 55 ans pour qu'un mâle atteigne l'âge où ses défenses sont les plus intéressantes[14].

Selon ElephantVoices (groupe de conservation basé à Nairobi) certains chercheurs pensent que le simple fait de discuter de la légalisation est déjà un mauvais signal, car pouvant encourager les acheteurs potentiels et la chaîne criminelle impliquée dans le trafic ; « Nous devrions conserver l'interdiction, et éliminer la demande plutôt que d'essayer d'y répondre »[14].

Ivoire de morse[modifier | modifier le code]

Ivoire de narval[modifier | modifier le code]

Ivoire de mammouth[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Chris Lavers, The Natural History of Unicorns, USA, William Morris, , 112–150 p. (ISBN 978-0-06-087414-8)
  2. (en) Andrew E. Kramer, « Trade in mammoth ivory, helped by global thaw, flourishes in Russia », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  3. « Profound changes », sur www.biothinking.com (consulté le 25 octobre 2016)
  4. (en) Keith Lindsay, « Trading elephants for ivory », New Scientist, no 1533,‎ , p. 48-52 (ISSN 0262-4079, lire en ligne)
  5. « La France renforce son interdiction du commerce de l'ivoire », sur actu-environnement.com,
  6. « Arrêté du 16 août 2016 relatif à l'interdiction du commerce de l'ivoire d'éléphants et de la corne de rhinocéros sur le territoire national | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 1er novembre 2016)
  7. « Interdiction du commerce de l’ivoire et de la corne de rhinocéros: la France presque exemplaire », sur ifaw.org,
  8. Stiles D (2015) Only Legal Ivory Can Stop Poaching. Earth Island Journal, http://www. earthisland. org/journal/index. php/eij/article/stiles.
  9. a, b, c, d, e, f, g et h Lusseau D & Phyllis C. (2016) Can We Sustainably Harvest Ivory? ; Current Biology ; Volume 26, Issue 21, p. 2951–2956, 07 novembre 2016 ; DOI: https://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2016.08.060
  10. Fischer, C. (2004). The complex interactions of markets for endangered species products. Journal of Environmental Economics and Management, 48(2), 926-953.
  11. Hsiang, S., & Sekar, N. (2016). Does legalization reduce black market activity? Evidence from a global ivory experiment and elephant poaching data (No. w22314). National Bureau of Economic Research (résumé).
  12. Comstock K.E, Ostrander EA & Wasser S.K (2003) Amplifying nuclear and mitochondrial DNA from African elephant ivory: a tool for monitoring the ivory trade. Conservation Biology, 17(6), 1840-1843.
  13. Bennett, E. L. (2015). Legal ivory trade in a corrupt world and its impact on African elephant populations. Conservation Biology, 29(1), 54-60.
  14. a, b, c et d Virginia Morell (2016), Legalizing ivory trade won't save elephants, study concludes Science Mag, Sep. 15, 2016 from Africa Plants & Animals Scientific Community conservation topic ; DOI: 10.1126/science.aah7306

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bulte, E. H., Damania, R., & Van Kooten, G. C. (2007). The effects of one-off ivory sales on elephant mortality. Journal of Wildlife Management, 71(2), 613-618 (résumé).
  • Environmental Investigation Agency (2015) Japan’s illegal ivory trade and fraudulent registration of

ivory tusks. Environmental Investigation Agency.

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • The Ivory game, Kief Davidson et Richard Ladkani, 2016.
  • Trafic d'ivoire, la guerre perdue, Jakob Kneser, 2015.