Commanderie de Sainte-Eulalie-de-Cernon

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Commanderie de Sainte-Eulalie-de-Cernon
L'échauguette, détail de la cour intérieure de la commanderie, sur l'aile Renaissance datée de 1648.
L'échauguette, détail de la cour intérieure de la commanderie, sur l'aile Renaissance datée de 1648.
Présentation
Fondation Drapeau de l'Ordre du Temple Templiers 1151
Reprise Drapeau des chevaliers hospitaliers Hospitaliers 1312
Protection Logo monument historique Classé MH (1976)
Logo monument historique Inscrit MH (2003)[1]
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Midi-Pyrénées
Département Aveyron
Ville Sainte-Eulalie-de-Cernon
Coordonnées 43° 58′ 57″ nord, 3° 08′ 09″ est
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Commanderie de Sainte-Eulalie-de-Cernon
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Commanderie de Sainte-Eulalie-de-Cernon

La commanderie de Sainte-Eulalie-de-Cernon, dite parfois aussi Sainte-Eulalie de Larzac est une ancienne commanderie templière puis hospitalière située dans le département de l'Aveyron, au pied du plateau du Larzac à 20 kilomètres au sud-est de Millau.

Historique[modifier | modifier le code]

L'histoire des Templiers sur le Larzac débute en 1151 lorsque l'abbé de Saint-Guilhem-le-Désert, Raimond, fait don de l'église de Sainte-Eulalie[2].

Plusieurs donations importantes sont faites par les seigneurs locaux aux Templiers, mais la plus importante reste celle faite en 1159 par Raimond Bérenger, roi d'Aragon et comte de Barcelone. En effet, celui-ci leur fait don de la totalité du village de Sainte-Eulalie-de-Cernon ainsi que d'une grande partie du Larzac par l'entremise du commandeur de Rouergue, Élie de Montbrun. Cette donation s'accompagne d'un droit de construction pour des villages et des forteresses.

À partir de 1159, les Templiers vont donc commencer à rebâtir l'église puis ils vont construire les bâtiments de la commanderie.

En 1307, lors de la chute du Temple, les chevaliers et hommes d'armes de Rouergue sont arrêtés et emprisonnés dans le château de Najac.

Lorsqu'en 1312, tous les biens de l'Ordre sont donnés aux Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, ceux-ci entreprirent notamment de reconstruire le bâtiment communautaire et de construire la première chapelle de l'église. En 1317, le pape Jean XXII décide de scinder le diocèse de Rodez en créant le diocèse de Vabres dont faisait partie Sainte-Eulalie.

Au XVe siècle, des suites de l'insécurité liée à la guerre de Cent Ans, les Hospitaliers vont faire ériger l'enceinte fortifiée autour du village.

Commandeurs templiers[modifier | modifier le code]

Les sources divergent sur les premiers commandeurs de cette maison. Antoine du Bourg considérait qu'avant le XIIIe siècle, les dignitaires désignés comme maîtres en Rouergue étaient commandeurs de Sainte-Eulalie[3]. Émile-Guillaume Léonard, qui publia une liste plus affinée en 1930 n'a pas repris ce point de vue[4]. Dans cette liste ne figurent que les noms et les périodes où ces dignitaires sont nommément désignés comme commandeurs de Sainte-Eulalie avec en commentaires, le cas échéant, les périodes où ils portent le titre de maître en Rouergue - maîtres dans le diocèse de Rodez. Attention au fait que quand le commandeur de baillie était présent dans une commanderie, il actait en lieu et place du commandeur de cette maison mais il n'en était pas le commandeur pour autant[note 1]. On notera également que les titulatures ont évolué, initialement on trouve le titre de maître de Sainte-Eulalie puis commandeur-précepteur à partir de Bego de Savarzac en 1176[4].

Cette liste est établie à partir de celle de monsieur Léonard, complétée par des publications plus récentes le cas échéant.

Commandeur Période Commentaires
fr. Étienne de Malleville 1166[4] (la): Stephanus de Malavilla. Maître en Rouergue en 1161[3]
fr. Bertrand Galqueir 1171-1172[4] Bertrandus Galqueir.
fr. Elie de Montbrun 1173[4] Helias de Montebruno, Élias de Monbru. Maître en Rouergue (1150, 1168-1172), maître dans le diocèse de Rodez (1158, 1164)[4]
fr. Bégon de Sarbazac 1176[4] Bego de Sarvazac, Maître en Rouergue (1175-1176)[3]
fr. Bernard Eschafredi 1178-1179[4] Bernardus Eschafredi
fr. Guillaume de Castain 1179[4] Guillelmus de Castain
fr. Galy de Montalt 1180[4] Gallinus de Montalt, « magister et gubernator domus S. E » (1180), maître dans le diocèse de Rodez (1177)[4], maître en Rouerge (1176-1177)[3]
fr. Guilhem Arnaud (Guillelmus Arnaldi) c. 1200 Puis commandeur de Pézenas (1204-1208)
fr. Guillaume de Sonnac (Wilielmus de Sonayo) c. 1230 Maître de la province d'Aquitaine à partir de 1236
puis maître de l'ordre en 1247.
fr. Pierre de Campfayet (Petrus de Campofayeto) 1241
1247 - 1255
...
fr. Pierre Raymond de Salasc (Petrus Raimundi de Salcis) 1258 - 1266[4]
fr. Hugues de Sances / de Santhes (Hugo de Santes) 1267 - 1269[4] [Commandeur de la baillie]
Mentionné entre 1291 et 1296 d'après l'interrogatoire en 1311 du frère sergent Durand Passerion, dernier commandeur de La Clau au diocèse de Rodez.
[5],[6]

Sous-commandeur de La Capelle-Livron (1259)
Commandeur de Clermont-d'Hérault (1269), de La Capelle-Livron (1272-1278, 1280-1286), de Roaix (1284)
[4]
fr. Pierre Raymond de Salasc (Petrus Raimundi de Salas ; de Salciis) 1273[7] - 1276[4] [Commandeur de la baillie de Sainte-Eulalie]
Commandeur de Sainte-Eulalie et de Clermont-l'Hérault (1276)

Mentionné également vers 1289 d'après l'interrogatoire du dernier commandeur de la Cavalerie, frère Pierre Gossan.[5],[8]
fr. Frédol de Laissian (Fredolus de Alissano (de Laissa)) 1276 - 1278
fr. Raimon d'Uzès-Posquières 1280[4],[9] Raymond de Posquières[10]
(R. de Posqueiras, Raimundus de Posqueria, de Posqueriis, de Posquieiras)

Frère de la commanderie d'Avignon (1263), frère chevalier présent à Arles (1264)
Commandeur de La Selve (1267[9]-1279[note 2] )
, de Douzens (1278)[11]
fr. Guillaume Hugolin (Guillelmus Hugolini) 1281[4]
fr. Frédol de Laissian (Fredolus de Alissano (de Laissa)) 1284[4]
fr. Guigues Adhémar (Guigonis Ademari) ? - 1293 Devient maître de la province de Provence en 1293[12],[13]
fr. Bernard Guinebaud (Bernardo Ginebaudi) 1303 Trudon des Ormes, vol. 7, p. 567


Commandeurs hospitaliers[modifier | modifier le code]

  • Astorg de Caylus (1349-1357)[14], fut également prieur de Navarre (1372-1377)[3].
  • Jean de Bernuy Villeneuve (milieu du XVIIe siècle)[15].

Description[modifier | modifier le code]

Sainte Eulalie présente deux ensembles fortifiés distincts mais accolés : les remparts entourant le village, construits au XVe siècle par les Hospitaliers et la commanderie (en partie reprise au XIVe siècle par ces derniers) en forme de quadrilatère fortifié sur l'extérieur qui comprend des bâtiments agricoles, l'église et le bâtiment communautaire avec au centre une cour intérieure. La commanderie comprend alors le château cité en 1249, des bâtiments dévolus à l'activité agricole : écuries, basse-cour, tour grenier des Quarantes[note 3] et bergerie[16]. Le château ou palais était divisé en « palais haut » avec le dortoir des moines et en « palais bas » avec la grande salle de la commanderie à usage de réfectoire et de lieu de réunion du chapitre[17]. Cette grande salle a été dédoublée en hauteur et de la cloisonnée dans sa longueur par le commandeur Jean de Bernuy Villeneuve au XVIIe siècle. Elle accueille de nos jours des manifestations et expositions diverses[18]. Sur les murs, ont peux voir une peinture du XVIIIe siècle.

L'Église[modifier | modifier le code]

Elle a été reconstruite par les templiers lorsqu'ils se sont installés à Sainte-Eulalie au XIIe siècle. Elle est d'une construction sobre à simple nef, composée de quatre travées et d'une abside semi-circulaire voûtée en cul de four, orientée vers l'Est.

Toutes les chapelles latérales actuelles datent du XIXe siècle, à l'exception de la première sur la droite en entrant qui date du XIVe.

Sa particularité est son entrée qui a été percée tardivement, en 1641, dans le chevet d'origine par le commandeur Jean de Bernuy Villeneuve. Il inverse le sens de l'église permettant ainsi son accès direct par la place et non plus par la cour intérieure de la commanderie[note 4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir l'explication proposée par l'historien Damien Carraz dans Damien Carraz (préf. Alain Demurger), L'Ordre du Temple dans la basse vallée du Rhône (1124-1312) : Ordres militaires, croisades et sociétés méridionales, Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. « Collection d'histoire et d'archéologie médiévales / 17 », (ISBN 978-2-7297-0781-1, lire en ligne), p. 91 (note 41).
  2. Jusqu'en 1279 d'après Damien Carraz or on le trouve dès 1278 à Douzens et a donc du quitter La Selve avant cette date. En 1280 le commandeur de La Selve était Bertrandus de Castelnou / Castronovo et un nouveau commandeur de Douzens apparaît dans les sources en 1281: Raimon Bérenger (1281-1283).
  3. On y stockait l’impôt en nature s'élevant au quarantième des récoltes.
  4. Il aménagera aussi la place et transférera le cimetière templier à l'extérieur des remparts de la ville[16].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Ancien château des Templiers, ancienne commanderie des Hospitaliers », notice no PA00094146, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. (de) Encyclopédie des templiers, université de Hambourg, Lexique S, paragraphe "Sainte Eulalie"
  3. a b c d et e Bourg 1883, p. 582
  4. a b c d e f g h i j k l m n o p q et r E.G Léonard, « Tableau des maisons françaises du Temple et de leurs précepteurs », dans Introduction au Cartulaire manuscrit du Temple (1150-1317), constitué par le marquis d'Albon et conservé à la Bibliothèque nationale, E. Champion, , xv-259 p.
  5. a et b Amédée-Louis-Alexandre Trudon des Ormes, « Liste des maisons et de quelques dignitaires de l'ordre du Temple en Syrie, en Chypre et en France d'après les pièces du procès », dans Charles-Jean-Melchior de Vogüé, Revue de l'Orient latin, vol. ., Paris, Ernest Leroux, 1893-1911 (ISSN 2017-716X), p. 567-568, lire en ligne sur Gallica
  6. (la) Jules Michelet, Le procès des Templiers, vol. 2, Paris, Imprimerie nationale, coll. « Documents inédits sur l'histoire de France », , 540 p. (lire en ligne), p. 160-161
    (la): « Frater Durandus Passarion serviens, preceptor domus de la Clau Ruthenensis diocesis... ». Curieusement ce commandeur indique avoir environ 50 ans et aurait été reçu à l'âge de 29 ans, ce qui parait tardif. Peut-être faut-il lire il y a 31 ans plutôt que 21 ? Cela pourrait mieux correspondre à la période du commandeur de Sainte-Eulalie qui l'a reçu dans l'ordre, à savoir Hugues de Sances vers 1280
  7. Les Templiers du Larzac : la commanderie du temple de Sainte-Eulalie de Larzac, , 255 p. (présentation en ligne), p. 212
    (la): « vobis fratri Raimundo Bermundi præcptori domus militie Templi de la Cobertoirada pro domino fratre Petro Raimundi de Salas preceptore Sancte Eulalie » (1273).
  8. (la) Jules Michelet, Le procès des Templiers, vol. 2, Paris, Imprimerie nationale, coll. « Documents inédits sur l'histoire de France », , 540 p. (lire en ligne), p. 158-159
    (la): « Frater Petrus Gotandi, preceptor domus de la Gavalaria, diocesis Ruthenensis, serviens ... quondam fuisse receptos in capella domus Templi sancte Eulalie dicte diocesis [Lodève] erunt circiter XXII anni, per fratrem Petrum Raymundi militem quondam , preceptorem dicte domus », lire en ligne sur Gallica.
  9. a et b Damien Carraz (préf. Alain Demurger), L'Ordre du Temple dans la basse vallée du Rhône (1124-1312) : Ordres militaires, croisades et sociétés méridionales, Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. « Collection d'histoire et d'archéologie médiévales / 17 », (ISBN 978-2-7297-0781-1, lire en ligne), p. 299 (note 70)
  10. (en) Jochen Schenk, Templar families : landowning families and the Order of the Temple in France, c.1120-1307, Cambridge/New York, Cambridge University Press, , 339 p. (ISBN 978-1-107-00447-4, présentation en ligne), p. 197
    Erratum de l'auteur quant à la date la plus tardive, lire 1279/80 au lieu de 1289, cf. la source mentionnée (Bourg 1883, p. 582).
  11. Léonard 1930, p. 62, 65
  12. Jean Reybaud, « Histoire de la province de Provence qui était jadis de l'ordre du Temple », Mémoires de l'académie de Nîmes, 7e série, t. 28,‎ , p. 322, lire en ligne sur Gallica
  13. Carraz 2005, p. 291, 299, 320, 322, 404, 485
  14. Philippe Huppé, Les seigneurs de Clermont-Lodève : Du palais carolingien à la cour napolitaine (IXe-XVe siècles), Les Presses Littéraires, , 175 p. (présentation en ligne), p. 17, 30
  15. « Route templière - Larzac », Histoire & Patrimoine, no 5,‎ août-septembre-octobre 2003, p. 114.
  16. a et b Route templière - Larzac, p. 114.
  17. Route templière - Larzac, p. 115.
  18. Route templière - Larzac, p. 116.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antoine-Regis Carcenac, La commanderie du Temple de Sainte-Eulalie de Larzac : recherche d'histoire économique et sociale (milieu XIIe début XIVe siècle), .
  • (en) Dominic Selwood, « Portrait of a Commandery : Saint Eulalia », dans Knights of the cloister : Templars and Hospitallers in central-southern occitania 1100-1300, Boydell & Brewer Ltd, , 261 p. (ISBN 978-0-8511-5828-0, lire en ligne).
  • André Soutou, La commanderie de Sainte-Eulalie de Larzac, , 54 p. (ASIN B0014MMCBI).
  • André Soutou, « Accord conclu entre l'abbé de Saint-Guilhem et le commandeur des templiers de Sainte-Eulalie », Études sur Pézenas et sa région, tome 6, 1975, p. 25-28. [lire en ligne].
  • Hippolyte de Barrau, « Commanderie de Sainte-Eulalie-du-Larzac », dans Ordres équestres : Documents sur les Ordres du Temple et de Saint-Jean-de-Jérusalem en Rouergue ; suivis d'une notice historique sur la Légion d'honneur et du tableau raisonné de ses membres dans le même pays, Rodez, N. Ratery, , 591 p., p. 6-10, lire en ligne sur Gallica.
  • Antoine du Bourg, « Commanderie de Sainte-Eulalie », dans Histoire du grand prieuré de Toulouse et des diverses possessions de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans le sud-ouest de la France, Languedoc, Pays de Foix, de Comminges, de Béarn, Gascogne, Guyenne, Périgord, Quercy, Albigeois, Rouergue : Avec les pièces justificatives et les catalogues des commandeurs, Toulouse, Louis Sistac & Joseph Boubée, , p. 576-583, lire en ligne sur Gallica.
  • Antoine du Bourg, « Établissement des chevaliers du Temple et de Saint-Jean de Jérusalem en Rouergue », Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron, vol. 13,‎ 1881-1886, p. 157-169 et 178-181, lire en ligne sur Gallica.
  • Arlette Higounet-Nadal, « L'inventaire des biens de la commanderie du Temple de Sainte-Eulalie du Larzac en 1308 », Annales du Midi, tome 68, no 34-35, 1956, p. 255-262 [lire en ligne].
  • Henri Baron, Le Bailli de Riqueti-Mirabeau (1717-1794), dernier commandeur de Sainte-Eulalie-du-Larzac (Bulletin n° 4 de la Société de l'Histoire et du Patrimoine de l'Ordre de Malte, 2004).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]