Commanderie de Saint-Étienne-de-Renneville

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Commanderie de Saint-Étienne de Renneville
Image illustrative de l’article Commanderie de Saint-Étienne-de-Renneville
Présentation
Fondation Drapeau de l'Ordre du Temple Templiers XIIe siècle
Reprise Drapeau des chevaliers hospitaliers Hospitaliers 1312
Protection Logo monument historique Inscrit MH (1992)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Normandie
Département Eure
Ville Sainte-Colombe-la-Commanderie
Coordonnées 49° 05′ 47″ nord, 0° 56′ 46″ est
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Commanderie de Saint-Étienne de Renneville

La commanderie de Saint-Étienne-de-Renneville est une commanderie hospitalière d'origine templière située à Sainte-Colombe-la-Commanderie dans le département de l'Eure en Normandie.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le portail d'entrée.

La commanderie Saint-Étienne-de-Renneville se situe sur le territoire de la commune de Sainte-Colombe-la-Commanderie. Elle se trouve dans le centre du département de l'Eure au milieu d'une grande plaine agricole appelée le plateau du Neubourg. Elle borde la D 613 qui relie les villes d'Évreux et de Lisieux.

On voit dans l'Atlas de Trudaine du XVIIIe siècle, la Commanderie St Étienne un peu en retrait de la Grande route de Paris à Caen par Lizieux[n 1].

Historique[modifier | modifier le code]

XIIe siècle : fondation de la commanderie[modifier | modifier le code]

Richard d'Harcourt, deuxième fils de Robert Ier d'Harcourt et de Colette d'Argouges[1], fonde la commanderie de Saint-Étienne vers 1140[2] ; la construction de la chapelle fait suite à l'héritage reçu après la mort de Robert Ier d'Harcourt[3],[n 2] ; d'après l'abbé Guéry, c'est entre 1140 et 1150 que la commanderie est fondée[4].

Aux alentours de 1147[réf. nécessaire], Richard reçoit en partage la seigneurie de Renneville située à Sainte-Colombe-la-Campagne[n 3]. Il y fait construire une chapelle dédiée à saint Étienne. Il donne son fief, des immeubles lui appartenant et le patronage de Saint-Pierre d'Épreville-près-le-Neubourg à l'ordre du Temple.

XIIIe siècle : essor de la commanderie[modifier | modifier le code]

La commanderie prend véritablement son essor à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle. En effet, elle multiplie, à cette époque, les acquisitions et reçoit, de la part de nombreux bienfaiteurs, des donations importantes. En voici quelques exemples[1] :

  • En 1156, Marguerite comtesse de Warwich donne le domaine de Lammadoc ;
  • En 1180, Guillaume d'Angerville cède la dîme du moulin de Brosville et de celui de l'Ecluse d'Hulne ;
  • En 1198, Robert de Caudecôte offre le tiers d'un fief à Sémerville en prenant leur habit. En 1232, le reste du fief de Semerville leur est octroyé par Richard de Barengeville ;
  • En 1200, Robert d'Harcourt donne la maison de "Dieu la Croise" et l'église Saint-Martin au Tilleul-Lambert ;
  • etc.

Les donations se succèdent et perdurent au cours du XIIIe siècle. À tel point qu'à son apogée, la commanderie de Saint-Étienne-de-Renneville possède neuf fermes, quatre maisons (notamment à Évreux, au Neubourg et à Louviers), de nombreuses églises en patronage et des implantations dans plus de soixante communes environnantes[n 4]. Toutes ses possessions font d'elle l'une des commanderies les plus riches et les plus considérables de Normandie[1].

Toutefois, les nombreuses donations dont elle fait l'objet ne sont pas sans créer des difficultés, notamment avec les seigneurs et les évêques. C'est ainsi que, pour diminuer les richesses de la commanderie, « les Souverains Pontifes, Innocent II, Célestin II, Lucius II, Eugène III, Anastase IV, Adrien IV et Alexandre III, envoient des bulles pour les exempter de toutes dîmes et de toute juridiction épiscopale, les prenant eux et leurs biens sous la protection spéciale du Saint-Siège »[1].

Vue d'ensemble du domaine.

Du XIVe siècle à la Révolution[modifier | modifier le code]

En 1307, le roi de France Philippe le Bel, inquiet du pouvoir pris par l'ordre du Temple, décide d'en arrêter tous les membres. En 1312, le concile de Vienne dissout l'ordre du Temple (bulle Vox in excelso), confisque tous ses biens et les remet aux Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem[5]. C'est notamment le cas de la commanderie de Saint-Étienne-de-Renneville.

De 1310 à la Révolution, trente et un commandeurs hospitaliers, chevalier de Rhodes puis chevalier de Malte, se succèdent à Renneville. Un grand nombre d’entre eux occupe des rangs importants dans la hiérarchie de l’Ordre. C'est notamment le cas de Claude de La Sengle, quatorzième commandeur de Saint-Étienne-de-Renneville, qui devient grand maître de l’Ordre de 1554 à 1557.

Sous la Révolution, la commanderie et ses domaines sont vendus comme biens nationaux.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Le lieu a fait l'objet d'une entière restauration. Sous le nom de « la Grange de Renneville », il accueille des événements tels que mariage, banquet, séminaire, exposition, etc.

Liste des commandeurs[modifier | modifier le code]

Les noms des commandeurs templiers qui se sont succédé depuis la création de la commanderie jusqu'au début du XIVe siècle ne sont pas connus. Ce n'est qu'à partir de l'arrivée des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem que les commandeurs sont parfaitement identifiés et ce, jusqu'à la Révolution française.

Commandeurs de l'ordre du Temple[modifier | modifier le code]

Commandeurs de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem établi dans l'île de Rhodes[modifier | modifier le code]

Nom du commandeur Dates
François Richard de la Salle 1310-1340
Saint Simon Clinet 1340-1345
Pierre Dufour 1345-1358
Guillaume du Chesne 1358-1391
Pierre de Pacy 1391-1408
Louis de Mauregard 1408-1416
Gauthier Le Gras 1416-1422
Matthieu Ducresson 1422-1425
Jean le Boutellier 1425-1439
David de Sarcus 1439-1490
Philippe de Mailly 1491-1514
Charles des Ursins 1515-1524
Michel d'Argillemont 1524-1533


Commandeurs de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem établi dans l'île de Malte[modifier | modifier le code]

Nom du commandeur Dates
Claude de la Sangle 1533-1553
Christophe de Mont Gauldry 1553-1579
Antoine des Hayes d'Espinay Saint-Luc 1576-1601
Antoine de Mornay-Villarceaux 1602-1609
Gédéon Blondel Joigny de Bellebrune 1610-1619
Guillaume de Meaux Boisboudran 1619-1630
Jean-François de Vion Tessencourt 1630-1649
Jean de Callonne-Courtebonne 1650-1660
Gilbert d'Elbène 1660-1674
Gabriel Dauvet des Marets 1674-1691
François de Noue de Villiers 1692-1698
Gabriel du Chastelet de Fresnières 1699-1711
Louis Feydeau du Vaugien 1711-1721
Alexis d'Allogny de la Groye 1721-1731
Guillaume de la Salle 1731-1740
Claude de Saint-Simon 1740-1766
Jean-Charles de Boisroger de Rupierre 1766-1777
Jean-Charles-Louis de Mesgrigny de Villebertin 1777-1789

Organisation[modifier | modifier le code]

La maison du régisseur

Cette commanderie a compté deux chapelles, deux manoirs, la maison du régisseur, la maison du fermier, deux granges, un fournil, un pressoir, un colombier, des poulaillers, des étables, des écuries, des porcheries, des bergeries, un moulin, un puits couvert, un vivier, etc.

La commanderie était scindée en deux parties[6] :

  • un premier enclos correspondant à la cour d'honneur. Cette partie comprenait le logis du commandeur (érigé à la fin du XVe siècle, il fut démoli en 1847). Aux abords de cet édifice, se trouvait la chapelle (existante encore en 1795, mais disparue sur le cadastre de 1811).
  • un second enclos ou basse-cour correspondant à la ferme. Plus vaste, le bâti (grange, bergeries, cellier, pressoir) est massé sur les côtés. La plupart de ces constructions disparaît dans le courant du XIXe siècle. Subsistent, quasi intacts, la grange et le four à pain, la maison du régisseur, tronquée d'un tiers en 1944, et des éléments de la clôture avec le portail.

Les édifices de la cour d’honneur[modifier | modifier le code]

Le Vieil Harcourt[modifier | modifier le code]

Cet édifice mesurait environ 11,5 m sur 8,8 m. Il comportait une « chambre des chevaliers », une « salle du commun » et une « chambre des receveurs », laissant supposer qu'il avait une fonction administrative et judiciaire. Il s’agissait probablement d’une maison forte faisant partie de la donation de Richard d’Harcourt. Cet édifice a disparu entre 1733 et 1747[7].

Le manoir à tourelles[modifier | modifier le code]

D'abord un manoir, il est remplacé en 1847[8] par un château flanqué par deux tourelles construites de chaque côté de la façade et surmontées de clochetons[1], bâti à la fin du XVe siècle par Philippe de Mailly, le onzième commandeur des hospitaliers. Les chambres des étages étaient décorées de peintures représentant soit des sujets religieux, soit des motifs héraldiques et des arabesques dans le style de la Renaissance. Dans la salle du commandeur, la cheminée portait les armes de Philippe de Mailly[7].

La chapelle[modifier | modifier le code]

Décrite dans un inventaire de 1779[n 5] comme dédié à saint Étienne, elle contient — en plus de la Sainte Vierge — des peintures de saint Étienne, de saint Jean-Baptiste et de saint-Blaise ; des tombes d'anciens commandeurs sont présentes en bas de l'autel. La chapelle est grande et constituée de 17 croisées avec des vitres peintes, le sol est carrelé et le toit en tuile ; en ardoise pour le clocher[9].

Cette chapelle est connue grâce, en particulier, à deux plans du XVIIIe siècle. Des vues aériennes réalisées par Michel Miguet dans le cadre d'un travail d'archéologie aérienne, permet de distinguer deux états successifs de l'édifice : une chapelle primitive, à trois travées et chevet plat (construite par Richard d'Harcourt) ; puis, au XIIIe siècle, une deuxième, qui englobe la première, à six ou sept travées précédant une abside circulaire ou à cinq pans[10]. Elle a été détruite sous la Révolution[7].

À sa mort, Richard d'Harcourt fut inhumé dans la chapelle. Son gisant y est demeuré longtemps. Mais le docteur Auzoux, propriétaire à la fin du XIXe siècle, l’a emmené avec lui lorsqu'il est parti à Saint-Aubin-d'Écrosville[11], commune voisine de Sainte-Colombe-la-Commanderie. La sculpture a été récupérée à sa mort et a été mise dans l’église de Saint-Aubin-d'Écrosville[12].

Les bâtiments de la ferme[modifier | modifier le code]

La grange à blé[modifier | modifier le code]

Elle a également été construite par Philippe de Mailly, dont les armes figurent au-dessus de la porte en anse de panier qui s’ouvre sur le mur gouttereau occidental. Long de 30 m et large de 14 m, ce bâtiment possède une vaste toiture et étayé par des contreforts. À l’intérieur, deux rangées de cinq poteaux divisent l’espace en trois nefs de six travées[7].

Sur l'une des deux portes latérales, celle du midi, il reste en clef de voûte un blason « au chef de la Religion, d'or à 3 maillets de sinople, 2 en chef et un en pointe[13] » correspondant aux armes de Philippe de Mailly, 40e commandeur Saint-Étienne (1492-1512).

La maison du régisseur[modifier | modifier le code]

Le fournil.

Cette maison a été construite en 1740 par le vingt-neuvième commandeur, Claude de Saint-Simon. En 1940, un obus a détruit l’écurie attenante[7].

Le fournil[modifier | modifier le code]

Construit peu de temps après la maison du régisseur, ce bâtiment abrite au rez-de-chaussée deux fours à pain et un four à pâtisserie. A l’étage, se trouve la pièce du boulanger[7].

Le moulin[modifier | modifier le code]

Il est situé à 600 pas[De quoi ?].

Protection[modifier | modifier le code]

La commanderie de Saint-Étienne de Renneville est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du [6]. Cette inscription concerne : la grange en totalité ; le fournil en totalité ; les façades et les toitures de la maison du fermier, à l'exclusion du pignon est ; les vestiges subsistants des enclos, connus ou à découvrir, enfouis ou en élévation[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Portion de route à partir de la ferme "Le-Baligand", à hauteur du bois de "Semerville", passant dans le hameau de Renneville ("Raineville") et allant un peu au-delà de "La-Croix-Poulain", à hauteur du hameau "Le-Menilfroid" » généralité d'Alençon - vol. II
  2. À la mort de son père, Richard ayant eu en partage la seigneurie de Renneville, sise à Sainte-Colombe-la-Campagne, au diocèse d'Évreux, y fit construire une chapelle de Saint-Etienne qu'il donna avec le fief aux chevaliers du Temple de Salomon
  3. Avant 1969, Sainte-Colombe-la-Commanderie s'appelait Sainte-Colombe-la-Campagne
  4. Dans un inventaire conservé aux Archives départementales de l'Eure (cote:GH1693-1694), 60 membres sont dénombrés. En voici la liste : Acquigny, Allenou, Amfreville-sur-Iton, Angerville, Bailly, Barquet, Beaulieu, Beaumont-le-Roger, Beaumontel, Bérengeville, Bernay, Bosc-Hubert, Bosc-Roger, Bray, Breteuil, Brettemare, Brosville, Buisson-Duret, Cahagnes, Caillouet, Chantereine, Chapelle-Martel, Chapelle Notre-Dame de Liesse, Chapelle Sainte-Suzanne, Claville, Conciles, Coudray-en-Auge, Courbépine, Cresches, Dieu-l'Acroisse, Émanville, Épréville-près-le-Neubourg, Évreux, Ferrières, Feuguerolles, Folleville, Le Framboisier, Glisolles, La Gouberge, La Griserie, Groslay, La Herpinière, La Hunière, Iville, Longueville, Marbeuf, Malassis, Manthelon, Mesnil-Broquet, Mesnil-Fouquoin, Mesnil-Froid, Mesnil-Gilbert, Moulineaux, Le Neubourg, Neuf-Moulins, Neuville, Orgeval, Ormes, Plessis-Mahiet, Poudrier, Pommeret, La Puthenaye, Quittebeuf, Rublemont, Roncheville, Sacquenville, Saint-Aquilin, Sainte-Colombe-la-Campagne, Saint-Étienne-de-Renneville (chef-lieu), Saint-Léger-l'Hospitalier, Saint-Meslain-du-Bosc, Saint-Ouen, Salle-Coquerel, Sémerville, Thibouville, Thuit-Signol, Tilleul-Lambert, Tourneville, Tremblay-Osmonville, Tourville-la-Campagne, La Vacherie, Verneuil et Villez-sur-le-Neubourg
  5. Inventaire de la commanderie de Saint-Estienne fait en 1779 par Gabriel Louis Texier d'Hautefeuille, chevalier profès de l'ordre, commandeur de Laon (Archives nationales S. 4998B).

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Luc Aubardier et Michel Binet, Les sites Templiers de France, Ouest-France, , 160 p. (ISBN 978-2-7373-2212-9)
  • Paul Christophe et Francis Frost, Les conciles œcuméniques II : le second millénaire, Desclée, , 280 p. (lire en ligne), p. 104
  • Annie Étienne, Pascal Eudier, Jean-Noël Leborgne, Véronique Leborgne et Charles Leva, « Archéologie aérienne dans l'Eure », Revue archéologique de Picardie, vol. 17. Actes du colloque international d'archéologie aérienne Amiens, 15 - 18 octobre 1992. Hommage à Roger Agache pour 35 ans de prospections aériennes dans le Nord de la France,‎ (lire en ligne, consulté le )
  • Charles Guéry, La Commanderie de Saint-Etienne-de-Renneville (Eure), Évreux, Impr. de l'Eure, (lire en ligne)
  • Michel Miguet, Templiers et Hospitaliers en Normandie, Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 1995.
  • Kevin Verger, « À Sainte-Colombe-la-Commanderie, découverte d’une grange mystérieuse », Paris Normandie,‎ (lire en ligne, consulté le )
  • « Histoire - Commanderie de SaintÉtienne-de-Renneville », sur La Grange de Renneville (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]