Comité scientifique de la Fédération française des clubs alpins et de montagne

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Le Comité scientifique de la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM) précédemment Comité Scientifique du Club Alpin Français (1874-2005) est un lieu de rencontres, et d’initiatives inter disciplinaires, entre alpinistes et scientifiques unis par un intérêt commun pour la montagne. Le Comité Scientifique figure dans l’organigramme de la FFCAM au même titre que les Commissions d’activités. Sa composition relève de cooptations validées par le Comité en fonction de leur adéquation à l’esprit et l’objet des travaux.

Historique[modifier | modifier le code]

Des Annuaires au Comité Scientifique du Club alpin[modifier | modifier le code]

Dès sa fondation en 1874 le Club alpin souhaite développer et promouvoir une approche scientifique des montagnes de France. La Direction du Club confie à Adolphe Joanne (géographe, cofondateur avec Charton et Paullin de L’Illustration, puis avec L. Hachette des Guides bleus), la Direction des Annuaires (1874-1903). 

Alors que l’alpinisme cherche ses marques, les Annuaires s’ouvrent aux récits d’ascensions comme aux articles consacrés à la connaissance de la haute montagne. La rubrique Sciences et Arts couvre un large spectre  : Géologie, Géomorphologie, Glaciologie, Spéléologie, Orographie, Météorologie, Topographie et Cartographie…

Parmi les auteurs figurent, le Prince Roland Bonaparte,Gabriel Auguste Daubrée, A. Degrange-Touzin, Charles Durier, Paul Helbronner, E. A. de Lapparent, Ch. Laury, Édouard-Alfred Martel, Ferdinand Prudent, Franz Schrader, R. Vallery-Radot, Joseph et Henri Vallot, A. Vezian, Eugène Viollet-le-Duc, Paul Édouard Wallon...

La Commission de topographie puis La Commission des travaux scientifiques puiseront largement dans ce vivier. La rubrique scientifique, par la visibilité que confère la publication et l’effet structurant qui y est associé va, sans doute à son insu, intervenir comme révélateur et coordinateur. Pour le lecteur, ou le chercheur d’aujourd’hui, l’image renvoyée offre une information sur les mobiles et l’action des alpinistes-hommes de science, ainsi que sur l’état des connaissances de la haute montagne, dans ce dernier quart du XIXe siècle.

En 1902, constatant les lacunes des cartes de haute montagne, Paul Helbronner, Franz Schrader, Joseph et Henri Vallot constituent un groupe de géodésiens et d’alpinistes-topographes avec l’appui du commandant, puis général Bourgeois et du Lieutenant-Colonel Prudent (Service géographique de l’Armée). Ce groupe intègre en 1903 le Club alpin français sous la dénomination de Commission de topographie (1903-1914).

« Malgré son titre un peu restrictif, cette Commission s’est occupée de la plupart des études scientifiques que l’on peut avoir à envisager pour la connaissance des régions montagneuses. »

— L. Maury, L'œuvre scientifique du Club alpin français, 1874-1922. Introduction, p. III

La guerre de 1914-1918 interrompt les activités de la Commission (1914-1923). Les principaux travaux de cartographie se poursuivront néanmoins, mais à titre individuel (P. Helbronner, J. et H. Vallot... ).

En 1920, à l’initiative du Président Gabet, le Club alpin organise un Congrès international d’alpinisme à Monaco dont l'un des objectifs prioritaire est la relance de la Commission de topographie.

En 1921, le colonel Bellot (Service Géographique de l’Armée) propose au Club Alpin de « vérifier la toponymie » des feuilles des hautes régions des Alpes dont la réalisation est en cours (Carte de France du Service géographique de l’Armée). En 1923 le Club répond par la création de la Commission des Travaux scientifiques. Un programme de travail est engagé sur les nomenclatures des feuilles remises par le Service géographique de l’Armée (1923-1929).

La fin des années 1930 ouvre une période d’incertitudes (1939-1950), suivie d’une difficile mutation 1965-1982. Dissoute en 1965, la Commission sera réactivée, à titre conservatoire, entre 1970 et 1978. Refondée en 1982-1983 elle prend, pour marquer sa spécificité, l’intitulé « Comité scientifique ».

Les travaux, repères chronologiques[modifier | modifier le code]

Topographie, cartographie (1903-1929)[modifier | modifier le code]

Outre l’adaptation des méthodes et de l’instrumentation aux conditions de la haute montagne il convient de noter :

  • L’adaptation des cartes aux spécificités de la haute montagne. Le rendu des reliefs constitue la pierre d’achoppement : choix de l’échelle, hypsométrie, équidistance des courbes de niveaux, hachures, ombrages, couleurs, etc.
  • Carte des Pyrénées centrales de Franz Schrader (six feuilles, 1869-1893). Triangulation des Alpes par P. Helbronner. Carte du massif du Mont-Blanc entreprise par J. et H. Vallot (1892), poursuivie par Ch. Vallot (1925-1940)...
  • Essai sur les représentations topographiques du Rocher de Franz Schrader (1911).
  • L’examen critique de la feuille de Tignes (nouvelle carte de France au 1:50 000 du Service géographique de l’Armée) constitue, de fait, un état des besoins des alpinistes en matière de cartographie de la haute montagne (écart entre existant et desiderata).

Toponymie (1874-1914) et (1923-1929)[modifier | modifier le code]

Les alpinistes-topographes s’intéressent très tôt à la toponymie des lieux en haute montagne. Entre 1874 et 1914 le principal de leurs travaux porte sur des recherches étymologiques (toponymie d’érudition) et une toponymie de terrain qui s’attache à la signification des mots et de leur usage et ce dans un contexte local, approche de nature quasi ethnographique. À partir de 1903, la Commission de Topographie cherche à normaliser les initiatives des alpinistes en matière de dénominations (E. Belloc, Colonel Borson, F. Ferrand, Abbé Gourier, P. Girardin, A. Meillon, H. Mettrier, F. Perrin, R. Vallery-Radot, H . Vallot...).

De 1923 à 1929 la Commission entreprend, pour le compte du Service géographique de l’Armée, une série d’études sur la toponymie des feuilles (Alpes) de la nouvelle Carte de France au 1:50 000.

L’ensemble de ces travaux est exposé dans l’ouvrage de L. Maury : Les noms de lieux des montagnes Françaises (1929).

Glaciologie (1874-1914)[modifier | modifier le code]

Les articles publiés dans les Annuaires (1874-1883), alternent l’étude des grands mouvements glaciaires relevant de la paléoclimatologie, et des travaux plus ponctuels portant sur les mouvements (avance ou recul) des glaciers.

Cette dernière approche requiert la mise en œuvre de mesures fines (instrumentation et protocoles d’observations). Les travaux conduits au sein de la Commission de topographie (1903-1914) favorisent la transition d’une observation de type naturaliste (description phénoménologique) à une observation portant sur la mécanique interne des glaciers (identification et mesures de paramètres significatifs).

Les séries de relevés de Joseph Vallot sur l’écoulement des glaciers du mont Blanc (1891-1899), demeurent exemplaires et constituent une base de données toujours en usage.

La Commission de topographie participe à la création de la Commission française des glaciers en 1901 (Prince R. Bonaparte, A. Daubrée, C. Durier, D. Eydoux, Prof. Forel, G. Flusin, Abbé Gaurier, M. Gourdon, L. Lourde-Rocheblave, J. Offner, Fr. Schrader, E. Trutat, J et H. Vallot, A. Vezian...). La présence du Prince Roland Bonaparte et de W. Killian (tous deux membres de la Commission de topographie) souligne l’engagement du Club alpin.

De 1901 à 1903 les Annuaires consacrent une rubrique aux travaux de la Commission française des glaciers.

Spéléologie[modifier | modifier le code]

Les Annuaires s’ouvrent aux explorations spéléologiques, un « alpinisme à rebours » selon la formule de Bernard Gèze.

Entre 1888 et 1896, E. A Martel, pionnier et fondateur de la spéléologie, publie dans les Annuaires neuf articles sur ses campagnes (France, Autriche, Irlande, Angleterre, Majorque et Catalogne). Il étudie la formation des cavernes, grottes avens... et lève à la boussole et au baromètre les coupes des appareils souterrains. D’exploration, la spéléologie devient scientifique.

En 1939, le Dr René Jeannel, Professeur au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, prend la Présidence de la Commission des travaux scientifiques du Club alpin (1939-1950). Profondément impliqué dans les développements de la spéléologie il soutient un ensemble de travaux portant, outre la topographie, sur l’hydrologie, les climats souterrains, la géologie... Entomologiste, le Dr Jeannel favorisera l’émergence d’un courant de recherches en biospéléologie (Norbert Casteret, Pierre Chevalier (alpiniste, spéléologue), M. Marceron, Félix Trombe...).

Le Club alpin et la spéléologie en quelques faits :

  • 1935, Création d’un groupe de spéléologie au sein du Club alpin (Section de Paris). D’autres suivront.
  • 1945, Réalisation d’une Carte spéléologique de France en liaison avec la Carte géologique de France.
  • 1946, Édition des « Annales de spéléologie », publication conjointe de la Société française de spéléologie et du Club alpin. Elles succèdent aux anciennes « Spélunca ».
  • 1949, Une Commission de spéléologie (Président F. Trombe) est constituée dans le but de coordonner les divers groupes de spéléologie des sections.
  • 1953, Participation de la Commission des Travaux Scientifiques du CAF à l’organisation du premier Congrès de Spéléologie à Paris.

La décennie 1950[modifier | modifier le code]

La guerre de 1914-18 et les transformations sociologiques, économiques et technologiques qui lui succèdent bouleversent le contexte dans lequel s’inscrit la recherche privée. L’autosuffisance, en compétences et en moyens techniques, comme en matière de financement, est de plus en plus difficile à réaliser. Après la seconde guerre mondiale le modèle incarné par les Vallot, mécènes de leurs propres œuvres, est définitivement révolu. La Commission des travaux scientifiques doit assumer le passé de la Commission de topographie et faire face à l’incertain de son présent.

En 1951, Paul Fallot (géologue, Professeur au Collège de France) succède au Dr. Jeannel, à la Présidence de la Commission des travaux scientifiques. Sensible aux cloisonnements qui brident la recherche, il prend deux initiatives novatrices qui s’écartent du modèle hérité de la Commission de topographie.

Sous son impulsion, le Comité engage un programme pluriannuel de mesures sur la Mer de Glace (1952-1960). Les objectifs assignés, dotés de moyens techniques (la photogrammétrie), sans commune mesure avec l’instrumentation en usage au XIXe siècle, s’inscrivent dans le droit fil des travaux exécutés par Joseph Vallot (mesures de la marche du glacier, mesures des déplacements en surface, mesure de volumes, observation des variations d’épaisseur et de vitesse de l’écoulement du glacier). La réalisation d’un programme de cette nature suppose des partenariats (personnel qualifié, instrumentation, financement). La présence de MM. Olivier-Martin et Messines du Sourbier favorise les échanges avec la Société Hydrotechnique de France et les recherches menées par les Eaux et Forêts. Le statut du Professeur Fallot favorise l’accès à des moyens d’investigation de haute précision (entre autres l’analyse qualitative et quantitative des ions de l’eau de fonte - neiges ou glaciers - réalisées au CEA).

Dans le rapport à l’assemblée générale du CAF (avril 1957), le Comité scientifique relève « l’intérêt nouveau suscité en France par cette science (la glaciologie). Ainsi, après la Société hydrotechnique de France, l’Université de Grenoble s’intéresse maintenant à ces travaux ».

En 1953, Il obtient la présence d’un échelon scientifique aux expéditions françaises au Makalu de 1954-1955 (P. Bordet, 1954-1955 et M. Latreille, 1955, deux géologues). Novation, la Commission des travaux scientifiques assure une fonction d’interface entre les alpinistes et les chercheurs et entre les institutions concernées FFM, CAF et le CNRS et l’IGAL (Institut de géologie Albert de Lapparent). L’expédition connait une double réussite. L’ensemble des alpinistes atteint le sommet. Les travaux des scientifiques ( P. Bordet, M. Latreille) suscitent un courant de recherche en géologie et géomorphologie du Népal. En 1961 le CNRS publie le mémoire de l’Abbé Bordet « Recherches géologiques dans l’Himalaya du Népal, région du Makalu ».

En 1962 les éditions du CNRS publient les Recherches géologiques de l’Himalaya du Népal, région du Makalu, ouvrage de l’Abbé Bordet qui constitue une référence.

Les présidents de la Commission de topographie à l’actuel Comité scientifique[modifier | modifier le code]

Commission de topographie :

  • 1903-1914, Lt Colonel Prudent
  • (1914-1923, interruption des activités de la Commission (1920-1923, études en vue d’une relance. Franz Schrader missionné)

Commission des travaux scientifiques :

  • 1923-1924, Franz Schrader
  • 1924-1938, Emmanuel de Margerie
  • 1939-1950, Dr. Jeannel
  • 1951-1960, Professeur Fallot
  • 1961-1965, Professeur Glangeaud
  • 1966-1970, La Commission est dissoute, le Professeur Letort est mandaté en vue de redéfinir les activités scientifiques du Club alpin

Commission scientifique :

  • 1970-1976, Dr. Paschetta
  • 1977-1983, période de refondation de la Commission scientifique, J. Malbos mandaté à cet effet

Comité scientifique :

  • 1984-2002, J. Malbos
  • 2003-2008, Y. Peysson
  • depuis 2008, F. Valla

Sources documentaires[modifier | modifier le code]

  • Collection des Annuaires, 1874-1903.
  • Commission de topographie, 1903-1914. Notes de séances rédigées par H. Vallot.
  • L’œuvre scientifique du Club alpin français (1874-1922). L. Maury.
  • Les noms de lieux des montagnes françaises. L. Maury.
  • Rapport moral présenté aux Assemblées générales du Club alpin, (Archives du CAF).
  • La Montagne, puis La Montagne et Alpinisme (résumé des Assemblées générales du Club).

Lien externe[modifier | modifier le code]