Colonne milliaire de Tongres

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Colonne milliaire de Tongres
ou indicateur routier de Tongres
Le Miliarium Tungricanum, tel que publiée en 1907 dans le CIL 13, 09158 (p. 711)
Le Miliarium Tungricanum, tel que publiée en 1907 dans le CIL 13, 09158 (p. 711)
Type Borne milliaire
Dimensions 37 cm de haut. pour 36 cm de diam. et 135 cm de long. des côtés.
Inventaire Inv. B 189
Matériau Calcaire noir dit pierre de Namur
Période Début du IIIe siècle apr. J.-C.
Culture Empire romain
Date de découverte 1817 ou 1820
Lieu de découverte Tongres, près de l'embouchure de Sint-Truiderstraat
Coordonnées 50° 46′ 49″ nord, 5° 27′ 34″ est
Conservation Musée du Cinquantenaire[1] (Bruxelles)

Géolocalisation sur la carte : Belgique

La colonne milliaire de Tongres (nommée romeinse mijlpaal te Tongeren en néerlandais et Meilensäule von Aduatuca en allemand) est une borne romaine datant du début du IIIe siècle après J.-C. et indiquant un grand nombre de stations antiques.

Il s’agit plus précisément d'un fragment[2] d'un indicateur routier en lieues[3], découvert soit en 1817 ou bien entre 1820 et 1825[4] à Tongres, alors dans le Royaume uni des Pays-Bas, actuellement en Belgique dans la Région flamande.

Historique[modifier | modifier le code]

Carte localisant Tongres dans le réseau antique de voies, probables ou hypothétiques, au Bas-Empire[5], avec une frontière arbitraire entre la Gaule et les Germanies.

Cet itinerarium fut mis au jour sur le site de Atuatuca Tungrorum, chef-lieu de la Civitas Tungrorum (en Belgica, ou peut-être transférée en Germania inferior[6]), et y aurait été installé à l’apogée du développement du municipium, dans l'Antiquité[7].

Trouvée[8] à environ 50 pas (« ad 50 circiter passus », selon Hennequin) soit à approximativement 75 m de la porte de Saint-Trond (dite Kruispoort[9]), vers l’extérieur de agglomération, « parmi des débris d'anciennes chaussées romaines dans une espèce de carrefour » selon de Reiffenberg[10], la pierre aurait été réemployée dans les remparts du IVe siècle[11], ou d'autres aménagements vu l'éloignement de toute enceinte.

On suppose qu'elle était installée, au IIIe siècle, à un carrefour ou sur une place publique[12].

Un opportun symbole national[modifier | modifier le code]

Cudell signale (p. 372), qu'après sa découverte, elle est restée oubliée plusieurs années dans un dépôt de l’Hôtel de ville de Tongres, avant d'être une première fois empruntée par la Société des Amis des sciences, lettres et arts, établie à Maestricht (nl)[13] pour en déchiffrer l'inscription, et réapparaître juste avant la révolution belge de 1830. Cet auteur la considérait comme un symbole national du nouvel état.

« Mais parmi toutes les découvertes de ce genre, il n'en est, sans contredit aucune qui soit aussi importante, comme étant d'une application directe et spéciale à l'histoire et à la géographie ancienne de la Belgique, que celle d'un fragment, ou pour mieux dire, d'un éclat d'une ancienne colonne milliaire romaine que le hasard y mit au jour, en 1817, dans un déblai de terrain nécessité par la construction de la grande route de Tongres à St-Trond. »

— Martin Cudell, 1836, p. 371.

Description et localisation actuelle[modifier | modifier le code]

Moulage de la pierre, dans une rue de Tongres.

La borne est à section octogonale d'environ 36 cm de diamètre, et 37 cm de hauteur. Elle ne présente plus que trois faces lisibles.

Donnée par la ville de Tongres à l'État belge, en 1848[14], elle est depuis conservée au musée du Cinquantenaire, à Bruxelles. Un moulage est installé dans une rue, non loin de la Grand-Place (Grote Markt), à Tongres.

Texte[modifier | modifier le code]

L'héliogravure d'un estampage fait par Desjardins en 1893

D'après l'Epigraphic Database Heidelberg[15], le milliaire présenterait le texte reconstitué suivant :

------] /
[Bonna] l(eugae) XI /
[Rigo]magus l(eugae) VIIII /
[Antu]nnacum l(eugae) VIII /
[Conf]luentes l(eugae) VIII /
[Bo]udobriga l(eugae) VIII /
[Vo]solvia l(eugae) VIII /
[B]ingium l(eugae) VIII /
[Mo]gontiac(um) l(eugae) XII /
[Bu]conica l(eugae) VIIII /
[Borb]etomag(us) l(eugae) XI /
[------ //

------] /
[---] l(eugae) XV /
[Nov]iomag(us) l(eugae) XV /
Durocorter(um) l(eugae) XII /
ad fines l(eugae) XII /
Aug(usta) Suessionum / l(eugae) XII /
Isara l(eugae) XVI /
Roudium l(eugae) VIIII /
Seeviae l(eugae) VIII /
Samarabriva / l(eugae) [---] /
[------ //

item / a Cas/tello / Fines Atrebatiu[m] / l(eugae) XIIII /
Nemetac(um) l(eugae) [---] /
item a Ba[gaco ---] /
[------

Traduction possible[modifier | modifier le code]

Localisations à comparer avec celle du Nouveau recueil des inscriptions latines de Belgique de 2002.

Première colonne :

Deuxième colonne :

Troisième colonne :

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le monument n'est toutefois pas signalé sur le site du musée...
  2. Cf. Jean-Louis Boucly, Gallia, 37-2, 1979, p. 257.
  3. À propos des différentes unités de mesure de distance, voir le cours consacré au dossier de la lieue gauloise par Christian Goudineau, de 2004.
  4. En 1825, van Heylerhoff affirme bien que « le fragment d'une pierre milliaire [a été] trouvé à Tongres en 1817 », de même que Cudell en 1836. Mais selon de Reiffenberg (1832, note 1, p. 53-54), un « rapport fait par la régence de Tongres, le 18 août 1827 » suggérerait que l’exhumation aurait eu lieu en 1820 ou 1825 (« Eindelijk moeten wij hier bijvoegen dat de ontgravingen die plaats gehad hebben buiten de Kruis- of St-Trueirsche-poort, naast de stad langs den romeinsche-weg of katzije in den jare 1820 en 1825 zijn gevonden geworden, behalve eenige oude romeinsche munten, een achtkantig stuk mijl-steen, bevattende den afstand van verscheidene plaatsen in dezen steen uitgekapt » [Transcription et traduction à revoir]).
  5. Cf. Raepsaet-Charlier et Vanderhoeven 2004, Fig. 7 p. 61.
  6. Les limites de ces provinces sont peu claires, selon Alain Ferdière, dans son ouvrage sur Les Gaules : Provinces des Gaules et Germanies, Provinces Alpines, IIe s. av. J.-C.-Ve s. ap. J.-C., Paris, 2005, § autour des notes 72-76 (U Histoire) (ISBN 2200263694). Cf. pour plus de précisions, Raepsaet-Charlier et Vanderhoeven 2004, p. 51 (et sa communication du 10 juin 1995).
  7. La cité subira, en plus d'un incendie, la destruction de ses enceintes du IIe siècle et de ses exploitations agricoles, entre 235 et 275, lors des incursions sporadiques des Francs. Cf. Raepsaet-Charlier et Vanderhoeven 2004, p. 58.
  8. Voir la localisation plus précise de son lieu de découverte, sur le plan de Joseph Mertens, « Naissance d'une ville : Atuatuca Tungrorum - Tongres », dans Revue archéologique de Picardie, 3-4 [Les villes de la Gaule Belgique au Haut-Empire], 1984, Fig. 6 p. 46 (en ligne).
  9. Voir l'image de la Kruispoort (embouchure de l'actuelle Sint-Truiderstraat), détruite en 1873, sur le site de l'Université de Gand.
  10. Nouvelles archives historiques des Pays-Bas, 4, 1830, p. 166 (en ligne).
  11. Pour localiser les enceintes antiques de Tongres, cf. Raepsaet-Charlier et Vanderhoeven 2004, Fig. 8 p. 62.
    On peut aussi les voir, mais en moins bonne définition, en tracé vert, sur la carte de l'époque romaine à Tongres ou ici.
  12. Cf. par exemple, Lancien 1900, p. 136.
  13. Probablement en vue de la publication, par Martinus Joannes van Heylerhoff, dans l'Annuaire de la province de Limbourg, rédigé par la société des amis des sciences, lettres et arts, établie à Maestricht, comme annoncé en 1825, p. 98 (en ligne). Mais le projet fut abandonné.
  14. Cf. Cumont 1913, p. 235.
  15. Voir uni-heidelberg.de.
  16. Pour les hypothèses à propos de item a Castello Fines Atrebatium, cf. Bernard Delmaire et Roland Delmaire, « Les limites de la cité des Atrébates (nouvelle approche d'un vieux problème) », dans Revue du Nord, 72-288, octobre-décembre 1990, p. 702-705 et Fig. 2 (en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Trismegistos. An interdisciplinary Platform for Ancient World Texts and Related Information, 209478.

Contexte archéologique et historique[modifier | modifier le code]

  • Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier et Alain Vanderhoeven, « Tongres au Bas-Empire romain », dans Capitales éphémères. Des Capitales de cités perdent leur statut dans l’Antiquité tardive, Actes du colloque Tours 6-8 mars 2003, Tours, 2004, p. 51-73 (Supplément à la Revue archéologique du centre de la France, 25) (en ligne).

Principales éditions de l'inscription[modifier | modifier le code]

  • Albert Deman et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier, Nouveau recueil des inscriptions latines de Belgique (ILB²), Bruxelles, Éd. Latomus, 2002, inscr. 135 p. 234 (Collection Latomus, 264) (ISBN 2-87031-205-9) (avec une bibliogr. récapitulative).
  • (la) Corpus Inscriptionum Latinarum [17]. Miliaria Imperii Romani. Pars secunda, Miliaria provinciarum Narbonensis Galliarum Germaniarum, éd. par Gerold Walser, Berlin, New York, Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, 1986, inscr. 675 (ISBN 978-3-11-004592-5).
  • Franz Cumont, Catalogue des sculptures et inscriptions antiques (monuments lapidaires) des Musées Royaux du Cinquantenaire, Bruxelles, 1913 (2e éd. refondue), p. 235-238, avec une ill. (s. v. « [Monument no] 196 ([Inv.] B 189) La colonne itinéraire de Tongres ») (en ligne).
  • (la) Corpus Inscriptionum Latinarum [13]. Inscriptiones Trium Galliarum et Germaniarum Latinae. Partis secundae. Fasciculus II. Miliaria Galliarum et Germaniarum, éd. par Theodor Mommsen, Otto Hirschfeld, Alfred von Domaszewski, Berlin, Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, 1907, inscr. 9158 p. 711 (ISBN 3-11-001408-4) (en ligne).
  • Général Casimir Creuly, « Copie rectifiée du milliaire de Tongres », Revue Archéologique, Nouvelle Série, vol. 3,‎ , p. 408-413 (lire en ligne).

Autres articles et ouvrages sur la colonne[modifier | modifier le code]

  • Nicole Périn, « Les voies romaines de Reims à Trèves et à Cologne dans les Ardennes : hypothèses et problèmes », Revue historique ardennaise (Charleville-Mézières), no 1,‎ , p. 1-26 (ISSN 0035-3272).
  • (nl) Henry Baillien, Dokumenten over de romeinse mijlpaal te Tongeren, Maaseik, 1959, 12 p. (OCLC 901377629).
  • Armand Lancien, « La pierre milliaire de Tongres. La voie romaine de Cassel à Arras », dans Bulletin de la Commission historique du département du Nord, 22, Lille, 1900, p. 135-149 (en ligne).
  • Ernest Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, 4, Paris, 1893, p. 26-31 et pl. VI [héliogravure d'un estampage original] (s. v. « Chapitre troisième. Le milliaire de Tongres ») (en ligne).
  • Louis Cavrois de Saternault, « La colonne milliaire de Tongres », dans Bulletin de la Commission des antiquités départementales, Pas-de-Calais, 5, Arras, 1879, p. 261-272 (en ligne).

Premières mentions[modifier | modifier le code]

  • Martin Cudell (1775-1845), « [Mémoire relatif à un fragment de colonne milliaire romaine, découvert à Tongres en 1817] », dans Bulletin de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, 3, Bruxelles, 1836, p. 370-399 (en ligne).
  • (fr) (nl) Frédéric de Reiffenberg, Essai sur la statistiques ancienne de la Belgique jusque vers le XVIIe siècle, 1, Bruxelles, M. Hayez, 1832, p. 52-54 (Nouveaux mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, 7) (en ligne).
  • (la) Carolus Victor Hennequin, Dissertatio inauguralis historico-juridica. De origine et natura principatus urbis Trajecti ad Mosam, medio aevo, Lovanii, F. Michel, 1829, p. 12-15 et pl. après la p. 83 (OCLC 825180691) (en ligne).
  • Martinus Joannes van Heylerhoff (1776-1854), « Notice sur l'origine de la ville de Maastricht et sur les enceintes qu'elle a eu à diverses époques », dans Annuaire de la province de Limbourg rédigé par la Société des Amis des Sciences, Lettres et Arts, établie à Maestricht : 1824-1830, 2, Maastricht, 1825, p. 98 (en ligne).

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]