Colonne itinéraire de Maël-Carhaix

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Colonne itinéraire de Maël-Carhaix
Colonne itinéraire de Maël-Carhaix (face ouest).JPG

La face sud-ouest de la borne

Présentation
Type
Style
Entre la fin du IIe siècle et le début du IIIe siècle
Destination initiale
Borne milliaire
Propriétaire
Commune
Géographie
Pays
Région
Département
Commune
Localisation
Coordonnées
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La colonne itinéraire de Maël-Carhaix est une borne leugaire romaine de la fin du IIe siècle ou du début du IIIe siècle, installée au devant du transept Sud de l'église Saint-Pierre, à Maël-Carhaix (Côtes-d'Armor), en France. La pierre présentait lors de sa découverte au XIXe siècle une inscription latine déjà très effacée, et est pratiquement illisible aujourd'hui.

Avec la borne milliaire de Kerscao, elle est l'une des inscriptions sur lesquelles se basent les hypothèses localisant les toponymes antiques de Vorganium et Vorgium, mentionnées respectivement dans la Géographie de Ptolémée (II, 8, 5 : « Όσίσμιοι, ὧν πόλις Οὐοργάνιον[1] » – Osismioi, ōn polis Ou̓orgánion : « Le littoral Nord à partir du fleuve appelé Sequana est occupé… en dernier lieu, jusqu'au Cap Gobaion, par les Osismi dont la capitale est Vorganium ») et dans la Table de Peutinger (I, 2, o). Ces localisations hésitantes, de même que pour plusieurs autres stations de la Viae Osismiorum (la voie osismienne), font l'objet de vifs débats depuis le XVIIIe siècle[2].

Description[modifier | modifier le code]

La borne est en granite à reflet roux, de forme cylindrique légèrement galbée et irrégulière, avec une base cubique[3]. Elle fait 2,47 m de haut pour 0,62 m de largeur[4].

Le cylindre donne l'impression d'avoir été légèrement « raboté » sur deux ou trois faces.

Localisation et déplacements[modifier | modifier le code]

Selon Seymour de Ricci[5], la pierre a été trouvée à moins de trois kilomètres de son emplacement actuel, au lieu-dit C'hra[6] (anciennement écrit Graff). Elle était probablement le long de l'ancienne voie antique, passant non loin du bourg, allant de Carhaix-Plouguer vers l'Est[7], jusqu'à Corseul (Bizeul, Galliou 2002), Erquy (Ricci), Aleth (Mottay et Kerviler, Pape 1978) ou Saint-Servant (Merlat et Pape 1956).

D'après les témoignages recueillis par Robert Mowat, elle a été déplacée plusieurs fois[8]. D'abord, très anciennement, devant l'angle du cimetière, au carrefour des routes de Carhaix et de Rostrenen, elle est en 1869[9] adossée au mur de soutènement du cimetière, sur le côté Est qui borde la place publique. Depuis cette date, elle a été à nouveau déplacée sur le gazon entourant l'église, plantée au devant du transept Sud[3]. Le périmètre de l'ancien cimetière n'étant pas visible sur place, il n'est pas possible d’être plus précis.

La photographie publiée en 2002 dans la Carte archéologique de la Gaule pourrait indiquer que le socle de la borne a été modifié, et qu'elle a subi une rotation, à une date récente[10].

Une deuxième borne[modifier | modifier le code]

Le fragment d'une autre borne, mais anépigraphe, fabriquée dans un granite analogue, a aussi été signalé à l'entrée du bourg de Maël-Carhaix au XIXe siècle[11]. Celui-ci, débité dans la longueur et faisant 1,35 m pour 0,16 m de diamètre, avait la moitié postérieure engagée dans un terrassement, en 1897. Il était en 1957 le linteau de la porte d'entrée d'une ruine (restaurée depuis) localisée à 50 m de l'église[4].

Historique de la découverte[modifier | modifier le code]

Ce monument était localement nommé men-braz, « grande-pierre », lors des premières études[8].

Inscription[modifier | modifier le code]

Détail de l'inscription où l'on peut déchiffrer les lettres AR.

Transcriptions du texte[modifier | modifier le code]

Les lectures de Bizeul et de Le Men, tel que publiées dans le CIL XIII (p. 679) en 1907.
Les lectures de Mowat et de Ricci, tel que publiées dans le CIL XIII.
Relevé en 1874, par Robert Mowat, et contesté depuis.

Entre crochets les lettres douteuses, et en minuscule les développements hypothétiques.

D'après Louis Bizeul (c. 1854[12])

III IMP
CAE EV AR
CPF OSV
OTE V
LEVG(as) VI

D'après Robert Mowat (1874 [1873])

CAES(ari)
O
PAR(thico)
II PM
C [II] E.
V[OR]G(io) (leugae) VI.

D'après René-François Le Men (1875 [1874])

IMP CAESAR
SEPTIMIO SEVERO P
PAR
PONT MA
TRIBVN POTESTATE
[A] VORG LEVG VI
[IOVI]

D'après Seymour de Ricci (1897)

[3]
[3]
PAR[T] [cR]
[PONT MA] PP [IIN]
OTES
A VORG LEVG VI

Restitutions hypothétiques[modifier | modifier le code]

D'après René-François Le Men (1875 [1874])

Imperatori Caesari .....
Septimio Severo pio
(felici augusto) ..... parthico .....
..... pontifici maximo .....
tribunicia potestate...
a Vorgio leugae sex.

D'après Seymour de Ricci relisant Le Men (1897)

Imp(eratori) Caesar[i L(ucio)]
Septimio Severo p[io
Pertinaci] Part[hico]...........
Pont(ifici) Ma[x(imo)] P(atri) P(atriae) [co(n)s(uli)] quartum (?)
Tribun(icia) potes(tate).....
A Vorg(io) (?) Leug(ae) sex

D'après Louis Pape (1978), « on ignore si l'inscription a jamais porté le nom de Septime Sévère ; il pourrait s'agir de Caracalla [donc] ce n'est qu'avec prudence que l'on peut avancer : »

Imp(eratori) Caesar[i L(ucio)]
Septimio Severo p[io
Pert(inaci) Aug(usto) Arab(ico) Adiab(enico)] Par[th(ico)
max(imo) Brit(annico) max(imo)], pont(ifici) ma[x(imo)], p(atri) p(atriae),
tribun(icia) potest(ate) [..., imp(eratori)..., co(n)s(uli)..., proco(n)s(uli)...]
a Vorg(io) leug(ae) VI.

Traductions hypothétiques[modifier | modifier le code]

Face nord de la colonne.

Selon la restitution de Seymour de Ricci

À l'empereur César Lucius
Septimius Severus, pieux,
obstiné, vainqueur des parthes,
grand pontife, père de la Patrie, consul pour la 4e fois (?),
détenteur de la puissance tribunitienne pour la ? fois,
6 lieues depuis Vorgium (?)

Selon la restitution de Louis Pape (1978)

À l'empereur César Lucius
Septimius Severus, pieux,
obstiné, Auguste, grand vainqueur des parthes arabes et des parthes adiabènes,
grand vainqueur des britanniques, grand pontife, père de la Patrie,
détenteur de la puissance tribunitienne pour la ? fois, acclamé imperator pour la ? fois, fait consul pour la ? fois, fait proconsul pour la ? fois,
6 lieues depuis Vorgium

Interprétations[modifier | modifier le code]

Extrait de la Table de Peutinger (Segm. I, 2, o) concernant la voie de Iuliomagus (Angers) à Gesocribate (Brest ? Aber-Wrac'h ? Pointe Saint-Mathieu ? Douarnenez ?), via Portunamnetu = portus Namnetum (Nantes), Duretie (Rieux), Dartoritum = Dariotitum (Vannes), Sulim = Sulis (probablement Castennec en Bieuzy) et Vorgium (Carhaix ?) = Vorganium de Ptolémée ? (Kerilien en Plounéventer ?).

La titulature indiquée sur l'inscription étant déjà très douteuse à l'époque de sa première édition, la borne est généralement datée de l'époque de Septime Sévère sans plus de précisions. Mais Louis Pape rappelle qu'étant sans certitude à propos du nom de Septime Sévère, l'inscription pourrait aussi dater de Caracalla, soit de 211 à 217.

Dans le premier cas, couramment admis[13], elle pourrait dater soit de 195 (consul pour la 2e fois en 194 ; et restituer Arabicus Adiabenicus Parthicus), soit d'après 198 (alors il faut restituer Particus maximus à la place de Britannicus Maximus), soit d'après 202 (consul pour la 3e fois).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Aux antiques coordonnées 17*40 et 50°10, en direction du Gabaeum promontorium (le Kabaion de Pythéas, le cap des Osismiens Gäbaeum de Strabon), que Numa Broc localise hypothétiquement à la pointe du Raz ou à la pointe de Saint-Mathieu (« Images de la France dans l'Antiquité : du texte à la carte », dans Géographie historique et culturelle de l'Europe, sous la dir. de Jean-Robert Pitte, Paris, 1995, p. 112).
    Pour Ptolémée, voir par exemple dans une édition numérique en grec de Ptolémée (Nobbe 1843), ou dans une traduction anglaise (Stevenson 1932).
  2. Cf. Merlat 1955, « Encore... », p. 181 ; Louis Pape, La civitas des Osismes à l'époque gallo-romaine, Paris, Klincksieck, 1978, part. p. 31-36 (Institut armoricain de recherches historiques de Rennes, 26) ; CAG-29 [2010], p. 119-121.
  3. a et b Cf. Merlat 1957, p. 178.
  4. a et b Cf. Bizien-Jaglin Galliou Kerébel 2002, p. 188 (P. Galliou).
  5. Cf. Ricci 1897, p. 250.
  6. Ar C'hra, « la côte » en breton. Le hameau est localisé aux coordonnées suivantes 48° 17′ 48″ N, 3° 23′ 51″ O
  7. Cf. Merlat 1955, « Encore... », p. 198 n. 59.
  8. a et b Cf. Mowat 1874, p. 2.
  9. Cf. Le Men 1875, p. 90.
  10. Cf. CAG-22, Fig. 161.
  11. Cf. Merlat et Pape 1956, p. 9-15 et 31. Voir aussi CIL XVII-2, 413 ; ad CIL XIII, 9013 ; Merlat 1957, p. 178-179 et n. 24 ; Ricci 1897, p. 250.
  12. Cf. Copie manuscrite de l'inscription par Bizeul, conservée dans les fiches de Léon Renier à la bibliothèque Mazarine.
  13. Cf. Ricci 1897, p. 249, revues avec plus de précisions par Pape 1978, p. 244.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Carte archéologique
Corpus
  • Corpus Inscriptionum Latinarum [17]. Miliaria Imperii Romani, Pars secunda, Miliaria provinciarum Narbonensis Galliarum Germaniarum, éd. par Gerold Walser, Berlin, New York, Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, 1986, inscr. n° 412 p. 152 (ISBN 978-3-11-004592-5) (en ligne ; carte interactive) [= CIL XVII-2, 412]. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Corpus Inscriptionum Latinarum [13]. Inscriptiones Trium Galliarum et Germaniarum Latinae. Partis secundae. Fasciculus II. Miliaria Galliarum et Germaniarum, éd. par Theodor Mommsen, Otto Hirschfeld, Alfred von Domaszewski, Berlin, Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, 1907, inscr. n° 9013, p. 679 (ISBN 3-11-001408-4) (en ligne) [= CIL XIII, 9013].
Éditions de l'inscription
  • Louis Pape, La civitas des Osismes à l'époque gallo-romaine [Thèse de doctorat : Lettres : Rennes 2 : 1976], Paris, Klincksieck, 1978, p. 33, 244 et A-19 (Institut armoricain de recherches historiques de Rennes, 26) (OCLC 461698309). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Merlat, « Informations : Circonscriptions des Antiquités historiques. Ve Circonscription », dans Gallia, 15-2, Paris, 1957, p. 178-179 (Maël-Carhaix et une deuxième inscription anépigraphe, linteau d'une ruine) (en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Merlat et Louis Pape, « Bornes milliaires osismiennes », dans Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, 36, Rennes, 1956, p. 3-40, part. p. 9-15, 31 et Fig. I-1.
  • Seymour de Ricci, « Répertoire épigraphique de la Bretagne occidentale, et en particulier du département des Côtes-du-Nord », dans Société d'émulation des Côtes-du-Nord. Bulletins et mémoires, 35, Saint-Brieuc, 1897, p. 248-250 (Milliaire de Maël-Carhaix) et l'article complet p. 233-284. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • René-François Le Men, « L'emplacement de Vorganium. Découverte de Vorgium (Carhaix) [1er septembre 1874] », dans Revue archéologique, Paris, 1875, p. 78-94, part. p. 90 (lecture de l'inscription) (en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Robert Mowat, « La station de Vorgium déterminée au moyen de l'inscription itinéraire inédite de Mael-Carhaix (Côtes-du-Nord) », dans Revue archéologique, Paris, janvier 1874, p. 1-8 et Pl. I (en ligne) ; « Procès-verbaux du congrès de Quimper (septembre 1873). [Intervention du Commandant Mowat] », dans Bulletin archéologique de l'Association bretonne, Saint-Brieuc, R. Prud'homme, 1874, part. p. 62-64 (en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
Études du contexte historique de la borne
Autres études se référant à la borne
  • Philippe Guigon et Gildas Bernier, « Un milliaire d'Aurélien réutilisé en sarcophage à Molac (Morbihan) », dans Revue archéologique de l'ouest, 3, Rennes, 1986, p. 135-144, part. la bibliogr. à jour (en ligne).
  • Albert Champigneulle, « Le problème de Ségora », dans Annales de Bretagne, 70-1, Rennes, 1963, p. 69-104, part. p. 102-103 (en ligne).
    Étude toponymique d'après la Table de Peutinger.
  • Pierre Merlat, « Considérations générales sur l'établissement d'une carte du réseau routier en Armorique ancienne et observations particulières sur une carte des voies romaines de la Cité des Vénètes », dans Annales de Bretagne, 62-2, Rennes, 1955, p. 300-332 (en ligne).
Guide patrimonial
  • Marie Linden, Anita Six et Anne-Elisabeth Revel-Mouroz, Le patrimoine des communes des Côtes-d'Armor, Charenton-le-Pont, Flohic éd., 1998 (Le patrimoine des communes de France, 22) (ISBN 2-8423-4030-2) (extrait en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Le texte latin (lecture de Louis Bizeul) de CIL 17-02, 412 = CIL 13, 09013 = CAG-22, p 188 = AE 1956, +00001 = AE 1957, +00211 sur Epigraphik-Datenbank Clauss/Slaby.
  • Image sur Mégalithes du Monde (de bonne qualité)
  • Image sur Street View