Colonisation espagnole des Amériques

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La colonisation espagnole des Amériques, commencée avec les voyages de Christophe Colomb vers la fin du XVe siècle, a permis à la Monarchie catholique espagnole de maîtriser une grande partie du continent (son extension maximale étant atteinte au XVIIIe siècle). L'Espagne a ensuite perdu progressivement cette domination avec l’accès à l’indépendance des territoires, et la guerre hispano-américaine de 1898, quand les dernières colonies espagnoles ont été perdues au profit des États-Unis.

Les possessions du continent Amérique constituaient une grande partie de l'empire espagnol. Les premières colonies étaient situées dans les Caraïbes, puis se sont ensuite étendues à l'Amérique centrale, la partie de l'Amérique du Sud située à l’ouest du « méridien de Tordesillas », le Mexique, le Sud actuel des États-Unis et enfin une partie de l'Alaska.

Au début du XIXe siècle, les colonies espagnoles en Amérique commencèrent leur processus d'indépendance qui se termina autour de 1825. Les colonies restantes de Cuba et de Porto Rico furent finalement perdues à l'issue de la guerre hispano-américaine en 1898, qui mit un terme définitif à la domination espagnole sur les Amériques.

Voyages de Christophe Colomb[modifier | modifier le code]

Article connexe : Christophe Colomb.

Après un refus du roi du Portugal, le Génois Christophe Colomb arrive à convaincre les rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand II d'Aragon, de financer une expédition qui doit permettre d'atteindre les Indes et ses richesses par l'ouest. En octobre 1492, Colomb atteint l'île de San Salvador (Bahamas), puis fonde La Navidad, le premier établissement colonial du Nouveau Monde à Hispaniola. Il est nommé « vice-roi des Indes » (1493-1500) par les rois espagnols avec des privilèges très importants.

Les quatre voyages de Colomb

Cependant le traité de Tordesillas de 1494, limite les ambitions de l'Espagne en obligeant celle-ci à partager le « Nouveau Monde » avec les Portugais. Ainsi, les nouvelles terres découvertes situées à l'Ouest d'un méridien à 370 lieues des îles du Cap-Vert seront attribuées aux Espagnols.

Pendant ce temps, le gouvernement de Colomb (auquel il a associé ses deux frères Bartolomeo et Giacomo) se révèle désastreux, pour les colons qui s'affrontent entre eux, mais surtout pour les autochtones d'Hispaniola dont la population s'effondre du fait des exactions des conquérants. Au cours de trois autres voyages effectués jusqu'en 1504, Christophe Colomb explore les Antilles et le littoral caraïbe de l'Amérique centrale.

Mais c'est à un autre Génois, Amerigo Vespucci, qu'est attribuée, en 1507, la découverte d'un nouveau continent.

Durant le XVIe siècle, les Espagnols découvrent des terres américaines qui s'étendent de la Californie et de la Floride jusqu'à la Terre de Feu. Hormis le Brésil, tombé sous la coupe portugaise, l'Espagne s'est emparée de tous ses territoires à l'Ouest de celui-ci (y compris l'imposante vice-royauté du Pérou, qui comprend les mines d'or de Potosi et qui fait partie de la Nouvelle-Espagne créée en 1525).

Après une phase de découverte au départ d'Hispaniola, la seule colonie peuplée par les Espagnols pendant 18 ans, entre 1492 et 1510, commence en 1510 la colonisation espagnole de la terre ferme d'Amérique. Cette partie du nouveau monde est divisée par le Roi d'Espagne en deux parties, le Veragua, à l'ouest du Golfe d'Uraba, et la Nouvelle Andalousie à l'Ouest de ce golfe, la séparation étant assurée par la rivière Darién, appelée plus tard Rivière Atrato. Le Veragua contient toute l'Amérique centrale, jusqu'au Panama, et la moitié de l'actuelle Colombie, alors jugée la plus riche en or, car elle inclut les futures mines d'or du Choco, situées le long du rio Choco.

Plus tard, en 1534, la découverte et exploration du golfe du Saint-Laurent par le Français Jacques Cartier au nom du roi François Ier, remet en question la légitimité du traité de Tordesillas. Espagnols et Portugais n'auront plus le monopole de la découverte et de la colonisation des Amériques : France, Angleterre et Pays-Bas notamment, s'inviteront dans l'aventure coloniale américaine dès le début du XVIIe siècle.

Mise en place des colonies[modifier | modifier le code]

L'Empire espagnol

Description chronologique des conquêtes[modifier | modifier le code]

L'arrivée de Cortez au Mexique[modifier | modifier le code]

Le Mexique fut le premier des deux pays (Mexique et Pérou) à se faire coloniser par les Espagnols. En effet, c’est tout d’abord en 1517 que « […] les côtes mexicaines furent reconnues par Francisco Hernández de Córdoba »[1]. Par la suite, c’est le 19 février 1519 que Hernán Cortés débarque à Veracruz. Il est alors bien accueilli par les Tlaxcaltèques, les adversaires traditionnels des Aztèques. Il commence par imposer « […] aisément la suzeraineté espagnole à ces derniers et à l’empereur Montezuma  »[1]. En effet, Moctezuma se montre d’abord conciliant avec les Espagnols, s’efforçant de gagner du temps, mais à la suite d’un soulèvement des Aztèques contre les Espagnols (Mourre, 2004, p. 3725), « […] au cours de la Noche Triste (1er juillet 1520), l’empereur ne put contenir son peuple et Cortez dut s’emparer par la force de la capitale, Tenochtitlan (13 août 1521), qu’il fit raser et sur laquelle fut construite la ville espagnole de Mexico »[1].

L'arrivée de Pizarro et d'Amalgro au Pérou[modifier | modifier le code]

Au début du XVIe siècle, « Le Pérou est déchiré par la guerre civile : les deux fils de Huayna Capac, le bâtard Atahualpa et l’héritier légitime Huascar se disputent l’Empire »[2] et plusieurs civilisations sont hostiles aux souverains Incas. C’est environ au même moment que les conquistadors Francisco Pizarro et Diego de Almagro arrivent au Pérou. Ils réalisent, quelque temps après leur arrivée, que cette situation leur est favorable. Ils tentent de convaincre les Incas qu’ils sont pacifiques et finissent par organiser une rencontre avec le dirigeant Inca, Atahualpa. Lors de cette rencontre, ils en profitent pour le capturer et le garder comme prisonnier. « [Pizarro] fit mettre à mort […] Atahualpa, en 1533 »[3]. Un conflit éclate alors entre les quelques Espagnols présents au Pérou et les Incas jusqu’au début des années 1570. De ce conflit, il découlera plusieurs massacres qui causeront des milliers de morts, principalement du côté des peuples amérindiens[4].

Finalement, les conquistadors Cortez, Pizarro et Almagro sont les principaux acteurs de la conquête du Mexique et du Pérou par les Espagnols. L'Amérique est tout d'abord découverte par hasard par Christophe Colomb, lequel y fait quatre voyages. Par la suite, les côtes mexicaines sont reconnues par Fernandez de Cordoba et, finalement, Cortez amorce la conquête du Mexique. Pizarro et Almagro suivront l’exemple de Cortez, peu de temps après lui, mais au Pérou. Les mouvements coloniaux espagnols en Amérique furent contestés vigoureusement par les populations déjà installés, mais, à l'exception du peuple Mapuche, la résistance de ceux-ci s'avéra impuissante.

Territoires[modifier | modifier le code]

Amérique du Sud[modifier | modifier le code]

Carte des territoires de l'Empire Espagnol pendant l'union ibérique (1580-1640)

Nouvelle-Espagne[modifier | modifier le code]

La Nouvelle-Espagne est en vert foncé et les territoires contestés, en vert pâle.

La Nouvelle-Espagne, qui regroupait tous les territoires espagnols en Amérique du Nord, accède par une guerre à l'indépendance en 1821 (la Floride ayant été cédée en 1819 aux États-Unis par le Traité d'Adams-Onís). Ce territoire, auquel les États-Unis raviront l'Arizona, le Nouveau-Mexique, la Californie et le Texas, deviendra le Mexique.

Jugements portés sur la colonisation et sur ses méthodes[modifier | modifier le code]

Las Casas[modifier | modifier le code]

Un des premiers à dénoncer les « méthodes » des conquistadors et des colons est Bartolomé de las Casas. Arrivé en 1502, à 18 ans, à Hispaniola comme colon, celui-ci est vite horrifié par les exactions des chrétiens contre les indigènes. Il abandonne son domaine pour se faire ordonner prêtre en 1510 et il est nommé défenseur des Indiens par le cardinal Francisco Jiménez de Cisneros en 1516. Il n’a dès lors de cesse de dénoncer les massacres sous les prétextes les plus futiles et la réduction à un esclavage d’une brutalité inouïe pour les survivants. En dix ans, les massacres pour trouver de l’or ou parce que les Indiens ne se soumettent pas assez vite, leur esclavage dans les mines d’or ou comme bêtes de charge, la réduction des femmes à l’esclavage sexuel, les meurtres cruels et gratuits, les suicides collectifs pour échapper aux traitements barbares, etc. ont anéanti la population entière de certains îles. Las Casas relève encore que la brutalité des chrétiens s’est accompagné de leur duplicité, et cite nombre de fêtes dans lesquelles des indiens sont invités pour être systématiquement massacrés. Il indique que ce sont l’ambition et la soif d’or des occupants qui les poussent à cette tyrannie absurde, alors que les Indiens se montraient au départ accueillants et pacifiques.

En 1542, il écrit à destination du futur Philippe II son œuvre majeure : la Très brève relation de la destruction des Indes, autrement dit du génocide des Amérindiens. Pour la seule Nouvelle Espagne, il chiffre à 4 millions le nombre d’Indiens ainsi assassinés. Mais tout le nouveau monde est logé à la même enseigne et les massacres continuent. Le récit de Las Casas glace d'épouvante. Las Casas ne leur reproche pas seulement leur inhumanité, mais aussi de ternir la gloire de Dieu et de Charles Quint.

Suite aux dénonciations de Las Casas, l’empereur édicte une loi de protection des indigènes, mais celle-ci déclenche des émeutes chez les colons, comme les fils de Francisco Pizarro au Pérou, et ne sera jamais réellement appliquée.

Las Casas poursuit son combat en participant en 1550 et 1551 à la Controverse de Valladolid, au cours de laquelle il débat, oralement et par courrier, notamment avec le théologien Juan Ginés de Sepúlveda : pour ce dernier, sauver les indiens de la barbarie en les convertissant justifie l’usage de la force ; pour Las Casas, l’évangélisation et l’évolution des sociétés indiennes est leur droit, et non une devoir qui pourrait leur être imposé par la force.

La légende noire[modifier | modifier le code]

La prédication et les actions de Las Casas le font détester de tous ceux qui profitent de la colonisation ou la défendent : ils l'accusent jusqu’à ce jour d’avoir propagé une légende noire nuisant à la grandeur de l’Espagne. Leurs arguments sont de deux ordres : les thèses de Las Casas sont excessives et unilatérales ; tous les colonisateurs ont utilisé les mêmes méthodes que  les Espagnols.

Pour les défenseurs et continuateurs de Las Casas, ce n’est pas lui qu’il faut mettre en cause, mais la réalité dont il a été témoin parfois direct, et le problème n’est pas qu’il ait dénoncé les exactions espagnoles, le problème est qu’il n’y ait pas eu de Las Casas portugais, anglo-saxon, français ou néerlandais pour dénoncer des exactions similaires dans leurs colonies.

Les philosophes des Lumières[modifier | modifier le code]

De nombreux philosophes des Lumières portent un jugement très sévère sur la colonisation espagnole des Amériques[5]. Ainsi Montesquieu écrit par exemple : « Les Espagnols, désespérant de retenir les nations vaincues dans la fidélité, prirent le parti de les exterminer et d'y envoyer d'Espagne des peuples fidèles. Jamais dessein horrible ne fut plus ponctuellement exécuté. On vit un peuple [le peuple amérindien] aussi nombreux que tous ceux de l'Europe ensemble disparaître de la Terre à l'arrivée de ces barbares qui semblèrent, en découvrant les Indes, n'avoir pensé qu'à découvrir aux hommes quel était le dernier période [c'est-à-dire le plus haut degré] de la cruauté.

Par cette barbarie, ils [les Espagnols] conservèrent ce pays sous leur domination. [...] Ce remède affreux était unique. [...]

Quel prince envierait le sort de ces conquérants ? Qui voudrait de ces conquêtes à ce prix[6] ? ».

Pour sa part Diderot dénonce les "cruautés des Espagnols"[7]  ; il écrit notamment, dans l' Histoire des deux Indes :« Que les nations européennes se jugent et se donnent à elles-mêmes le nom qu´elles méritent. Leurs navigateurs arrivent-ils dans une .région du Nouveau Monde qui n´est occupée par aucun peuple de l´ancien, aussitôt ils enfouissent une petite lame de métal, sur laquelle ils ont gravé ces mots : CETTE CONTRÉE NOUS APPARTIENT. Et pourquoi vous appartient-elle ? N´êtes-vous pas aussi injustes, aussi insensés que des sauvages portés par hasard sur vos côtes, s´ils écrivaient sur le sable de votre rivage ou sur l´écorce de vos arbres ; CE PAYS EST A NOUS ? Vous n´avez aucun droit sur les productions insensibles et brutes de la terre où vous abordez, et vous vous en arrogez un sur l´homme votre semblable. Au lieu de reconnaître dans cet homme un frère, vous n´y voyez qu´un esclave, une bête de somme. Ô mes concitoyens ! vous pensez ainsi, vous en usez de cette manière ; et vous avez des notions de justice ; une morale, une religion sainte, une mère commune avec ceux que vous traitez si tyranniquement[8] ».

Louis-Sébastien Mercier dans son utopie (ou uchronie) L'An 2440 imagine quant à lui un « singulier monument » où « les nations figurées [demandent] pardon à l'humanité ». Parmi elles, l'Espagne, gémissant « d'avoir couvert le nouveau continent de trente-cinq millions de cadavres, d'avoir poursuivi les restes déplorables de mille nations dans le fond des forêts et dans les trous des rochers, d'avoir accoutumé des animaux, moins féroces qu'eux, à boire le sang humain[9] » .

Victor Hugo poète[modifier | modifier le code]

Au 19e siècle, Victor Hugo critique la colonisation espagnole des Amériques dans un poème intitulé "Les Raison du Momotombo", qui prend place dans La Légende des siècles (texte sur le site wikisource). Selon la légende, le volcan Momotombo, au Nicaragua, serait entré en éruption parce que des prêtres espagnols avaient voulu le baptiser. V. Hugo donne la parole au volcan, dans son poème, et lui prête une justification de ce refus du baptême chrétien : ce sont les massacres commis par les Espagnols dans les Amériques, au nom de la religion catholique, qui expliquent la réaction de protestation du volcan. Le Momotombo n'aimait pas beaucoup les dieux des Amérindiens, mais il juge en définitive que "le Dieu de l'étranger" est plus cruel encore, puisqu'il exige de si grands sacrifices.

"Quand j’ai vu dans Lima [capitale du Pérou] d’affreux géants d’osier,

Pleins d’enfants, pétiller sur un large brasier,

Et le feu dévorer la vie, et les fumées

Se tordre sur les seins des femmes allumées,

Quand je me suis senti parfois presque étouffé

Par l’âcre odeur qui sort de votre autodafé,


Moi qui ne brûlais rien que l’ombre en ma fournaise,

J’ai pensé que j’avais eu tort d’être bien aise ;

J’ai regardé de près le dieu de l’étranger,

Et j’ai dit : — Ce n’est pas la peine de changer. »"

Héritage et conséquences[modifier | modifier le code]

Article connexe : Espagnol.

Les populations améridiennes ont été décimées. Les langues et les cultures amérindiennes ont pour l'essentiel disparu.

La langue espagnole est répandue sur le continent américain. Du fait des évolutions démographiques des locuteurs des différentes langues et des flux migratoires, l’espagnol s'étend également au nord.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Mourre, Michel (2004). Mourre : dictionnaire encyclopédique d’histoire (i.m.), Paris, Bordas/SEJER, p. 3624
  2. Wachtel, Nathan (1971). La vision des vaincus : les Indiens du Pérou devant la Conquête espagnole, [s.l.], p. 48
  3. Mourre, Michel (1968). Dictionnaire d’histoire universelle, Paris, Éditions universitaires, p. 1624
  4. Baron, Martin (2012). Recueil de textes [Document inédit], Histoire des Amériques, Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Rouyn-Noranda, [s.p.].
  5. Yves Benot, Les Lumières, l'esclavage, la colonisation, La Découverte, 2005 ; voir notamment le chapitre "Diderot, Pechméjà, Raynal et l'anticolonialisme". Voir aussi de Hans-Jurgen Lüsebrik, "La critique de la colonisation espagnole dans l'Histoire des deux Indes", Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, juillet 2003.
  6. Montesquieu, Lettres persanes, Lettre 121, 1721
  7. Pierre Hermand, Les Idées morales de Diderot, Georg Olms Verlag, 1972, p.145.
  8. Histoire des deux Indes, 1770, "Des colonies en général" dans chapitre VI "Du commerce".
  9. Louis-Sébastien Mercier, L'An 2440, rêve s'il en fut jamais, 1770, chapitre 22.

Annexes[modifier | modifier le code]

Médiagraphie[modifier | modifier le code]

  • Martin Baron, Recueil de textes [Document inédit], Histoire des Amériques, Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Rouyn-Noranda, 2012, [s.p.].
  • Michel Mourre, Mourre : dictionnaire encyclopédique d’histoire (i.m.), Paris, Bordas/SEJER, 2004, 3796 p.
  • Michel Mourre, Dictionnaire d’histoire universelle, Paris, Éditions universitaires, 1968, 2367 p.
  • Ruggiero Romano, Les Mécanismes de la conquête coloniale : Les Conquistadors, France, Imprimerie-Reluire Mame, 1975, 180 p.
  • Nathan Wachtel, La vision des vaincus : les Indiens du Pérou devant la Conquête espagnole, [s.l.], 1971, 392 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]