Colonie Dignidad

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36° 23′ 15″ S 71° 35′ 15″ O / -36.3875, -71.5875 () La colonie Dignidad est une colonie agricole recluse et sectaire qui est fondée au Chili en 1961 par des expatriés allemands dont notamment Paul Schäfer (ou Schaefer), ancien nazi et brancardier de la Waffen-SS, condamné plus tard pour abus sexuels contre des mineurs.

Pendant la dictature militaire d'Augusto Pinochet, la colonie aide la police politique qui y emprisonne et torture des opposants. En 1991, après la fin de la dictature, elle perd son statut protégé et devient la Villa Baviera[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Schäfer avait déjà été, dans la jeune RFA, le fondateur d'un établissement destiné aux orphelins de guerre. Œuvre louable en apparence mais qui avait fini par attirer l'attention de la justice en raison de plusieurs plaintes révélant la pédophilie de Schäfer. Néanmoins, ce dernier parvient, non seulement à échapper aux poursuites en s'exilant au Chili mais, de surcroît, à se voir attribuer, par les autorités chiliennes (sous la présidence de Jorge Alessandri), un territoire de 3000 ha au Sud de Santiago qui était anciennement une colonie italienne. Territoire sur lequel il est censé reproduire son action "caritative" auprès des populations déshéritées de la région. C'est ainsi que naît la Colonie Dignidad.

La Colonie Dignidad étend son territoire et constitue, en plein territoire chilien, une enclave hermétique mais néanmoins prospère de plusieurs centaines de kilomètres-carrés, accumulant privilèges et exemptions. Bref, une zone de non-droit dans laquelle Schäfer, nostalgique du IIIe Reich, règne en maître absolu tout en profitant de sa position pour violer des mineurs. La dictature d'Augusto Pinochet et sa DINA (la police politique) fermeront complaisamment les yeux, trouvant dans la Colonie Dignidad une base arrière bien confortable dans le cadre de l'Opération Condor. La colonie a, en effet, servi d'usine d'armements, d'école et centre de torture et de base de retransmission des informations sur les opposants marxistes et socialistes. De même que Pinochet, Manuel Contreras visitait régulièrement la Colonia Dignidad[1].

La colonie disposait d'installations inhabituelles dans cette région du Chili, aussi éloignée de la "carretera central": un hôpital, une piste d'aéroport, une centrale électrique... Elle disposait aussi de licences pour exploiter le titane et, semble-t-il, l'uranium [réf. nécessaire]. De son implantation originelle, la colonie s'est encore agrandie, soit en achetant les terres des "campesinos", soit en se les appropriant sans droit. Deux propriétaires ont néanmoins résisté aux Allemands: un petit fermier chilien, dont la ferme se trouvait juste avant l'entrée principale de la colonie, et le couvent San Manuel, habité par quelques nonnes dirigées par Madre Paulina, la sœur de Don Carlos Camus, évêque de Linares et l'un des fondateurs du Vicariat de Solidaridad, institution qui venait en aide aux plus démunis et aux victimes de la dictature. Les sœurs du couvent San Manuel (six hectares donnés par les colons italiens qui se trouvaient là avant les Allemands) ont longtemps été persécutées par les Allemands de Dignidad mais ont toujours résisté.

À l'intérieur de la colonie, l'organisation sociale était basée sur le travail forcé et l'interdiction de tout individualité. Les jeunes étaient forcés à se "reproduire" et les bébés étaient retirés à leurs parents au bout de quelques mois. Rares sont les personnes qui ont pu s'enfuir de la colonie. Vu la qualité du matériel médical dans la colonie, il arrivait que les paysans voisins s'y rendent et y soient soignés gratuitement. Mais ces soins gratuits furent aussi l'occasion d'au moins un kidnapping d'enfant. D'autres enfants chiliens ont aussi disparu dans la région, dont deux jumeaux. Des témoignages semblent laisser penser que le fameux Dr Mengele, en fuite depuis 1945, aurait séjourné occasionnellement dans la colonie.

Fin des années 1970 (?), Amnesty International Allemagne a publié une enquête très complète sur la Colonie Dignidad [2], mais le pendant allemand de la colonie a intenté un procès contre l'ONG pour interdire la diffusion de l'enquête. Le juge a accédé à la demande en statuant sur la forme et non sur le fond de l'enquête. Celle-ci n'a donc pas pu être diffusée. La presse chilienne elle-même, sans trop se commettre, a écrit des articles sur la colonie (ferme modèle, persécutions des sœurs de San Manuel, rapts d'enfants, etc.). Le premier reportage télévisé sur la colonie a été réalisé en 1983 par le jeune candidat au jeu télévisé La Course autour du monde François Hubert. Aussitôt diffusé sur les chaînes francophones (Antenne 2, SSR, SRC, RTL), le couvent San Manuel ainsi que les Chiliens qui avaient aidé le jeune réalisateur ont été persécutés (l'un d'eux arrêté et torturé).

L'impunité dont bénéficiait la Colonie Dignidad va partiellement et progressivement s'effriter après la fin de la dictature Pinochet (en 1990). En 1991, elle perd son statut d'association caritative et se rebaptise Villa Baviera. En 1996-1997, l'étau se resserre autour de Schäfer, accusé d'abus sexuels sur mineurs et de torture. En 1997, il disparaît de la circulation et échappe aux enquêteurs durant plusieurs années. Il est alors âgé de 76 ans, et certains le donnent pour mort. Il est finalement capturé en Argentine en mars 2005. Schäfer est mort en prison, le 24 avril 2010, des suites de problèmes cardiaques, à l'âge de 89 ans. Malgré la condamnation à 20 ans de prison pour abus sexuels, et certaines condamnations pour avoir violé la loi sur la détention d'armes, pour homicide et torture, il n'aura jamais été condamné pour tous les crimes qu'il a commis, et emporte sans doute beaucoup d'informations dans sa tombe.

Interrogé en mars 2005 par le juge Alejandro Madrid à propos de la mort de l'ancien président chrétien-démocrate Eduardo Frei Montalva, l'Américain Michael Townley, agent de la DINA, avoua l'existence de liens entre la Colonia Dignidad, et le Laboratoire de guerre bactériologique de l'armée chilienne. Les enquêteurs soupçonnent que le poison qui a tué Frei Montalva dans la clinique de Santa Maria en 1982 a été élaboré dans cet endroit. Ce nouveau laboratoire de l'armée, à l'intérieur de la Colonia Dignidad, aurait été, selon Townley, le successeur du laboratoire de la DINA Via Naranja de lo Curro, où Townley travaillait avec le chimiste Eugenio Berrios. Townley a aussi témoigné au sujet d'expériences biologiques commises sur des prisonniers dans ce camp de détention[3].

Villa Baviera[modifier | modifier le code]

En septembre 2007, Colonia Dignidad, en difficulté économique et pâtissant d’une réputation sinistre, se convertit au tourisme : elle est rebaptisée Villa Baviera[4].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Territoires de la mémoire, recension du livre de PLOQUIN, Frédéric et POBLETE, Maria, La colonie du docteur Schaefer, une secte nazie au pays de Pinochet, Paris, Fayard, 2004
  2. Colonia Dignidad. Deutsches Mustergut in Chile - ein Folterlager der DINA (Une ferme allemande modèle au Chili - un centre de torture de la DINA) , Frankfurt, März 1977
  3. Michael Townley fue interrogado por muerte de Frei Montalva, Radio Cooperativa, 30 mars 2005.
  4. Glen Recourt Rue.89.com, « Au Chili, une colonie nazie devenue centre de vacances »,‎ 8 décembre 2010 (consulté en 21/12/2010)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric PLOQUIN et Maria POBLETE, La colonie du docteur Schaefer, une secte nazie au pays de Pinochet, Fayard, 2004.
  • John Dinges, Les Années Condor, La Découverte, 2005.