Collectif Luttes et handicaps pour l'égalité et l'émancipation

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Le Collectif Luttes et Handicaps pour l'Égalité et l'Émancipation (CLHEE) a été créé par un groupe de militants handicapés en avril 2016. Le collectif puise son inspiration dans à la fois dans le militantisme américain (consulter[1]), ainsi que dans l'activisme français des années 1970 où des militants, comme ceux du Comité de Lutte des Handicapés fondé en 1973 avec son journal Handicapés méchants, exprimait son indépendance vis-à-vis des associations dites gestionnaires et revendiquait une position égalitaire pour l'ensemble des personnes handicapées, tout en s'inscrivant dans les débats politiques de l'époque.

Constitution et origines[modifier | modifier le code]

Elena Chamorro (Aix-en-Provence), Elisa Rojas (Paris), Lény Marques (Clermont-Ferrand), et Mathilde Fuchs (Rennes) ont fondé le CLHEE à la suite du collectif Non au report de 2015 (né au printemps 2014), qui milite contre le report de la mise en application de l'accessibilité des lieux et transports publics datant de juin 1975 (à savoir la loi no 75-534 du 30 juin 1975 d'orientation en faveur des personnes handicapées). Après l'abandon de la mise aux normes d'accessibilité des lieux publics de 2015, un groupe « sans attache associative et politique » a été constitué grâce au réseau social Facebook[2].

Prises de positions[modifier | modifier le code]

Opposition aux politiques de maintien de la dépendance et à l'institutionnalisation[modifier | modifier le code]

Les militants du CLHEE s'opposent radicalement à la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : (dite loi ELAN). Elena Chamorro, dans un entretien de juillet 2019 avec le magazine Polysème, évoque le retard français en matière d'accessibilité, et le choix de la France à déléguer la « prise en charge » des personnes handicapées à des associations majoritairement de parents qui ont créé des institutions spécialisées, qui sont toujours gestionnaires d'établissements à l'heure actuelle. Elle évoque la ségrégation des personnes handicapées, leur relégation dans des centres, où beaucoup d’entre elles vivent toute leur vie, à l’écart de leurs familles, des centres spécialement conçus pour les enfants où ceux-ci sont scolarisés, à l’écart des enfants valides, des centres où des adultes travaillent, sous le contrôle d’éducateurs. Elle dénonce une situation dans laquelle les personnes sont forcées par des choix politiques de vivre dans des établissements spécialisés, éduquées au « désempouvoir ». La dépendance humaine et financière, les dérogations successives quant aux lois sur l'accessibilité font de la France un pays où l'idée du choix individuel de vie des personnes handicapées crée une opposition de droits fondamentaux avec les personnes valides (voir validisme).

Le recrutement des personnes handicapées conduit majoritairement à embaucher dans les ESAT, où a lieu une forme de sous-traitance des entreprises qui complètent l'obligation d'emploi de personnes handicapées, c'est pourquoi le CLHEE s'oppose au discours de Sophie Cluzel sur le renforcement de la filière d'apprentissage pour les personnes handicapées[3].

Au sujet du rapport réalisé par Adrien Taquet « Plus simple la vie » du 28 mai 2018[4], Elisa Rojas a été interviewée[5] par Le Media et dénonce le positionnement de ce rapport à l'encontre des recommandations de l'Organisation des Nations Unies en matière de désinstitutionnalisation ; le manque de conclusions tirées du passage de la rapporteuse spéciale des Nations Unies et du respect des engagements internationaux pris par la France ; du système économique mis en place autour du placement en établissements spécialisés et du manque de la revalorisation de l'Allocation Adulte Handicapé (AAH), de mesures afin de favoriser la vie autonome, et de l'influence de l'austérité sur la vie des personnes handicapées.

Elisa Rojas cite également la Convention relative aux droits des personnes handicapées[6] qui spécifie que « l’autonomie de vie et l’inclusion dans la société supposent un cadre excluant toute forme d’institutionnalisation » afin de critiquer le contenu des amendements[7] déposés par François Ruffin, député de la France Insoumise, le 10 octobre 2018 et les positions de Sophie Cluzel.

Positionnement en matière d'accès à une vie affective et sexuelle[modifier | modifier le code]

Le CLHEE a publié une tribune intitulée « Nous ne sommes pas des indésirables », reprise par l'Humanité[8] à la suite de la mise en place de la première formation d’assistant sexuel en France par l’association l’APPAS et de la sortie du film « Indésirables » et du débat sur la place des assistantes sexuelles. L'exclusion spatiale et sociale, associée à des représentations stigmatisantes des personnes handicapées, amène à une faible représentation médiatique de la vie affective et sexuelle des personnes handicapées. Une représentation passive et médicale de la personne handicapées est dénoncée, et avec celle-ci la conception d'un assistance sexuelle comme prolongement du soin et de la prise en charge, et du fait que l'assistante sexuelle, une personne valide, doive être formée et rémunérée spécifiquement afin d'avoir des rapports sexuels avec les personnes handicapées. L'assistance sexuelle conditionne également les personnes à penser que les rapports entre personnes valides et handicapés sont anormaux.

Exigences de représentation éducative et politique[modifier | modifier le code]

Le 23 juin 2019, Cécile Morin publie sur le site du CLHEE une analyse intitulée « Le handicap, un impensé des établissements disciplinaires », dans laquelle elle évoque la faible représentation de la problématique des personnes handicapées dans les programmes d'histoire, l'absence d’évocation des luttes politiques de personnes handicapées, et l'absence d'opportunité proposée aux élèves, à l'opposé de l'existence d'une forte littérature sur le thème de l'inclusion, de se représenter l'existence des gens handicapés en tant que corps et désirs individuels.

Elisa Rojas avait par ailleurs évoqué l'existence du champ des Disability Studies dans les pays anglos-saxons[3], comme champ d'études spécifiques, et sa quasi-absence en France.

Elisa Rojas cite comme exemple le parti espagnol Podemos qui dispose de personnes handicapées à de hauts niveaux de responsabilité afin d'appeler à la représentation des personnes handicapées dans l'espace politique[3].

Manifeste du CLHEE[modifier | modifier le code]

Le manifeste du CLHEE, publié le 12 avril 2016 par les co-fondateurs du collectif, s'appuie sur les principes suivants :

  1. La lutte pour la désinstitutionnalisation
  2. La défense de la vie autonome
  3. La lutte contre le validisme, les discriminations et l'handiphobie
  4. La promotion de représentations justes des personnes handicapées
  5. L'inscription du combat des personnes handicapées dans l'ensemble des luttes d'émancipation
  6. L'inscription du combat des personnes handicapées dans une logique intersectionnelle
  7. La dénonciation du rôle des associations gestionnaires
  8. Le caractère politique de la lutte des personnes handicapées

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles de presse[modifier | modifier le code]

  • [Maudet 2017] Elsa Maudet, « Handicap : ces militants qui cassent les codes », Libération,‎
  • [Maudet 2017] Elsa Maudet, « Handicap : une nouvelle forme d'activisme reste à créer », Libération,‎
  • [Knaebel 2018] Rachel Knaebel, « Exclure les personnes handicapées c'est construire une société de privilèges et d'inégalités », Basta !,‎
  • [Boutin 2019] Clément Boutin, « "Le validisme" infériorise les personnes handicapées », Causette,‎
  • [Durand 2019] Mathilde Durand, « Avec la lutte contre le "validisme", des militants handicapés défendent leurs droits », le Journal du Dimanche,‎

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [1] (site Internet)
  • [2] (reportage ARTE du 10 octobre 2018)
  • [3] (interview d'Elisa Rojas par Le Média du 04 juin 2018)
  • [4] (blog et revue de presse)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]