Collégiale Sainte-Croix de Liège

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Collégiale Sainte-Croix de Liège
Image illustrative de l'article Collégiale Sainte-Croix de Liège
Présentation
Culte Catholique Romain
Type Collégiale
Rattachement Diocèse de Liège
Début de la construction 976
Fin des travaux 986
Autres campagnes de travaux 1391: Reconstruction
1758: Restauration
Style dominant Gothique
Protection Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine classé (1936, L'ensemble à l’exception de la partie instrumentale de l’orgue)
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Province Drapeau de la province de Liège Province de Liège
Ville Blason de Liège Liège
Coordonnées 50° 38′ 43″ nord, 5° 34′ 12″ est

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Collégiale Sainte-Croix de Liège

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Collégiale Sainte-Croix de Liège

La collégiale Sainte-Croix, fondée et érigée entre 976 et 986 par l'évêque Notger, se situe à Liège place Verte, dans l'angle formé par la rue Sainte-Croix et la rue Haute-Sauvenière. Elle abrite la clef de Saint Hubert, autrefois dans le trésor de la Collégiale Saint-Pierre de Liège. Après la Révolution liégeoise, le chapitre de chanoines est supprimé en 1797, mais l'église est rendue au culte en 1802. Classée en 1936, elle est inscrite dans la liste du patrimoine exceptionnel de la Région wallonne[1]. En , elle est inscrite sur la liste de 67 monuments en danger établie par le Fonds mondial pour les monuments[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

La collégiale Sainte-Croix, juste en dessous, l'église Saint-Michel et la rue Haute-Sauvenière, en bas : la place aux Chevaux, la Basse-Sauvenière et l'hôpital Saint-Mathieu à la Chaîne

Fondée entre 976 et 986 par l'évêque Notger[3],[4],[5],[6],[7],[8], qui la consacre en 986, l'église est bâtie sur l'emplacement du château Silvestre, appartenant à Radus des Prez. Notger dote la collégiale Saint-Croix d'un chapitre de quinze chanoines, qui en 1045 sont portés à trente par l'évêque Wazon.

La légende du château Sylvestre[modifier | modifier le code]

« Sans parler de la prise de Chèvremont, Notger, semble-t-il, ne négligeait aucune occasion d'augmenter ses richesses et d'affermir son pouvoir. Il cherchait surtout à se débarrasser de ceux dont la fortune croissante paraissait devoir un jour contrebalancer sa propre autorité.

À cette époque, vivait à Liège un chevalier du nom de Radus des Prez. Ce puissant personnage occupait sur la hauteur, entre les églises de Saint-Pierre et de Saint-Martin, un château appelé Sylvestre, d'où l'on dominait la ville entière. Dans les mains d'un vassal ambitieux et rebelle, une position aussi importante pouvait devenir fatale à l'évêque; il lui déplaisait donc fort de voir ces sombres tourelles planer au-dessus de la bonne ville, et il ne pensait qu'aux moyens à employer pour les faire disparaître.

Un jour qu'il devait se rendre en Allemagne, Notger engagea Radus, qui était voué de Liège, à l'y accompagner, et celui-ci y consentit de grand cœur. Mais pendant leur absence, qui ne dura pas moins de deux années, Robert, neveu de l'évêque, et qui avait reçu ses instructions, fit aussitôt démolir la forteresse du sire des Prez, et y jeta les fondements d'une nouvelle église, celle qu'on appela plus tard Sainte-Croix. Quand l'évêque revint avec Radus, le voué, celui-ci, qui, du haut de la montagne Cornillon, cherchait des yeux son château dans le lointain et ne l'apercevait pas, s'écria tout à coup : « Par ma foi ! sire évêque, ne sais si je rêve ou si je veille, mais j'avais accoutumance de voir d'ici ma maison Sylvestre, et ne l'aperçois pourtant point aujourd'hui; m'est avis qu'il y a là-bas un moustier à sa place. — Or, ne vous courroucez, mon bon Radus, répliqua doucement Notger, de votre château ai fait faire en effet un moustier, mais rien n'y perdrez. Robert, mon cousin, prévôt de Saint-Lambert, possède de nobles héritages Outre-Meuse, de même que les grands prés qui s'étendent depuis les Écoliers jusqu'à la Boverie; ils seront dorénavant tous vôtres, et je donnerai au prévôt la Sauvenière, la petite ville.  » Il fallut bien que Radus se contentât de ce que lui offrait l'évêque. »

— Mathieu-Lambert Polain, Récits historiques sur l'ancien pays de Liège[9]

Donation et ressources[modifier | modifier le code]

Le , l'empereur Henri II confirme la fondation de l'église Sainte-Croix à Liège par Notger et lui assigne divers biens en Ardenne, en Hesbaye et en Ripuarie[10].

  • entre 1113 et 1118, la cité de Liège attribue lors d'un procès, une donation de la comtesse Ermengarde usurpée par l'évêque.
  • dîme de Vreren

Reconstruction[modifier | modifier le code]

Intérieur de la collégiale Sainte-Croix
Nef de la collégiale Sainte-Croix

Élevé vers 1200-1220, le chœur occidental ou westbau présente des caractéristiques d'influence rhénane. Il est de style transition entre le roman et le gothique et se compose du narthex couronné d'un clocher octogonal et prolongé par une abside semi-circulaire couronnée d'une galerie de circulation couverte dont les petites arcades en plein cintre reposent sur des colonnettes.  Il a été fortement restauré au XIXe siècle par l'architecte Jean-Charles Delsaux et sert actuellement de baptistère. Le reste de l'édifice est de style gothique. Le chœur oriental et son abside sont datés de 1255, le transept et les deux premières travées orientales de la nef de 1283-1287, les deux dernières travées de la nef de 1332. Au XVe siècle, des chapelles furent insérées entre les contreforts des bas-côtés.

L'édifice présente une longueur de 57, une largeur de 25 m et une hauteur sous voûte de 17 m à la grande nef.

Elle était une des sept collégiales liégeoises (Saint-Pierre, Sainte-Croix, Saint-Paul, Saint-Jean, Saint-Denis, Saint-Martin, Saint-Barthélemy) .

À la suite de l'annexion française après la Révolution liégeoise, le chapitre est supprimé en 1797 et l'église sert de lieu d'assemblée électorale. Elle est rendue au culte, en tant qu'église paroissiale, en 1802.

Description[modifier | modifier le code]

De la collégiale primitive de Notger ne subsiste qu'un fragment de mur en grès, dans la façade extérieure à côté du chevet.

Le chœur occidental, romano-gothique (fin XIIe, début XIIIe siècle), contient une invention de la Sainte-Croix de Bertholet Flémal (XVIIe siècle). L'abside orientale date du XIIIe siècle, les nefs sont des XIIIe et XIVe siècles et les chapelles latérales du XVe siècle. Le choeur, orné de peintures murales de Jules Helbig conserve de remarquables vitraux de Jean-Baptiste Capronnier et d'Eugène-Stanislas Oudinot.

Portail[modifier | modifier le code]

La résurrection du Christ de l'église Sainte-Croix à Liège. Le portail gothique de l'église Sainte-Croix à Liège comporte, au tympan, un groupe sculpté de la Résurrection qui est en réalité une copie, réalisée en 1935, des statues originales fortement abîmées que l'on peut voir maintenant Grand Curtius département d'Art religieux et d'Art mosan. Celles-ci, attribuées au Maître des madones en marbre mosanes, avaient déjà été datées par Marguerite Devigne du milieu du XIVe siècle. Cette chronologie peut être davantage encore nuancée. En effet, deux des cinq personnages en pierre sont des guerriers datés de 1340[11].

Trésor de Sainte-Croix[modifier | modifier le code]

Clef de Saint Hubert[modifier | modifier le code]

La clef de Saint Hubert, autrefois dans le trésor de la Collégiale Saint-Pierre de Liège.

Triptyque de la sainte Croix[modifier | modifier le code]

Triptyque de la Sainte Croix conservé Grand Curtius.

Le triptyque de l'église Sainte Croix de Liège est un triptyque en chêne recouvert de cuivre doré. Cette orfèvrerie mosane du XIIe siècle (1160-1170) est attribuée à Godefroy de Huy.

Le triptyque renferme des parcelles de la Vraie Croix et une dent de saint Vincent. Sur le bas du triptyque de la sainte Croix de Liège, est inséré un cabochon en cristal de roche qui protège une dent de saint Vincent et, en plus, un fragment du chef de saint Jean-Baptiste, identifiés par des inscriptions renouvelées.

Selon la légende, les fragments de la Sainte Croix furent donnés par Robert II roi de France à Henri II qui les offrit à l'église Sainte Croix de Liège en 1066. Ces reliques, disposées en petite croix en or, sont intégrées dans le triptyque vers 1160[12].

Jubé[modifier | modifier le code]

Dans les collections du Musée provincial de Liège se trouvent sept petites tètes en pierre de sable provenant de l'église Sainte Croix, où elles décoraient le jubé, autrefois placé entre le transept et les deux dernières colonnes de la grande nef qu'il séparait l'un de l'autre. Plusieurs de ces têtes appartenaient à des statuettes dont le l'ancien Musée Provincial possède différents débris ; d'autres soutenaient une petite corniche. Ces têtes données au Musée par la fabrique de Sainte Croix ont été trouvées en creusant les fondations du nouveau portail[13].

Sources fondamentales[modifier | modifier le code]

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Le cartulaire de l'ancien chapitre de la collégiale de Sainte-Croix est composé de quatre cent sept feuillets sur vélin. Il est l'ouvrage d'un religieux de l'église nommé Matthias de Léau. C'est vers 1379 que le cartulaire a été écrit ou du moins achevé. En voici la description: on peut se faire une idée, par cette description, de la valeur du cartulaire de Sainte-Croix.

Collégiale Sainte-Croix (c. 1900-05)
Gravure d'Olivier Duchâteau
  • Il y a d'abord (fol. 1-17) une chronique abrégée de l'Église et du pays de Liège, laquelle se termine à l'année 1576, un peu avant la troisième paix des XXII, signée le 14 juin de cette année, sous l'épiscopat de Jean d'Arckel, que le pape Urbain V avait transféré de l'évêché d'Utrecht à celui de Liège. Elle commence à saint Materne, premier évêque de Tongres, dont la mort y est fixée au 18 des calendes d'octobre de l'an 130, après avoir, dit le chroniqueur, vécu trente-huit ans depuis sa résurrection et exercé l'épiscopat pendant quarante.
  • À la suite sont (fol. 19-20) quelques diplômes touchant l'incorporation à l'église de Sainte-Croix de la paroisse de Frères.
  • Les actes relatifs aux possessions, biens, revenus, cens et rentes du chapitre remplissent les fol. 21-350.
  • Aux fol. 351-364 sont transcrits les privilèges, libertés et franchises accordés à l'église cathédrale et aux églises secondaires de Liège par les rois des Romains, les souverains pontifes, les évêques de Liège: privilèges qui exemptaient lesdites églises, leurs ministres et serviteurs de la juridiction séculière de l'évêque, du majeur, des échevins et de tous autres magistrats. Parmi ces actes, on trouve la paix des clercs, la paix de Wihogne, la loi muée, la modération de la paix de Waroux, les statuts de la cité approuvés par l'évêque Adolphe de la Marck.
  • Viennent ensuite (fol. 364-367) des informations, cas et exemples pour prouver que les églises collégiales de la cité et du diocèse, leurs chanoines, chapelains et choraux sont exempts de la juridiction spirituelle, ordinaire et immédiate, de l'évêque, de son officiai et du chapitre de la grande église (Saint-Lambert).
  • Enfin sont des traités d'association faits entre la grande église et les églises secondaires de Liège, pour le maintien de leurs immunités respectives envers et contre tous (fol. 367-373), et de semblables traités conclus, dans le même but, entre les églises secondaires seulement (fol. 37-1-379).
  • Les statuts et usages des églises de la cité et du diocèse de Liège (fol. 380-382) complètent ce recueil de documents.
  • Enfin, des pièces de tout genre, d'un intérêt moindre que les précédentes, remplissent les fol. 384-407; il convient cependant de mentionner, comme étant transcrits aux fol. 391-400, la paix de Wihogne (déjà citée), la paix des seize, le nouveau serment des fermeteurs, les statuts modérés par les huit hommes, et la modération de la loi nouvelle ou de la paix des seize.
  • Le plus ancien diplôme noté est de l'an 1005 ; il est donné par l'empereur Henri II. Viennent ensuite, dans l'ordre des dates, des actes de 1011, 1028, 1032, 1063, 1112, 1113, etc.

Index des artistes[modifier | modifier le code]

Liste chronologique des artistes ayant travaillé à l'église Saint-Croix, ou dont une œuvre se trouve dans l'église.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mathieu Piavaux, « L'Église Sainte-Croix à Liège : Un monument à la croisée des apprentissages », dans Estrategias relativas al patrimonio cultural mundial. La salvaguarda en un mundo globalizado. Principios, practicas y perspectivas. 13th ICOMOS General Assembly and Scientific Symposium. Actas, Madrid, Comité Nacional Español del ICOMOS, coll. « icomos » (no 602), , 290-292 p. (lire en ligne)
  2. M. Gretry, « La collégiale Ste-Croix de Liège en danger, selon World Monuments Watch », sur rtbf.be Info régions,‎
  3. Anselme de Liège, Gesta episcoporum Tungrensium, Traiectensium et Leodiensium, ch. 26, p. 203-204 et ch. 27, p. 204
  4. Gilles d'Orval, Vita Notgeri, ch. 4, p. 11 et ch. 9 p. 14-15
  5. Monumenta Germaniae Historica, Diplomata, Otto III, Hanovre, (lire en ligne), n°240, p. 657-658 (997)
  6. Monumenta Germaniae Historica, Diplomata, Heinrich II, Hanovre, (lire en ligne), n° 93, p. 117-118, (1005)
  7. Monumenta Germaniae Historica, Diplomata, Konradt II, Hanovre, (lire en ligne), n°116, P. 161-162 (1028)
  8. Godefroid Kurth, Notger de Liége et la civilisation au Xe siècle, t. 2, Paris, Bruxelles, Liège, A. Picard, O. Schepens, L. Demarteau, (lire en ligne), p. 83-86
  9. Mathieu-Lambert Polain, Récits historiques sur l'ancien pays de Liège, Bruxelles, Gobaerts, , 464 p. (lire en ligne), p. 26-27
  10. Copie aux Archives de l'État à Liège, dans le Cartulaire de Sainte-Croix (XIVe siècle), f. 19, sous ce titre : « Confirmatio plurium bonorum facta ecclesiae nostae per Henrieum imperatorem ad procurationem venerabilis Nogheri » suivie de ces mots : « Nota quod principalis carta predicti ubi appositum fuerat, suntque sub manu publica ejusdem carte transsumpta et « vidimus » per notarium signatum » - Confirmation de ce document par l'empereur Adolphe de Nassau en 1292, Bonn, nones d'avril.
  11. Claude Gaier, Armes et combats dans l'univers médiéval, Volume 2, 2004, 289 pages, p. 196
  12. Philippe George, Reliques & arts précieux en pays mosan : Du haut Moyen Age à l'époque contemporaine, Liège, Céfal, , 270 p.
  13. Catalogue descriptif de Musée Provincial de Liége, 1864, n° 17
  14. a et b signalé en 1842 in Mathieu-Lambert Polain, Liège pittoresque, ou description historique de cette ville et de ses principaux monuments, Bruxelles, Hauman, , 279 p., in-8° (lire en ligne), p. 180

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Armand Delhaes, L'église Sainte-Croix à Liège, Le Vieux-Liège, coll. « Feuillets archéologiques de la Société royale Le Vieux-Liège », , 2e éd., 24 p.
  • Mathieu Piavaux, La Collégiale Sainte-Croix à Liège : Formes et modèles dans l'architecture du Saint-Empire. XIIIe-XVe siècles, Presses universitaires de Namur, coll. « Histoire, Art et Archéologie », , 436 p. (ISBN 2870375719 et 9782870375716, présentation en ligne)
  • Édouard Poncelet, Inventaire analytique des chartes de la collégiale de Sainte-Croix à Liège, t. 1, Bruxelles, M. Weissenbruch, , 566 p. (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]