Collège Sévigné

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Le no 10 de la rue de Condé où était situé le collège Sévigné.

Le collège Sévigné, fondé en 1880[1], est un établissement privé laïque sous contrat d'association avec l'État. Il fut l'un des premiers établissements scolaires supérieurs ouvert aux jeunes filles en France. On trouve parmi ses anciennes élèves nombre de personnalités du monde de l'éducation.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le contexte de la fondation[modifier | modifier le code]

L'établissement fut fondé en novembre 1880[1] par Michel Bréal, déjà à l'initiative de la création de l'École alsacienne l'année précédente et de la Société pour la propagation de l'instruction parmi les femmes ; l'historienne Marie-Joséphine de Marchef-Girard en prit la direction.

À l'époque, les femmes n'ont pas accès à l'enseignement secondaire en France, contrairement par exemple aux États-Unis ou à l'Allemagne. C'est en décembre de la même année que fut promulguée la loi Camille Sée instituant les lycées de jeunes filles, mais ceux-ci ne les préparaient pas encore au baccalauréat.

Mathilde Salomon devint directrice du collège Sévigné dès 1883 ; elle en assura la direction jusqu'à son décès en 1909[2].

Externat privé et laïque, l'établissement était alors le seul en France à proposer aux filles un enseignement équivalent à celui des lycées de garçons ; il se taille rapidement une réputation d'excellence[3].

La formation de jardinières d'enfants[modifier | modifier le code]

En 1919, le cours Sévigné ouvre un jardin d'enfants, et forme dès lors chaque année une trentaine d'élèves au métier de jardinière et d'institutrice. Sous l'impulsion de Thérèse Sance, la nouvelle directrice, membre de la nouvelle éducation, le collège Sévigné devient le premier établissement en France où sont enseignés les principes de Fröbel, Maria Montessori et John Dewey[4].

Le philosophe Alain y donne de 1925 à 1926 un cours de pédagogie enfantine[5], tout comme l'écrivain et critique littéraire Jean Guéhenno qui y enseigne[6].

Toujours dans les années 1920-1930, plusieurs autres professeurs sont engagés par la directrice Mathilde Salomon pour rejoindre le corps enseignant du collège Sévigné : le philosophe Frédéric Rauh, le philosophe Raoul Allier, l'historien Arthur Giry, le biologiste et chimiste Émile Duclaux, l'historien et homme politique socialiste Albert Thomas[7] ou encore Marguerite Thibert. Plus tard, une seconde génération de professeurs vint également rejoindre la précédente : le philosophe Maurice Merleau-Ponty[8], le sociologue franco-russe Georges Gurvitch, le philosophe et musicologue Vladimir Jankélévitch, le linguiste Georges Dumézil, l'historien Fernand Braudel, le philosophe Emmanuel Mounier, l'historien Jérôme Carcopino ainsi que la femme de lettres Jacqueline de Romilly. De septembre 1941 à 1942, date de son départ pour rejoindre les Forces françaises libres de Londres, le journaliste et résistant Pierre Brossolette (entré au Panthéon en 2015) enseigna l'histoire au Collège Sévigné[9].

Influence[modifier | modifier le code]

Nombre d'anciennes élèves du cours Sévigné furent elles-mêmes des fondatrices d'école.

Madeleine Daniélou s'inspira des méthodes de Sévigné où elle avait étudié puis enseigné. Elle fonda en 1913 le collège Sainte-Marie de Neuilly, permettant aux jeunes filles catholiques de poursuivre leurs études jusqu'au baccalauréat, tout en leur évitant de perdre la foi par une éducation par trop laïque[10].

Mais c'est surtout le cours de jardinières d'enfants qui devint un vivier pour l'éducation nouvelle en France. Émilie Brandt y enseigna et participa à la création en 1918 d'une annexe au collège à Strasbourg, avant de créer sa propre école, qui prit ensuite son nom, à Levallois-Perret[11].

Germaine Girard, directrice par la suite de l'école du Père Castor y fut également enseignante. Marie Rist y fut formée avant de créer l'École nouvelle d'Antony en 1961[12].

D'autres élèves qui devinrent plus tard célèbres ont aussi étudié au collège Sévigné, comme dans les années 1920 : les sœurs Irène Joliot-Curie, future chimiste et physicienne, et Ève Curie, future pianiste et diplomate[8]. On trouve aussi parmi les anciennes élèves la soprano Germaine Lubin, Lise Bloch (future femme de l'homme d’État Léon Blum), Clotilde Bréal (fille de Michel Bréal et future femme du prix Nobel de littérature Romain Rolland, puis du pianiste Alfred Cortot)[13], la féministe et journaliste Louise Weiss, Madeleine Jaurès (fille du politicien socialiste Jean Jaurès)[14], l'historienne de la Shoah Elisabeth Maxwell, l'aviatrice Hélène Boucher et la médecin Thérèse Bertrand-Fontaine[9].

L'établissement actuel[modifier | modifier le code]

L'établissement est désormais situé au 28 rue Pierre-Nicole, dans le 5e arrondissement de Paris, ainsi qu'une annexe se trouvant au 39 rue Henri-Barbusse.

En 2017, le lycée se classe 15e sur 114 au niveau départemental en termes de qualité d'enseignement selon le quotidien Le Parisien et 36e sur 112 ainsi que 193e sur 2277 au niveau national selon le magazine L'Express[15],[16]. Le classement s'établit sur trois critères : le taux de réussite au bac, la proportion d'élèves de première qui obtient le baccalauréat en ayant fait les deux dernières années de leur scolarité dans l'établissement, et la « valeur ajoutée » (calculée à partir de l'origine sociale des élèves, de leur âge et de leurs résultats au diplôme national du brevet)[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Voir page d'accueil du site officiel.
  2. Catherine Nicault, « Mathilde Salomon, pédagogue et pionnière de l'éducation féminine », Archives juives, vol. 37, no 1 (2004),‎ , p. 129-134 (lire en ligne).
  3. Blandine Dominique Berger, Madeleine Daniélou, 1880-1956, Cerf, p. 35-36.
  4. Annick Ohayon, Dominique Ottavi et Antoine Savoye, L'Éducation nouvelle, histoire, présence et devenir, Peter Lang, , 330 p. (ISBN 978-3039114832), p. 237.
  5. Baptiste Jacomino, Alain et Freinet, L'Harmattan, , p. 34-36.
  6. Jeanyves Guérin, Jean-Kely Paulhan et Jean-Pierre Rioux, Jean Guéhenno. Guerres et paix, Presses Univ. Septentrion, (lire en ligne), p. 133.
  7. Vincent Duclert, Réinventer la République. Une constitution morale, Armand Colin, (lire en ligne).
  8. a et b Bernadette Moussy, Les Pédagogues dans l’Histoire, Chronique sociale (lire en ligne), « Collège Sévigné ».
  9. a et b « Histoire/Valeurs », sur Collège Sévigné.
  10. Blandine Dominique Berger, Madeleine Daniélou, 1880-1956, Cerf, p. 39-40.
  11. Fabienne Serina-Karsky, « L'accueil de l'enfant à l'école maternelle : recherche sur la collaboration entre une enseignante et une éducatrice de jeunes enfants ».
  12. Marie et Noël Rist, Une pédagogie de la confiance, Syros, .
  13. Dominique Missika, Thérèse. Le grand amour caché de Léon Blum, ALMA, (lire en ligne).
  14. Vincent Duclert et Gilles Candar, Jean Jaurès, Fayard, (lire en ligne), « Les cercles de l'amitié ».
  15. Classement départemental et national du lycée.
  16. Palmarès du lycée.
  17. Méthodologie du classement national des lycées français.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Blandine Dominique Berger, Madeleine Daniélou, 1880-1956, Cerf, . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Collectif, Le Livre du centenaire 1880-1980, Nathan, .
  • Jean-Pierre de Giorgio (dir.), L’École des jeunes filles. Mathilde Salomon, Presses universitaires de Rennes, 2017, 190 p. (ISBN 978-2-7535-5471-9).
  • Antoine Prost (dir.), Réformer l'école : l'apport de l'éducation nouvelle (1930-1970), Presses universitaires de Grenoble, . Document utilisé pour la rédaction de l’article

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]