Coitus reservatus

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 Ne doit pas être confondu avec coitus interruptus.

Le coitus reservatus ou étreinte réservée ou karezza est une pratique sexuelle au cours de laquelle, lors d'une pénétration, le partenaire pénétrant ne tente pas d'éjaculer à l'intérieur de la personne pénétrée, mais s'emploie au contraire à retarder autant que possible le moment de l'éjaculation, voire à l'éviter complètement[1].

Dans le langage populaire cette pratique porte quelques fois le nom de « coup sec ».

Technique[modifier | modifier le code]

La pratique du coitus reservatus revient à prolonger la phase de plateau du plaisir pour les deux partenaires, et peut permettre à au moins l'un des partenaires d'atteindre l'orgasme une ou plusieurs fois[2].

Le coitus reservatus peut aussi être utilisé comme une technique rudimentaire de contrôle des naissances, au même titre que le coït interrompu, mais son efficacité est tout aussi problématique en l'absence d'autre moyen de contraception.

Histoire du concept[modifier | modifier le code]

Le coitus reservatus a été pratiqué en Chine ancienne[3] et peut-être dans l'Inde ancienne. En Occident, la pratique du coitus reservatus est évoquée pour la première fois aux États-Unis par John Humphrey Noyes, un socialiste utopiste qui intègre cette pratique sexuelle aux valeurs qu'il développe pour sa communauté d'Oneida[4] : en 1872, dans son pamphlet Male Continence, il présente les bienfaits de la rétention de l'éjaculation chez l'homme. Le concept est repris par la gynécologue Alice Bunker Stockham, qui lui consacre un livre, Karezza, en 1896 ; elle aborde également cette pratique sous un angle ésotérique, mais de façon plus pragmatique, en la présentant comme bénéfique pour l'entente spirituelle au sein des couples et propice à un meilleur contrôle des naissances[4].

Dans la religion catholique romaine[modifier | modifier le code]

En 1949, les éditions de l'Association du mariage chrétien publient un ouvrage Art d'aimer et continence conjugale. Rencontrant un large écho, ce livre provoque une véritable tempête dans le monde catholique français. Son auteur, Paul Chanson, patron chrétien-social du Nord, y fait l'éloge de la volupté conjugale mais surtout la promotion de l'"étreinte réservée" ( que des confesseurs lui avaient indiquée en 1940). Publié avec l'Imprimatur et bénéficiant d'une postface d'un théologien dominicain du Saulchoir, le père Féret, l'ouvrage rencontre toutefois vite l'opposition de la hiérarchie catholique qui finit par imposer à l'éditeur la suppression de l'indication de cette imprimatur. ( il ne s'agit donc nullement, du moins formellement, d'une mise à l'index). Devant cette hostilité Paul Chanson décidera de soutenir ses idées dans un cadre non confessionnel d'abord avec la publication en 1950 de l'Accord charnel aux éditions du Levain, maison d'édition fondée par Paul Truchot. Avec celui-ci il fonde ensuite le mouvement Orphée dans un but d'éducation sexuelle auprès des jeunes.[5]

Paul Chauchard publiera également aux éditions du Levain un ouvrage sur le sujet.

Le coitus interruptus est évoqué par les textes prescriptifs catholiques sous le nom d'« étreinte réservée ». Au début des années 1950, lorsque certains ouvrages de catholiques, d’ailleurs bien intentionnés, présentèrent l’étreinte réservée comme une solution possible, sur le plan du couple, au problème des naissances, le Pape Pie XII réagit défavorablement par l’avertissement du Saint-Office du . Après avoir blâmé les écrivains qui avaient décrit sans pudeur, approuvé et conseillé cette façon d’agir, le Saint Office ajoutait : « Quant aux prêtres, dans le ministère des âmes ou dans la direction des consciences, qu’ils ne se risquent jamais, soit de leur propre initiative, soit qu’on les interroge, à parler d’une façon qui laisserait entendre qu’il n’y a rien à objecter de la part de la loi morale contre l’étreinte réservée »[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J. Quevauvilliers, A. Somogyi, A. Fingerhut, Dictionnaire médical, Elsevier Masson, 2007, article « Coitus reservatus », p. 202. [lire en ligne]
  2. Page consacrée au Coitus reservatus sur le site de la Martin Hirschfeld Archive for Sexology. Page consultée le 7 avril 2011.
  3. Van Gulik (1974).
  4. a et b Hanegraaff et Kripal (2008), p. 349-350. [lire en ligne]
  5. Martine Sevegrand, Les enfants du bon Dieu, Les catholiques français et la procréation au XXème siècle, Albin Michel, 1995
  6. Pie XII, Avertissement du Saint-Office concernant certains livres qui traitent de l'« étreinte réservée », 30 juin 1952

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Wouter J. Hanegraaff et Jeffrey J. Kripal, Hidden intercourse: eros and sexuality in the history of Western esotericism, Brill, 2008.
  • (en) Noyes, John Humphrey, Male Continence, New York, 1872. [lire en ligne]
  • (en) Stockham, Alice B., Karezza. Ethics of Marriage, New York, 1896. [lire en ligne]
  • (fr) Robert van Gulik, La vie sexuelle dans la Chine ancienne, Paris, Gallimard, 1977 (Sexual Life in ancient China, 1961).
  • (en) A. Exner, The Amplexus Reservatus seen in the history of the catholic doctrine on the use of Marriage, Ottawa,, University of Ottawa press, 1963, 271 pages

Sujets connexes[modifier | modifier le code]