Codex Borbonicus

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La page 14 du Codex Borbonicus représente le dieu Xipe Totec, « Notre seigneur l’écorché », qui incarne le printemps et le renouveau de la végétation. Le prêtre qui représentait Xipe Totec se livrait à un rituel particulièrement macabre : il écorchait une victime et portait sa peau comme un vêtement pendant vingt jours. Ensuite, il se débarrassait de cette vieille dépouille sanglante et puante afin d´annoncer la renaissance de la nature. En regardant ce dessin plus en détail, on peut reconnaître la peau fripée et les mains pendantes de la victime écorchée.
La page 13 du Codex Borbonicus représente la 13e trecena du calendrier aztèque, qui était placée sous les auspices de la déesse Tlazolteotl. Celle-ci apparaît en haut à gauche, donnant naissance à Cinteotl. La lecture se fait de bas en haut et de gauche à droite. Les cases sont numérotées de 1 à 13. Le premier jour de la treizaine est 1-Tremblement (1-Ollin), suivi de 2-Silex, 3-Pluie, etc. jusqu'à 13-Eau.

Le Codex Borbonicus est un codex indigène du Mexique central, ouvrage rituel aztèque réalisé dans les années 1510, l'un des plus importants connus. Sa date d'exécution exacte n'étant pas connue, n'étant pas ainsi possible d'affirmer avec certitude s'il s'agit d'un codex préhispanique ou colonial[1]. Il tient son nom du Palais Bourbon où il est conservé dans les collections de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Date d'élaboration[modifier | modifier le code]

Il a sans doute été réalisé peu avant ou peu après l'arrivée d'Hernán Cortés au Mexique en 1519.

Comme d'autres codex mésoaméricains, il comporte des annotations en espagnol dont on ne sait si elles ont été ajoutées à un codex préhispanique ou si des espaces leur avaient été réservés lors de la réalisation du codex (à l'époque coloniale, donc, dans cette hypothèse). En revanche, comme le support utilisé, du papier d'amate plié en accordéon, et le style des glyphes respectent parfaitement les canons préhispaniques, les spécialistes en déduisent que le codex a très probablement été réalisé au plus tard dans les premières années de la conquête de l'Empire aztèque.

Arrivée en Europe[modifier | modifier le code]

La première mention de son existence date de 1778 : il se trouve alors à la Bibliothèque de l’Escurial en Espagne[1].

Il aurait par la suite été pillé lors de la Guerre d'indépendance espagnole (1808-1814) ou lors de l'Expédition d'Espagne[2] (1823).

En 1823, ou en mai 1826[1],[3], il apparait dans une vente publique en France. Pierre-Paul Druon, curateur de la bibliothèque de l'Assemblée nationale, et qui a entamé une politique d'achats de documents rares[4], l'acquiert pour la somme de 1300 francs-or[3] sans en connaitre la provenance.

Histoire contemporaine[modifier | modifier le code]

Il est toujours conservé dans cette bibliothèque[5]. Trésor national, il est interdit de sortie du territoire français depuis 1960[2]. Une copie est exposée au Musée national d'anthropologie de Mexico.

Dans les années 2010, il est soumis à des analyses non-destructives pour déterminer la composition de l'encre ayant servi sa rédaction[6].

Caractéristiques physiques[modifier | modifier le code]

Ce codex est remarquable par son format imposant (39 × 40 cm) et sa longueur : déplié, l'ensemble de ses 36 pages mesure un peu plus de 14 mètres[1].

La première partie présente une usure plus grande que les deux autres, ce qui suggère qu'elle a été consultée fréquemment.

Les deux premières et les deux dernières pages manquent.

Des analyses non destructives réalisées entre 2013 et 2017 dans les locaux de la bibliothèque ont permis de déterminer que les encres utilisées dans le document n'étaient pas d'origine européenne et que c'est le même papier, à base d'écorce de ficus battue, qui est utilisé pour l'ensemble du codex[6].

Contenu[modifier | modifier le code]

Le codex décrit en détail les calendriers divinatoire et solaire des Aztèques, avant la conquête d'Hernan Cortès. Il présente des centaines de personnages et d'animaux figurant des mythes et des fêtes religieuses[6].

Plusieurs parties ont été distinguées par les épigraphistes.

La première est un tonalamatl[1] (« livre des jours »), c'est-à-dire un almanach rituel divisé en vingt treizaines. Eloïse Quiñones Keber le considère comme le plus élaboré de tous les tonalamatl connus[7].

La seconde partie, des pages 23 à 36, décrit les rituels célébrant chacun des 18 mois du xiuhpohualli[8].

Deux pages représentent quatre divinités fondamentales (Oxomoco, Cipactónal, Quetzalcoatl et Tezcatlipoca) dont le symbolisme est clairement en relation avec le sens du reste du codex[1].

Les pages 37 à 40 représentent un cycle de 52 années incomplet, à cause de l'absence de pages perdues à la fin du codex[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Vela 2009, p. 48
  2. a et b Le Codex Borbonicus a été écrit dans les règles, lemonde.fr, 25 octobre 2017
  3. a et b Aztec manuscript under the microscope, theguardian.com, 28 novembre 2014
  4. http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/patrimoine/la-bibliotheque/la-bibliotheque-et-son-histoire
  5. Vela 2009, p. 49.
  6. a, b et c Ter Minassian 2017.
  7. Eloïse Quiñones Keber, « Borbonicus, Codex », dans David Carrasco, The Oxford Encyclopedia of Mesoamerican Cultures, vol. 1, New York, Oxford University Press, (ISBN 0-19-510815-9 et 0-19-514255-1), p. 91-94 (cité par Vela 2009, p. 48).
  8. Batalla Rosado 1994, p. 48.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Juan José Batalla Rosado, « Los tlacuiloque del Códice Borbónico : una aproximación a su número y estilo », Journal de la Société des Américanistes, vol. 80,‎ , p. 47-72 (lire en ligne).
  • Vahé Ter Minassian, « Le Codex Borbonicus a été écrit dans les règles », sur LeMonde.fr, (consulté le 29 octobre 2017).
  • (es) Enrique Vela, « Códice Borbónico », Arqueología mexicana, no hors-série 31,‎ , p. 48-51.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]