Clitarque d'Alexandrie

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Clitarque d'Alexandrie
Alexander and Hephaistion visit the family of Darius.jpg

Gravure du XIXe siècle d'après une peinture de Charles Le Brun. Alexandre et Héphaistion auprès de la mère de Darius III, la plus célèbre des fables clitarquiennes.

Biographie
Naissance
Activités
Père

Clitarque d'Alexandrie est un historien et un rhéteur grec[1]. Il est l'auteur d'une Histoire d’Alexandre, qui relate la vie d’Alexandre le Grand lors de ses conquêtes, se rapprochant plus d’une éloge panégyrique dont il ne nous reste aujourd'hui que quelques fragments, qui a notamment inspiré Diodore de Sicile, Quinte-Curce et Trogue-Pompée, auteurs de la Vulgate d'Alexandre.  Il a été un historien et un auteur reconnu par les Grecs comme par les romains. Il y a un débat quant à sa date de naissance, qui se placerait soit à la fin du IVe siècle soit au IIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le débat[modifier | modifier le code]

La date de naissance de Clitarque d’Alexandrie fait débat parmi les historiens. D’après un papyrus anonyme[2] , Clitarque aurait été le précepteur de Ptolémée IV, qui est né vers 244 av. J.-C. et a régné de 222 à 205 av. J.-C. D’après Luisa Prandi, cela signifierait que Clitarque serait né après 310 av. J.-C., en supposant qu’il soit mort à un grand âge. Le témoignage de Diogène Laërce[3] abonde dans ce sens. Il nous informe sur les leçons que Clitarque d’Alexandrie aurait suivi de Stilpon de Mégare, un contemporain de Ptolémée Ier (366-283) et membre de l’école mégarique. Cependant, en suivant la datation de Luisa Prandi, Clitarque d’Alexandrie aurait dû suivre ces leçons en étant très jeune. Mais surtout c’est ce passage dans la Bibliothèque Historique[4] de Diodore de Sicile, qui stipule, « d’après Clitarque et certains autres ayant plus tard traversé en Asie avec Alexandre … », divise les historiens entre ceux qui pensent que Clitarque d’Alexandrie est bien séparé des autres auteurs ayant suivi Alexandre, et qu’il n’a donc pas participé à ses expéditions, et ceux qui croient que Clitarque d’Alexandrie est compris dans les auteurs ayant suivi Alexandre en Asie, et que donc il ne peut pas avoir été le précepteur de Ptolémée IV, né presque cent ans après les expéditions d’Alexandre le Grand. Mais alors son surnom, « d’Alexandrie », devient problématique en cela que les grecs se retrouvaient affublés de leur lieu de naissance. Son surnom vient-il alors d’Alexandrie, ville où il est né, ou d’Alexandrie, ville dans laquelle il a vécu ? Le débat sur la datation de Clitarque d’Alexandrie est surement insoluble et aucune conclusion sûre ne peut être apportée par aucun des deux partis, les sources concernant cet auteur étant soit partielles, soit écrites à posteriori.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Fils de l’historien Dinon de Colophon à qui l'on doit une Histoire de la Perse1, Clitarque a d'abord été l’élève du philosophe Aristote de Cyrène, fondateur de l’Ecole Cyrénaïque, qui enseigne peut-être à Athènes. Il devient par la suite l’élève du philosophe Stilpon à Mégare. Il entame un long séjour en Grèce au temps de la conquête macédonienne et commence à recueillir le témoignage des soldats, officiers, ambassadeurs, techniciens, marchands et voyageurs qui ont accompagné Alexandre ou eu des rapports avec les Perses. Il puise aussi sa source en partie dans le récit de Callisthène.

Vers 320 il aurait publié les premiers tomes de son Histoire d’Alexandre2. Cette chronologie, sujette à caution, est relativement vague. Pline l'Ancien situe en effet l’Histoire d’Alexandre entre les Histoires Philippiques de Théopompe (achevées sous le règne d’Alexandre) et l’Histoire des Plantes de Théophraste (parue sur plusieurs années à partir de 314 av. J.-C.)3.

Si on considère que Clitarque est né au IVe siècle av. J.-C. l’auteur grec aurait pu rejoindre la cour de Ptolémée Ier en 3084, alors que celui-ci, de passage en Grèce, tentait de reconstituer à son profit la ligue de Corinthe. Le futur roi d’Égypte, qui se posait en héritier d'Alexandre, entendait attirer à sa cour des artistes et des historiens prompts à magnifier le souvenir du Conquérant. Clitarque, qui aurait déjà publié les premiers livres de son Histoire d’Alexandre, serait demeuré à Alexandrie jusqu’à sa mort à une date inconnue (vers 290 ?). Il serait devenu dans la cité nouvellement bâtie le témoin de la vénération envers le héros fondateur et son favori Héphaistion. L’idéologie de Ptolémée glorifia un Alexandre divinisé, fils d’Ammon-Zeus, héritier d'Héraclès et conquérant de l’Inde.

D’après les sources citant l’auteur grec, on comprend que Clitarque a également été un historien et surtout un auteur reconnu par les Romains comme par les Grecs. D’où sa présence dans l’œuvre de Diogène Laërce[3]. Il est cité à la suite de noms tel que Hérodote, Théopompe, Philistos de Syracuse ou Éphore de Cumes, montrant que malgré ses imprécisions historiques, il reste un auteur loué par la culture latine. Mais comme le précise le Romain Quintilien[5], si l’écrivain est talentueux, l’historien n’est pas fiable.

Œuvre[modifier | modifier le code]

L’Histoire d’Alexandre[modifier | modifier le code]

Œuvre monumentale formée de douze livres, mais certains indices laissent à penser qu’il en existait en fait quatorze ou quinze. D’après un fragment du Livre I de Vie, doctrine et sentences des philosophes illustres de Diogènes Laërce, l’existence d’un livre XII, qui parlerait des gymnosophistes (en grec, “sage nu”), qui sont des philosophes indiens, et par conséquent des campagnes d’Alexandre en Inde, nous permet de penser que son oeuvre contenait plus de 12 livres. L’Histoire d’Alexandre a surement été composée en une vingtaine d’années. Le premier livre serait paru vers 320 av. J.-C. et le dernier vers 295 av. J.-C. Biographie panégyrique plutôt que récit historique objectif, l'ouvrage de Clitarque est à l'origine d’une tradition apologétique qui mêle l’histoire et le merveilleux, qu’on a appelé la Vulgate d'Alexandre. Celle-ci émane, à des degrés divers de Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, livre XVII), Trogue-Pompée (Histoires Philippiques, abrégées par Justin) et Quinte-Curce (Histoire d’Alexandre) qui utilisent l'Histoire d'Alexandre de Clitarque comme source principale, mais non exclusive. On note en effet de nombreuses concordances entre ces auteurs, que ce soit dans l'ordre du récit, dans les détails des faits ou même dans l'expression employée. Certains passages de Diodore et de Quinte-Curce, frappants de similitude, permettent de se faire une idée de la substance de l'œuvre originale. Pour autant aucun des très rares fragments de Clitarque ne concerne directement Alexandre, ce qui ne manque pas de causer des problèmes pour une comparaison effective5.

La possibilité que Clitarque d’Alexandrie ait participé à l'expédition asiatique d’Alexandre est mentionnée dans un passage de Diodore de Sicile[4] . Mais la source est fragmentaire, des passages sont manquants et certains érudits comme F. Jacoby ne considèrent pas ce fait comme certain. En effet, lorsque Diodore de Sicile parle des mesures des murs de Babylones, il y a un doute sur sa référence : s’agit-il de Clitarque en temps qu’historien d’Alexandre, ou mentionne-t-il Ctésias, médecin et historien grec ? La présence de Clitarque d’Alexandrie à l'expédition est donc contestée et incertaine, dû à l'imprécision de la source.  

Quintus Curtius Rufus, ou Quinte-Curce en français, historien romain qui à probablement vécu au premier siècle après J.-C.  mentionne une relation entre Ptolémée Ier, roi d’Egypte de 305 à 283 av. J.-C. Clitarque et Ptolémée, qui aurait écrit leur œuvre dans le même temps, chacun avec le but de glorifier la mémoire d’Alexandre. Cependant, Ptolémée aurait publié ses Mémoires avant Clitarque, ce qui a mené à remarquer des divergences entre les deux auteurs, notamment sur le passage sur l‘assaut de la cité de Mallians.

Critique[modifier | modifier le code]

L’œuvre historique de Clitarque est souvent dévaluée chez les auteurs antiques (et de moins en moins chez les modernes) par rapport aux Mémoires respectives de Ptolémée et d’Aristobule, contemporains de la conquête, qui ont inspiré l’Anabase d’Arrien et la Vie d'Alexandre de Plutarque. Les récits d'Arrien et de Plutarque sont dès lors jugés plus fiables, car moins empreints de merveilleux, l’Anabase étant elle très précise dans les développements militaires. Pourtant Clitarque aurait consulté les récits de Néarque, d'Onésicrite et d'Aristobule (ses Mémoires sont publiées vers 305-295) dont il se sert pour la dernière partie de son œuvre. Son œuvre compile avec une certaine crédulité les premiers témoignages de la conquête, sans qu’une approche critique ne puisse être envisageable dans le contexte d’une Alexandrie vouée au culte du Conquérant. Si Clitarque mentionne à plusieurs reprises des épisodes merveilleux, c’est qu’il se fait l’écho, parmi la population d’Alexandrie et les vétérans installés en Égypte, de ce qu’Ératosthène a qualifié de « vantardises macédoniennes »[6]. Clitarque s'est peut-être contenté de retranscrire une tradition populaire qui présente l'image, inévitablement favorable, que ses contemporains se sont faite d'Alexandre.

Certes il n'est pas sûr que Clitarque ait accompagné la conquête ni voyagé à travers les lointaines contrées d’Asie. Il ne dispose pas non plus des Mémoires de Ptolémée (rédigées vers 285 av. J.-C.), brillant exposé des opérations militaires conduites par Alexandre. Mais il s’appuie sur ses riches lectures et le témoignage des contemporains de la conquête macédonienne. Le récit de Clitarque abonde d’une tradition orale et populaire (bien visible chez Quinte-Curce) qui manque à Arrien. Clitarque appuie également son propos sur des documents officiels[7] et des traités techniques[8]. Enfin Clitarque (via Quinte-Curce) n’omet pas les souffrances endurées par l’armée macédonienne, dont il emprunte le thème au récit de Néarque. L’œuvre de Clitarque gagnerait à une certaine réhabilitation parmi les historiens modernes. Ptolémée, à qui il ne serait fait une confiance aveugle, semble avoir montré dans ses Mémoires une attitude partiale à l’égard des généraux d’Alexandre devenus ses rivaux. Le mérite de Clitarque est de représenter une tradition différente de celle connue par Arrien, car il expose certains faits omis, sciemment ou non, par Ptolémée et Aristobule. Il démontre in fine l'idéalisation du héros conquérant dans l'Alexandrie pré-hellénistique.

Postérité[modifier | modifier le code]

Clitarque a été un auteur reconnu par les auteurs anciens, à la fois grecs et romains. Il est étudié dans les écoles romaines au moins jusqu’au Ier siècle apr. J.-C. Son œuvre rhétorique est recommandée par Cicéron et Quintilien bien que l’objectivité historique de son récit soit déjà contestée[9].

Nous avons conservé de nombreux fragments de différents auteurs mentionnant Clitarque d'Alexandrie, dont Diodore de Sicile, Quinte-Curce et Cicéron. L’auteur mentionnant le plus Clitarque d’Alexandrie est Pline l'Ancien, écrivain et naturaliste romain du 1er siècle après Jésus-Christ, dans son oeuvre Histoire naturelle. Ces auteurs ont permit de montrer la postérité de L’œuvre de Clitarque, par la suite source d’inspiration de nombreux historiens. Parmi les auteurs inspirés de Clitarque, nous pouvons compter Quinte-Curce, Trogue Pompée mais aussi Diodore de Sicile qui sont des historiens grec, romain et latin.

Cependant, l’influence de Clitarque durant l’Antiquité romaine a été fortement débattue. En particulier concernant une Vulgate portant sur une expédition en Asie. Il s’agit de la Vulgate d'Alexandre le Grand qui qualifie une tradition historique et présentant une vision apologétique du règne d’Alexandre le Grand. On se demande s’il s’agit d’une œuvre de Clitarque. La vulgate qui vise à montrer la grandeur d’Alexandre le Grand mêle à la fois l'histoire réelle et la légende.

Clitarque a légué quelques brèves allusions parmi les auteurs antiques : Strabon (Géographie, livre XV) et Élien (Caractéristiques des animaux) s’appuient sur Clitarque pour leur description de la faune de l'Inde. On doit également à Clitarque une partie de la description de Babylone qu'en ont fait Diodore (Bibliothèque Historique, livre II) et Quinte-Curce (Histoire d'Alexandre).

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cicéron, Brutus, 42
  2. P.Oxy., 4808, 2nd century AD, Library of Congress, Jacoby. Papyrus anonyme
  3. a et b Diogène Laërce, Vie, doctrine et sentences des philosophes illustres 2, 113
  4. a et b Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, 2, 7, 3
  5. Quintilien, Institutions oratoires, 10,1,74
  6. Voir Arrien, Anabase, 5, 3, 1.
  7. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], XVII, 19, 1-6. Le récit de la bataille du Granique proviendrait d’un communiqué officiel qui passe sous silence les divergences stratégiques entre Alexandre et Parménion.
  8. Peut-être ceux de l’ingénieur Diadès de Pella à qui l’on doit une description du siège de Tyr. Diodore, XVII, 44, 1 et Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre, 4, 3, 25, décrivent en partie d’après Clitarque le siège de Tyr.
  9. Cicéron, ad Familiares, 2, 10, 3 ; Brutus, 43. Quintilien, De l'institution oratoire, X, 1, 74.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Janick Auberger, Historiens d'Alexandre, Les Belles Lettres, Paris, 2001 (traduction des fragments avec texte bilingue) ;
  • Paul Goukowsky :
    • Notice à Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XVII, Les Belles Lettres, 1976, p.9-31 ; notes complémentaires, p. 165-277, passim ;
    • Essai sur les origines du mythe d’Alexandre, Université de Nancy, 1978 ;
  • Claude Mossé, Alexandre, la destinée d'un mythe, Payot, 2001 ;
  • (en) Lionel Pearson, The Lost Histories of Alexander the Great, American Philological Association, 1960, p.212-242.
  • F. Jacoby, Die Fragmente der griechischen Historiker 2B (Leiden 1930), 484-98
  • L. Prandi, Fortuna e realtà dell’opera di Clitarco (Stuttgart, 1996)

Articles connexes[modifier | modifier le code]