Cliffhanger

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Cliffhanger (fin ouverte))
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cliffhanger (homonymie).

Le « cliffhanger » (expression anglophone)[1], ou le suspens[2] selon les recommandations officielles, désigne, dans la terminologie des œuvres de fiction, un type de fin ouverte destiné à créer une forte attente. Il y a cliffhanger quand un récit s’achève avant son dénouement, à un point crucial de l’intrigue, quitte à laisser un personnage dans une situation difficile, voire périlleuse. Ce type de fin, très fréquent dans les feuilletons, implique souvent une suite.

Dans les feuilletons (télévisés, radiophoniques ou romans-feuilletons), le rôle principal du cliffhanger est de donner envie au public de connaître la suite du récit pour savoir comment le personnage va s'extirper de la situation difficile où il se trouve. Parfois, le cliffhanger ne trouve pas de résolution dans l'épisode qui suit, ce qui permet de tenir en haleine jusqu'au dénouement le spectateur frustré.

Il arrive que plusieurs situations plus ou moins différentes soient laissées en suspens. On parle alors de double, triple, quadruple… cliffhanger. Un exemple est le triple cliffhanger entre les deux épisodes L'Humanité en péril/Troisième Guerre mondiale de la saison 1 de la série Dr.Who, où les héros, répartis entre trois lieux différents, se retrouvent chacun devant une menace mortelle apparemment inéluctable.

La technique du cliffhanger a également influencé le cinéma, à commencer par les serials de la première moitié du XXe siècle.

Selon les genres[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

L'incertitude, l'indécision, l'attente, des actions « en suspens » donc, sont des techniques narrative essentielles à l'intrigue des romans-feuilletons — ainsi certains romans d'Alexandre Dumas ou d'Eugène Sue reposent essentiellement sur un dénouement final. Non sans humour, David Lodge, dans son essai The Art of Fiction (chapitre 3) écrit que la technique du cliffhanger, au sens littéral de « personne suspendue à une falaise »[citation nécessaire], remonte à Thomas Hardy, qui laisse Henry Knight effectivement dans cette situation périlleuse dans son roman A Pair of Blue Eyes (1873), publié d'ailleurs en feuilletons.

Cette technique narrative est particulièrement utilisée par le roman policier et d'une manière générale par tout roman qui comporte une énigme à résoudre. Le Da Vinci Code, de Dan Brown, comporte de nombreux chapitres s'achevant par un cliffhanger, afin de tenir le lecteur en haleine.

Certains romans se terminent aussi par un cliffhanger, un situation non résolue, comme suspendue à une série d'interrogations. Citons, parmi les plus anciens, Le Bel Inconnu de Renaud de Beaujeu, datant du XIIIe siècle ou, plus proche de notre époque, Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Dans le neuvième art, le cliffhanger est nécessairement lié au fait que les planches étaient publiées dans la presse illustrée hebdomadaire : on parle de « suspense de bas de page », la dernière case jouant ce rôle, renforcée par la mention « à suivre » ou « une interrogation » à l'adresse du lecteur. Ne publiant que quelques pages par semaine (deux voire quatre pages), les auteurs mettaient en place ce dispositif au lancement d'une nouvelle aventure, qui culminait en fin de page, et était généralement résolu au cours des semaines suivantes. On retrouve également cette technique dans les albums[3].

Cinéma[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, avec la naissance du cinéma commercial, le cliffhanger est régulièrement utilisé dans les serials, appelés à l'époque en français « feuilletons-cinéma », tels que Les Mystères de New York (1914) ou encore Judex (1917), qui se présentaient comme des feuilletons cinématographiques dont les épisodes étaient rythmés par de multiples coups de théâtre. Les serial films disparurent avec l'apparition de la télévision et des séries télévisées.

Les films en général utilisent amplement la technique du cliffhanger, par exemple les sagas cinématographiques contemporaines. Ainsi, les deux premiers films de la trilogie Retour vers le futur s'achèvent par un cliffhanger, tout comme Matrix Reloaded, le deuxième volet de la trilogie Matrix.

Certains films se terminent par un cliffhanger sans qu'il y ait de suite, par exemple Monsieur Klein (1976), de Joseph Losey, ou encore la version final cut de Blade Runner (2007), de Ridley Scott, ce qui peut éventuellement décevoir et frustrer le spectateur mais permet de ne pas sceller le destin des personnages, et d'envisager une suite.

Séries télévisées[modifier | modifier le code]

Les séries télévisées françaises de l'ORTF qui adaptaient des romans-feuilletons tels que Rouletabille ou Rocambole, étaient constituées d'épisodes de 15 minutes qui se terminaient par un coup de théâtre, une scène de suspense ou une révélation surprenante, conservant l'esprit des œuvres littéraires d'origine.

Dans les séries télévisées américaines, un cliffhanger ponctue un épisode toutes les 12 minutes. C'est en effet, sur les chaînes publiques, la fréquence des interruptions publicitaires : ici, le cliffhanger sert à donner au téléspectateur l'envie de regarder le reste de l'épisode et à le convaincre de patienter pendant la page de publicité. À noter toutefois que même les séries créées par HBO, une chaîne payante sans interruption publicitaire, comportent trois ou quatre cliffhangers par épisode de 52 minutes.

Déjà, dans les années 1967-1968, la série Les Envahisseurs (diffusée en France à partir de 1969) utilise un cliffhanger entre chaque épisode.

Il n'est pas rare qu'une saison d'une série télévisée s'achève par un cliffhanger. L'un des exemples les plus célèbres reste le dernier épisode de la troisième saison de Dallas, dans lequel le personnage de J.R. Ewing fait l'objet d'une tentative d'assassinat. La question de la survie éventuelle de J.R. et le mystère au sujet de l'identité du coupable n'ont trouvé leur réponse qu'au cours de la saison suivante, ce qui a contribué à renforcer l'intérêt des téléspectateurs du feuilleton, impatients de savoir « qui a tiré sur J.R. ? ». La série X-Files est également passée maître, lors de ses doubles (ou triples) épisodes, pour imaginer des cliffhangers marquants y compris en fin de saison ; comme le final de la saison 2, Ceux d'outre-tombe, où L'homme à la cigarette ordonne de faire exploser le wagon souterrain où est enfermé Fox Mulder. L'explosion se produit, et c'est le noir sans que l'on sache ce qu'il advient de l'agent du FBI.

Les cliffhangers de fin de saison visent à la fois à fidéliser le téléspectateur et à convaincre les producteurs de renouveler la série pour la saison suivante, quitte à laisser une fin ouverte en cas de refus — de nombreuses séries, telles que Twin Peaks, Earl, ou Heroes, ont fait les frais de cette méthode. Cependant, certaines fins programmées à l'avance sont pourtant volontairement ouvertes : JAG, Les Soprano, Le Prisonnier, Angel, Desperate Housewives, Urgences

Si les cliffhangers concernent surtout les séries télévisées dramatiques, ils sont également présents dans certaines séries comiques. Ainsi, la plupart des saisons de Friends s'achèvent par un cliffhanger (par exemple, à la fin de la septième saison, l'une des héroïnes de la série s'avère être enceinte, alors que le mystère plane sur l'identité du père de son enfant). Idem pour Scrubs.

L'un des grands adeptes du cliffhanger dans les séries reste J. J. Abrams, producteur et créateur notamment d'Alias et de Lost : Les Disparus, deux séries illustrant à de très nombreuses reprises ce que peut être un cliffhanger d'importance considérable.

Des séries diffusées sur Internet usent aussi du cliffanger comme Le Visiteur du Futur de François Descraques, ou bien Hero Corp de Simon Astier.

Dans la sérié animé Re:Zero kara Hajimeru Isekai Seikatsu, chaque épisode ou presque est achevé par un cliffhanger, le plus souvent tragique (mort d'un personnage, situation désespérée, etc).

Nous pouvons également donner à titre d'exemple le cartoon Star Butterfly dont la saison 2 s'achève sur le départ de l'héroïne principal juste après la confession de ses sentiments amoureux, ne laissant pas le temps au destinataire de lui fournir une réponse sur la réciprocité ou non de ses sentiments.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • Le grand méchant a un héros à sa merci et se prépare à l'éliminer une fois pour toutes, en se servant d'une méthode diabolique. Ce type de fin est souvent utilisée dans la série télévisée Batman, d'une manière volontairement caricaturale.
  • Un homme est condamné à mort pour un crime qu'il n'a pas commis. L'heure de son exécution approche à grands pas. On le fait s'asseoir sur la chaise électrique ; il n'a plus que quelques minutes à vivre, à moins qu'un événement imprévu n'entraîne l'annulation de l'exécution… ainsi s'achève l'épisode[4].
  • Le héros est contraint de sauter d'un building, le spectateur le voit mort, son enterrement a lieu, mais le dernier plan montre qu'il est encore vivant[5]
  • Pendant le générique, alors qu'on croyait que la Terre était sauve, la personne qui a permis de la sauver déclare vouloir la conquérir[6].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Article cliffhanger ou cliff-hanger dans le Webster's New World Dictionary of American English, Third College edition, 1988 : « 1 An early type of serialized movie in which each episode ended with a suspenseful climax, as the hero hanging from a cliff ; 2 any highly suspenseful story, situation, etc. »
  2. Terme conseillé et publié au Journal officiel de la République française
  3. Voir sur bdparadisio.com.
  4. Exemple tiré du feuilleton Prison Break.
  5. Exemple tiré de la série britannique Sherlock.
  6. Exemple tiré du jeu Assassin's Creed III.

Annexes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]