Claudette Colvin

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Claudette Colvin
Claudette Colvin.jpg
Claudette Colvin en 1953.
Biographie
Naissance
Nom de naissance
Claudette AustinVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domicile
Formation
Booker T. Washington High School de Montgomery
Activité
Militante de la NAACP, aide-soignante
Période d'activité
1955-1958 (militante)
Autres informations
Membre de

Claudette Colvin, née le à Montgomery dans l'État de l'Alabama, est une Afro-Américaine qui, à l'âge de 15 ans, est devenue célèbre pour avoir refusé, le , de laisser son siège à une Blanche dans un autobus, cela en violation des lois Jim Crow des États du Sud qui imposaient la ségrégation raciale dans les transports publics.

Son rôle pour l'avancée des droits civiques, après avoir été éclipsé par celui de Rosa Parks, est redécouvert, réévalué et valorisé depuis le début du XXIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Claudette Colvin est la fille de Mary Jane Gadson et de C. P. Austin. Elle est née sous le nom de Claudette Austin, mais comme ses parents sont dans l'incapacité financière de faire face à son éducation, elle est adoptée et élevée par sa tante Mary Anne Colvin, une femme de ménage, et par son oncle Q. P. Colvin, un gazonnier. Elle grandit dans un quartier pauvre de la banlieue de Montgomery[1],[2].

Événement[modifier | modifier le code]

En 1955, Claudette Colvin est élève à l'école secondaire Booker T. Washington High School de Montgomery, où elle étudie Sojourner Truth et Harriet Tubman. Sa famille ne possédant pas d'automobile, elle a recours à l'autobus pour se rendre à l'école. Le 2 mars, elle monte avec trois autres élèves afro-américaines dans le bus au retour de l'école, au même arrêt que Rosa Parks empruntera quelques mois plus tard. Elle est alors assise à deux rangs de la sortie de secours quand des Blancs montent. Le chauffeur lui demande, ainsi qu'à trois autres passagers afro-américains, de se lever. Claudette Colvin refuse de céder sa place à une jeune femme blanche. Le chauffeur du bus s'arrête, fait appel à la police. Des policiers montent dans le bus, questionnent Claudette sur ses raisons et son entêtement et lui réitèrent l’ordre de quitter sa place. Les négociations n'aboutissant pas, Claudette Colvin est expulsée sans ménagement du bus par deux policiers qui la mettent en état d'arrestation. Elle proteste en déclarant que ses droits constitutionnels avaient été violés « Nous venons d'étudier la Constitution [...] je sais que j'ai le droit ». Elle est mise en prison et accusée, en plus, d'avoir proféré des insultes, ce qu'elle niera[2],[3],[4],[5],[6],[7].

Son arrestation précède de neuf mois celle de la militante des droits civiques Rosa Parks, qui eut lieu le . Elle fut l'une des plaignantes devant la juridiction locale qui prononça la décision de justice Browder v. Gayle, mettant fin à la ségrégation raciale dans les bus d'Alabama[1],[2],[4],[5].

D'après ses dires, sa décision fut motivée par l'étude, en classe, de la Constitution et des droits qui en découlent ainsi que des biographies de femmes afro-américaines comme Harriet Tubman ou Sojourner Truth, pionnières de la cause des droits civiques[2],[8],[1].

Procès[modifier | modifier le code]

Claudette Colvin est déférée le devant le tribunal pour enfants. Annie Larkins Price, une de ses camarades de classe, témoigne en faveur de Colvin devant le tribunal pour enfants, où Colvin est condamnée pour violation des lois sur la ségrégation et agression. « Il n'y a eu aucune agression » dit Price. Elle raconte que « Le bus devenait bondé et je me souviens de lui [le chauffeur de bus] regardant dans son rétroviseur lui demandant de se lever de son siège, ce qu'elle ne fit pas. Elle n'a rien dit. Elle a juste continué à regarder par la fenêtre. Elle décida ce jour qu'elle ne bougerait pas »[1],[2],[4].

Réaction de la communauté noire[modifier | modifier le code]

À cette époque, Claudette Colvin était membre du Conseil de jeunesse de la NAACP, où Rosa Parks tenait la fonction de conseillère. E.D. Nixon, le leader d'alors de la section locale du NAACP à Montgomery, attendait un tel cas pour remettre en question la ségrégation dans les bus et il promet d'aider Claudette Colvin après que son père eut payé la caution. Le père de Colvin tondait les gazons et sa mère était serveuse. C'étaient des gens pieux qui vivaient à King Hill, le quartier pauvre de Montgomery. De nombreux responsables noirs, dont Rosa Parks, collectèrent de l'argent pour payer la défense de Claudette Colvin. Les leaders noirs locaux pensèrent alors que son cas était parfait pour parcourir tout le chemin jusqu'à la Cour suprême américaine, dans le cadre de la lutte contre les lois ségrégationnistes des États du Sud. Mais peu après son arrestation, des questions se posent quant à la fiabilité de Claudette Colvin. Elle est émotionnellement instable, elle porte des tresses africaines (cornrows) et refuse de lisser ses cheveux comme le fait la majorité des femmes afro-américaines et enfin elle tombe enceinte des suites d'une relation non consentie, d'après ses dires. Les leaders noirs locaux présumèrent que cette grossesse ne scandaliserait pas seulement la très religieuse communauté afro-américaine, mais qu'elle rendrait Claudette Colvin également suspecte aux yeux des sympathisants blancs. En particulier, ils redoutèrent que la presse blanche n'utilise la grossesse illégitime de Colvin pour saper son statut de victime et discréditer ainsi tout boycott consécutif des bus, aussi se sont-ils décidés à lâcher Claudette Colvin[9],[10],[4],[2].

Son action ayant été éclipsée par celle de Rosa Parks, son geste a été redécouvert au début du XXIe siècle valorisé et jugé décisif. Ainsi, Fred Gray (en) son avocat déclare le dans une interview donnée au magazine Newsweek : « Claudette nous a donné à tous un courage moral. Si elle n'avait pas fait ce qu'elle a fait, je ne suis pas certain que nous aurions pu mener à bien le soutien à Mme Parks »[11],[12],[5].

Appel[modifier | modifier le code]

Le , Claudette Colvin répondit de ses actes devant la Cour fédérale de Montgomery.

Vie privée[modifier | modifier le code]

En 1956, Claudette Colvin donne naissance à son fils Raymond alors qu'elle a 15 ans, et est renvoyée de l'école[13],[14]. Raymond était si pâle de peau (comme son père) que des gens l'accusèrent d'avoir un enfant blanc[réf. nécessaire]. Il meurt d'une overdose à l'âge de 37 ans dans l'appartement de Claudette Colvin[15].

Elle quitte l'Alabama pour New-York en 1958 où elle travaillera pendant 30 ans de nuit comme aide-soignante dans une maison de retraite[3]. Elle prend sa retraite en 2004[16].

Claudette Colvin a eu deux fils et cinq petits-enfants, parmi lesquels un médecin, une infirmière, une femme d'affaires et un militaire[17].

De sa vie et ses rêves de devenir avocate, elle dit « Oui, je suis déçue (...) Au moins, mes petits-enfants ne devront pas souffrir ce que j'ai souffert. »[réf. nécessaire]

Selon le Montgomery Advertiser, Claudette Colvin dit qu'elle ne regrette pas sa décision de ne pas s'être levée. « Je suis fière de ce que j'ai fait. Je pense que ce que j'ai fait a été une étincelle et que cela a pris. »[réf. nécessaire]

Postérité[modifier | modifier le code]

En 2017, Rita Dove, Poète lauréat des États-Unis de 1993 à 1995, lui consacre un poème Claudette Colvin Goes to Work[18].

En 2017, Todd Strange (politician) (en), maire de Montgomery, déclare que le 2 mars de chaque année sera le Claudette Colvin Day, une journée consacré à la mémoire de Claudette Colvin. Et la rue où elle vécut après sa libération est rebaptisée à son nom[17],[19].

Placée en probation indéfinie depuis son jugement, Claudette Colvin ouvre une procédure en octobre 2021 pour que cet enregistrement soit effacé. Elle obtient gain de cause en décembre de la même année : son casier judiciaire est enfin expurgé[20],[21],[22].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Anglophone[modifier | modifier le code]

Notices dans des encyclopédies et manuels de références[modifier | modifier le code]

  • (en-US) Ellen Levine, Freedom's Children, Avon Books, , 228 p. (ISBN 9780380721146, lire en ligne).
  • (en-US) Belinda Rochelle, Witnesses to Freedom: Young People Who Fought for Civil Rights, Puffin Books, 1er octobre 1993, rééd. 1er février 1997, 116 p. (ISBN 9780140384321, lire en ligne).
  • (en-US) Stewart Burns, Daybreak of Freedom: The Montgomery Bus Boycott, University of North Carolina Press, , 396 p. (ISBN 9780807846612, lire en ligne).
  • (en-US) Russell Freedman, Freedom Walkers : The Story Of The Montgomery Bus Boycott, Scholastic, 30 septembre 2006, rééd. 2007, 132 p. (ISBN 9780545034449, lire en ligne), p. 14-22.
  • (en-US) Henry Louis Gates Jr. (dir.), African American National Biography, vol. 3 : Chandler - Dickinson, New York, Oxford University Press, , 621 p. (ISBN 9780199920778, lire en ligne), p. 200-221,

Essais et biographies[modifier | modifier le code]

  • (en-US) Phillip Hoose, Claudette Colvin : Twice Toward Justice, New York, Farrar Straus Giroux (réimpr. 2014) (1re éd. 2009), 168 p. (ISBN 9780374302368, lire en ligne).

Articles[modifier | modifier le code]

Les articles de JSTOR, sont librement accessibles à la lecture en ligne jusqu'à la concurrence de 99 articles par mois.

  • (en-US) Rita Dove, « Claudette Colvin Goes to Work », The Georgia Review, Vol. 52, No. 4,‎ , p. 648-649 (2 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • (en-US) Paul Hendrickson, « The Ladies Before Rosa: Let Us Now Praise Unfamous Women », Rhetoric and Public Affairs, Vol. 8, No. 2,‎ , p. 287-298 (12 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire).
  • (en-US) « The Unsung Heroes of the Montgomery Bus Boycott », The Journal of Blacks in Higher Education, No. 50,‎ hiver 2005-2006, p. 107 (1 page) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • (en-US) Erin Cook & Leanna Racine, « The Children's Crusade and the Role of Youth in the African American Freedom Struggle », OAH Magazine of History, Vol. 19, No. 1,‎ , p. 31-36 (6 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • (en-US) Clayborne Carson, « To Walk in Dignity: The Montgomery Bus Boycott », OAH Magazine of History, Vol. 19, No. 1,‎ , p. 13-15 (3 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • (en-US) Barry Schwartz, « Collective Forgetting and the Symbolic Power of Oneness: The Strange Apotheosis of Rosa Parks », Social Psychology Quarterly, Vol. 72, No. 2,‎ , p. 123-142 (20 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire).
  • (en-US) Rachel Malchow Lloyd & Scott Wertsch, « "Why doesn't anyone know this story?": Integrating Critical Literacy and Informational Reading », The English Journal, Vol. 105, No. 4,‎ , p. 24-30 (7 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire).

Francophone[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

Roman[modifier | modifier le code]

Roman graphique[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d (en-US) Hannah Foster, « Claudette Colvin », sur BlackPast,
  2. a b c d e et f (en-US) Rebecca Woodham, « Claudette Colvin », sur Encyclopedia of Alabama,
  3. a et b (en-US) « Claudette Colvin », sur Biography (consulté le ).
  4. a b c et d (en-US) Elissa Blattman, « The Girl Who Acted Before Rosa Parks. », sur National Women's History Museum,
  5. a b et c (en-US) Paul Hendrickson, « The Ladies Before Rosa: Let Us Now Praise Unfamous Women », Rhetoric and Public Affairs, Vol. 8, No. 2,‎ , p. 287-298 (12 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
  6. (en-GB) Gary Younge, « She would not be moved », The Guardian,‎ (lire en ligne Accès limité)
  7. (en-GB) Taylor-Dior Rumble, « Claudette Colvin: The 15-year-old who came before Rosa Parks », sur BBC, News,
  8. (en-US) « Before Rosa Parks, There Was Claudette Colvin », sur NPR.org (consulté le ).
  9. (en-US) Roni Jacobson, « We Interviewed the Teen Who Refused to Give Up Her Bus Seat Before Rosa Parks », sur Teen Vogue (consulté le ).
  10. (en-US) Nick Gier, « Claudette Colvin, the Brave Young Woman who went before Rosa Parks », sur Université de l'Idaho
  11. (en-US) Eliza Gray, « Before Rosa Parks, There Was Claudette Colvin », sur Newsweek,
  12. (en-US) Janell Ross, « Rosa Parks is the name you know. Claudette Colvin is a name you probably should. », The Washington Post,‎ (lire en ligne).
  13. (en) Philip Hoose, Claudette Colvin: Twice Towards Justice.
  14. (en-US) « 'I Was Not Going to Stand.' Rosa Parks Predecessors Recall Their History-Making Acts of Resistance », sur Time (consulté le ).
  15. (en) Paul Hendrickson, « The lady before Rosa », The Washington Post,‎ .
  16. (en-US) CMSS, « Respect Your Elders: Claudette Colvin », sur Chicago Methodist Senior Services, (consulté le ).
  17. a et b (en-US) Melissa Brown, « 'A frustrated rebel': On this day in 1955, 15-year-old Claudette Colvin arrested on Montgomery bus », Montgomery Advertiser,‎ (lire en ligne)
  18. (en-US) JR, « Claudette Colvin Goes to Work », sur Dissident Voices, (consulté le ).
  19. (en-US) Andrew J. Yawn, « Claudette Colvin honored by Montgomery council », Montgomery Advertiser,‎ (lire en ligne)
  20. (en-US) Eduardo Medina, « A Civil Rights Pioneer Seeks to Have Her Record Cleared », Thr New York Times,‎ , p. 12 (lire en ligne)
  21. (en-US) Brad Harper, « Civil rights pioneer Claudette Colvin wants to clear her court record in Montgomery », Montgomery Advertiser,‎ (lire en ligne)
  22. (en) Pamela Kirkland et Dakin Andone, « Claudette Colvin’s juvenile record has been expunged, 66 years after she was arrested for refusing to give her bus seat to a White person », sur CNN, .
  23. Marie-Christine Imbault, « Tania de Montaigne reçoit le prix Simone Veil 2015 », sur livreshebdo.fr, (consulté le ).
  24. Myriam Thibault, « Noire de Tania de Montaigne », Blog de Myriam Thibault, (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]